‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 644 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPÉDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPÉDIQUE

Charles X, frère de Louis XVIII, auquel il succéda en ÎK'.M, était né en 1757 et avait porté d'abord le titre de comte d'Artois. 11 se fit sacrer à Reims (1825). Pendant tout son règne (1824- 1830), il hésita entre les mesures libérales et les mesures contraires et ne parvint pas à consolider son trône. 11 abolit d'abord la censure des journaux, puis la rétablit un peu plus tard et licencia la garde nationale. Une loi fut portée contre les sacrilèges; un milliard d'indemnité fut accordé aux émigrés. Sous le ministère Martignac (janv. 1828), la censure fut de nouveau abolie. Mais une ordonnance (lOjuin 1828) interdisait l'enseignement aux congrégations non autorisées et les petits séminaires étaient soumis au contrôle de l'Université. Maitignac fut remplacé par le duc de Polignac (S août 1829). La Révolution grondait de nouveau ; la Chambre fut dissoute, mais remplacée par uneautre plus avancée encore. Alors Charles X promulgua 3 ordonnances (26 juillet 1830), par lesquelles il suspendait la liberté de la presse, dissolvait la Chambre et privait les patentés de la qualité d'électeur. Les trois jours suivants lurent des journées d'émeute et d'insurrection ; Charles X abdiqua sans résistance, en faveur du duc de Bordeaux, et se retira d'abord en Ecosse, puis en Bohème, et enfin à Goritz, où il mourut en 1836. 11 fut bientôt remplacé par Louis- Philippe. Le règne de Charles X avait été glorieux au dehors. La France était à la bataille de Navarin ( 1S27) et contribua beaucoup à l'affranchissement de la Grèce. A la suite d'une insulte du dey d'Alger à l'ambassadeur français, une expédition fut dirigée contre Alger, malgré les menaces de l'Angleterre, et la capitale de l'Algérie futprise le 4 juillet 1830. Charles X laissa deux fils : le duc d'Angoulême et le duc de Berry. Le premier céda ses droits au duc de Bordeaux, son neveu (1830).

Berry (le duc de), 2e fils de Charles X, né à Versailles (1778-1820), épousa en 1810 la princesse Caroline de Naples, et fut assassiné par Lourd, le 13 févr. 1820, en sortant de l'Opéra. — Sa femme, la duchesse de Berry, tenta de soulever la Vendée en 1832, mais elle fut arrêtée et détenue quelque temps à Blaye.

Chambord (le comte de) ou duc de Bordeaux, né à Paris (29 sept. 1820), était fils posthume du duc de Berry. Une souscription nationale lui donna le château de Chambord en 1821. Il passa toute sa vie en exil à partir de 1830. En 1*43, il proclama ses droits au trône sous le nom de Henri V. En 1846, il épousa une fille du duc de Modène, qui ne lui donna pas de postérité. Du château de Frohsdorf, où il s'était retiré, près de Vienne, il lança plusieurs fois des manifestes ou lettres-programmes, qui eurent un grand retentissement. En août 1873, il reçut la visite du comte de Paris, héritier de Louis-Philippe et représentant de la maison d'Orléans; et les deux princes scellèrent l'union des royalistes. Mais la restauration monarchique fut empêchée par un acte solennel du comte de Chambord, qui refusa de sacrifier le drapeau blanc au drapeau tricolore. 11 mourut le 24 août liSSIÎ, après une longue et cruelle maladie noblement supportée. (V. Chesnelong, Cn témoignage sur "// point d'histoire : la campagne monarchique d'octobre 1873, publié seulement en 1895 ; De Dreux-Brézé, Notes et souvenirs pour servir à l'histoire du parti royaliste, 1895.)

