PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
ne prit possession de ses Etats que»par la paix de Ryswick (1697). Il s'appliqua à relever la Lorraine de ses ruines et mourut en 1729. Son fils épousa Marie-Thérèse (V. Baumont, Etudes sur le règne de Léopold, duc de Lorraine et de Bar, 1894). (Allemagne.)
Charles VI, 2e fils de l'empereur Léopold I, né en 1085, disputa à Philippe V l'héritage du roi d'Espagne et occupa quelque temps Madrid, du il se fit proclamer roi, mais il fut chassé (1700). Il succéda à son frère Joseph I, comme empereur d'Allemagne (171 1-174(1). 11 prit part à plusieurs guerres plus ou moins heureuses et se préoccupa de faire reconnaître comme héritière de tous ses Etats sa tille Marie-Thérèse.
Charles VII, né à Bruxelles (1097-1743), électeur de Bavière en 1720, protesta contre la Pragmatique, qui attribuait l'héritage de Charles VI à Marie-Thérèse et fit alliance avec la France, l'Espagne et la Saxe. Il parvint à se faire proclamer empereur à Francfort (1742), mais fut renversé par le parti de Marie-Thérèse.
Marie-Thérèse d'Autriche, née à Vienne en 1717, épousa en 1730 le duc de Lorraine François. Elle succéda à son père Charles VI (1740-1780), triompha d'une ligue redoutable et fit élire son mari empereur (1745). Elle fut moins heureuse dans la guerre de Sept ans (1756-1763) contre Frédéric II de Prusse. Elle prit part au premier partage de la Pologne. (V. de Yillennont, Marie-Thérèse 1895 2 vol.)
François I, empereur d'Allemagne, né à Nancy en 1708, succéda à son père Léopold comme duc de Lorraine en 1720, épousa Marie-Thérèse en 1736, fut grand-duc de Toscane en 1737, empereur en 1745, mais laissa la plus grande autorité à sa femme. Il mourut en 1705.
Joseph II, empereur d'Allemagne, fils de François I et de Marie-Thérèse, né en 1741, leur succéda et mourut en 1790. Il visita l'Italie (1769) et la France (1777), partagea les idées des philosophes et empiéta sur les droits de l'Eglise. De là le josèphisme, analogue au gallicanisme français, et qui aurait pu amener un véritable schisme. A l'insu de sa mère, il s'entendit avec Frédéric II pour le partage de la Pologne (1770). Mais ce même Frédéric l'empêcha deux fois de s'emparer de la Bavière (1777 et 1783).
Léopold II, empereur d'Allemagne, 2e fils de François I et de Marie-Thérèse, né en 1747, succéda à son père comme grand-duc de Toscane (1705) et à son frère Joseph II comme empereur. Il mourut au moment où les hostilités avec la France allaient commencer (1792). — Son fils François II lui succéda, fut vaincu par la République française, puis par Napoléon, dans toutes les coalitions, perdit le titre d'empereur d'Allemagne, mais se rétablit au traité de Vienne (1815).
(Prusse.)
Frédéric-Guillaume I, roi de Prusse, fils de Frédéric I. surnommé le roi-sergent, régna de 1713 à 1740. Il agrandit ses Etats, augmenta la puissance militaire de la Prusse et laissa une belle armée à son successeur.
Frédéric II le Grand, fils du précédent, naquit à Berlin (1712-1780), fut durement traité par son père, qui le qualifiait de bel esprit français. Il lui succéda en 1740, la même année où il venait de publier V Anti-Machiavel. Dans la guerre de la succession d'Autriche, il acquit la Silésie. Dans la guerre de Sept ans (1756-1763), il parvint à se défendre d'une terrible coalition et fut soutenu par l'or de l'Angleterre. Avec Catherine II, il prépara le premier démembrement de la Pologne (1772-3). Frédéric correspondait avec Voltaire; ils se brouillèrent ensuite. Avec le secours des savants français, il releva l'Académie de Berlin. Cette société
publiait alors ses mémoires en français. Lui-même a laissé l'Histoire de mon temps, une Correspondance, etc.
Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse, né en 1744) succéda à son oncle Frédéric II (1786-1707). Il intervint en Hollande, où il soutint le stathouder contre les patriotes (1788). Battu à Valmy, il abandonna à la France, par le traité de Bàle (1795), la rive gauche du Rhin. Mais il agrandit beaucoup ses Etats au 2e et au 3e démembrement de la Pologne, qu'il trompa indignement. — Son fils, Frédéric-Guillaume III lui succéda.
Brunswick. — Ledac de Brunswick- Lunebourg, né en 1735, neveu du grand Frédéric par sa mère, se distingua dans la guerre de Sept ans. En 1702, il commanda les alliés contre la France et publia un manifeste trop célèbre, qui exaspéra les passions révolutionnaires et provoqua des atrocités. Il lut battu à Valmy par Dumouriez. A la tête de l'armée du Rhin, en 1703, il échoua devant Landau. Généralissime de l'armée prussienne, en 1800, il fut blessé mortellement près d'Auerstœdt. (Pologne.)
Auguste III, électeur de Saxe et roi de Pologne, succéda à son père Auguste II (1733-1703) et triompha de son rival Stanislas Lecsinski, avec l'aide dos Russes et des Autrichiens. Il ne fut pas heureux dans sa guerre contre Frédéric II. Sous son règne, les dissensions des Polonais s'aggravèrent encore et préparèrent la ruine de leur patrie.
Stanislas Leczinski, roi de Pologne, né à Léopol en 1077, était palatin de Posnanie. Député vers le roi de Suède, Charles XII (1704), il lui plut et fut nommé roi à la place d'Auguste II. Mais la ruine de Charles XII entraîna la sienne et l'obligea à se retirer en France. En 1725, sa fille Marie Lecsinska épousa Louis XV. A la mort d'Anguste II, il fut élu roi par la majorité de la nation : mais la France ne le soutint pas et il fut attaqué parles Russes, qui l'assiégèrent à Dantzig. Par le traité de Vienne, il garda le titre de roi et obtint les duchés de Lorraine et de Bar, qui devaient rester ensuite à la France. Il vécut et mourut paisiblement (1766), après avoir mérité le titre de Bienfaisant. Il écrivit, entre autres ouvrages : L'incrédulité combattue par le simple bon sens (V. la marquise des Réaulx, Le roi Stanislas et Marie Lecsinska, 1805).
Poniatowski, famille polonaise de Lithuanie. Stanislas- Auguste Poniatowski (1732-1708), devint le favori de Catherine II, qui le fit élire roi de Pologne (1764). Son règne fut une longue anarchie. Il assista impuissant ou incapable au démembrement de son pays, abdiqua en 1795, se retira à Grodno, puis à Saint-Pétersbourg, où il vécut d'une pension de 200,000 ducats, que lui servait la Russie. — Son père, Stanislas Poniatowski ( 1077-1702) avait soutenu Stanislas Leczinski. — Un autre membre de cette famille, Joseph-Antoine (1762-1813), fut lieutenant de Kosciuszko et servit dans les armées de Napoléon (V. le siècle suivant).
Radziwill, famille polonaise de Lithuanie. Le dernier membre célèbre de cette famille, Charles- Stanislas (1734-1700), s'opposa de toutes ses forces à l'élection de Stanislas Poniatowski et ne put empêcher le démembrement de son pays (1772). Il s'expatria, mais revint mourir en Pologne.
Kosciuszko. — Ce patriote polonais (1746-1817) fut élevé à l'école des cadets de Varsovie et alla combattre en Amérique pour la cause de l'indépendance Il en revint avec le grade de général, en 1783. lise signala dans la guerre contre la Russie (1702). A la paix, il se retira à Leipzig. Lorsque l'armée se souleva (1794), il se rendit à Cracovie, fut nommé dictateur, battit d'abord les Russes, lutta héroïquement contre les Prussiens et les Russes
HISTOIRE : XVIIIe SIÈCLE
réunis et fut écrasé finalement par Souvarov. Il resta deux ans prisonnier. Paul I lui rendit la liberté. Il mourut à Soleure ; mais son corps fut rapporté à Cracovie, où il repose entre Jean Sobieski et Joseph Poniatowski.
