PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
au Caire en 1833, était fils d'un général de l'empire et eut pour parrain Napoléon. Il fonda deux prix de 10.000 francs de rente, que l'Académie française et l'Académie des inscriptions décernent tous les ans aux auteurs des ouvrages les meilleurs et les plus éloquents sur l'histoire de France.
(Philosophes et économistes étrangers.)
Fichte. — Né dans la Haute-Lusace (1762- 1814), Fichte fut protégé par Kant, dont il continua la philosophie, en la modifiant. Il fonda son système sur le principe d'identité et professa une sorte d'idéalisme subjectif. Il a écrit : Doctrine de la science; Destination de l'homme; Méthode pour arriver à la rie bienheureuse, etc.
Schelling. — Né dans le Wurtemberg 11775- 1854) et fils d'un dignitaire de l'église protestante, Schelling étudia à Tubingue, où il eut pour condisciple Hegel, devint professeur à Iéna, à Wurtzbourg, puis plus tard à Munich, où il présida l'Académie et jouit d'une immense réputation. Les idées de Schelling varièrent beaucoup. Il essaya de fonder sa philosophie sur le moi et professa une sorte de panthéisme, dont s'inspira, à une certaine époque, le philosophe français Cousin.
Hegel. — Né à Stuttgard (1770-1831), Hegel fut d'abord le disciple de Schelling, mais ne tarda pas à enseigner une philosophie plus indépendante. Il professa à Heidelberg et à Berlin. Son système, qui est un pur panthéisme, repose sur l'identité des contraires et ce principe : L'être c'est le néant.
Jacofoi — Parmi les esprits ditingués qui combattirent l'idéalisme et le panthéisme issus de la Critique de Kant, il faut citer Jacobi, né à Dusseldorf (1743-1819). Il professa une philosophie fondée sur le bon se/is ou l'intuition immédiate et sur le sentiment.
(Socialiste allemand )
Karl Marx. —Né à Trêves (1818-1883), d'une famille juive convertie au protestantisme, Karl Marx étudia le droit à Bonn, s'adonna aussi à la philosophie, à l'économie politique et sociale. Bien qu'apparenté à l'aristocratie, il se jeta dans l'opposition radicale et collabora à la Gazette rhénane. Après la suppression de cette feuille, il se réfugia à Paris, où il publia, avec Henri Heine, le journal En avant (Vorivœrtz), etc. Expulsé de France en 1844, il passa en Belgique. En 1847, il rédigeait, avec son ami Engels, le fameux manifeste socialiste qui fut le credo du parti; il y posait les deux principes suivants : 1° que l'intérêt des travailleurs étant le même partout en face des capitalistes devait dominer la question de nationalité ; 2° que les travailleurs n'ont à compter que sur eux-mêmes et qu'ils arriveront à s'affranchir en conquérant d'abord les droits politiques. La conclusion était le cri de ralliement : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! » Expulsé de Belgique en 1848, Karl Marx rentra en Allemagne et publia à Cologne pendant quelques mois la Nouvelle Gazette rhénane, à laquelle collaboraient Engels, Lassalle, Wolf. L'année suivante, le journal fut supprimé et Karl Marx se réfugia à Londres, où il demeura jusqu'à sa mort. En 1866, il fondait l'Internationale, dont il inspira les statuts. En 1870, il essaya vainement par des manifestations d'exercer quelque influence sur les événements : l'annexion de l'Alsace-Lorraine ne fut pas empêchée et la Commune fit son œuvre de destruction. Le prestige de Marx baissa et on commença à l'appeler le juif allemand. Citons de lui : la Misère de la philosophie, réponse à la Philosophie de la misère de Proudhon (1847) ; la Critique de l'économie politique (1859) et surtout le Capital (1867). Avec le socialisme ou collectivisme, Karl Marx a professé le matérialisme et l'athéisme. Par une contradiction singulière, il était darwiniste et essayait de justifier le collectivisme en disant qu'il avait existé à l'oçigine.
