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LIVRE III : DE L AME

différentes divisions selon le tout que l'on considère, qui peut être réel (l'individu) ou logique (le genre par exemple), essentiel ou intégral, etc. (v. tout). La division principale est celle du tout logique, par exemple du genre en ses espèces ; elle se distingue donc de l'analyse, qui est plutôt la division du tout réel.

Les règles de la division sont les suivantes : 1° Il faut que toutes les parties de la divison prises ensemble cadrent exactement avec le tout, c'està-dire l'égalent sans le dépasser. 2° Il faut que chaque membre de la division soit distinct et ne rentre pas dans un autre. 3° La division doit être graduée, les divisions et subdivisions doivent se succéder naturellement et former des ramifications. 4° Cependant il ne faut pas multiplier outre mesure les subdivisions : diviser jusqu'à la poussière ne vaut pas mieux que tout confondre. Bien pratiquée, la division achève ce que la" définition avait commencé, et elle mérite les mêmes éloges : « Si je trouvais un maître, disait Socrate, qui sût parfaitement diviser, je suivrais ses traces comme celles d'un dieu. »

Attention . — Acte de l'esprit qui s'applique à considérer une chose de préférence aux autres — On distingue Y attention de Y intention. La première est dans l'esprit ; la seconde, dans la volonté. Mais l'attention est commandée par la volonté, qui tient plus ou moins efficacement l'esprit sous sa dépendance. — Axiome : En multipliant les objets de l'attention, on Va /faiblit. C'est la même pensée qu'on exprime dans ce proverbe populaire : Qui trop ambrasse mai êtreint. — Maladies de l'attention, celles qui empêchent l'attention (distraction constante et invincible) ou qui la fixent outre mesure (idée fixe) .

Observation. — On distingue l'observation interne et l'observation externe. La première se fait par la conscience; la seconde, par les sens externes. L'observation est nécessaire dans toutes les sciences et constitue même une méthode (méthode d'observation), ou plutôt elle fait partie de la méthode expérimentale (v. méthode). L'observation diffère cependant de l'expérimentation (v. synonymes). L'observateur considère simplement ce qui se produit ; l'expérimentateur tente la nature, en modifiant les conditions d'apparition des phénomènes.

Comparaison — Acte d'attention par lequel l'esprit s'applique à deux ou plusieurs objets comme s'ils n'en faisaient qu'un, afin de découvrir leur ressemblance ou leurs autres rapports. La comparaison est un acte distinct de l'appréhension, qui la précède, et du jugement, qui la suit. Avec la définition et la division, elle est une des ressources les plus précieuses pour l'écrivain : toute métaphore n'est, pour ainsi dire, qu'une comparaison abrégée. L'art du style consiste pour une bonne part dans le choix et le bon usage des comparaisons. Entendue au sens le plus général, la comparaison s'étend à tout, comme Y analogie (v. ce mot); mais, à proprement parler, on ne compare que les choses de même genre (deux lignes, deux odeurs, deux fruits par exemple) ; et plus le genre qui les comprend est prochain, plus la comparaison est complète et aisée. Il est plus facile, par exemple, de comparer deux chevaux, que de comparer un cheval et un bœuf, à moins qu'on ne s'applique à faire ressortir les différences et les contrastes plutôt que les ressemblances.

Jugement — C'est l'acte par lequel l'esprit compose ou divise deux idées ; il les compose par V affirmation et les divise par la négation. Le jugement est un acte de l'esprit, et non de la volonté, comme a paru le soutenir Descartes. Car, bien que la volonté influe d'une manière étonnante sur la plupart de nos jugements, et qu'elle puisse

jusqu'à un certain point les commander, cependant ils sont effectués par l'intelligence. Les idées sont les éléments essentiels du jugement; et il ne suffit pas, pour juger, de les juxtaposer d'une certaine manière, c'est-à-dire de les voir l'une et l'autre : il faut encore voir leur rapport en affirmant ou niant l'une de l'autre. Par exemple, il ne suffit pas de dire : la vertu, aimable, mais il faut dire ou sous-entendre : la vertu est aimable. Le jugement consiste même formellement dans cette affirmation ou cette négation ; les idées ne sont que sa matière. C'est pourquoi le jugement est essentiellement un. Il est indivisible comme tel. Ajoutons enfin que les idées qui le composent ont été préalablement comparées, c'est-à-dire que la comparaison précède nécessairement le jugement, comme la comparaison elle-même est précédée de l'appréhension.

Le jugement est analytique ou synthétique. Le premier résulte de la pure analyse ou décomposition d'une idée. Ex. : Dieu est bon. — Le tout est plus grand que sa partie. Tous les principes de métaphysique sont des jugements de ce genre ; pour les vérifier, il suffit d'analyser le sujet. Le jugement synthétique, au contraire, résulte en définitive d'une expérience. Tels sont tous les jugements de fait : J'existe — Le soleil se lève. C'est pourquoi les jugements synthétiques sont dits « à posteriori, contingents, en matière contingente, empiriques, physiques. Les autres sont dits à priori, nécessaires, en matière nécessaire, absolus, purs, métaphysiques. Cette division est adéquate, car les deux membres sont opposés d'une manière contradictoire. Dans le jugement analytique l'attribut fait partie du sujet, il est impliqué logiquement et nécessairement dans le sujet ; dans les jugements .synthétiques, au contraire, le prédicat est comme surajouté au sujet; il s'y joint, mais n'en sort pas. Cependant, Kant a refusé d'admettre cette doctrine et il a imaginé les jugements synthétiques à priori, qui seraient universels et nécessaires sans être analytiques ; ils seraient la loi de notre esprit, sans être pour cela une loi des choses. Tels seraient le principe de causalité, les principes de mathématique. Mais cette prétention, qui mène au scepticisme, est inadmissible.

L'expression du jugement est la proposition, où. l'on distingue le sujet, le verbe et l'attribut ; et tout ce que l'on dit de la proposition s'applique de quelque manière au jugement (v. proposition). Or il importe de remarquer ici que la vérité et l'erreur sont, à proprement parler, dans les propositions et les jugements, et non pas dans les idées et les termes. Par exemple ces mots : Dieu, âme, venu, gloire., démon, Jupiter, ne sont ni vrais ni faux par euxmêmes ; mais ils peuvent servir indifféremment à la vérité et à l'erreur : à la vérité, si nous disons par ex. : Dieu est juste ; — à l'erreur, si nous disons : Le vice est aimable, Jupiter existe. Nous ne faisons pas même d'exception pour les termes qui paraissent désigner des idées fausses, comme phénix, centaure, anthropopithèque, etc. Car ces mots n'affirment l'existence d'aucun être fabuleux, imaginé par les poètes ou par les évolutionnistes. Bref, « nous pouvons mentir avec des mots, mais les mots eux-mêmes ne peuvent mentir ». L'erreur et la vérité ne deviennent formels que par l'énoncé d'une proposition et par conséquent d'un jugement.

Affirmation. — L'intelligence juge-telle par là même qu'elle voit la convenance ou la disconvenance des idées ? Plusieurs le pensent ; d'autres prétendent qu'il faut un acte ultérieur qui constitue l'affirmation. Mais leur opinion parait se rapprocher singulièrement do celle de Descartes. Si le jugement est un acte de pure intelligence, on ne voit pas ce qui peut le constituer, si ce n'est une vue,

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