( Russie. )
Catherine I, née en Livonie (1(>82-1727),
épousa un dragon suédois de la garnison de Marien-
bourg, fut prise par les Russes au sac de cette ville
(1792), plut à Pierre le Grand, qu'elle sauva en
1711, en traitant habilement avec les Turcs, qui l'avaient cerné, sur le Pruth. Pierre l'épousa en
1712, après avoir répudié Eudoxie. En 1723, elle lut couronnée impératrice ; deux ans après elle succéda à son époux (I72.">), dont elle continua la politique. Mentchikof fut son ministre
Pierre II, tsar de Russie (1727-1730), était fils d'Alexis et petit-fils de Pierre le Grand. Il succéda à Catherine et régna sous la tutelle de Mentchikof, puis sous celle de Dolgorouki, qui renversa Mentchikof.
Anna Ivanowna, impératrice de Russie (1730-1740), était fille d'Ivan V et nièce de Pierre le Grand. Elle laissa le pouvoir à divers ministres : Biren, Munich, etc., intervint en Pologne en faveur d'Auguste III. Munich battit les Turcs, qui signèrent la paix de Belgrade (1739).
Ivan VI, arrière-petit-fils d'Ivan V et neveu d'Anne Ivanowna, né en 1740, fut proclamé tsar à la mort de sa tante. Mais il fut renversé et retenu prisonnier par Elisabeth. Catherine II le fit assassiner en 1704.
Elisabeth Pétrovna, impératrice de Russie, née en 1709, était fille de Pierre le Grand et de Catherine I. Elle s'empara du trône en 1741, enleva à la Suède une partie de la Finlande, lutta contre la Prusse, pendant la guerre de Sept ans, fonda une université à Moscou, etc. Elle mourut en 170:2. On lui a reproché ses désordres. Après elle, son neveu Pierre III ne fit que passer sur le trône.
Catherine II, impératrice de Russie, née à Stettin (1729-1790), fille du prince d'Anhalt-Zerbot, fut appelée en Russie par Elisabeth (1744) etdestinée à épouser l'héritier présomptif de la couronne (Pierre III). Elle l'épousa, en effet, l'année suivante. Mais devenue impératrice et menacée du divorce et de l'emprisonnement, elle fit déposer et tuer son mari (1762), se fit sacrer à Moscou et régna avec une grande autorité. Elle fut le principal auteur du démembrement de la Pologne, battit les Turcs, qui soutenaient les Polonais, s'empara de la Crimée, supprima la république des Cosaques Zaporogues, s'agrandit encore du côté de la Turquie, à laquelle elle imposa le traité de Jassy, etc. Elle correspondait en même temps avec les philosophes français : Diderot, D'Alembert, Voltaire et s'exerçait elle-même dans des œuvres littéraires. Elle fonda beaucoup de villes et créa des écoles.
Paull, tsar de Russie de 1790 à 1801, né àSainl ■ Pétersbourg en 1754, était fils de Pierre III. Il fut tenu en tutelle pendant le règne de sa mère. A son avènement, il opéra une réaction contre l'administration précédente, prit part à la seconde coalition contre la France, envoya des armées qui furent battues à Zurich et à Bergen (1799). Gagné ensuite par Bonaparte, il chassa les émigrés el prit part à la ligue des neutres contre l'Angleterre (1800). Il périt assassiné dans la nuit du 23-24 mars, victime d'un complot tramé par l'aristocratie et dont l'âme fut Pahlen, gouverneur de Saint-Pétersbourg.
Orlof — Cette famille russe a fourni plusieurs hommes célèbres. Grégoire Orlof , favori de Catherine II, contribua avec ses 4 frères à la révolution de 1702. Disgracié plus tard et remplacé par Potemkin, il en perdit la raison.
Potemkin, né près de Smolensk (1736-1791), devint le favori de Catherine II vers 1774 ; il
s'efforça de supplanter les Orlof et les Panine. Il réunit la Crimée et fonda Kherson, que visita Catherine dans un voyage fastueux (1787).