(Philosophes et ècoyiomistes anglais.)
Dugald-Stewart. — Ce philosophe, né à Edimbourg (1753-1828), où il enseigna la morale, continua à représenter, au XIXe siècle, la philosophie écossaise, inaugurée par Keid. Avant de mourir, il put voir les progrès de cette philosophie en France, où elle était accréditée |par Cousin et Jouffroy. Ses principaux ouvrages sont : Eléments de la philosophie de l'esprit humain (1792) ; Esquisses de philosophie morale (1793), traduites par Jouffroy; Essais philosophiques (1810).
Beniham. — Né à Londres (174S-1N32), Jéréinie Bentham étudia le droit et écrivit plusieurs ouvrages sur cette matière Mais il est connu surtout comme l'auteur d'un système de morale : la morale de l'utilité. Habitué à ne voir, dans les actes humains, que le côté social, il en méconnaît le caractère vraiment moral et se persuade que l'utilité est, en définitive, la seule base de la moralité. Selon lui, l'homme n'agit qu'en vue du plaisir et pour éviter la peine ou l'effort. Mais, comme tout plaisir est lié à quelque peine, il faut que l'homme, placé constamment entre différents biens et différents maux, choisisse le parti le meilleur ou le plus utile, c'est-à-dire qu'il cherche le plus grand bien en se résignant au moindre mal. Inutilité est précisément l'excédent du bien sur le mal ou du plaisir sur la peine. On voit que cette morale coïncide avec celle des anciens sensualistes.
Malthus. — Né en 1766 et devenu pasteur anglican, Malthus s'éprit des études économiques et publia, en 1798, son fameux Essai sur le principe dépopulation. Il s'attacha à y démontrer que la population s'accroît bien plus vite, en principe, que les substances qui lui sont nécessaires, et proposaitde ralentir l'accroissement trop rapide delà population par une « contrainte morale » honnête. Mais quelles que soient les intentions de Malthus, il n appartient pas à l'homme de substituer ainsi sa providence personnelle à celle de Dieu; le malthusianisme a été justement flétri comme servant de prétexte aux calculs les plus égoïstes et les plus honteux. D'ailleurs les progressions que Malthus a essayé d'établir ne sont point justifiées. Les subsistances peuvent croître souvent dans la même proportion que la population ; et celle-ci, à part quelques contrées, peut encore se propager prodigieusement sans craindre de manquer du nécessaire : il suffit qu'elle soit sobre, laborieuse, prévoyante et bien administrée.
Stuart Mill. — Les principaux représentants du positivisme anglais sont Stuart Mill et Spencer. Né à Londres (1800-1*73), Stuart Mill fut élevé par son père, James Mill, ami de Bentham. Il voyagea souvent en France et mourut à Avignon. Il avait entretenu une correspondance avec A. Comte, pour lequel il éprouvait une grande admiration ; mais il ne partageait, comme Littré, qu'une partie seulement de ses idées. Il eut aussi des rapports avec Taine, qui le visita, en Angleterre. Citons de lui : Système de logique; Principes d'économie politique ; ses Mémoires.
Herbert Spencer. — Né à Derby, en 1820, M. Spencer a été élevé par son père, professeur dans cette ville, et par son oncle, pasteur anglican. Après avoir exercé la profession d'ingénieur, il s'est adonné aux études philosophiques et a publié un grand nombre d'ouvrages, qui se sont répandus dans les deux mondes : Premiers principes ; Principes de biologie ; Principes de psychologie ; Principes de sociologie ; les Bases de la morale; l'Education intellectuelle, morale et physique ; la Classification des sciences, etc. M. Spencer a proposé une théorie générale de l'évolution: tout en refusant, avec les autres positivistes, de s'occuper de métaphysique, il admet l'existence d'un « inconnaissable ».
HISTOIRE : XIXL SIECLE
(Philosophes italiens.)
