‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 645 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

rétablir complètement, malgré la visite du roi en Angleterre et les deux visites de la reine Victoria à Eu (1843-45). Au dedans, les passions révolutionnaires continuaient à fermenter ; en même temps certaines réformes devenaient de plus en plus impérieuses. Le clergé luttait contre l'Université pour la liberté de l'enseignement ; mais d'autre part, les jésuites étaient l'objet d'attaques passionnées. Les malheurs continuèrent à s'abattre sur le vieux roi, qui avait vu mourir son héritier, le duc d'Orléans (13 juillet 1842) et avait été privé en 1847 des conseils de sa sœur. L'opposition répandit l'agitation dans le pays par les banquets réformistes; 55 députés demandèrent la mise en accusation des ministres et la révolution recommença bientôt aux cris de : Vive la réforme ! Louis-Philippe ne résista pas mieux que Charles X : il abdiqua (févr. 1848), en faveur de son petit-fils le comte de Paris, et se réfugia en Angleterre, au château de Claremont. Il avait eu 8 enfants : Ferdinand d'Orléans, père du comte de Paris et du duc de Chartres, qui mourut d'un accident de voiture (1841) ; Louise, reine des Belges; Marie, princesse de Wurtemberg; le dnc de Nemours ; Clémentine, princesse de Saxe-Cobour.^-Gotha ; le prince de Joinville ; le duc d'Aumale ; le duc de Montpensier. (Y. Thureau-Dangin, Histoire de la monarchie de juillet ; Ernest Charles, les Chemins de fer en France pendant le règne de Louis— Philippe, L896).

Comte de Paris. — Le comte de Paris, fils du duc d'Orléans et de la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwérin, né à Paris (1838-1894), quitta la France avec sa famille à la révolution de 1848, fit de nombreux voyages, servit dans les troupes fédérales des Etats-Unis, avec son frère le duc de Chartres, et fut aide de camp de Mac- Clellan. Lors de la guerre franco-allemande, il ne put obtenir de servir dans l'armée française. Il rentra en France après l'abrogation des lois d'exil (1871), visita à Frohsdorff le comte de Chambord et reconnut ses droits ; il devint ainsi le chef de la maison de France, en 1883, et publia, en cette qualité, divers manifestes. Expulsé de nouveau ainsi que fils aîné en 1886, il vécut en Angleterre et mourut très chrétiennement, victime d'une longue et implacable maladie. De son mariage avec la princesse Marie-Isabelle, fille du duc de Montpensier (1864), sont nés : Louis-Philippe-Robert, duc d'Orléans (1865) ; Marie- Amélie, reine de Portugal, etc. Le comte de Paris a publié : Damas et le Liban (1861) ; les Associations ouvrières en Angleterre (1869), etc.

Aumale. — Né à Paris (1822-1897), Henri d'Orléans, duc d'Aumale, 4e fils de Louis-Philippe, entra dans l'armée à 16 ans et se distingua en Algérie, où il enleva la smalah d'Abd-el-Kader. Obligé à la retraite, à la révolution de 1848, il mérita une place honorable parmi les écrivains français. Après la chute de l'empire, il présida le conseil de guerre qui jugea Bazaine. Banni de nouveau, il obtint de rentrer et vécut dans la résidence princière de Chantilly, qu'il légua à l'Institut. Citons de lui : l'Histoire des princes de Condè, son ouvrage principal (1863-1895). Le duc d'Aumale était do l'Académie. (V. Grandin, le Duc d'Aumale, , le prince, le soldat, l'historien, 1897).

