PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
que favorisait peut-être sa constitution débile ; il dédaigna les classiques, préférant les ouvrages de spiritualité et lut aussi les philosophes à la mode. Ce fut à Bordeaux, où son régiment était en garnison, qu'il fut initié à la philosophie mystique par le juif Martinez Pasqualis. Ayant quitté l'état militaire pour propager ses idées, il vint à Lyon, où Martinez avait une loge, et publia son premier ououvrage : Des Erreurs et de la vérité (1775). A Paris, où il se rendit ensuite, il fit beaucoup de prosélytes parmi les dames de haute naissance. Il se lia d'amitié avec Mme Bœchlin de Strasbourg, qui lui fit connaître le prince des mystiques, Jacob Bœhm. Pendant la Révolution, il se laissa envoyer par ses concitoyens aux Ecoles normales, où il fut l'auditeur de Garât, à qui il proposa des objections contre le sensualisme (v. Garât). Mais il s'appliquait surtout à répandre ses propres idées dans des ouvrages tels que les suivants : V Homme de désir ; Ministère de l Homme-Esprit ; l'Esprit des choses , le Nouvel homme ; Aurore naissante; Crocodile (v. Ad. Franck, la Philosophie mystique en France à la fin du XIXe siècle : Saint-Martin et son maître Martinez Pasqualis, 1866; Ferraz, Hist. de la philosophie fendant la Révolution, etc.).
Gessner (1727-1779), né dans le Tyrol, entra dans l'état ecclésiastique et fut même curé de Klœsterle (Grisons); puis il voyagea, prétendant guérir en imposant les mains au nom de J.-C. Les évêques de Constance, de Prague, de Salzbourg lui interdirent leurs diocèses; Joseph II (1777) le chassa de Ratisbonne. Il exposa ses idées dans une Instruction pour combattre le diable (1774), qui, selon lui, était la cause des maladies. Gessner était, paraît-il, désintéressé et de bonnes mœurs. Mm0 Campan raconte que l'impératrice d'Autriche le consulta sur l'avenir de sa fille Marie-Antoinette: Gessner, à cette demande, aurait pâli et, pressé de répondre, il se serait écrié : Madame, il est des croix pour toutes les épaules !
(Mesmèrism e.) Mesmer (1734-1815). — Né sur les bords du lac de Constance, Mesmer étudia la médecine à Vienne et y soutint une thèse de doctorat sur l'influence des planètes. Il y prétendait que les corps célestes agissent sur les êtres animés par le moyen d'un fluide subtil répandu dans tout l'univers. En 1775, il publiait sa Lettre à un médecin étranger sur la cure magnétique. 11 y enseignait , l'existence du magnétisme animal, sorte de fluide qui serait propre à tous les corps vivants et dont il aurait trouvé, disait-il, le secret de se servir pour opérer beaucoup de guérisons. Cette prétendue découverte fit le plus grand bruit. A Paris, où il se rendit en 1778, le gouvernement offrit de la lui acheter pour une rente de vingt mille livres. Mesmer refusa ; il accepta pourtant la souscription ouverte par son ami Bergasse et qui s'éleva à 340.000 livres. Mais, malgré sa promesse, il ne révéla aucun secret. Une commission fut nommée alors par le gouvernement pour juger des effets singuliers et surprenants qui étaient produits par la méthode de traitement mesmérienne. Cette commission, où l'on voyait Bailly, Darcet, Franklin, A.-L. de Jussieu, Lavoisier, attribua tous ces effets à l'imagination ou à l'imitation (l'on dirait aujourd'hui la suggestion). Jussieu seul en jugea différemment. Ce qui paraît certain, c'est que beaucoup d'effets provoqués par la méthode mesmérienne chez des sujets plus ou moins nerveux ou surexcités rentrent dans l'ordre des phénomènes hypnotiques étudiés aujourd'hui.