Souvarow, né à Moscou (1729-1800), fut d'abord simple soldat et. se distingua par son courage. Général, il vainquit les Polonais et prit Cracovie (1708). En 1783, il soumit les Tartares du Kouban, etc. En 1789, il remportait de grands succès contre les Turcs et leur tuait trente mille hommes. Vainqueur de Kosciuszko, il entra à Varsovie en 1794 et fut nommé feld-maiéchal. En 1799, il commanda l'armée russe en Italie et remporta plusieurs victoires ; mais il vint perdre son armée dans les montagnes de la Suisse, où elle fut repoussée par Masséna. Il mourut en disgrâce. (Turc*.)
Achmet III, frère de Mustapha II, auquel il succéda (1703-1730), donna généreusement asile à Charles XII, accorda à Pierre le Grand, cerné sur le Pruth, le traité de Falksen (1711), reprit la Morée sur les Vénitiens, mais dut signer avec Venise et l'Autriche le traité de Passarowitz (1718). Déposé par les janissaires, il mourut en prison (1736).
Mahmoud I, né en 1090, fils de Mustapha II, remplaça en 1730 son oncle Achmet III. Il signa le traité de Belgrade avec l'Autriche et la Russie (1739) et mourut en 1754. — Après lui, Osman II!, prince incapable et cruel, ne régna que trois ans (1754-1757) et mourut subitement. — Musta-> pha III, fils d'Achmet III et cousin d'Osman 111, lui succéda (1757-1774) et soutint la guerre contre Catherine II.
Abdul-Hamid. frère de Mustapha III, lui succéda (1774-1789). Les Russes lui enlevèrent une partie de la Bessarabie et la Crimée ; il fut vaincu par eux à Otchakof ( 1788).
Sélim III succéda à son oncle Abdul-Hamid (1789) et dut signer le traité de Jassy, que lui imposèrent la Russie et l'Autriche (1792). Il soutint l'Angleterre contre Bonaparte, lors de l'expédition d'Egypte, puis fit la paix avec la France (1802). Il fut détrôné par les janissaires (1807), et étranglé sur l'ordre de Mustapha IV (1808).
(Perse.)
Nadir-Chah, roi de Perse, né en 1088, fut d'abord conducteur de chameaux et brigand. Profitant des troubles qui .-uivirent la chute de Hussein (1722), il s'empara du Khorassan, se mit au service du fils de Hussein, Thamasp (1720), prit Ispahan (1729) et devint un ministre tout-puissant. Thamasp ayant traité avec les Turcs, Nadir refusa de reconnaître le traité, battit les Turcs, déposa Thamasp, le remplaça par Abbas III, enfant de 8 mois, qui mourut bientôt. Proclamé chah de Perse (1736), Nadir vainquit les Afghans rebelles et prit Kandahar, attaqua le Grand-Mogol, s'empara de Delhi (17159), soumit le Caboul et rapporta un butin immense. Il fut assassiné par ses généraux dans une expédition contre les Kurdes (1747). (Amérique )
Penn (William), qui devint le législateur de la Pensylvanie, né à Londres (1644-1718), (Hait fils d'un amiral anglais, qui fut au service des Stuarts. Il voyagea en France et dans les Pays-Mas, se fit quaker à son retour et fut plusieurs fois emprisonné pour ses idées. Ayant hérité d'une riche créance sur la couronne, il reçut en échange le pays qui est devenu la Pensylvanie (forêt de Penn), où il fonda une colonie en 1681 . Il traita avec les Indiens, abolit l'esclavage, donna une constitution aux colons et fonda Philadelphie. Revenu en Angleterre, il obtint les faveurs de Jacques II, mais fut mal vu, par conséquent, de Guillaume, qui le dépouilla de son gouvernement. Il le reprit cependant en 1090, passa encore deux ans en Amérique (1099-1701) et revint en Angleterre demander des concessions commerciales en faveur de la colonie. La Pensylvanie prit.
dans la suite, une grande part à la guerre de V Indépendance (1773-1783). Elle fut l'unedes 13colonies qui formèrent le noyau de l'Union.