Broglie. — Le duc de Broglie, né en 1785 et mort en 1X70, (Hait fils de Claude-Victor, prince de Broglie, qui avait présidé la Constituante et était mort sur l'échafaud. Chargé de plusieurs missions sous Napoléon I et nommé pair en 1814, il épousa la fille de Mmc de Staël (1816), devint l'un des chefs du parti doctrinaire sous Louis-Philippe et fut ministre en 18311, 1832-36. 11 se distingua également dans les lettres, fonda la Revue française (1828).

entra à l'Académie en 1855. — Son fils aîné, Albert de Broglie, né en 1821, a joué un rôle important sous la 3e République et s'est distingué également par ses travaux historiques et littéraires. Il a succédé à Lacordaire, à l'Académie. Citons de lui : l'Eglise et V Empire romain au IVe siècle (1856, plusieurs éd.) ; Julien l'Apostat et Théodose le Grand ; Questions de religion et d'histoire (1860). Il a traduit le Système religieux de Leibniz (1846). Ses études historiques ont porté souvent sur le XVIIIe siècle : Frédéric II et Marie-Thérèse, Louis XV, etc.

Casimir Périer, 3e fils de Claude Perler, banquier de Grenoble et l'un des fondateurs de la Banque de France, naquit à Grenoble (1777-1832), fut élu député de Paris en 1817, fit partie de l'opposition, se rallia à Louis-Philippe et devint président du conseil en 1831. Il refusa d'intervenir en Pologne, soutint la Belgique et fit occuper Ancône pour contenir l'Autriche. Il mourut du choléra. — Son fils a joué un rôle important sous la 3e République, dont il devint le président après l'assassinat de Carnot ; mais il démissionna bientôt.

Pasquier, né à Paris (1767-1862), était conseiller au parlement, lorsque la Révolution éclata. Sous 1'erupire, il entra au Conseil d'Etat (1806) et fut préfet de police (1810). Député sous la Restauration, il fut garde des sceaux et ministre des affaires étrangères dans différents cabinets ; il combattit le ministère Villèle. Sous Louis-Philippe, il présida la Chambre des pairs, fut nommé chancelier de France (1837) et duc (1844). Il entra à l'Académie en L842.

Guizot, né à Nîmes (1787-1874) d'une famille protestante, vit son père périr sur l'échafaud en 1704. Avec sa mère, il se retira à Genève, où il étudia, vint à Paris en 1805 et débuta dans les lettres, publia en 1809 un Dictionnaire des synouymes, édita en 1812 une traduction, avec notes, del' Histoire de Gibbon. Fontanes le fit entrer alors à la. Faculté des lettres, où il enseigna l'histoire. Sous la Restauration, il se rangea parmi les doctrinaires, puis se livra de nouveau à l'enseignement (1820) et multiplia ses ouvrages. Son cours fut suspendu en 1825, puis rétabli par le ministère Martignac; il partagea la popularité de Cousin etde Villemain. Sous Louis-Philippe, il joua ordinairement le premier rôle, du moins à partir de 1840. Après la chute de la monarchie, il se retira en Angleterre — Sa première femme, Mme Guizot, née Pauline de Meulan (1773-1827), a laissé des œuvres remarquées, concernant surtout l'éducation. (V. Bardoux, G'wi~ro^, dans la Coll. des gds écrivains). (Armée.) Gérard. — Le comte Gérard, né à Damvilliers, en Lorraine (1773-1852), engagé volontaire en 1791, fut fait général de brigade à Austerlitz (1806) et ne cessa de se distinguer dans les guerres suivantes, combattit à Waterloo et ne rentra en France qu'en 1817. Il siégea parmi les députés de l'opposition (1822-30), fut ministre de la guerre sous Louis- Philippe, créé maréchal en 1831, commanda les deux expéditions de Belgique (1831-32) et fit le siège d'Anvers. Il fut de nouveau ministre de la guerre en 1834 et présida même le conseil. Il commanda les gardes nationales de la Seine de 1838 à 1842.

Bugeaud, né à Limoges (1784-1849), était colonel en 1815. Sous la Restauration, il s'occupa d'agriculture. Sous Louis-Philippe, il se distingua en Algérie, surtout à partir de 1836. Gouverneur général de la colonie en 1840, il se proposa de la pacifier complètement et de la coloniser : Ense et aratro, c'était sa devise. Maréchal en 1843, il battit les Marocains sur les bords de l'Isly (1844). Sou nom est resté populaire dans l'armée. On a de lui divers écrits.

