PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
(Philosophes espagnols.) Balmès. — Né à Vich, en Catalogne (1810— 1848). Balaies entra dans la carrière ecclésiastique et fut professeur de mathématiques au collège de sa ville natale II prit une part active au mouvement religieux et politique de son temps. Ayant protesté contre la vente des biens ecclésiastiques, il fut exilé par Espartero. Après la chute du régent, il fonda à Madrid un journal antilibéral. Il mourut jeune, mais laissant néanmoins des ouvrages remarquables. Citons : Cours de philosophie élémentaire (1837); le Critérium (1845), traduit sous ce titre : Art d'arriver au vrai, sorte de manuel de logique pratique; la Philosophie fondamentale (1846, 4 vol., traduit en français), son ouvrage principal; le Protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne (1848, 3 vol.), également traduit par l'abbé Monec.
Bien que ravi prématurément à ses études, Balmès a eu le temps de prendre place parmi les penseurs les plus remarquables du XIXe siècle. Les systèmes des philosophes allemands lui étaient assez bien connus et il en fait une critique profonde et judicieuse. Les scolastiques, en particulier saint Thomas, lui étaient familiers : il les avait médités et il a expliqué exactement plus d'une de leurs théories. Néanmoins le point de vue auquel il s'est placé lui-même n'est pas précisément le leur, mais plutôt celui des meilleurs spiritualistes français. Il s'inspire de Descartes, de Leibniz, de l'Ecole écossaise, tout en les critiquant sur bien des points.
Gonzalez (le cardinal). — A la tête des néoscolastiques d'Espagne, se place Gonzalez, né à Villoria, dans les Asturies (1831-1892). Il entra chez les Dominicains et fit profession en 1846. Après avoir enseigné pendant treize ans la philosophie et la théologie à l'université de Manille (Philippines), il rentra en Espagne, dirigea le collège de son Ordre à Ocana, devint successivement évêque de Malaga (1874), évêque de Cordoue (1875), archevêque de Séville (1883), puis de Tolède (1885) et de nouveau archevêque de Séville (1886). Léon XIII le fit cardinal le 10 nov. 1884. En 1885, il tenta de se démettre de toutes ses charges et dignités, autant par humilité et amour de la retraite et de l'étude que pour remettre sa santé; mais il dut garder la pourpre cardinalice et ne put se retirer qu'en 1889 au couvent de son ordre, dit de la Passion, à Madrid, où il mourut après une très douloureuse maladie. Evêque zélé autant que savant, il est le premier fondateur des Cercles ouvriers en Espagne. Ses ouvrages témoignent de l'étendue de ses connaissances et de l'ampleur de sa philosophie. Citons : Etudes sur lu philosophie de saint Thomas (en espagnol), qui parurent (1864) une année avant son retour des Philippines; Phi/osophia elementaria (1868, 2 vol.), qui devint le manuel d'un grand nombre de séminaires; un Cours de philosophie, écrit en espagnol, et qui n'est pas la simple traduction du précédent (1873); Etudes religieuses, philosophiques, scientifiques et sociales (1873), en espagnol ; une Histoire de lu philosophie (1M7S, 3 vol.) traduite en français par le P. de Pascal sur la 2e éd. espagnole (1891, 4 v. ) ; la Bible et la science (1891, 2 vol.)
(Lettrés, êrudits, écrivains.) Ghampollion, né à Figeac (1790-1832), étudia le copte au Collège de France, et commença, en se servant principalement de cette langue, à déchiffrer les hiéroglyphes. 11 fut conservateur du musée égyptien de Paris et put visiter l'Egypte en 1828-29. lia laissé un Dictionnaire hiéroglyphique, etc. — Son frère aîné s'est distingué aussi par des travaux d'érudition.