(Ch art a ta n is me.) Cagliostro (1743-1795) fut moins un mystique et un illuminé qu'un charlatan. Né à Païenne d'une famille obscure, il s'appelait de son vrai nom
Joseph Balsamo. Il escroqua 60 onces d'or à un orfèvre en lui promettant un riche trésor; puis il parcourut sous divers noms et exploita la Grèce, l'Egypte, l'Arabie, la Perse, Rhodes et Malte, éblouissant tout le monde par les guérisons vraies ou prétendues qu'il opérait et par son opulence inexplicable. Après avoir fait quinze jours de prison à Naples (1773) pour ses méfaits, il épousa à Rome une intrigante avec laquelle il obtint de nouveaux et plus grands succès. Les Strasbourgeois (1780) virent en lui un être surnaturel ; il s'établit à Paris (1785), fut impliqué dans l'affaire du collier, mis à la Bastille, puis exilé. On le vit ensuite en Angleterre, en Suisse et en Italie, où il fut condamné par l'Inquisition romaine comme illuminé et franc-maçon et mourut en prison. Le peuple vit en lui un sorcier dont le diable était le banquier; plusieurs lui ont attribué des prédictions; quelquesuns l'ont regardé comme un espion soudoyé par les sociétés secrètes ; d'autres n'ont vu en lui qu'un charlatan de génie.
Saint-Germain (le comte de) fut un aventurier non moins célèbre, en son temps, que le précédent. Ses succès incroyables accusent la crédulité extrême et superstitieuse de ses contemporains. Sa vie est restée un mystère, car on ne connaît ni son vrai nom, ni son origine. Le maréchal de Belle-Isle l'amena en France, vers 1740, et il fut admis dans l'intimité de Mllie de Pompadour et de Louis XV. 11 faisait croire qu'il vivait depuis des siècles, qu'il avait été le contemporain et le familier de Charles- Quint, de François I et même de Jésus-Christ. Il séjourna longtemps en France, puis visita l'Angleterre, l'Italie, se retira auprès du prince de Hesse- Cassel et mourut à Slesvig (1784). Plusieurs l'ont regardé comme un espion.
(Economistes.) Adam Smith (1723-1790) appartient, comme philosophe, à l'école écossaise; mais il est célèbre surtout comme économiste. Il étudia à Glasgow, où il eut pour maître Hutcheson; il y puisa le goût de la méthode expérimentale, qui cherche la lumière dans tous les ordres de faits : historiques, littéraires, économiques. Destiné d'abord à l'état ecclésiastique, il y renonça bientôt et vint à Edimbourg, vers 1748. De cette époque date son amitié pour Hume, dont l'esprit cependant contrastait si fort avec le sien. Appelé à la chaire de logique de Glasgow, en 1751, puis l'année suivante à la chaire de philosophie morale, il enseigna avec éclat pendant 13 ans. Reid lui succéda. Smith voyagea ensuite sur le continent, où il accompagna le jeune duc de Buccleng. A Paris, il retrouva Hume, qui était secrétaire de l'ambassade anglaise; avec lui, il put fréquenter les philosophes et les économistes français, Turgot, Quesnay, etc. Mais il ne paraît pas qu'il ait puisé dans ces relations l'idée des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. De retour en Ecosse et à Kirkaldy, sa ville natale, il prépara la publication de cet ouvrage capital, qui parut en 1776 et se répandit aussitôt en Angleterre et en Europe. Nommé commissaire des douanes en Ecosse, Smith se fixa de nouveau à Edimbourg, où il mourut, laissant inachevé son Traité de droit civil et politique. Outre les Recherches, il avait publié, en 1759, la Théorie des sentiments moraux; il laissait encore des Considérations sur l'origine et la formation des langues, et quelques Essais. — Mac-Culloch a donné une nouvelle édition des Œuvres de Smith (1828) et une biographie de cet auteur (1854).
Quesnay (1694-1774) est regardé comme le fondateur de l'Ecole des ph y siocrates, à laquelle se rattachait Turgot (v. ce nom), bien qu'il la combattît sur certains points. NéàMéry (Seine-et-Oise), Quesnay se signala d'abord par ses connaissances médicales et fut même chirurgien du roi (1737).