Bourmont. — Le comte de Bàurmont, né au château deBourmonten Maine-et-Loire(177:>-1840), servit dans l'armée du prince de Condé et en Vendée, fut incarcéré de 1800à 1S04, parvint à s'enfuir, puis servit dans l'armée impériale et conquit le grade de général de division. Avant la bataille de Waterloo, il se retira auprès de Louis XVIII, devint l'un des chefs de la garde royale, fit la campagne d'Espagne et devint ministre de la guerre en 1829. 11 commanda

l'expédition d'Aller, prit cette ville (juillet 1830), et fut créé maréchal. 11 soutint en Vendée la duchesse de Berry (1832), puis la cause de Dom Miguel, en Portugal. Il profita de l'amnistie, en 1840, pour rentrer en France. (V. les Contcmjiorains.)

Talleyrand, diplomate, né à Paris (1754-1838), se distingua surtout au congrès de Vienne (1814), où il défendit les intérêts de Louis XVIII et de la France. Mais il servit d'ailleurs tous les partis au cours de sa longue carrière. Né sous l'ancien régime, il fut créé évêque d'Autun à 25 ans, adopta néanmoins les principes de la Révolution et se lia avec Mirabeau. A la Constituante, il provoqua l'abolition des dîmes ecclésiastiques, accepta la Constitution virile du clergé, sacra- les évoques assermentés et fut excommunié par le pape Pie VI. Louis XVI l'envoya en Angleterre (1792), pour assister l'ambassadeur français, mais il fut congédié en 1794 par le cabinet anglais. Les jacobins le décrétaient en même temps d'accusation. Il passa alors en Amérique et s'occupa de négoce. Rentré en France en 179G, il prépara avec Bonaparte le 18 brumaire, négocia plusieurs traités, prit part au meurtre du duc d'Enghien, fut nommé grand chambellan, puis prince de Bénévent, à l'avènement de l'empereur. Il déconseilla la guerre d'Espagne et fut privé du portefeuille des affaires étrangères (1807), mais fut pourvu du titre de vice-grandélecteur avec 500.000 francs de rente. Prévoyant dès lors la chute de l'empire, il intrigua en faveur des Bourbons. Louis XVIII le nomma ministre des affaires étrangères et il assista en cette qualité au congrès de Vienne, où il défendit très bien les intérêts de la France. Suspect après les Cent-Jours, il se retira, mais prit place dans l'opposition et ne fut pas étranger à la révolution de 1830. Nommé ministre plénipotentiaire en Angleterre par Louis- Philippe, il réalisa cette alliance anglo-française qu'il avait conseillée à Napoléon et assista aux conférences qui terminèrent les querelles de la Belgique et de la Hollande . Talleyrand mourut réconcilié avec l'Eglise. Il a laissé la réputation d'un diplomate émérite, peu scrupuleux, toujours maître de lui-même. On cite de lui une foule de mots pleins de sens et d'esprit. Il avait rédigé des Mémoires, qui ont été publiés par le duc de Broglie (1891 etsuiv.).

Richelieu (le duc de), qui fut ministre de Louis XVIII, était petit-fils du maréchal de Richelieu et de la famille du grand cardinal. Né à Paris (1766-1822), il émigra en Russie et servit avec distinction le czar Alexandre, devint gouverneur d'Odessa, dont il fit une ville importante, etc. Louis XVIII le nomma, en 1815, ministre des affaires étrangères et président du conseil. Richelieu profita de l'amitié que lui portait le czar pour alléger les charges de la France, et abréger la durée de l'occupation militaire. Il se retira, après la libération du territoire (1818), puis revint aux affaires, en 1820-21, fut trouvé trop modéré et se retira de nouveau (v. Raoul de Cisternes, Le Duc de Richelieu, 1898).

Decazes (le duc de), homme d'Etat, né près de Libourne (1780-1860), devint ministre de la police sous Louis XVIII (1815) et exerça sur ce prince un grand ascendant. 11 fit dissoudre la Chambre introuvable (1810) et modifier la loi électorale, en abaissant l'âge et le cens (1817), remplaça le duc de Richelieu, en 1818, triompha de la résistance de la Chambre des pairs, en faisant nommer d'un seul coup 60 pairs nouveaux (1819), etc. Il dut se retirer l'année suivante. Nommé duc, il siégea à la Chambre des pairs parmi les libéraux modérés. Rallié â Louis-Philippe, il fut nommé grand référendaire de la Chambre des pairs (1834) et se retira des affatres en 1848. Il avait créé, en 1 8^5 ,

HISTOIRE : XIXL SIECLE

rétablissement métallurgique de Deea/.eville. — ■ Son fils (1819-1886), fut ministre des affaires étrangères sous la 3e république (1873-77).