Sacy (Silvestre de), né à Paris (1758-1 838), apprit la plupart des langues de l'Orient, surtout
l'arabe et le persan. Outre de savants Mémoires, il publia ses Principes de grammaire générale (1799), une Chrestomathie arabe, traduisit les fables de Pilpay, etc. Après 1830, il fut nommé pair de France
Du Sommerard, né à Bar-sur-Aube (1779- 1842), réunit dans le vieil hôtel de Cluny une foule de monuments du moyen âge. Sa collection a formé le musée de Cluny. Citons de lui : les Arts au moyen âge (5 v. in-8).
Panckoucke, né à Paris (1780-1844), fils et petit-fils de libraires qui se sont eux-mêmes distingués par leurs travaux littéraires, a attaché son nom à des publications remarquables : Dictionnaire des sciences médicales (60 vol.); Victoires et conquêtes des Français (34vol.); Description de l'Egypte (26 vol.) ; Bibliothèque latine française (174 vol.) Lui-même a traduit Tacite. Son grand -père a publié un Dictionnaire des proverbes français; son père a tracé le plan de Y Encyclopédie méthodique (1781).
Didot — Cette famille d'imprimeurs a compté des hommes de lettres et des érudits en même temps que d'habiles typographes, qui ont contribué au progrès de leur art. François- Ambroise Didot (1730-1804) fondit les plus beaux caractères qu'on eût vus jusque-là et publia de magnifiques éditions (Collection dite d'Artois; Collection de classiques français). Ses deux fils (Pierre et Firmin) et son frère (Didot jeune) excellèrent à leur tour. Firmin donna de bonnes traductions en vers des Bucoliques de Virgile, etc. 11 fut député en 1827 et défendit les intérêts de la librairie. Ses deux fils, Ambroise et Hyacinthe-Firmin ont continué ces belles traditions. Citons, parmi leurs grandes publications : Thésaurus grœcœ linguœ; Glossarium média' et infim<c latinitatis ; Bibliothèque des auteurs grecs.
Noël, ni'L à Saint-Germain-en-Laye (1755-1841), professa à Louis-le-Grand, où il avait été élevé par faveur. Sous le Consulat, il fut préfet du Haut- Rhin ; il entra dans l'Université, en 1808, comme inspecteur général. Citons de lui : Dictionnaire de la Fable; Dictionnaires latin- français et français-latin; Grudus ad Parnassum ; Nouvelle grammaire française ; Leçons de littérature.
Humboldt. — Les deux frères Humboldt se sont distingués dans l'érudition et les lettres. — L'aîné, Char/es-Guillaume, né à Potsdam (1767- 1835), étudia surtout la philologie. — Le cadet, Alexandre, né à Berlin (1769 1859), voyagea beaucoup, séjourna souvent et longtemps à Paris ; il a publié de remarquables ouvrages : Voyage aux. régions èquinoxiales du nouveau continent ; Tableaux de la nature; le Cosmos, son œuvre principale, sorte de synthèse du monde physique. Greuzer, né à Marbourg (1771-1858), professa à Heidelberg et écrivit de nombreux ouvrages, qui intéressent surtout la philologie. Le plus connu est la Symbolique ou Mythologie des peuples de l'antiquité et surtout des Grecs. Citons aussi l'Histoire du monde païen dans l'Europe septentrionale.
Bopp, né à Mayence (1791-1867), professa le sanscrit à Berlin. 11 est regardé comme l'un des fondateurs de la science nouvelle de la grain maire comparée. Son principal ouvrage est la Grammaire comparée des langue* sanscrite, zende, arménienne, grecque, latine, slave, allemande, etc.
Staël (M"ie de). — Parmi les écrivains qui firent connaître l'Allemagne à la France au commencement du XIXe siècle, se distingue la tille du fameux ministre Necker, née à Paris (1767-1817), mariée au baron de Staël. La série do ses ouvrages et le progrès de sa pensée, nous font assister, en
HISTOIRE : XIXe SIECLE
outre, à ce mouvement de réaction qui amena beaucoup d'esprits du sensualisme au spiritualisme. Bien jeune encore et douée d'une belle intelligence, elle vit dans le salon de son père les hommes célèbres du temps; elle lut aussi les auteurs les plus en renom, en particulier J.-J. Rousseau, qui excita son enthousiasme. Elle-même prit place bientôt parmi les écrivains et les penseurs. Ses ouvrages, en effet, n'intéressent pas moins la philosophie que les lettres, et sont une nouvelle preuve des rapports étroits de ces deux connaissances.