HISTOIRE : XIXe SIECLE

Abd-el-Kader, défenseur de la nationalité arabe, en Algérie, contre les Français, né en 1807, fait prisonnier en 1847, mis en liberté en 1852, se retira en Syrie, où il mourut en 1883, fidèle jusqu'à la fin à l'amitié de la France, qui lui avait fait une pension de 100,000 francs.

( Marine.)

Duperré, né à La Rochelle (1775-1846), entra dans la marine et fut 4 ans prisonnier des Anglais. Capitaine de frégate en 1806, contre-amiral en 1810, il contribua à la prise de Cadix (18215). Il dirigea avec succès l'expédition maritime contre Alger (1830). Amiral et pair de France, il fut trois fois ministre de la marine (1834, 1830, 1840).

Roussin,né à Dijon (1781-1844), simple mousse en 1793, capitaine de vaisseau en 1814, dirigea des explorations hydrographiques et entra à l'Académie des sciences (1830). Contre-amiral en 1822, il força l'entrée du Tage en 1831 et contraignit Dom Miguel aux réparations exigées. Il se distingua aussi dans son ambassade à Constantinople, fut ministre de la marine en 1840 et fait ensuite amiral. Il créa les paquebots transatlantiques.

Journées de juin 1848. — Les auteurs de l'insurrection qui éclata en juin 1848, furent les partisans de la république démocratique et sociale, que la forme de la république établie le

24 février ne satisfaisait point. La dissolution des ateliers nationaux fut l'origine de l'insurrection, qui ne put être réprimée que par les forces combinées de la garde nationale, de l'armée et de la garde mobile, que dirigeait Cavaignac, chef du pouvoir exécutif. Le nombre des victimes de cette guerre civile fut énorme. Sept généraux furent tués ou blessés mortellement, parmi lesquels Négrier et Bréu. Le dévouement de Mgr Aff're, frappé le

25 juin, fit déposer les armes.

Cavaignac, né à Paris (1802-1857), étudia à l'Ecole polytechnique, se distingua en Afrique et fut nommé gouverneur général de l'Algérie (1848). Député à la Constituante, il fut ministre de la guerre et chef du pouvoir exécutif. Emprisonné au coup d'Etat du 2 déc. 1851, il fut élu député de Paris (185'2), mais refusa de prêter serment à l'empire. — Son fils a joué un rôle important sous la 3e république.

Changarnier, né à Autun (1793-1877), servit dans l'armée sous la Restauration, se distingua en Afrique, devint général de division en L843. Député de la Seine à la Constituante (1848), il commanda la garde nationale de Paris et même, sous Louis-Napoléon, l'armée de Paris. Dépouillé ensuite de son commandement pour avoir refusé de se prêter aux projets des impérialistes, il fut arrêté au coup d'Etat et exilé pendant quelque temps. Il reprit du service en 1870 et combattit sous Metz. Elu député en 1871 par 3 départements, il siégea au centre droit et devint sénateur inamovible, en 1875.

Dupont de l'Eure, né à Neubourg, dans l'Eure (1767-1855), avait été membre du Conseil des Cinq-Cents. Député de 1817 à 1848, il fit partie de l'opposition avancée. Il présida le gouvernement provisoire de 1848, siégea à la Constituante, mais ne fut pas réélu à la Législative.

Ledru-Rollin, né à Paris (1807-1074), avocat et docteur en droit, défendit les accusés républicains, dirigea plusieurs publications importantes: le Journal du Palais, etc. Elu député du Mans eu 1841, il fut condamné à 4 mois de prison, pour sa profession de foi républicaine, mais l'arrêt fut annulé en Cours de cassation. Orateur puissant, il ne cessa d'attaquer la monarchie constitutionnelle et fut, en 1848, l'un des chefs du gouvernement provisoire. Mais il perdit ensuite de sa popularité. Le 13 juin 1849, il fit appel à une insurrection, mais il échoua, se réfugia en Angleterre et fut

condamné par contumace à la déportation. Bien qu'il eût été impliqué en 1857 dans un complot contre Napoléon III, il put rentrer en France en 1870, avant la chute de l'empire, et fut même élu député, en 1871, dans trois départements.