Villèle (le comte de), homme d'Etat, né à Toulouse (1773-1854), servait dans la marine, aux Indes, lorsque la Révolution éclata. Il revint, en 1807, à Toulouse, l'ut élu député de la Haute-Garonne et siégea à. l'extrême droite dans la Chambre introuvable. Il entra au ministère en 1820 et fut président du conseil de 1822à 1828. Il fut remplacé par Marti gnac.

Benjamin Constant (1767-1830).— Homme d'Etat, orateur et publiciste influent, Benjamin Constant est un des personnages qui représentent le mieux le libéralisme politique et religieux de la première moitié du XIXe siècle. Né à Lausanne et descendant de protestants français émigrés en Suisse, il joua un rôle pendant la Révolution, fréquenta les salons de Mme de Staël, où se rencontraient les partisans de l'opposition au gouvernement du premier consul, et fut exilé. 11 parcourut alors les universités allemandes. Rentré en France en 1814, il se rallia à la monarchie constitutionnelle, puis servit Napoléon pendant les Cent-.Iours. Gracié par Louis XVIII, il entra, en 1819, à la Chambre des députés, où il devint l'un des chefs de l'opposition constitutionnelle. Après la révolution de 1830, il présida le Conseil d'Etat. Son ouvrage principal a pour titre : De la religion considèrèe dans sa source, ses formes et ses développements (1824-30, 5 vol.). C'est l'œuvre d'un rationaliste, disons même d'un sceptique. Il a traduit en vers le chef-d'œuvre de Schiller, Wallenstein, et a contribué à familiariser l'esprit français avec l'Allemagne philosophique et protestante. Citons aussi une philippique éloquente contre Napoléon : De l'esprit de conquête et de l'usurpation dans leur rapport avec la civilisation européenne (1814).

Frayssinous (1765-1842) représente assez bien les idées et les institutions auxquelles s'attaquait alors si vivement le libéralisme. Né à Cunères (Aveyron), et protégé par Fontanes, il devint membre de la faculté de théologie de Paris, inspecteur de l'Académie, chanoine de Notre-Dame, puis prédicateur de Louis XYI1I, censeur royal, membre du Conseil royal de l'Instruction publique, évoque in partibus, grand maître de l'Université (1822), membre de l'Académie française, comte, pair de France, ministre des affaires ecclésiastiques (1824). 11 eut pour successeur, au ministère, Feutrier, évêque de Beauvais (1828). Après 1830, il fut chargé de l'éducation du duc de Bordeaux; il rentra en France en 1838. Les Conférences qu'il donna aux Carmes (1801-0) et à Saint-Sulpice (1814-22) préludèrent à celles que Lacordaire devait inaugurer avec tant d'éclat à Notre-Dame. Frayssinous y pratique un certain éclectisme philosophique : « Il parle de l'infini comme Descartes, de l'idée d'ordre comme Malebranche, du maître intérieur comme saint Augustin ou Fénelon » (de Margerie, Philosophie contemporaine). Malheureusement, malgré leur mérite, elles répondaient imparfaitement aux préoccupations et aux besoins du temps, et la direction des esprits échappait de plus en plus à ceux qui avaient charge de représenter l'Eglise et de défendre son enseignement. Les Conférences de Frayssinous ont été publiées sous ce titre : Défense au christianisme ( L825, 3 vol.). Il a écrit : Vrais principes sur les liberté* de VEglise gallicane.

Martignac, né à Bordeaux (1776-1832), avocat, député de Marmande en 1821, fut appelé h former un cabinet en 1828, sous Charles X, qui l'aimait peu. Bien que représentant les opinions libérales, il fit rendre des ordonnances qui soumettaient les écoles des jésuites à l'Université et limitaient le

nombre des élèves dans les séminaires. 11 fut remplacé en août 1829 par le prince de Polignac.

