PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
1835-36, la Franco industrielle (2 vol.). Dans le même temps, il combattait les idées sociales de Saint-Simon et celles d'Owen ; il tentait, à Condésur-Vesgre, une colonisation phalanstérienne qui échoua. Les théories de Fourier sont à la fois économiques et morales. Elles reposent toutes sur cette erreur que le bonheur de l'homme consiste à satisfaire toutes ses passions.
Comte. — La vie de ce fondateur du positivisme et de la religion de l'Humanité est bien l'une des plus extraordinaires qui se rencontrent dans l'histoire de la philosophie. Né à Montpellier (1798-1857), il étudia de bonne heure les mathématiques et avec un tel succès qu'il entrait à 16 ans à l'Ecole polytechnique. Ramené à Montpellier pour cause d'insubordination, il revint à Paris et devint le disciple préféré de Saint-Simon, auquel il emprunta plus d'idées qu'il ne se l'est avoué plus tard à lui-même. Malheureux dans sa vie domestique, à la suite d'un mariage contracté malgré sa famille, qui était très chrétienne, il se lia d'un amour mystique avec Clotilde de Vaulx, qui mourut bientôt, mais personnifia désormais pour lui l'Humanité : il lui rendit un véritable culte. De cette liaison date la seconde période de sa vie. Dans la première il avait fondé le positivisme; dans la seconde, il fonda la religion de l'Humanité. Parmi les ouvrages qui se rattachent à la première période, il faut citer : le Cours de philosophie positive ; parmi ceux de la seconde période : le Système de politique positive ou Truite de sociologie instituant la religion de l'Humanité. Plusieurs des disciples de Comte, Littréen particulier, ont répudié les idées proposées par le maître pendant la seconde période de sa vie, les attribuant à une exaltation cérébrale et à la folie. Laissant donc de côté la religion positiviste, ils acceptent seulement la philosophie positive : loi des trois états (théologique, métaphysique, positif) ; classification des sciences (mathématique, astronomie, physique, chimie, biologie, sociologie, avec la morale), etc. (V. le P. Gruber, Aug. Comte; le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos jours.) Littré — Né à Paris (1801-1881), Li'ttré fut élevé en dehors de toute idée religieuse et ne fut même pas baptisé. Comme philosophe, il se rangea parmi les disciples de Comte, qu'il refusa de suivre dans son évolution mystique. 11 publia : Conservation, révolution et positivisme (1852); Aug. Comte et la philosophie positive (1863), etc. Il publia, à partir de 1867, une Renie de philosophie positive. Mais c'est comme érudit plutôt que comme philosophe que Littré a mérité sa célébrité. On lui doit : une traduction des Œuvres d'Hippocrate; une traduction de l'Histoire naturelle de Pline; une édition refondue du Dictionnaire de médecine, de chirurgie et de pharmacie, de Nysten ; une Histoire de la langue française, et surtout un Dictionnaire de la langue française, monument d'érudition, qui lui coûta 30 ans de labeur. Il entra à l'Académie, malgré l'opposition de Mgr Dupanloup, et fut reçu avec éclat dans la francmaçonnerie. Mais Littré qui était un savant, et non pas un sectaire, fut gagné peu à peu aux idées chrétiennes et mourut dans le sein de l'Eglise. (V. Caro, M. Littré et le positivisme ; Gruber, etc.).
(Spiritualiste.) Caro. — Ce philosophe, né à Poitiers (1826- 1SS7), relève de l'école de Cousin, mais il fut l'un des représentants les plus brillants du spiritualisme chrétien, professé par plusieurs des maîtres de l'Université. Il étudia au collège Stanislas, brilla au concours général de philosophie, entra à l'Ecole normale et devint professeur à la Sorbonne et académicien. Citons de lui : l'Idée de Dieu et ses nouveaux critiques (1864); Problèmes de morale sociale (1876). (V. les Contemporains).
(Sceptique.)
Renan, né à Tréguier (1823-1892), a été, au XIXe siècle, le représentant le plus remarquable du scepticisme et de la sophistique. Après avoir étudié à Saint-Sulpice, il perdit la foi et se livra à des travaux d'érudition. SaU/e de Jésus (1863) fut un scandale.
(Jurisconsultes.)
Tronchet, né à Paris (1726-1806), fut député de Paris aux Etats généraux et se distingua parmi les membres modérés du parti constitutionnel. Louis XVI le choisit pour l'un de ses défenseurs. Sous le Consulat, il présida la Cour de cassation et fut chargé, avec Portalis, Maleville et Bigot de Préameneu, de rédiger un projet de Code civil.
Portalis, né dans le Var (1745-1806), fut avocat et procureur à Aix avant 1789. Arrêté pendant la Terreur, il fut délivré au 9 thermidor. Directeur des cultes en 1801, il prit une part importante à la rédaction du Concordat et des Articles organiques. Il fut aussi l'un des principaux rédacteurs du Code civil. On a de lui : De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique durant le XVIIIe siècle ; des Discours et des Rapports sur le Concordat et le Code civil.