HISTOIRE : XVIIIe SIÈCLE
Mais c'est à ses travaux économiques qu'il doit la célébrité. Il collabora à V Encyclopédie (articles Grains, Fermiers), et publia de nombreux mémoires dans les journaux d'agriculture. Ses principaux ouvrages sont : Mu. ri mes générales du gouvernement économique <lu royaume agricole ; Physiocratie ou Constitution naturelle du gouvernement le plus avantageux au genre humain (1768). Ce dernier ouvrage, regardé comme l'Evangile du parti, fut publié par Dupont de Nemours. On y trouve le Tableau économique, qui excita un vif enthousiasme et fut si souvent commenté. L'ouvrage avait pour épigraphe : Pauvres paysans, pauvre rot/a aine ; pauvre royaume, pauvre roi.
Gournay (1712-1759), né à Saint-Malo, entra dans le commerce et fut envoyé bien jeune encore à Cadix, qui était alors le centre des relations de l'Europe avec l'Amérique. 11 rentra en France en 1744, voyagea en Hollande et en Angleterre. En 1748, il quitta le commerce sur le conseil de Maurepas, acheta une^charge de conseiller au Grand Conseil et devint, en 1751, intendant du commerce. Il traduisit et commenta les Traités sur le commerce et r intérêt de l'argent, de Josias Child et de Thomas Culpeper (1754). Il se montra l'adversaire des prohibitions et des réglementations, des monopoles et des privilèges decorporation. On lui attribue la maxime : Laisse.; faire, laisses passer. Partisan, comme Quesnay, de l'école physiocratique, il en différait sur ce point, qu'il regardait le travail manufacturier comme la source de la richesse de l'Etat. Quesnay et Gournay étaient comme les chels de deux groupes distincts de la même école. Turgot prétendait ne relever d'aucun d'eux.
Dupont de Nemours (173!)- 1817), né à Paris, se distingua de bonne heure par quelques travaux économiques, qui attirèrent sur lui l'attention de Quesnay, dontil devint le disciple favori. Quesnay fondait sur lui de grandes espérances, qui ne furent pas déçues. Dupont, en effet, le plus jeune des physiocrates, a défendu toujours leurs idées jusque dans les premières années du X1XU siècle, contre J.-B. Say. Il fut successivement rédacteur en chef du Journal d'agriculture (1705) et des Ephémérides du citoyen, où il inséra de nomb; eux articles sur le commerce et les finances. 11 quitta quelque temps la France et se trouvait en Pologne, lorsqu'il fut rappelé par ordre du roi, pour être associé aux travaux de/Turgot. 11 suivit ensuite ce ministre dans sa chute ; exilé en Gâtinais, il écrivit un curieux mémoire sur la Vie et le ministère de Turgot. Rappelé à Paris, il obtint par ses services le titre de conseiller d'Etat ; il collabora au traité de commerce avec l'Angleterre (1780), dans lequel il fit prévaloir ses idées de libre échange. Aux Etats- Généraux et à la Constituante, où il fut envoyé par le bailliage de Nemours, ce qui lui valut son nom, il fit un rapport remarquable sur l'état et les ressources des finances ; il se prononça contre le papiermonnaie. Imbu des préjugés révolutionnaires, il demanda le premier la confiscation des biens du clergé. Pendant la Révolution, il fut incarcéré et ne dut la vie qu'à la chute de Robespierre. Après le 18 fructidor, il se retira en Amérique, où il comptait parmi ses amis, Jefferson. Celui-ci lui demanda un plan d'éducation nationale, dont il s'inspira plus tard, quand il fonda l'université de Virginie. Dupont fut rappelé en France, lorsque l'Institut fut organisé. Après le 20 mars 1815, il retourna aux Etats-Unis, où ses enfants étaient établis, et y mourut.