Polignac. — Le prince Jules de Polignac, né à Versailles (1780-1847), fut impliqué avec son frère Armand dans la conspiration det Cadoudal ; mais ils ne subirent que la prison et s'évadèrent en 1814. Jules remplaça le duc Decazes comme ambassadeur à Londres, en 1823, puis devint ministre des affaires étrangères et président du cabinet (1829); il contre-signa les ordonnances de juillet 1830. A la révolution, il fut arrêté, condamné par la cour des pairs à la prison perpétuelle et enfermé à Ham. Amnistié en 1830, il se retira en Angleterre, puis revint mourir à Saint-' iermainen-Laye. 11 a publié des Etudes historiques, politiques, etc.

Louis-Philippe, roi des Français, né à Paris (1773-1850), (Hait fils du duc d'Orléans (Philippe' Egalité). Gagné comme son père aux idées nouvelles, il reçut une couronne civique à Vendôme (1701), se distingua comme lieutenant-général à Valmy et à Jemmapes, servit sous Dumouriez, qu'il suivit dans sa défection, pour sauver sa vie, mais ne porta pas les armes contre la France. 11 se retira en Suisse avec sa sœur, Madame Adélaïde. A la mort de son père, il prit le titre de duc d'Orléans, visita les Etats Scandinaves et l'Amérique et s'établit en Angleterre (1800). 11 épousa, en 1809, Marie-Amélie, fille du roi de Sicile, Ferdinand. En 1814, il rentra en France, et Louis XVI11 lui rendit les biens de sa famille. A la suite des journées de juillet 1830, où le parti libéral avait triomphé, il fut agréé comme lieutenant-général du royaume par Charles X lui-même, qui abdiqua en le chargeant de faire proclamer Henri V. Mais Louis-Philippe, ayant juré fidélité à la nouvelle Charte, fut proclamé lui-même non pas roi de France, mais roi des Français. Dans les <i premières années de son règne, il lutta avec l'appui du parlement contre l'esprit révolutionnaire. L'émeute fut vaincue, La Fayette donna sa démission de commandant des gardes nationales. Après Lafjhte, le ministère fut présidé par Casimir Pèrier (1831); une nouvelle loi électorale fut votée ; la chambre des pairs fut reconstituée, mais sans l'hérédité. Des émeutes à Paris, à Lyon, furent réprimées; la tentative de la duchesse de Berry en Vendée échoua. Au dehors la paix régnait, mais la politique était subordonnée à la paix avec l'Angleterre. La Belgique s'étant révoltée contre la Hollande, Louis-Philippe refusa la couronne pour son fils le duc de Nemours, mais assura la couronne à Léopold de Saxe-Cobourg, qui devint son gendre (1832). Deux fois l'armée française intervint pour défendre la Belgique (1831-32); le siège d'Anvers fut glorieux. La France intervint aussi en Italie : lorsque les Autrichiens 'reparurent à Bologne, une division française occupa Ancône. Casimir Périer mourut du choléra, le 10 mai ls:1,-.', et le maréchal Soult eut la présidence du nouveau ministère formé le 11 octobre, qui comptait les Broglie, les Gui/.ot, les Thiers. Une loi favorable à la liberté de l'enseignement primaire fut votée en 1833; de nouvelles émeutes furent réprimées à Lyon et à Paris(1834) ; l'attentat de Fieschi (1835, 28 juillet) fit porter des lois protectrices du gouvernement.

.Mais les ministères se succédèrent rapidement, par suite de luttes parlementaires trop souvent stériles ; et la royauté parut vaincue, lorsque succomba le ministère Mole. Cependant deux tentatives de Louis-Napoléon (Strasbourg, 1836, 28 oct. ; Boulogne, 1840, 5 août) échouèrent misérablement ; la France continuait à se taire respecter au dehors, en imposant d< s réparations à la République Argentine et au Mexique : la conquête de 1' Algérie se poursuivait heureusement, etc. Mais l'entente cordiale a.ve<i l'Angleterre était rompue et ne put se

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