PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
siège de Toulon, le suivit en Italie, épousa sa sœur Pauline (qui devint princesse Borghèse). En 1801, il soumit le Portugal et fit signer le traité de Badajoz. En 1802, il commanda l'expédition de Saint- Dominique et remporta d'abord quelques avantages sur Toussaint-Louverture. Mais l'armée fut décimée par la maladie, il mourut lui-même et l'expédition échoua.
Moreau, né à Morlaix (17G3-1813), entra d'abord dans la magistrature, puis s'engagea en 1792 et conduisit un bataillon de volontaires à l'armée du Nord, commandée par Dumouriez. Bientôt général, il servit sous Pichegru et fit, avec lui, la conquête de la Hollande. En 1796, il commanda l'armée de Khin-et-Moselle, pénétra en Allemagne, battit l'archiduc Charles, puis, arrêté par des forces trop supérieures, exécuta la plus belle retraite. Il fut disgracié au 18 fructidor, servit encore en Italie, se montra indécis au 18 brumaire, commanda de nouveau l'armée du Rhin en 1800, battit l'ennemi à Hochstaedt et à Hohenlinden et aurait pris Vienne, sans l'armistice qui précéda la paix de Lunéville (1801). Rival dès lors de Bonaparte, il devint de plus en plus suspect et fut impliqué dans la conspiration de Pichegru et de Cadoudal. 11 fut arrêté et condamné, en 1S04, aune détention de deux ans, commuée bientôt en exil aux Etats-Unis. En 1813, il accepta les offres du czar Alexandre et porta les armes contre Napoléon ; mais il périt bientôt devant Dresde, où un boulet français lui emporta les deux jambes (27 août). Il mourut le 2 sept.
Bernadotte, né à Pau (1764-1844), s'engagea comme simple soldat et n'était encore que sergentmajor en 1789. Kléber le remarqua à l'armée du Rhin. A Fleurus, il était général de division. En 1797, il amena 20.000 hommes à Bonaparte en Italie, se distingua au passage du Tagliamento, prit Trieste, Laybach, etc., fut envoyé en Autriche comme ambassadeur (1798). L'année suivante, il épousait la belle-sœur de Joseph Bonaparte. Après le 18 brumaire, il fut envoyé en Vendée et empêcha les Anglais de débarquer à Quiberon. En 1804, Napoléon le fit maréchal et gouverneur du Hanovre. En 1805, il rétablit dans Munich l'électeur de Bavière, contribua à la victoire d'Austerlitz et fut fait prince de Ponte-Corvo. Gouverneur des villes hanséatiques et chargé de la guerre contre la Suède, il arrêta les hostilités, dès qu'il eut appris la chute de Gustave IV, et gagna ainsi l'affection des Suédois (1808). En 1809, il contribua à la victoire de Wagram, à la tète du 9e corps d'armée, composé en grande partie de Saxons ; mais, après la bataille, il se retira, trouvant que Napoléon ne rendait pas justice à ses troupes. 11 fut néanmoins chargé de repousser les Anglais débarqués à Walcheren (1809 juillet), puis privé encore de son commandement. Ce fut alors que la diète de Suède le choisit comme héritier présomptif de Charles XIII. En Suède, Bernadotte seconda la politique de Napoléon et accéda même au blocus continental ; mais il entra ensuite dans la coalition contre la France (1812) et ne rendit que de trop grands sei vices aux alliés. 11 régna en Suède sous le nom de Charles XIV (v. ce nom).
Ney, fils d'un tonnelier, né à Sarrelouis (1700- 1815), engagé en 1788, se distingua bientôt, fut général de brigade en 1796, général de division en 1799, maréchal en 1804. Il remporta la victoire d'Elchingen (1805), s'illustra dans les campagnes contre la Prusse et la Russie (1806-7), prit une part glorieuse à la guerre d'Espagne (1808), se distingua surtout dans la campagne de Russie, où il commanda l'arrière-garde et fit effectuer le passage de la Bérésina. Il fut un de ceux qui pressèrent le plus Napoléon d'abdiquer. Louis XVIII l'accueillit avec iaveur, le créa pair de France et lui confia des troupes pour arrêter Napoléon, qui revenait de l'île
d'Elbe (mars 1815) ; mais, au lieu de résister à l'empereur, Ney se joignit à lui, à Auxerre. Il combattit héroïquement à Waterloo. Arrêté le 5 août, près d'Aurillac, après la Restauration, il déclina la compétence d'un conseil de guerre, fut condamné par la cour des pairs, malgré la belle défense de Berryer et Dupin, et fusillé le 7 déc. près de l'Observatoire.