A vrai dire cependant. MJUC de Staël n'a pas de système. Dans son livre de Y-lnfluence des passions sur le bonheur des individus et des nations (1796), elle combat déjà la morale du plaisir, soutient qu'il faut soumettre ses passions, mais sans professer encore une doctrine assez nette. Dans ta Littérature considérée dans ses rapports arec les institutions sociales (1800), elle s'inspire surtout de l'idée de la perfectibilité humaine, celle qui avait séduit Condorcet ; elle professe la morale du devoir, qu'elle met au dessus de tout calcul et même de l'intérêt public. Néanmoins, sa métaphysique ou plutôt sa psychologie, paraît en contradiction avec cette noble doctrine ; car elle regarde encore les théories sensualistes comme incontestables. Mais, dans son livre de l'Allemagne (1810), qui fut vainement frappé par la censure de l'Empire, elle professe une philosophie plus cohérente. Avant d'étudier la philosophie allemande, elle passe en revue la philosophie anglaise et française. Elle reproche aux idéologues de n'avoir écouté que leurraisonnement dans les choses de conscience, alors qu'il faut consulter surtout ses sentiments. C'est donc sur le sentiment qu'elle pense établir le libre arbitre et la distinction des sens et de l'esprit. Elle tempérait la philosophie de Locke par celle des Ecossais. Leibniz lui paraît être le Bacon et le Descartes de l'Allemagne. Elle analyse Kant et se prévaut de ses exagérations, par exemple de ses antinomies, pour justifier la philosophie du sentiment à l'encontre de celle de pur raisonnement. Elle approuve complètement la Critique de la raison pratique et la Critique dujugement. Enfin, dans le dernier de ses ouvrages : Considérations sur la révolution française (1818), elle détend les principes du libéralisme contre de Bonald et son école. Citons encore d'elle deux romans : Delphine et Corinne. — La fille de Mmc Staël épousa le duc deBroglie (v. Sorel, Mme de Star/).
Joubert, né dans le Périgord, à Montignac (1754-18:24), mérite d'être compté parmi les moralistes français. Il professa à Toulouse, chez les Doctrinaires, se lia avec Marmontel, La Harpe, D'Alembert, Diderot et surtout Fontanes, qui le fit nommer inspecteur général des études, dans l'Université. A Paris, il fréquenta la salon de Mme de Beaumont, qui exerça sur son esprit une grande influence. Après sa mort, Chateaubriand tira de ses manuscrits un volume de Pensées, qui a consacré sa réputation.
Nodier, né à Besançon (1783-1844), se fit remarquer, à la Révolution, parmi les esprits les plus avancés. Il écrivit des romans, collabora aux Débats et à la Quotidienne, sous la Restauration, devint bibliothécaire à l'Arsenal (1823) et entra à l'Académie en 183:2. 11 favorisa le romantisme naissant. Il a laissé, outre des contes : son Dictionnaire raisonné des onomatopées ; une Bibliothèque sacrée grecque-latine ; îles Souvenirs.
Villemain, né à Paris (1790-1870 , l'ut nommé par Fontanes professeur de rhétorique au lycée Charlemagne (1810), puis maître de conférences à l'Ecole normale, suppléa Guizot à la Sorbonne, fut lauréat dans divers concours et devint professeur d'éloquence française. 11 mit son influence littéraire au service du libéralisme. Ses travaux eurent prin-
cipalement pour objet l'histoire de la littérature. Secrétaire perpétuel de l'Académie (1832), pair de France, il occupa quelque temps le ministère de l'Instruction publique (1839-40). 11 a rédigé la préface remarquable de la 6e édition du Dictionnaire de l'Académie (1835).
