PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
mêmes ; il n'y a pas d'erreur à considérer une chose sans l'autre, mais seulement à affirmer ou à nier l'une de l'autre.
Appréhension. — Dans lascolastique, première idée qu'on prend d'une chose, idée qu'on prend avant le jugement et qui lui sert d'élément. Cependant le mot d'appréhension marque plutôt l'action de prendre une idée que l'idée elle-même.
Idée. — L'idée proprement dite, qu'il ne faut pas confondre avec l'imagination (phantasma) ni encore moins avec l'image, qui est, à proprement parler, une imagination de la vue, est la forme intellectuelle, l'expression spirituelle par laquelle l'esprit perçoit son objet. L'idée exprime donc l'objet, et voilà pourquoi elle se substitue à l'objet dans la connaissance. L'idée est donc l'espèce intelligible. — Mais l'idée n'est pas seulement un principe de connaissance, elle peut devenir à son tour un terme de connaissance, lorsque, par la réflexion, on la prend elle-même pour objet. On peut donc la définir aussi comme un type, un idéal, un modèle, une cause exemplaire (v. idéal, cause exemplaire), qui ne se rapporte plus aux choses, mais auquel les choses se rapportent : ainsi les idées que l'artiste cherche à réaliser, les idées divines ou archétypes, dans la théorie de Platon. — On a désigné sous le nom d'idées séminales, des principes à la fois intelligibles et actifs des choses — On a appelé idéesimages des sortes d'images (superficies légères) qui se détacheraient, pour ainsi dire, dès corps, selon Epicure, et agiraient sur les sens et l'esprit — La Théorie des idée* représentatives est une théorie de la connaissance d'après laquelle les idées sont les images des objets et servent d'intermédiaires entre eux et le sujet pensant. Cette théorie demande à être expliquée. Elle a été combattue par Reid, Royer-Collard, Cousin.
Dans les idées on peut considérer la comprèhension et l'extension. La première résulte des éléments ou notes que l'idée renferme ; la seconde c'est le nombre d'individus ou d'espèces auxquels l'idée s'applique (v. genre, espèce).
On distingue les idées de mille manières. Elles sont simples ou composées; sensibles (ta intellectuelles ; concrètes ou abstraites ; universelles ou singulières; collectives on non collectives ; univoquesou analogues, etc. Les idées univoques sont les idées contenues dans la même espèce ou le même genre ; les idées analogues sont les idées transcendantales entre elles, les genres suprêmes entre eux. Les idées proprement dites, propres à l'esprit, sont les idées intellectuelles, universelles, toujours abstraites de quelque manière. Au point de vue de la perfection, les idées sont claires ou obscure*, distinctes ou indistinctes et confuses; complètes ou incomplètes, adéquedes ou inadéquates, etc.
Le rôle des idées est d'unir l'objet au sujet ; elles déterminent l'esprit à connaître. Le problème de l'origine des idées est le problème de l'origine même de la connaissance et engage toute la philosophie. Les idées procèdent des sens et de l'esprit : des sens qui fournissent la matière ; de l'esprit, qui abstrait de cet objet matériel l'objet qui lui est propre, l'universel, l'essence des choses qu'il conçoit. Les empiristes n'ont voulu tirer l'idée que des sens ; les idéalistes ont voulu la tirer de l'esprit. La vérité est que l'idée vient des sens comme de sa cause matérielle et déterminante et qu'elle est objective de sa nature. Les idées ne sont donc pas innées, à proprement parler, mais acquises, bien qu'il soit de la nature de l'homme d'acquérir bientôt les idées principales, avec les premiers principes ou les vérités premières qu'elles impliquent. Les premières idées que l'esprit conçoit sont naturellement les plus générales, car elles sont impliquées dans les autres ; mais elles s'éclaircissent les dernières.
La clarté va des sens à l'intelligence, du particulier au général ; mais la vérité va de l'intelligence aux sens, du général au particulier. La science des idées est l'objet de la logique. Mais toutes les sciences s'appliquent à connaître leurs objets, et le langage n'est que l'art de les exprimer.
Espèces. — Parmi les sens divers de ce mot, il y a celui d'idée (sensible ou intelligible). L'espèce intelligible est celle qui est le principe de la connaissance intellectuelle, elle est formée par l'esprit, reçue dans l'esprit. L'espèce sensible est le principe de la connaissance sensible, elle est pour les sens ce que la première est pour l'esprit — Mais, à un autre point de vue, on distingue soit dans l'esprit soit dans les sens, l'espèce impresse et l'espèce expresse. La première c'est l'effet, la modification produite dans la faculté de connaître, le sens ou l'intelligence, par l'objet sensible ou par l'objet intelligible. L'espèce expresse est celle que produit la faculté de connaître une fois déterminée par son objet, et qui est le principe de l'acte de connaissance en même temps que l'expression de l'objet connu. L'espèce expresse de l'intelligence n'est autre que le verbe intérieur ou mental (verbum mentis), qu'il ne faut pas confondre avec la parole jjrononcée ni même avec la parole imaginée.
Définition. — Définir c'est éclairer ou préciser une idée. On distingue la définition de mot ou nominale et la définition de chose ou réelle et essentielle. La première, avec l'étymologie, met sur la voie delà seconde. Celle-ci est physique ou métaphysique et logique. Exemple de définition physique : l'homme est un être composé d'un corps et d'une âme. Exemple de définition logique : l'homme est un animal raisonnable. La définition logique se fait par le genre et la différence ; elle est le type de la définition parfaite. Parmi les définitions imparfaites, qui sont souvent les plus opportunes et même les seules possibles, il y a la définition descriptive, si commune aux écrivains et aux orateurs, la définition génétique des mathématiciens, la définition arbitraire, dont abusent les esprits systématiques.
On assigne à la définition les règles suivantes : 1° Elle doit être claire, plus claire que le défini ; 2° elle doit être précise; 3" il faut qu'elle puisse se substituer au défini ; 4" on ne doit pas employer dans la définition aucun terme qu'on se propose précisément de définir; 5° en général, la définition ne doit pas être négative ; 6° on doit s'abstenir de termes ambitieux et métaphysiques, s'il s'agit de définitions rigoureuses. Bref, la définition doit être claire sous tous les rapports.
Il va sans dire qu'il n'est pas possible de tout définir ; car les définitions n'auraient pas de fin ; d'ailleurs on ne peut définir ce qui est simple, comme idée ou comme sensation. Quant à l'importance de la définition, elle résulte de ce qui précède. Ne traitez de rien, disait Cicéron, sans d'abord le définir. La rhétorique a fait de la définition un lieu commun intrinsèque. Ce qui est bien plus significatif encore, c'est que les définitions ont la même fortune que la science : la définition résume en effet toute la science dont elle est à la fois le principe et la conclusion. On part d'une définition imparfaite, provisoire ou imparfaitement entendue pour arriver à une définition parfaite et comprise avec toutes ses conséquences. La définition est un principe pour ceux qui apprennent et une conclusion pour ceux qui ont appris.
Division. — Une bonne définition donne l'idée claire de la chose, en la séparant de tout ce qu'elle n'est pas ; et une bonne division en donne l'idée distincte en faisant connaître chacune de ses parties immédiates. Par la définition nous mettons en évidence l'unité de l'objet et, par la division, sa complexité ou sa variété. La division, en effet, consiste à distribuer un tout en ses parties. De là