Toullier, né à Dol (1752-1835), professa à la faculté de droit de Rennes dès 1878, s'opposa aux excès de Carrier, pendant la Révolution. 11 est célèbre surtout comme l'auteur d'un ouvrage de droit qui jouit d'une grande autorité : le Droit civil français, suivant l'ordre du Code Napoléon (1811-1831, 14 vol.)
Berryer, né à Paris (1790-1868), débuta au barreau, dès 181 1, et ne tarda pas à y briller. 11 fut l'un des premiers à arborer la cocarde blanche et suivit Louis XVIII à Gand, lors des Cent-jours. Royaliste libéral, défenseur chevaleresque de la monarchie légitime, il fut pendant longtemps l'un des premiers orateurs de la Chambre. Il combattit Napoléon III et protesta contre le coup d'Etat. 11 rentra à la Chambre en 1863. (V. Ch. de Lacombe, Vie île Berr;/er,3 vol.)
(Economistes et sociologues ; socialistes.)
J.-B. Say (1767-1832) était d'une famille protestante originaire de Nîmes, qui émigra à Genève à la révocation de l'édit de Nantes. Son père vint faire son apprentissage à Lyon, où Jean -Baptiste naquit et passa ses premières années. Après de mauvaises affaires, ils allèrent à Paris, où la fortune leur fut favorable. A 19 ans, J.-B. Say put visiter et étudier l'Angleterre ; de retour à Paris, il entra dans une Compagnie d'assurances sur la vie, étudia le livre d'A. Smith, se lia avec les idéologues de la société d'Auteuil, se lança dans la politique et fut l'un des fondateurs de la Décade, philosophique. Quelques années après, il remplaçait Ginguené comme rédacteur en chef. Remarquons un mémoire qu'il écrivit vers cette époque (an VIII) pour un concours à l'Institut sur le sujet suivant : « Quelles sont les institutions les plus propres à fonder la morale d'un peuple? » J.-B. Say ne répondit pas à la question, mais composa plutôt une sorte de roman social, où il disait que le premier livre de morale pour les Olbiens (les habitants d'Olbie, la nouvelle Utopie) fut un traité d'économie politique. Trois ans plus tard, il publiait l'ouvrage qui a fondé sa réputation et qui a été souvent réédité depuis : le Traité d'économie. politique un simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses (1803). J.-B. Say est regardé comme le docteur et l'apôtre du libéralisme économique. C'est ;ï lui surtout que se rattache l'économie politique dite orthodoxe ; il est le maître principal de l'école classique.
Bastiat, né à Mugron (1801-1850), dans les Landes, mort à Rome, étudia au collège de Sorèze,
HISTOIRE î XIXe SIECLE
se livra d'abord au commerce, puis à l'agriculture, et se passionna pour l'économie politique. Son talent se révéla dans les articles qu'il envoya au Journal des économistes et où il défendait le libre échange, d'accord avec les hommes de Manchester. A la Révolution de 1848, il s'attacha à combattre les socialistes et fut envoyé au Parlement par ses concitoyens. Il mourut à Rome, où il s'était rendu pour rétablir sa santé, et fut enterré à Saint-Louis-des-Français. Il est l'auteur des Sophismes économiques, des Petits pamphlets et surtout des Harmonies économiques, dont il n'a pu achever que le premier volume. Bastiat a fait aimer la science économique, qu'il a cultivée à la fois en poète et en savant. Son optimisme lui a caché les abus les plus graves du système libéral. Aucune harmonie sociale ne peut résulter des prétendues lois naturelles de l'économie politique, si à ces lois ne viennent se surajouter celles de la morale individuelle et celles de la morale sociale ou de la justice.
Louis Blanc, né à Madrid (1811-1886), mort à Paris, doit être rangé parmi les socialistes. En 1839, il publia dans la Revue du progrès social le premier jet de son pamphlet sur l Organisation du travail, souvent réédité depuis (9e éd. 1850). Son Histoire de dix ans acheva de le rendre populaire. A la révolution de 184^, il fut membre du gouvernement provisoire, président de la fameuse Commission pour les travailleurs, représentant de la Seine à la Constituante. Il fit signer un décret par lequel le gouvernement provisoire s'obligeait à « garantir à l'ouvrier son entretien par le travail et à procurer du travail à tous les citoyens ». En conséquence, furent créés les Ateliers nationaux. Impliqué ensuite dans l'insurrection de juin, il s'exila à Londres. Il rentra en France à la chute de l'empire, protesta contre la Commune, fut député de la Seine en 1876. Citons de lui : Catéchisme des socialistes ; le Socialisme ; Droit au travail.