Chateaubriand, né à Saint-Malo (17G8-1848), servit comme sous-lieutenant dans le régiment de Navarre, avant la Révolution, puis visitai' Amérique, revint défendre le roi, émigra et se retira en An^h'terre. Il revint en France en 1800 et fut soutenu par son ami Fontanes. Il publia Atala dans le Mercure, en 1801. Le Génie du christianisme, qui fonda sa réputation et marquait le retour de la France aux idées chrétiennes, parut en 1 02. Napoléon le nomma alors ambassadeur à Rome : mais Chateaubriand se sépara du despote, lors du meurtre du duc d'Enghien. Il voyagea alors en Orient, publia les Martyrs (1809), et ^Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811). A la Restauration, il s'associa aux plus ardents royalistes, fut ambassadeur à Berlin, à Londres, puis ministre des affaires étrangères, mais fut écarté par Villèle (1824). Sous le ministère Martignac, il fut encore ambassadeur à Rome. En 1830, il protesta contre la nouvelle royauté et donna sa démission de pair. Citons encore, parmi ses nombreux écrits, ses Mémoires d'Outre- Tombe. Chateaubriand est l'un des promoteurs principaux du romantisme, qui a renouvelé la littérature au XIXe siècle.
Récamier (Mme), née à Lyon (1777-1849), mariée à un riche banquier, réunissait dans son salon les célébrités de son temps, qu'elle savait retenir par les charmes de son esprit. Elle fut l'amie intime de Mme de Staël, dont elle partagea la disgrâce. En 1819, après des revers de fortune, elle se retira à l'Abbaye-aux-Bois. Chateaubriand fut l'un de ses amis les plus fidèles.
Balzac (Honoré de), né à Tours (1799-1850), a brillé parmi les romanciers de son temps par son originalité et sa fécondité. Il s'est attaché surtout à peindre la société contemporaine et y a réussi remarquablement.
Ozanatn (Frédéric), né à Milan (1813-1855), docteur en droit et docteur es lettres, occupa d'abord une chaire de droit commercial à Lyon, puis suppléa Fauriel à la Sorbonne, dans la chaire de littérature étrangère; il le remplaça en 1844. Son enseignement eut beaucoup d'éclat ; et, malgré une mort prématurée, il a laissé de nombreux écrits, entre autres : Dante et la philosophie catholique au XIIIe siècle; les Poètes franciscains en Italie, au XIIIe siècle. Ozanam était lié avec Ampère, Lacordaire, etc. et fut l'un des fondateurs des Conférences de S. Vincent de Paul (v. Huit, La vie et les œuvres de Frédéric Ozanam).
Sainte-Beuve, né à Boulogne-sur-Mer (1804- 1869), étudia quelque temps la médecine, puis s'adonna aux lettres, où il devait briller au premier rang des critiques. Aux approches de 1830, il se laissa entraîner par le mouvement romantique et fit partie du Cénacle. Après 1830, il se rapprocha un moment des saints-simoniens. Il fut aussi disciple de Lamennais. Mais il finit en libre penseur. On cite surtout de lui : les Portraits littéraires, publiés sous le titre de Causeries du Lundi .
Montalembert, né à Londres (1810-1870), fut d'abord le disciple de Lamennais et prit une part brill nte, avec Lacordaire, à la fondation de l'Avenir (oct. 1830). Ensemble encore ils ouvrirent une école pour réclamer par des faits la liberté de l'enseignement et protester contre le monopole de l'Université (1831). Ce fut l'occasion d'un procès célèbre à la cour des Pairs. Apres la condamnation de Lamennais, Montalembert parvint à se détacher de ce maître, avec l'aide de Lacordaire. A la Chambre des Pairs, il se distingua à la tête des eatholi-