PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPÉDIQUE
financière, apaisa les troubles de la Louisiane. 11 fit un long voyage autour du monde après sa seconde présidence et fut sur le point d'être réélu une 3e fois, en 1880. Mais on lui préféra Garfield. Ruiné par des spéculations financières, il reçut du Congrès une pension viagère de 25,000 dollars (1884) et mourut l'année suivante.
Garfield, né dans l'Ohio (1831-1881), fut successivement ouvrier de ferme, batelier, instituteur et avocat, Il devint major général pendant la guerre de Sécession, représenta l'Ohio au Congrès et fut élu président des Etats-Unis en 1880. Il mourut des suites d'un attentat commis contre sa personne l'année suivante.
Mac-Kinley, 32e président des Etats-Unis, a été élu en 1897 (4 mars). Sa présidence a été marquée surtout par la guerre contre l'Espagne (1898), à la suite de l'insurrection prolongée de Cuba, soutenue par les Américains. Après la destruction de la flotte commandée par l'amiral Cervera, l'Espagne a subi les conditions du vainqueur et perdu Cuba et les Philippines.
(Mexique.) MaximPien, empereur du Mexique, né en 1832, petit-fils de l'empereur d'Autriche François I, épousa la princesse Charlotte, fille de Léopold I, roi des Belges, accepta la couronne impériale du Mexique que vinrent lui offrir à Miramar des délégués mexicains (1864). Soutenu d'abord par Napoléon III, mais abandonné ensuite par lui et combattu indirectement par les Etats-Unis, il fut assiégé à Queretaro, livré par Lopez et fusillé sur l'ordre du président Juarez (19 juin 1867).
(Amérique du Sud.) Bolivar, surnommé le Libérateur, né à Caracas (1783-1830), émancipa ses esclaves et servit la cause de l'indépendance des colonies espagnoles. Il fit proclamer la république de Venezuela (1818), réunit la Nouvelle-Grenade sous le nom de Colombie (1819) et exerça une sorte de dictature. Il contribua aussi à l'affranchissement du Pérou et de la Bolivie, qui prit son nom et lui dut sa première organisation (1824-25). Il ne put réunir dans une même confédération toutes les républiques de l'Amérique du Sud et abdiqua en 1830. On l'a surnommé le Washington de l'Amérique du Sud (v. les Contemporain.*).
Garcia Moreno, mort président de la Répulique de l'Equateur, né à Guayaquil (1821-1875), avait d'abord une nature pusillanime et très timide, mais devint un des hommes de caractère les plus remarquables du XIXe siècle. Après des luttes persévérantes et héroïques, il parvint à arracher son pays à la domination des sectes et inaugura un gouvernement ferme, juste et chrétien. Il périt assassiné par les sectaires, qui exercèrent sur lui toute leur férocité. Sa dernière parole fut : « Dieu ne meurt pas ». (V. le P. Berthe, Garcia Moreno, le héros martyr. V. aussi les Contemporains). (Brésil.) Pedro I (don), empereur du Brésil, fils aîné de Jean VI, roi de Portugal (v. Portugal), fit déclarer le Brésil indépendant et régna de 1822 à 1831, abdiqua la couronne du Brésil en faveur de son fils, puis vint chasser son frère', qui avait usurpé la couronne de Portugal, m. en 1834. — Don Pedro II, fils et successeur du précédent, né en 1825, abolit la traite des noirs, ouvrit à tous les peuples la navigation de l'Amazone, visita l'Europe en 1875, fut chassé par la révolution (1889) et vint mourir en Europe (1892).
(Théologiens, prédicateurs, philosophes...) Glaire (l'abbé), théologien et orientaliste, né à Bordeaux (1798-1H79), étudia au séminaire de cette ville, puisa Saint-Sulpice ; il suivit aussi des cours de langues orientales et fut l'élève de Silvestre de Sacy et d'Eug. Burnouf. Il professa, a son tour, les
mêmes connaissances et devint doyen de la faculté de théologie de Paris. Il a laissé : un Lexique et une Grammaire hébraïques ; une Introduction historique et critique au;r Livres Saints (1836, 6 vol.) ; les Livres saints vengês(lS14, nouv. éd., 3 vol.) ; le Bible selon laVulgate, traduction avec notes (1803); Dictionnaire universel des sciences ecclés. (1867, 2 vol.) ; des articles dans l'Encyclopédie du XIXe siècle, dans X Encyclopédie catholique, etc.