Washington, le fondateur de la république des Etats-Unis, né à Bridges Creeck (Virginie) en 1732, commanda d'abord les milices anglaises contre les Français du Canada . Dans une rencontre, Jumonville, jeune officier français, fut tué en trahison, mais à l'insu de Washington (1754). Le frère de Jumonville, Villiers, tira vengeance de ce crime, en prenant, avec 600 Canadiens et 100 sauvages, le fort Nécessité, défendu par Washington avec 900 hommes et 9 pièces de canon, et en dispersant un convoi de 300 bateaux sur le lac Ontario. Washington se démit de son commandement et se retira à Mount-Vernon, pour exploiter ses vastes domaines. Mais il révéla sa valeur militaire et sa grande âme dans la guerre de l'Indépendance. On le choisit à l'unanimité pour commander l'armée nationale (1775) : il joua dès lors le premier rôle, combattant toujours et ne désespérant jamais devant les difficultés et les insuccès. La France se déclara enfin en sa faveur. Aidé par La Fayette et par la fl tte française de l'amiral de Grasse, il força Cornwallis à capituler dans Yorktown (19 oct. 1781). Dès lors les hostilités languirent jusqu'à la paix de 1783. Washington ne se prêta point aux projets de ceux qui voulaient lui décerner la couronne ; mais il s'appliqua à maintenir l'union parmi les confédérés. Lorsque la constitution eut été votée, il fut élu président et s'entoura de tous les hommes les plus remarquables pour fonder la république, que troublaient les divisions des fédéralistes et des démocrates. Il fut réélu à l'unanimité, en 1793, et déposa le pouvoir le 4 mars 1797, pour se retirer à Mount- Vernon, où il mourut le 14 déc. 1799. Sa mort fut regardée comme un deuil public, en France comme en Amérique.
Adams (John), 2e président de Etats-Unis (1797- 1801), né dans le Massachusetts (1735-18':6), vint avec Franklin en Europe pour demander des secours, mais s'accorda peu avec lui. Il fut hostile à la Révolution française, qui déplut aux gentilshommes américains, mais fut mieux accueillie des démocrates.
Franklin, surnommé le Socrate d'Amérique (1706-1790), fut à la fois un homme politique, un physicien et un moraliste. Quinzième enfant d'un petit commerçant anglais émigré en Amérique, il se fit imprimeur et s'instruisit à peu près seul. Chef d'imprimerie à Philadelphie, il fonda sous le nom de club une sorte d'Académie, des bibliothèques et des publications populaires. Dès 1732 paraissait YAlmanach fin. bonhomme Richard, devenu en 1757 le recueil si populaire et si connu sous le nom àeScience du bonhomme Richard, écrit familier, rempli de renseignements utiles et de sentences proverbiales. La philosophie morale de cet ouvrage est celle de l'utile.
Célèbre et très populaire en Amérique, Franklin fut salué avec enthousiasme par la France, lorsqu'il vint solliciter l'appui de Louis XVI en faveur de son pays, dans la guerre de l'Indépendance. Il apparut comme la personnification des idées nouvelles. Il resta quelques années en France (1776-1785) et signa, comme ministre plénipotentiaire, le traité de paix qui affranchissait son pays (1783). Accueilli on ne peut mieux dans la société d'Auteuil, il y rencontra les esprits les plus célèbres du temps, auxquels il plaisait par ses qualités toutes françaises. C'est là qu'il disait un jour à Cabanis et à Volney, tous deux jeunes et ardents : « A votre âge, l'âme est en dehors ; au mien, elle est en dedans, elle regarde par la fenêtre le bruit des passants sans prendre part à leurs querelles. » Agé de près de SU ans et infirme, il s'arracha à ses amis d'Auteuil et retourna dans sa patrie. A sa mort, l'Amérique
prit le deuil pendant un mois et l'Assemblée constituante pendant trois jours. Citons encore de Franklin : les Mémoires de sa vie privée (1791) ; des Mélanges de morale, d'économie et de politique, extraits et publiés par llenouard (1853, 3e éd.). (Théologiens, prédicateurs, philosophes, etc.