Morny (le duc de), homme politique, né à Paris (1811-1865), fut élevé par la comtesse de Flahaut (devenue comtesse de Souza). Après avoir fait de brillantes études, il suivit la carrière militaire, se distingua en Afrique, puis, vers 1838, s'occupa d'affaires industrielles. Il fut élu député du Puy-de- Dôme en 1842 et député de la Seine en 1849. Lié intimement avec Louis-Napoléon, il fut l'un des principaux auteurs du coup d'Etat du 2 déc. 1851, devint ministre de l'intérieur et présida longtemps le Corps législatif.

Napoléon III. — Louis -Napoléon Bonaparte, né aux Tuileries (1808-1873), était fils de Louis Bonaparte, roi de Hollande, et de Hortense de Beauharnais. Il suivit sa mère dans l'exil et s'établit avec elle au château d'Arenenberg, sur les bords du lac de Constance. Il étudia l'art militaire au camp fédéral de Thun, sous la direction du général Dufour. En 1830, il se jeta, avec son frères Charles*, dans un mouvement insurrectionnel des Etats de l'Eglise, mais dut se réfugier à Ancône. Il sollicita vainement de Louis-Philippe la permission de rentrer en France, tenta deux fois de renverser la monarchie (1836, à Strasbourg; 1840, à Boulogne). La première fois il fut conduit en Amérique ; la seconde, il fut emprisonné à Ham, mais parvint à s'échapper en 1846. Lors de la révolution de 1848, il accourut à Paris, mais le gouvernement provisoire l'obligea à s'éloigner. Aux élections partielles du 3 juin, il fut nommé par 4 départements, et démissionna le 15; il rentra après les journées sanglantes des 23-26 juin, lorsqu'il eut été nommé par 5 départements (17 sept. 1848). Le 10 décembre, il fut élu à la présidence de la République par 5 millions et demi de suffrages et jura de défendre la République. Cependant la Constituante, cédant à un mouvement d'opinion qui se traduisait par un immense pétitionnement, fit place à la Législative (28 mai 1849). L'expédition de Rome mécontenta le parti révolutionnaire, qui demanda la mise en accusation du président et de ses ministres; mais la prise d'armes du 13 juin, réprimée par Changarnier, tourna mal pour Ledru-Rollin et ses amis. En oct. 1849, le président remplaça le ministère Odilon Barrot par un autre, sous lequel furent votées la loi du 15 mars 1850, favorable à la liberté de l'enseignement secondaire, et la loi du 31 mai, qui n'accordait le droit de suffrage qu'aux citoyens payant une contribution personnelle ou fournissant une prestation en nature. Peu après, il révoqua de ses fonctions le général Changarnier et, ne pouvant gagner la droite, il se tourna de plus en plus vers le peuple, parcourut les provinces et organisa un mouvement bonapartiste. L'Assemblée ayant refusé d'abroger la loi du 31 mai, qui restreignait le suffrage universel, Napoléon fit le coup d'Etat du 2 déc. 1851, dans lequel un grand nombre de députés furent arrêtés pendant la nuit. Le peuple auquel il fit appel approuva sa conduite par 7 millions et demi de suffrages. Des pouvoirs constituants lui furent donnés avec la présidence pour dix ans (20 et 21 déc). Le prince déposa la dictature le 29 mars, mais pour mieux préparer l'empire, qui fut proclamé le 2 déc. 1852.

Bien que Napoléon eût fait pour ainsi dire cette promesse avant son avènement : l'Empire c'est la paix, les guerres se multiplièrent pendant les 18 années de son règne. Sans parler de la conquête de l'Algérie, qui se poursuivait glorieusement, la France et l'Angleterre firent la guerre d'Orient contre le czar Nicolas ( 1*53-54 ', qui menaçait de prendre Constantinople. Cette guerre fut illustrée par les

Page 1