Lamennais. — C'est l'esprit le plus extraordinaire et le plus influent du XIXe siècle. Toute l'école catholique a reçu de lui une impulsion puissante, qu'on pourrait discerner encore. Ainsi s'explique l'intérêt qui s'attache aujourd'hui à l'histoire de sa pensée et qui a inspiré de nombreux ouvrages. Il naquit à Saint-Malo (1782-1854). Son père, riche armateur, fut ruiné par la Révolution. Sa famille avait été anoblie récemment par Louis XYI. Il perdit sa mère à sept ans, et fut élevé par son oncle, qui l'enfermait souvent dans sa bibliothèque, où l'enfant lisait avec passion bons et mauvais livres. On touchait alors aux plus mauvais jours de la persécution religieuse. Comme Ampère, il perdit la foi à cette lecture. A 22 ans, il fut converti par son frère Jean-Marie (v. ce nom), un saint prêtre qui fonda la société des Frères de Ploërmel, aujourd'hui florissante. Il fit sa première communion et s'adonna avec lui à une vie d'étude et de prière dans leur propriété de La Chesnaie. Sa ferveur était excessive. En 1808, les deux frères publièrent les Réflexions sur Vêlât de l'Eglise en France. L'ouvrage fut supprimé par la police impériale, que dirigeait le fameux Fouché. Les auteurs s'y plaignaient de l'asservissement *le l'Eglise à César et réclamaient une multitude de réformes, dont plusieurs se réalisèrent plus tard. En 1809, les deux frères publièrent le Guide spirituel, ouvrage de piété remarquable. En 1814 parut la Tradition de l'Eglise sur l'institution des èvêques, ouvrage achevé depuis trois ans, mais qui n'avait pu paraître plus tôt. C'était la réfutation des maximes gallicanes et napoléoniennes.
Dès 1809, Lamennais était entré dans le clergé ; mais il hésita six ans à recevoir les ordres. En 1814, aux Cent-Jours. comme il s'était compromis pour les Bourbons, il passa en Angleterre, où l'abbé Caron fut son directeur. Un autre sulpicien, l'abbé Teyssère, décida de sa vocation, en 1816, et le fit avancer au sous-diaconat. Mais, à peine engagé, Lamennais s'en repentit. En 1818 paraissait le premier volume de l'Essai sur l'indifférence, qui devait en compter cinq et qui attira à l'auteur les plus vives polémiques. Le succès de ce premier volume fut immense. Tout le camp ultramontain et royaliste prit Lamennais pour chef. De Bonald lui écrivait : Ne vous défendez pas ; « laissez coasser toutes ces grenouilles. » Et de Maistre : « Ne laissez pas dissiper votre talent. Vous avez reçu de la nature un boulet, n'en faites pas de la dragée. » Le pape Léon XII se proposait de le nommer cardinal. Lors du premier voyage de Lamennais à Rome (1824», il l'accueillit avec une extrême bonté et le reçut dans son appartement privé, où le visiteur ne vit que trois images : un Christ, une Vierge et son propre portrait.
Cependant Lamennais soutenait les polémiques soulevées par la publication des volumes de l'Essai; il écrivait dans plusieurs feuilles : le Conservateur, qui était né de son ouvrage et auquel collaboraient Chateaubriand, de Bonald, de Villèle ; le Mémorial catholique; le Défenseur ; la Quotidienne. En 1826, il publiait la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil, où il développait les idées ultramontaines de l'Essai; puis, en 1829, les Progrès de la révolution et de la guerre contre l'Eglise. Dès 1825, l'école mennai-
HISTOIRE : XIXe SIÈCLE
sienne -était fondée avec Gerbet. Lamennais s'occupait aussi d'œuvres ascétiques, avec une véritable piété, qu'on a essayé de contester. Citons sa traduction de l'Imitation de J.-C, accompagnée de Réflexions, l'un de ses plus beaux ouvrages.