Bergier, né àDarney, en Lorraine (1718-1790), fut successivement curé, professeur de théologie à Besançon et chanoine de N.-D. de Paris. Outre de nombreux ouvrages dirigés contre les philosophes incrédules du siècle, il a laissé un Dictionnaire de théologie, plusieurs fois réédité avec des compléments.
Massillon, oratorien,' né à Hyôres (1663-1742), professa les belles -lettres et la théologie, débuta à Paris comme prédicateur (1699) dans l'église de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré, où il donna le Carême ; il prêcha l'Avent qui suivit, à Versailles, devant Louis XIV, qui aima à l'entendre, et dont il prononça l'oraison funèbre. En 1718, il prêcha son Petit Carême devant Louis XV. Evêque de Clermont, en 1717, il se voua aux devoirs de son nouveau ministère.
Bridaine. — Tout autre que celle de Massillon fut l'éloquence de Bridaine, né près d'Uzès (1701- 1767). Il parcourut tout le Midi et prêcha jusqu'à 256 missions, dans les campagnes surtout. On voulait l'entendre à Paris, où il donna, à Saint-Sulpice, un sermon sur l'éternité."
Gerdil (le card.), né en Savoie (1718-1802), entra chez les barnabites, professa à Macerata, à Casai, à Turin, fut précepteur du petit-fils de Charles-Emmanuel III et promu cardinal en 1777. Ses travaux portèrent surtout sur la philosophie et les mathématiques. Il s'attacha, en particulier, à la réfutation de Locke, qui avait supposé que l'âme pourrait être matérielle ; il s'efforça aussi de montrer mathématiquement que l'éternité de la matière répugne. Partisan d'un ontologisme modéré, Gerdil était favorable au cartésianisme et surtout aux idées de Malebranche. Ses œuvres forment 15 vol. (Rome 1808-1820).
André (le Père), né en Bretagne, à Chàteaulin (1675-1764), étudia à Quimper, entra à 18 ans chez les jésuites et fut ordonné prêtre en 1706. Initié au cartésianisme par Malebranche, qu'il rencontra à Paris, il soutint ce système, dans les écoles de la Compagnie, mais en s'attirant des attaques et autres désagréments. 11 fut enfermé à la Bastille et dut se rétracter. Il passa à Caen les 38 dernières années de sa vie. Son ouvrage le plus connu est l'Essai sur le beau (1741), composé de huit discours lus à l'Académie de Caen ; ils sont remplis de pensées agréables et ingénieuses.
Saint-Pierre (l'abbé de), né au château de Saint-Pierre, près de Harfleur (1658-1743), (Hait parent de Villars; il se distingua comme publiciste et philanthrope. Lié avec Malebranche, Fontenelle, Vertot, il suivit le cardinal de Polignac à Utrecht (1712) et s'initia à la politique. On lui doit une foule de projets de réforme, que le cardinal Dubois appelait les rêves d'un honnête homme, entre autres son Projet de pui.r perpétuelle (1713). Cette paix aurait été garantie par un tribunal suprême des nations. 11 fut exclu de l'Académie en 1718, pour avoir jugé trop librement le gouvernement de Lous XlV. Il pratiqua constamment la bienfaisance : ce mot est même de lui.
L'Epée (l'abbé de), né à Versailles (1712-1789), créa l'institution des sourds-muets, et tenta, comme il le dit, de faire entrer dans leur esprit, par les yeux et l'alphabet manuel, ce qui entre chez les autres par les oreilles. Ayant réussi, il se consacra , tout entier à cette œuvre et fonda, avec ses propres ressources, en 1755, la première institution de ce genre.