Proudhon. — C'est de Proudhon peut-être, non moins que de Karl Marx, qui fut son adversaire, que relève le socialisme contemporain. Il naquit à Besançon (1809-1865), étudia comme externe au collège, où il se distingua, fut obligé d'entrer dans une imprimerie pour subvenir aux besoins de sa famille, mais ne cessa de s'instruire et s'adonna surtout aux études sociales, qui l'attiraient vivement. En 1840, paraissait son premier opuscule : Qu'est-ce que la propriété ? Il répondait : « La propriété c'est le vol. » A cette autre question : « Qu'est-ce que Dieu ? » il répondait par ce blasphème : « Dieu c'est le mal. » Ses écrits dès lors se multiplièrent. Son Avertissement aux propriétaires lui attira des poursuites En 1843 parut : De la création de l'ordre dans l'humanité, système d'organisation politique; en 1846 : le Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, son ouvrage le plus remarquable, où il réfutait les communistes qui l'avaient précédé aussi bien et plus vivement encore que les économistes libéraux de l'école anglaise. Mais ce ne fut qu'après la révolution de 1848 qu'il devint populaire ; il rédigea à Paris le Représentant du peuple, qui fut supprimé; élu député de la Seine à la Constituante, il posa en chef de secte et attaqua, pour ainsi dire, tous les partis à la fois dans des brochures et divers journaux. En 1849, il créa une Banque du peuple, qui échoua; son but était d'arriver à l'abolition de l'intérêt. Condamné à trois ans de prison pour délit de presse, il écrivit dans sa prison : Confession d'un révolutionnaire (1849) ; Intérêt et principal (1849) ; Gratuité du crédit (1850), où il résume ses discussions avec Bastiat, etc. Après 1852, il rentra dans la vie privée. Citons encor> : de la Justice dans lu Révolution et dans l'Eglise (1858), ouvrage qui l'obligea
à s'exiler pour quelque temps en Belgique ; Théorie de la propriété (1865), publié après sa mort ; Théorie de l'impôt (1861), où il propose d'établir un impôt unique sur le revenu foncier, ce revenu dût-il disparaître tout entier ; ce qui équivaudrait alors à une sorte de collectivisme, où les propriétaires ne seraient plus que des fermiers : « L'impôt sur le revenu foncier, dit-il, doit croître avec les besoins de l'Etat, dût la rente foncière, par cet accroissement, disparaître entièrement pour le propriétaire. » Proudhon aimait le paradoxe. Néanmoins on ne peut lui dénier le titre de penseur et d'écrivain : il a des vues profondes et justes, des pages étincelantes de verve (V. A. Desjardins, Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrine, 1896, 2 vol.).
Le Play est le fondateur d'une école sociale qui n'a pas tardé à se diviser après sa mort, mais dont la caractéristique principale est le respect des traditions. 11 naquit, à la Rivière, près Honneur (1806-1882), étudia au lycée Saint-Louis, où il connut l'abbé Gratry, entra le second à l'Ecole polytechnique (1825), le premier à l'Ecole des Mines (1827), fut successivement ingénieur des mines, inspecteur, professeur à l'école des Mines, directeur des mines de l'Oural, commissaire général aux expositions universelles de 1852, 1855 et 1867, conseiller d'Etat et sénateur. Dès 1829, il fit un premier voyage d'études en Allemagne avec Jean Reynaud, son ami, qui était épris du saint-simonisme. Nul n'a observé la société et les diverses classes qui la composent, en particulier les classes ouvrières, avec plus de sagacité, de persévérance et de méthode. « Il parcourut trois fois l'Europe à pied, dit l'un de ses disciples (Urbain Guérin). Il eut des relations avec tous les grands personnages de son temps, avec les propriétaires influents, avec les chefs d'usines, en un mot avec ceux qu'il a appelés les autorités sociales, et, après vingt ans de voyages, de méditations, de labeurs, il constitua le cadre de la monographie, cadre à la fois si puissant et si simple, dans lequel tous les phénomènes de la famille sont rigoureusement analysés. » Citons, parmi ses ouvrages, avec les Ouvriers européens, son oeuvre capitale : la Réforme sociale en France ; l'Organisation du travail selon la coutume des ateliers et la loi du Dècalogue ; la Paix sociale; l'Organisation de la famille; la Constitution de l'Angleterre; la Constitution essentielle de l'humanité. Toutes les recherches de Le Play ont été dominées par cette pensée, qu'il fallait appliquer à l'économie politique et à la sociologie en général la méthode expérimentale ou d'observation, si féconde dans les sciences physiques et naturelles. Il s'appliqua lui-même, pendant de longs et fréquents voyages (1829-1853), à connaître à fond l'existence des travailleurs. De là ces monographies qui parurent d'abord dans les Ouvriers européens, un des ouvrages marquant de ce siècle, et qu'on a multipliés depuis à son exemple : elles servent de base aux inductions sociales. Le Play a pu démontrer ainsi, par la méthode expérimentale, que les pays et les milieux où régnent le mieux la paix sociale et la prospérité sont ceux où le Dècalogue est religieusement observé, où les patrons remplissent leur devoir de protection, où les ouvriers, de leur côté, sont fidèles à leurs engagements et autres vertus de leur condition.
(Philanthropes.)
Montyon. — Le baron deMontyon, né à Paris (1733-1820), fut intendant sous l'ancien régime et fonda, dès 1780, des prix de vertu, que devaient décerner des corps savants. Il é migra à la Révolution, rentra en P'rance en 1815, et rétablit les prix qu'il avait fondés On a de lui divers ouvrages.
Gobert. — Le baron Gobert, né en 1807 et mort