Rosmini. — Né à Roveredo (1797-1855), près de Trente, d'une famille aristocratique, Rosmini put profiter des soins de maîtres habiles et d'une riche bibliothèque, où il lut de bonne heure Platon dans la traduction italienne de Dardi Bembo. En 1821, il entra dans les ordres et se montra d'abord l'un des adversaires les plus résolus de la liberté de penser; mais il servit ensuite la cause du catholicisme libéral, avec celle de l'indépendance de l'Italie. En 1828, il fonda l'Institut de la Charité, destiné à grouper des prêtres et des laïques instruits, et devint bientôt un véritable chef d'école. Les luttes qu'il soutint contre toutes sortes d'adversaires, Gioberti, Lamennais, les jésuites, aussi bien que son mérite, lui acquirent une grande réputation. En 1848, il fut chargé par le gouvernement de Piémont, que dirigeait alors Gioberti, d'une mission auprès du pape. Pie IX lui offrit en vain la pourpre et le nomma ministre de l'instruction publique dans le cabinet Rossi. Mais, après le meurtre de celui-ci, les événements se précipitèrent ; et Rosmini, loin de devenir le secrétaire d'Etat de Pie IX, non seulement se vit préférer le fameux Antonelli, mais il fut suspect et menacé d'emprisonnement par la police napolitaine. Il quitta Gaëte, où il avait suivi le pape, et se retira à Stresa sur le lac Majeur, où il avait établi le siège de sa Congrégation. Ses écrits ayant été condamnés, il se soumit humblement et laissa de grands exemples de vertu. Ses ouvrages ne remplissent pas moins de 30 volumes et intéressent toutes sortes de sujets. Mais, plus versé dans la lecture des penseurs modernes qui dans celle des anciens maîtres, Rosmini compromet les bases même de la philosophie. Ses vues sur les réformes à opérer dans l'Eglise appellent aussi de graves réserves.
Gioberti. — Né à Turin (1801-1852), d'une famille pauvre, et prêtre comme Rosmini, Gioberti poussa beaucoup plus loin que ce dernier les conséquences du libéralisme. En 1825, il fut reçu docteur avec une thèse sur Dieu et la religion naturelle. Parmi les auteurs qu'il paraît avoir lus sans un discernement suffisant, nous remarquons Nicolas de Cusa, Marsile Ficin, G. Bruno, Campanella ; il appréciait alors Rosmini, mais ils se combattirent plus tard. En 1833, il fut arrêté et exilé pour ses idées politiques : il se réfugia à Paris, puis à Bruxelles, où il vécut d'un modeste emploi de professeur. Les ouvrages qu'il ne cessait de publier pénétraient en Italie et y excitaient une vive émotion. Il put y rentrer à la veille de la révolution de 1848 et fut accueilli avec transport. Charles- Albert le nomma ministre, puis président du conseil. Gioberti rêvait l'alliance de l'Eglise et de la démocratie, et l'affranchissement de l'Italie par une ligue dont le pape aurait eu la présidence. Mais il tomba bientôt du pouvoir, et la guerre avec l'Autriche se termina par le désastre de Novare. Envoyé en France par le nouveau roi de Piémont, il se démit de ses fonctions et mourut obscurément à Paris. A sa mort on trouva sur son lit l'Imitation de J.-C. et les Fiancés de Mamoni, le livre religieux par excellence, après la Bible, et le livre national de l'Italie. Citons de lui : Des erreurs philosophiques d'Antonio Rosmini, qui répondit par l'opuscule : Vincent Gioberti. et le panthéisme ; Théorie du surnaturel ; Considérations sur les doctrines religieuses de I". Cousin; la Réforme catholique de l'Eglise; une critique passionnée de Lamennais ; la Rénovation politique de l'Italie. Les idées philosophiques de Gioberti ne sont que trop favorables à l'ontologisme et au panthéisme. Quant à ses vues de réformes, elles appellent plus de réserves encore que celles de Rosmini.