Masséna, né à Levens, près de Nice (1758- 1817), s'était enrôlé dans l'armée française, sous l'ancien régime. Ne pouvant, faute de naissance, parvenir au grade d'officier, il avait quitté le service, lorsque éclata la Révolution. Il se distingua dans les guerres d'Italie, fut envoyé à Rome en 1798 ; mais l'armée, indignée des pillages de son chef, l'obligea à se retirer. Mis quelque temps en disponibilité, il commanda ensuite l'armée d'Helvétie (1799) et triompha à Zurich, pendant que Lecourbe battait Souvarow au Saint-Gothard. Créé maréchal en 1804, Masséna fut chargé de conquérir le royaume de Naples pour Joseph Bonaparte (1806). Il fut moins heureux en Espagne contre Wellington et fut remplacé par Marmont. 11 servit la Restauration, se récusa dans le procès du maréchal Ney et mourut deux ans après. Il a laissé des Mémoires.
Davout, né à Annoux, dans l'Yonne (1770- 1823), d'une famille noble, étudia à Brienne avec Napoléon. Il fit, comme général de brigade, les campagnes de 1793-95, aux armées de la Moselle et du Rhin, accompagna Napoléon en Egypte, fut créé maréchal de l'Empire (1805), contribua aux victoires d'Ulm, d'Austerlitz, mais s'illustra surtout à la bataille d'Auersta?dt (1809). Il reçut les titres de duc d'Auerstœdt et de prince d' 'Eckmuhl . Il fut blessé à la Moskowa. Assiégé dans Hambourg par les alliés, il ne rendit la place qu'à Louis XVIII. Il se retira dans ses terres, sous la lre Restauration, fut ministre de la guerre pendant les Cent- Jours, dut capituler dans Paris (3 juillet 1815). Il se réconcilia avec Louis XVIII (1818), qui le créa pair de France.
Suchet, né à Lyon (1772-1826), fils d'un fabricant de soieries, s'enrôla à 20 ans et se distingua en Italie. En 1808, il commanda le 5e corps de l'armée d'Espagne ; il prit Lérida, Tarragone, occupa Mont-Serrat, etc., fut créé maréchal et duc d'Albuféra. Il se signala par sa modération et sa justice autant que par son courage. Il dut battre en retraite sur les Pyrénées, lorsque l'empire succombait sous la coalition. Louis XVIII le fit pair de France. En 1823, il accompagna le duc d'Angoulême dans l'expédition d'Espagne. Il a laissé des Mémoires (V. Fr. Rousseau, la Carrière du maréchal Suchet, 1897).
Oudinot, né à Bar-le-Duc (1767-1847), s'enrôla à 16 ans. Chef de bataillon, il repoussait les Prussiens de Bitche et leur faisait 700 prisonniers (1792). Colonel, il résistait avec, son régiment pendant dix heures à un corps de 10.000 ennemis (17941. Général, il eut la part principale à la victoire de Friedland, s'illustra à Wagram et fut nommé maréchal et duc de Reggio. Dans la campagne de Russie, il assura le passage de la Bérésina. En 1813, il contribua à la victoire de Bautzen et se serait emparé de Berlin, sans Bernadotte, qui le repoussa. Il fut blessé grièvement à Leipzig, mais reparut pour défendre le territoire français. Louis XVIII le fit pair de France, général de la garde royale et commandant en chef de la garde nationale. Il prit part à l'expédition d'Espagne (1823) et contint les Madrilènes exaltés. 11 fut nommé par Louis-Philippe grand chancelier de la Légion d'honneur (1839) et gouverneur des Invalides (1842). Blessé 32 fois, il fut surnommé le Boyard moderne. 11 avait formé un riche musée d'armes, acquis après sa mort, en grande partie,
HISTOIRE : XIXe SIECLE
par la ville de Saint-Etienne (V. Stiegler, le Maréchal Oudinot, 1894).