Gaultier (l'abbé), instituteur, auteur d'une
HISTOIRE : XVIIIe SIECLE
nouvelle méthode d'enseignement, naquit à Asti, en Piémont (1746-1818), d'une famille française, et se fixa à Paris en 1780. Il imagina, pour faciliter l'étude aux enfants, de réduire les études élémentaires à une espèce de jeu, de tout mettre en action, de procéder toujours par interrogations et de récompenser immédiatement les succès au moyen de jetons. Il ajouta ensuite à ces procédés l'enseignement mutuel. Emigré en Angleterre, il y fit apprécier beaucoup sa méthode. Il revint en France en 1800. Son Cours complet compte 21 vol.
Condillac (l'abbé de), qui devait se distinguer dans la philosophie, naquità Grenoble (1715-1780), n'apprit à lire qu'à 12 ans, à cause de sa mauvaise vue; son silence habituel et son goût pour la solitude le firent regarder d'abord comme un esprit borné. Son frère l'emmena à Paris; il prit les ordres et devint abbé de Mureaux, mais n'exerça pas les fonctions ecclésiastiques. S'étant lié avec Diderot, Rousseau, Duclos, il s'éprit de littérature et de philosophie, et se révéla, en 1746, par l'Essai sur l'origine des connaissances humaines, qui fut suivi d'un Traité des systèmes (1749), du fameux Traité des sensations (1754) et du Traité des animaux (1755). Choisi par la reine Marie Leczinska (1757) pour précepteur du duc de Parme, il composa un Cours d'études em 16 vol. comprenant la Grammaire, Y Art d'écrire, Y Art de raisonner, Y Art de penser, Y Histoire générale des hommes et des empires De retour à Paris, il entra bientôt à l'Académie (1768), mais vécut retiré et refusa de diriger l'éducation des fils du Dauphin (Louis XVI, Louis XVIII, Charles X). En 1776, il publia un ouvrage d'économie politique : Le commerce et le gouvernement considérés relativement l'un à l'autre; en 1777, il écrivit une Logique, que lui demandait le Conseil de l'instruction publique de Pologne. Enfin, la Langue des calculs, qu'on lui doit encore, ne fut publiée qu'en 1798 par Laromiguière. Ces nombreux ouvrages, qui attestent la fécondité de l'auteur, offrent de vrais mérites littéraires et plaisent par la clarté; mais ils n'ont que trop accrédité en France l'idéologie sensualiste de leur auteur, dérivée elle-même de celle de Locke, importée en France principalement par Voltaire. (V. Dewaulc, Condillac et la psychologie anglaise contemporaine).
Helvétius, né à Paris (1715-1771), fermier général à 23 ans et disposant d'une grande fortune, aimait à grouper et à protéger les hommes de lettres de son temps ; mais il encourageait les pires doctrines et contribua pour sa part à la corruption de son siècle. Il résigna ses fonctions en 1750 et publia, en 1758, son livre de l'Esprit, qui fit scandale, fut condamné par la Sorbonne et le Parlement et brûlé par le bourreau. Les Encyclopédistes eux-mêmes n'osaient pas le défendre. Helvétius y professait le matérialisme en psychologie et l'égoïsme en morale. Selon le mot de Mme du Deffant, il n'eut guère que le tort de dire tout haut ce que ses amis pensaient tout bas. Il faut ajouter que ses libéralités et ses manières bienveillantes valaient mieux que ses principes. Il dut se rétracter et visita ensuite l'Allemagne, où il vit Frédéric, et l'Angleterre. — Sa femme, Mme Helvétius (1719-1800), lorraine de naissance et sans fortune de sa famille, partageait ses goûts littéraires ; elle se retira à Auteuil, où sa maison fut, comme à Paris, le rendez-vous des philosophes et des idéologues. Elle en légua lajouissancc à Cabanis. (V.Guillois, le Salon de Af'ne Helvétius).