Citons, parmi ses ouvrages : Physiocratie, etc. (v. Quesnay) ; De l'origine cl des progrès d'une science nouvelle (17t'>8) ; Du commerce et de la Compagnie des Indes, suivi de Y Histoire du système de Laïc (1709) ; Table raisonnêe des prin-
cipes de T économie politique, qu'il dressa lorsqu'il était à la cour du margrave de Bade (1773) ; ce travail, sous forme de placard de plus d'un mètre de haut, eut un grand succès; Philosophie de l'univers (1790-99) ; Examen du livre de Malthus, suivi d'une lettre à J.-B. Say (1817). Dupont a publié en outre, les Œuvres de Turgot (1809-1 1 , 9 vol.). Comme philosophe, Dupont de Nemours se place parmi les idéologues (De Tracy, Cabanis, la société d'Auteuil). A l'Institut, il présenta, entre autres, un Mémoire sur les sciences, les institutions sociales et le langage des animaux. On dirait ce titre emprunté à quelque positiviste contemporain, successeur des idéologues. (V. Schelle, Dupont de Nemours et l'école physiocratique, 1888).
Beccaria (1738-1794), né à Milan, s'est distingué comme juriste et comme économiste. Il étudia avec passion les philosophes ou encyclopédistes français; les Lettres persanes et Y Esprit des lois, de Montesquieu, décidèrent de sa vocation. Son Traité des délits et [des peines (1764, Naples), qui fonda sa réputation, contribua beaucoup à la réforme du droit criminel en France et en Europe. Beccaria s'y élevait contre la torture ; avant Rousseau et en invoquant les arguments que celui-ci allait reproduire, il se prononçait contre la peine de mort : Kant devait les réfuter l'un et l'autre. Beccaria est aussi l'auteur de Recherches sur la nature du style (1770, Milan), qui furent peu remarquées. Une chaire d'économie politique fut créée pour lui à Milan, en 1708, et il y enseigna jusqu'à sa mort.
(Jurisconsultes.)
Pothier (1099-1772), né à Orléans, professa le droit français à l'université de cette ville. Ses travaux ont préparé le Code civil (v. Tronchet, Portalis, etc.). Son principal ouvrage est une édition des Pa udectes, qu'il publia sous les auspices du chancelier d'Aguesseau (v. D'Aguesseau, Lamoignon, etc., etc.).
(Lettrés, érudits.)
Montfaucon (Bernard de), savant bénédictin, né au château de Soulage, près Limoux (1055-1741), servit d'abord sous Turenne. Ayant perdu son père et sa mère, il entra chez les bénédictins de Saint- Maur (1075) et se livra à l'étude des langues et aux travaux d'érudition. Appelé à Paris (10K7), il s'y lia avec Du Cange, puis visita l'Italie et fut bien accueilli du pape (1098). De retour il commença la publication de ses immenses travaux, entre autres : Collectio nova Putrum grœcorum (1700, 2 vol. in-folio) ; l'Antiquité expliquée et représentée en figures, latin et français (1719-1724, 15 vol. infolio) ; le» Monuments de la monarchie, française, jusqu'à Henri IV (1729-1733,5 vol. in-folio) ; d'excellentes éditions de S. Athanase, Origène, S. Jean Chrysostome, etc. Autour de lui s'était formée la petite académie, dite des Bernardins (L. de Sainte-Palaye, Vertot, Bignon, Fréret, etc.). Il entra en 1719 à l'Acad. des inscriptions. (V. E. de Broglie, B. de Montfuncon et les Bernardins, 1891, 2 vol.).
Carrières (1002-1717). — Le P. Louis de Carrières, oratorien, né à Avrillé, près d'Angers, avait suivi d'abord la carrière des armes. Il est l'auteur d'une traduction de la Bible, avec un Commentaire littéral (1701-1710, 24 vol. in-12), qu'on a souvent réimprimés depuis.
De Vence (1676-1749). — L'abbé de Vence, né dans le Barrois et mort à Nancy, où il avait été précepteur des jeunes princes de Lorraine et devint prévôt de l'église primatiale, fut chargé de surveiller l'impression de la Bible de Carrières, imprimée à Nancy. Il y ajouta 0 vol. d' Analyses et dissertations sur tes livres de l'Ancien 'Testament et 2 vol. d'Analyses ou Explications des jjsaumes