PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
celle de la convenance ou de la disconvenance de deux idées. Qu'est-ce qu'affirmer intellectuellement si ce n'est se dire à soi-même que telle chose est ou n'est pas une autre ? Et qu'est-ce que se tenir un pareil langage si ce n'est voir qu'il en est ainsi et en avoir conscience ? Il n'y a donc pas deux actes dans l'intelligence : l'un, par lequel elle verrait que deux idées sont associables ; l'autre, par lequel elle les associerait. Mais l'intelligence voit simplement que les idées sont associées ou ne le sont pas.
Opinion — C'est un jugement incertain, mais qui paraît plus ou moins probable à celui qui l'émet. On distingue l'opinion de la doctrine. A proprement parler, la doctrine fait partie de la science et entre dans l'enseignement ; elle est certaine, tandis que l'opinion est douteuse. Comme état de l'esprit, l'opinion se distingue de la certitude, du simple doute et de l'ignorance. La certitude est une affirmation sans crainte d'erreur ; le doute est une abstention de tout jugement, mais il suppose quelque connaissance, au lieu que l'ignorance n'en suppose aucune. L'opinion est vraie ou fausse en elle-même ; mais, si elle donne de rencontrer la vérité, elle ne donne pas précisément de la posséder à celui qui l'a heureusement choisie.
Raisonnement — C'est l'exercice de la raison, ce mouvement discursif de l'esprit qui passe d'un jugement à un autre par un moyen terme. Le propre de l'esprit humain, en effet, n'est point de s'emparer de la vérité d'un seul coup, mais de l'acquérir progressivement, de se perfectionner par degrés, de discourir sans fin sur toutes sortes de sujets. Tout raisonnement est fondé sur le moyen terme et par là même sur le principe d'identité : Deux choses qui sont identiques à une troisième sont identiques entre elles, ou plus complètement et sans équivoque : Deux choses qui conviennent à une troisième se conviennent entre elles dans la mesure et sous le rapport où elles conviennent à cette chose. Cette explication est importante, car, si l'on n'y prenait garde, le moyen terme ne serait plus un, mais double, et le raisonnement deviendrait un sophisme.
Le raisonnement a pour expression le syllogisme (v. ce mot) et il obéit aux mêmes lois. Il est de deux sortes: inductif et dèductif (v. induction et déduction). Sa fin est la démonstration (v. ce mot). Mais la certitude n'est pas toujours possible ; souvent l'esprit est condamné au doute, qui peut être irrémédiable. Cependant le raisonnement est encore nécessaire pour que le doute soit motivé et prudent. Il y a donc, à ce nouveau point de vue, deux espèces de raisonnements : les uns nous donnent la certitude ; les autres, des doutes ou des opinions réfléchis.
La certitude n'entre pas avec la même facilité dans tous les esprits : tel raisonnement qui convaincra les uns, n'éveillera que des doutes chez les autres, dont l'attention ou la pénétration est moindre ; il ébranlera ceux-ci et persuadera ceux-là. Cette différence explique les hésitations d'un grand nombre, même après les enseignements les mieux donnés et les mieux reçus. Par contre, ce qui paraîtra certain à des esprits trop prompts restera douteux pour les autres. Mais ces disposition ou ces capacités diverses des esprits ne changent pas la valeur du raisonnement en lui-même : ou bien il est démonstratif, ou bien il n'est que probable.
Le raisonnement probable ne donne pas la science par lui-même (la science, en effet, est des choses certaines : scientia est de certis) ; mais il la prépare, il l'accompagne, il la complète même, au moins indirectement : il nous donne d'être certain qu'il y a doute, il nous permet de refuser ou de mesurer notre assentiment. Les raisonnements probables sont de deux sortes : les uns sont fondés sur des raisons douteuses ; les autres, sur quelque
autorité contestable. Aux raisons douteuses se rapportent les pures raisons de convenance. Parmi les autorités douteuses sont celles des philosophes, de tel ou tel historien. D'une manière générale, aucune autorité purement humaine ne suffit à donner une certitude absolue en fait de doctrine ; car l'esprit humain est faillible. Cependant l'autorité peut nous guider même en philosophie. De là l'utilité d'éclairer toujours son raisonnement personnel de l'autorité d'autrui.
Hypothèse — L'hypothèse est une supposition faite pour expliquer certains effets ; c'est une théorie admise provisoirement afin de rendre compte de certains phénomènes : la méthode et le raisonnement qui s'appuient sur elle sont dits hypothétiques. L'hypothèse est très utile, surtout dans les sciences physiques et naturelles, comme en témoignent les découvertes des Copernic, des Kepler, des (ialilée, des Newton, des Cuvier, des Pasteur, etc. Mais il arrive trop souvent qu'elle se change en préjugé et engage l'esprit dans une mauvaise voie. Que d'hypothèses absurdes, impossibles, qui égarent l'esprit : par exemple l'hypothèse du monisme, du matérialisme, de l'homme-singe ! Même les hypothèses les plus plausibles n'ont souvent qu'un règne éphémère ; par contre, bien des hypothèses, timides d'abord, se sont fortifiées ensuite et changées en thèses : ainsi l'hypothèse de Copernic, celle des vibrations lumineuses. Pour qu'une hypothèse soit bonne, ou du moins préférable aux autres, elle devra satisfaire aux conditions suivantes : 1° n'être inconciliable avec aucun fait observé, mais les expliquer tous de quelque manière ; 2° être la plus simple des hypothèses possibles, ou du moins expliquer le mieux les phénomènes. L'hypothèse ne se change en thèse que lorsque toutes les autres hypothèses répugnent (v. Naville, la Logique de l'hyp.)
Induction et déduction — L'induction est le raisonnement qui va du particulier à l'universel, des parties au tout, des faits et des phénomènes aux lois, des effets aux causes, des images au type, des signes à la chose signifiée, du contingent au nécessaire, etc. La déduction est le procédé inverse. L'induction correspond assez bien à l'analyse, et elle est opposée à la déduction, comme l'analyse l'est à la synthèse (v. ces mots). Elle n'est pas une simple analogie ou comparaison, bien qu'elle se fonde sur l'analogie et procède par comparaison ; elle n'est pas non plus une simple généralisation, le passage d'une idée particulière à une idée générale; mais elle est un véritable raisonnement, elle en a la nature. C'est un mouvement de l'esprit qui va du connu à l'inconnu, d'un jugement à un autre, d'une première vérité à une seconde, en s'appuyant sur un moyen terme. Plusieurs le contestent,mais à tort. L' 'argumentation immédiate, c'est-à-dire sans moyen terme, n'a pas été enseignée par Aristote et c'est une impossibilité. Remarquons aussi que l'induction, quoique souvent douteuse dans ses conclusions, n'en tend pas moins à la certitude. Si elle atteint moins souvent son but que la déduction, c'est à cause des difficultés spéciales qu'elle rencontre.
Sous bien des rapports l'induction et la déduction se ressemblent : ce sont l'une et l'autre des raisonnements, elles résultent de trois termes, elles contiennent implicitement ou explicitement trois propositions, elles sont fondées sur le principe d'identité, loi fondamentale de tout raisonnement. Seulement, dans la déduction, l'esprit descend du général au particulier : dans l'induction, au contraire, il s'élève du particulier au général. C'est pourquoi, dans la déduction, nous voyons le petit terme dans le grand, où il est contenu en vertu de l'extension des idées, tandis que dans l'induction nous voyons le grand dans le petit, où il est contenu en vertu de la compréhension des idées. Dans la déduction,