En 1830, apparaissait V Avenir, journal de l'école. Sa devise n'était pas Dieu et le roi, mais : Dieu et la liberté. Les polémiques devinrent plus vives encore, les accusations s'aggravèrent et Lamennais crut devoir se rendre à Rome pour justifier sa doctrine (1831). Grégoire XVI venait de succéder à Pie VIIl et à Léon XII. Lamennais fut accueilli avec bonté, mais on différa une réponse qui devait être sévère. Impatienté de ces délais, il rentra en France en passant par Munich. C'est là que lui arriva l'Encyclique Mirari vos, qui condamnait sa doctrine. Il se soumit d'abord ; mais, rentré à Paris, il publiait bientôt les Paroles d'un croyant, qui, vu les circonstances surtout, étaient une déclaration de guerre. C'en était fait. L'apologiste s'était changé en un journaliste révolutionnaire. En 1837, il publiait les Affaires de Rome, où il attaquait la papauté en face ; en 1841 l'Esquisse d'une philosophie (4 vol.). où il professait une sorte de panthéisme, qui rappelle celui des alexandrins. A la révolution de 1848, il fut élu député et siégea à la Montagne, non loin de Lacordaire, dont la présence parut lui peser comme un remords. Il mourut tristement, après avoir refusé les secours de la religion. Sa vie tout entière faite d'intimes souffrances, de jours de gloire et de jours de tempête est encore une énigme douloureuse pour tous ceux qui cherchent à la pénétrer. — En philosophie, Lamennais est cité souvent pour sa théorie de la certitude, théorie fausse et depuis longtemps abandonnée. Il fonde la certitude non pas sur l'évidence, mais plutôt sur le sentiment universel érigé en critérium suprême. (V. Roussel, Lamennais d'après des documents inédits ; Lamennais intime, 1897, etc. ; Eug. Forgues, Lettres inédites de Lamennais à Montalembert. 1898; Aug. Laveille, Un Lamennais inconnu. Lettres inédites à Benoît < l'A zy, 1898; Mercier, Lamennais, 1895; Spuller, Janet, Mgr Ricard, qui a fait l'histoire de l'Ecole mennaisienne).
Combalot (l'abbé), né à Chatenay (Isère), en 1797, occupa avec éclat la chaire chrétienne pendant un demi-siècle. Ame ardente, il prit part à toutes les grandes œuvres de son temps. Avec Lamennais, dont il répandit les idées, il fut l'adversaire acharné du monopole universitaire. Lié aussi avec Mgr Gaume, il partagea ses idées sur les classiques païens et chrétiens. Citons de lui ses Lettres à M. de Lamennais, où il réfute son ancien maître et ami. En 1844, il fut condamné à 15 jours de prison et 4,000 francs d'amende pour ses polémiques contre l'Université. Mais cette persécution lui valut l'admiration des catholiques, qui le regardèrent comme un confesseur de la foi. (V. Mgr Ricard et aussi les Contemporains.)
Lacordaire, restaurateur de l'ordre des Dominicains en France et fondateur des Conférences de Notre-Dame, naquit près de Dijon i 1802-1861), étudia le droit et entra au barreau de Paris. Revenu à la foi de son enfance, il devint le disciple de Lamennais et fonda avec lui l1 'Avenir (1830). Lorsque Lamennais eut été condamné, il se soumit et décida Montalembert à pratiquer la même obéissance. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail de sa vie, qui fut celle d'un saint en même temps que celle du premier orateur religieux de son siècle. En 1834, il inaugurait ses conférences au collège Stanislas ; en 1835 et 1836, il prêchait le carême à Notre-Dame avec un éclat extraordinaire. Entré alors dans l'ordre de saint Dominique, il se fortifia, à Rome, dans les études théologiques et parut de nouveau à Notre-Dame en 1841, avec l'habit domi-
nicain proscrit jusque-là. Les conférences continuèrent avec le même succès de 1843 à 1851. En 1848, il fut élu à la Constituante et y siégea quelque temps au sommet de la Montagne, puis démissionna. En 1860, il entra à l'Académie. Ses dernières années s'écoulèrent a Sorèze, où il se consacra à l'éducation de lajeunesse.