Soult, né dans le Tarn, à Saint-Amans-la-Bastide (1769-1852), s'engagea à 16 ans, servit en Belgique, où il conquit presque tous ses grades, prit part à la bataille de Zurich, suivit Masséna en Italie (1800), secourut la ville de Gênes assiégée par les Autrichiens, eut la jambe cassée par un biscaïen et fut fait prisonnier. Créé maréchal en 1804, il prit une part glorieuse aux campagnes suivantes, enleva Kœnigsberg et fut fait duc de Dalmatie. Envoyé en Espagne, en 1808, contre Wellington, il vainquit à Burgos, etc., prit Séville et investit Cadix(1810). Après ledésastrede Russie, il opéra à travers l'Espagne la plus belle retraite. Il assista à la victoire de Bautzen, puis retourna précipitamment en Espagne, pour faire face à l'armée anglo-espagnole. Avec 22.000 hommes il résista, sous les murs de Toulouse, à Wellington, qui en commandait 80.000 (10 avril 1814), et ne posa les armes qu'à l'avènement de Louis XVIII. 11 combattit de nouveau pour Napoléon, à Waterloo, et ne put rentrer en France qu'en 1819. Il servit Louis-Philippe comme ministre de la guerre, réorganisa l'armée, fit exécuter la glorieuse expédition d'Anvers (1832), représenta la France au couronnement de la reine d'Angleterre (1838) et fut, dans cette circonstance, l'objet d'une véritable ovation. Soult était un tacticien. Après la bataille d'Austerlitz, Napoléon l'avait proclamé le premier manœuvrier de l'Europe II a laissé des Mémoires. La collection de tableaux qu'il avait formée a été dispersée.
Marbot, fils du général baron de Marbot, qui mourut à la suite d'une blessure reçue au siège de Gênes (1800), naquit au château de Larivière, dans la Corrèze (1782-1854), s'engagea à 17 ans dans un régiment de hussards, se distingua en Allemagne et en Espagne, devint colonel après la bataille de Leipzig et combattit jusqu'à Waterloo. Il avait servi comme aide de camp, Bernadotte, Augereau, Murât, Lannes et Masséna. Exilé à la Restauration, il rentra ensuite en France, fut chargé de l'instruction militaire du fils aîné de Louis-Philippe, qui élait alors duc d'Orléans, devint général, prit part au siège d'Anvers et aux guerres d'Afrique. Ses Mémoire?, très remarqués, ont été publiés en 1891 |3 vol.)
Allard, né à Saint-Tropez, dans le Var (1785- 1839), fut aide de camp du maréchal Brune. Il alla eflsuite chercher fortune en Egypte, en Perse et aux Indes et se mit au service de Rungeet-Sing, roi des Sikks, dont il organisa l'armée, r.vec laquelle ce souverain soumit le Pendjab. Allard mourut dans l'Inde.
(Marine.) Brueys d'Aigalliers, né à Uzès (1753), commandait la flotte qui porta en Egypte l'armée de Bonaparte (1798). Attaqué, par Nelson, à Aboukir, il périt avec presque toute sa flotte, après avoir fait des prodiges de valeur (1er août 17'.I8).
Dupetit-Thouars (Aristide), capitaine de vaisseau, né près de Saumur (1760-1798), fit une expédition à la recherche de La Pérouse. Pris en mer par les Portugais (1792), il fut longtemps prisonnier à Lisbonne. Il commandait le Tonnant, à Aboukir, où il périt glorieusement. — Abd Dupetit- Thouars, de la même famille (1793-1864), conseilla l'expédition d'Alger (1829), fit un voyage de circumnavigation sur la Vénus (1837), établit le protectorat français à Taïti (184^) et assura à la France les îles Marquises. (V. de la Faye, Une famille de marins, les Dupetit-Thouars, 1894-. La Touche-Tréville, né à Rochefort (1745- 1804), marin à 13 ans, capitaine de vaisseau en 1780, soutint sur YHermione, de concert avec La Pérouse, qui montait YAstrée, un combat inégal
contre 4 frégates et 2 corvettes anglaises (1781). Il siégea à la Constituante en 1789. Dix ans après, il commandait la flottille réunie à Boulogne et lut deux fois attaqué sans succès par Nelson.