Saint-Lambert naquit à Nancy (1716-1803), fut élevé chez les jésuites de Pont-à-Mousson et s'établit à Paris après la mort du roi Stanislas, auquel il était attaché. Il se lia avec la plupart des philosophes et collabora al' Encyclopédie. En 1769, il publiait le Poème des saisons, dont Voltaire
disait quelques années après que ce serait le seul ouvrage du siècle qui passerait à la postérité, mais qui est bien oublié aujourd'hui. En 1770, il remplaçait Trublet à l'Académie française. Ses liaisons avec Mme du Chàtelet, puis avec Mmc d'Houdetot, sont connues. Il se retira chez cette dernière pendant les orages de la Révolution, à Eaubonne, dans la vallée de Montmorency. Son ouvrage principal est le Catéchisme universel, qu'il commença à publier en 1798 (5 vol.) et dont le succès inouï est bien de nature à nous éclairer sur l'état des esprits à cette époque. Saint-Lambert y enseigne une morale toute naturelle et matérialiste, bien qu'il admette l'existence de Dieu à la façon de Voltaire. Selon lui, l'homme ne serait, en définitive, qu'une masse organisée et sensible, qui recevrait son esprit de ses besoins et des objets qui l'entourent.
La Mettrie, né à Saint-Malo (1709-1751), était fils d'un riche négociant. Il devint médecin des gardes françaises et perdit sa place, en publiant un premier ouvrage matérialiste et scandaleux : Histoire naturelle de l'âme (1745), qui fut suivi de YHomme-machine{l748),deYHomme-plante,etc.
Poursuivi même par les protestants, il se réfugia auprès de Frédéric, dont il devint le lecteur.
D'Holbach (1723-1789). — Ce baron, fils de parvenu, poussa peut-être encore plus loin que le précédent l'athéisme et l'irréligion. Badois de naissance et naturalisé français, il s'établit à Paris, où sa maison devint le rendez-vous des hommes de lettres; ce qui le fit surnommer le maître d'hôtel de la philosophie. Malheureusement sa plume fut presque aussi féconde que sa table était hospitalière; et dans son Système de la nature (Londres, 1770), Le bon sens du, curé Meslier ou Idées naturelles opposées aux idées surnaturelles (Londres, 1772), et une foule d'autres écrits anonymes ou pseudonymes, il professa des doctrines si révoltantes qu'elles déplurent même à Frédéric et à Voltaire. Gœthe disait avoir peur du Système de la 'nature comme d'un spectre cadavéreux.
Gondorcet (1743-1794), né à Ribemont (Picardie), perdit son père à 4 ans. Sa mère, très pieuse, le voua au blanc jusqu'à 1 1 ans. Son oncle paternel, évêque de Gap, Âuxerre et Lisieux, confia son éducation à un jésuite. A 26 ans, il entrait à l'Académie des sciences; à 39 ans, à l'Académie française. De bonne heure, il s'était lié avec les encyclopédistes. D'Alembert le fit entrer à l'Académie et le choisit pour exécuteur testamentaire. A la Révolution, Condorcet fut membre de l'Assemblée législative, puis de la Convention, où il vota contre Louis XVI la peine la plus grave qui ne fût pas la mort et demanda ensuite qu'il y eût sursis à l'exécution. Après la proscription des Girondins, il fut accusé de modérantisme et se cacha : il resta pendant huit mois chez M"10 Vernet, qui tenait un restaurant rue Servandoni. Ce fut là, pour occuper ses loisirs et endormir de mortelles inquiétudes, qu'il écrivit, dépourvu de livres, son Esquisse d'un tableau des progrès de l'esprit humain, où la Révolution, dont il allait être l'une des victimes, est glorifiée. Il y développa l'idée delà perfectibilité du genre humain, déjàémise par Turgot. Lorsque la Convention eut décrété la peine de mort contre toute personne qui donnerait asile à un proscrit, il s'enfuit de Paris, fut arrêté dans un cabaret de Clamart et emprisonné à Boury-la-Reine, où il se tua en prenant du poison qu'il portait toujours sur lui et que lui avait donné Cabanis. Avec YEsquisse, on peut signaler : une édition des Pensées de Pascal, dont il est loin de partager les idées (1776) ; une Vie de Turgot (1786), dont il était l'ami et l'admirateur; une Vie de Voltaire (17*7), dont il était le disciple, et divers opuscules sur l'application du calcul des probabilités aux sciences morales. Ses Œuvres forment 12 vol. dans l'édition