(Ph ilosophes scolastiques.)
Liberatore (le Père) a puissamment contribué à la renaissance de la nouvelle scolastique. 11 en est comme le patriarche. A un moment où les théories de l'Ecole étaient discréditées, dans l'esprit même de beaucoup de Pères de la Compagnie, il n'a cessé de les soutenir et de les défendre avec fermeté et modération. Né à Salerne, il entra à seize ans chez les jésuites et enseigna bientôt la philosophie avec un grand succès. En 1850, il fondait la Civiltà cattolica avec les Pères Taparelli d'Azeglio, Antonio Bresciani et Curci, qui devait plus tard rompre avec son ordre. La plupart de ses ouvrages écrits en italien ont été traduits en français : de la Connaissance intellectuelle (1857), traduit par l'abbé Dcshayes sur la 3e éd. ital. moins la partie polémique (1885); du Composé humain; Institutiones philosophicœ (1843, plusieurs éditions, 2 ou 3 vol ), suivies bientôt des Institutiones ethicœ et juris'natu ralis ; de l'Ame (1875); de la Composition des corps (1878) ; le Droit public de l'Eglise, traduit par Onclair (1888). Vers les derniers temps de sa vie, voyant l'importance que prenaient les sciences sociales, il écrivit ; Principes d'économie politique, trad. par Sylvestre de Sacy (1894). Citons encore une curieuse comédie philosophique : VAutocrasia delV ente.
Le P. Liberatore s'est appliqué à résoudre les obje 'tions des modernes, à vulgariser les doctrines scolastiques et à en élucider plusieurs points essentiels, tels que l'origine des idées, l'unité du composé humain, le système de la matière et de la forme, la nature et les espèces d'abstractions. L'ontologisme de Rosmini, de Gioberti, et les autres erreurs les plus marquantes de ce siècle ont subi sa critique pénétrante. Dans les matières controversées entre scolastiques, il modifie souvent les opinions en faveur dans son ordre pour se rapprocher du thomisme.
Zigliara (le cardinal). — Né en Corse, à Bonifacio (1833-1893), Zigliara entra à 15 ans chez les Dominicains et devint professeur à la Minerve (Rome). La Summa philosophica (1876, 3 vol.; 1891, 8e éd.), qui s'est répandue beaucoup dans les séminaires, est le résumé de ses cours. Sa science et son éloquence attirèrent sur lui le choix de Léon XIII, qui le fit cardinal en 1879. Il présida l'Académie de S. Thomas, fit partie de la commission chargée de la publication de ses Œuvres, fut préfet de la Congrégation des études, etc. Citons encore : De mente concilii Viennensis in definiendo doqmate unionis anima' hurnanœ cum corpore (1878); Thèses philosophicœ (1881-83, 3 vol.) Ses Œuvres philosophiques (De la lumière intellectuelle, etc...,) ont été traduites en français par l'abbé Murgue (1880, 3 vol.).
Zigliara a réfuté le traditionalisme, l'ontologisme, etc. Il a montré en particulier que les ontologistes ne peuvent se réclamer ni de S. Bonaventure ni de saint Augustin. Il a maintenu la vraie doctrine de S. Thomas contre Ubaghs, de Louvain, qui regardait S. Thomas comme favorable aux idées innées, et contre Palmieri, professeur au Collège Romain, qui prétendait que S. Thomas n'a pas enseigné la distinction réelle de la matière et de la forme. En somme, Zigliara est un de ceux qui ont exposé la philosophie de saint Thomas delà manière la plus fidèle, la plus complète, en même temps que la plus modérée. Mais il est trop favorable à l'êvolutionnisme, quand il paraît accorder que les animaux forment une seule espèce philosophique. Peutêtre propose-t-il avec trop de réserve le système de la matière et de la forme. Parfois, au contraire, il semble trop affirmatif, par exemple quand il propose la distinction réelle de l'essence et de l'existence dans les créatures, la prémotion physique.