Outre ses Conférences, Lacordaire a laissé : Considérations philosophiques sur le système de M. de Lamennais (1834) ; Mémoire pour le rétablissement île l'ordre des Frères prêcheurs en France; une Vie de S. Dominique (1840); une Fie de sainte Marie-Madeleine, etc., enfin une volumineuse correspondance qui n'a pas encore été publiée intégralement et qui révèle chez son auteur un profond psychologue, un incomparable manieur d'âmes. 11 les transfigurait par cet apostolat intime, de même que par l'autre il christianisait son siècle. (V. d'Haussonville, Lacordaire, 1895; le P. Chocarne, Vie du P. Lacordaire, 2 vol.)
Ravignan (le Père de), né à Bayonne (1795- 1858), fut volontaire royal en 1815, se distingua comme avocat et comme substitut du procureur du roi, puis entra, à 27 ans, dans la carrière ecclésiastique et bientôt après dans la Compagnie de Jésus. Il succéda à Lacordaire dans la chaire de Notre- Dame et continua dignement son œuvre avec un autre talent et d'autres succès. Ses Conférences de N.-D. forment'4 volumes (v. le P. de Ponlevoy, la Vie du. P. de Ravignan).
Le P. Félix (1818-1891) occupa, à son tour, la chaire de Notre-Dame (1853-1871). Ses conférences ont été réunies sous ce titre, qu'elles développent : le Progrès par le christianisme (16 vol.). Enfantin essaya de répondre aux conférences (4e-6e) dirigées contre la réhabilitation de la chair (1858). Citons encore du P. Félix : le Socialisme devant la société (1878); Christianisme et socialisme (1879).
Monsabré (le Père), né à Blois, en 1827, a occupé à son tour, avec éclat (1872-90), la chaire de Notre-Dame, illustrée par ses prédécesseurs. Son œuvre oratoire consiste principalement dans « l'Exposition raisonnée du dogme catholique ». Il s'est inspiré constamment de la doctrine de saint Thomas, qu'il sait interpréter de la manière la plus éloquente et la plus heureuse. On lui a reproché d'avoir accordé trop de faveur, dans ses Conférences et dans ses lettres d'approbation, à l'hypothèse transformiste. Ses Conférences ne forment pas moins de 22 vol., sans parler de ses ouvrages de piété ni de ses œuvres poétiques et musicales.
D'Hulst (Mgr), né en 1841, mort en 1896, étudia à Stanislas et au collège Romain, et fut le premier recteur de 1 Institut catholique de Paris (1875). Il succéda au P. Monsabré dans la chaire de Notre- Dame et consacra son talent à l'exposition de la morale chrétienne. Citons de lui, outre ses Conférences : des Mélanges oratoires et des Mélanges philosophiques; des biographies ou notices biographiques (Mère Marie-Thérèse, Just de Bretenières, abbé de Broglie). En 1892, il succéda à Mgr Freppel à la Chambre des députés.
(Philosophes.) Bautain, né à Paris (1796-1867), est connu surtout pour avoir enseigné une sorte de fidéisme, qui dut être censuré par l'Eglise. Il étudia d'abord sous les meilleurs maîtres de l'Université, entra à l'Ecole normale en 1813, se lia avec Jouffroy et Damiron, suivit avec eux les cours de Cousin, fut reçu agrégé et docteur es lettres, et nommé professeur de philosophie au collège de Strasbourg (1816l II fut chargé bientôt et en même temps du cours de philosophie à la faculté des lettres. L'excès de travail auquel il se livra compromit un instant son avenir. [ Un jour qu'il donnait une de ses brillantes leçons.