Bruix, né à Saint-Domingue (1759-1805), fut ministre delà marine en 1798. L'année suivante, il sortait de Brest, bloqué par les Anglais, et allait essayer de ravitailler Masséna dans Gênes. Il mourut quand il venait d'être chargé du commandement de la flottille de Boulogne.
Villeneuve, né à Valensoies (1763-1806), commandait l'arrière-garde à Aboukir (1798) et put gagner Malte. Opposé à Nelson en 1805, avec l'amiral espagnol Gravina, il essaya vainement d'attirer la flotte anglaise aux Antilles, revint en Europe, rencontra l'escadre de Calder près du cap Finistère et, au lieu de l'attaquer, alla s'enfermer à Cadix. Accusé de lâcheté, il voulut forcer le blocus et fut écrasé à Trafalgar. Rendu à la liberté, il rentra en France et se tua à Rennes.
Surcoût, vaillant corsaire, né à Saint-Malo (1773-1827), se signala dès sa jeunesse dans toutes les mers et surtout aux Indes par son intrépidité et ses exploits, dont plusieurs tiennent du prodige. Il mourut en vrai chrétien. (V. les Contemporains).
Souville, vaillant corsaire, né en 1777 et mort à Calais en 1839, entouré de l'estime publique et voué à des œuvres charitables, fit une guerre intrépide et souvent heureuse au commerce anglais. Quatre fois fait prisonnier, quatre fois il parvint à s'échapper. 11 sauva souvent des naufragés; des émigrés lui durent aussi la vie. (V. Henri Chevalier, Vie et argentures du capitaine Tom Souville, Paris 1895).
La Restauration comprend les années qui suivirent la chute de Napoléon et virent le rétablissement des Bourbons, jusqu'à la révolution de juillet 1830, qui amena les d'Orléans sur le trône dans la personne de Louis-Philippe. On distingue parfois deux Restaurations : celle d'avant les Cent- Jours (5 avril 1814-20 mars 1815) et la seconde, qui suivit la dernière abdication de Napoléon (22 juin 1815). L'histoire de la Restauration a été souvent écrite, mais à des points de vue bien différents.
Louis XVIII, frère de Louis XVI, né en 1755, mort en 1824, porta d'abord le titre de comte de Provence et fit de l'opposition dans l'Assemblée des Notables et aux Etats généraux; mais, dès 1789, il prit parti contre la révolution. 11 émigra en juin 1791 et se réunit l'année suivante, avec 6,000 hommes, à l'armée qui marchait contre la France et lut défaite à Valmy. A la mort de Louis XVII, il prit le titre de roi et maintint énergiquement ses droits. Il séjourna en Angleterre, de 1811 à 1814, fut appelé au trône par le Sénat, à la chute de Napoléon, rentra en France, le 24 avril 1814, et octroya une Charte constitutionnelle le 4 juin suivant. Pendant les Cent-Jours, il se retira à Gand. Rentré en France, il montra plus de rigueur et gouverna d'abord avec la Chambre introuvable, où dominaient d'ardents royalistes. Ce fut l'époque de ce que l'on a appelé la Terreur blanchi'. Après avoir dissous la Chambre introuvable ( 1816), le roi inaugura une sorte de régime constitutionnel avec Decaze, Gouvion Saint-Cyr, Richelieu, de Serre. L'assassinat du duc de Berry marqua une réaction (1820-1824), avec Richelieu et Villèle.En 18^3,une expédition fut l'aile en Espagne, pour restaurer la monarchie absolue de Ferdinand VII. Pendant tout ce règne, les passions politiques furent en effervescence, et la Charbonncrie prit, de grands développements Louis XVIII était trop sceptique pour opérer les réformes salutaires et appliquer les remèdes qui auraient pu affermir le trône des Bourbons et endiguer la Révolution.