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PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

et traitement homèopath ique des maladies chroniques.

(Naturalistes.)

Lamark, né en Picardie (1744-1829), peut être regardé plutôt que Darwin comme le vértiable fondateur du transformisme II publia en 1778, la Flore française, qui le fit connaître. Buffon, qui goûtait peu Linné, apprécia cet ouvrage Lamark y classait les plantes artificiellement, selon une méthode constamment dichotomique. L'année suivante, il entra à l'Académie des sciences. En 1793, il fut nommé professeur de zoologie au Muséum, où il s'occupades classes inférieures des insectes et les vers, tandis que Geoffroy Saint-Hilaire étudiait les animaux supérieurs. Les travaux de Lamark s'étendirent donc non seulement à la botanique, mais encore à la zoologie; il ne négligea pas non plus les sciences physiques. Citons de lui : Recherches sur les causes des principaux faits physiques 1794) et la Philosophie zoologique (1809).

Sans parler de ses vues étranges sur les éléments chimiques et l'origine de la vie (il niait les affinités chimiques et regardait tous les corps composés comme le résidu de la vie végétale ou animale), nous remarquerons sa théorie de la transformation des espèces vivantes. Lamark admet la génération spontanée; il estime que la vie se développe ensuite graduellement : d'abord apparaît l'irritabilité, puis le sentiment, le besoin de vivre et l'organe nutritif qui naît de ce besoin. Tous les organes des espèces vivantes seraient nés des efforts que l'animal aurait faits pour marcher, voler, saisir sa proie, etc. Les habitudes, le milieu et l'hérédité expliqueraient ainsi l'origine des espèces, dont les supérieures' proviendraient des inférieures. Ce système se réfute par les mêmes raisons que le transformisme de Darwin. De plus, les explications de Lamark sont sujettes à des critiques particulières, qui ont fait rejeter le lamarkisme par ceux-là mêmes qui en retiennent la thèse fondamentale. Darwin, à son tour, a été critiqué de la même manière; et cette facilité avec laquelle les évolutionnistes modifient ou changent même tout à fait leurs preuves, est un indice du peu de solidité de leur système. — Lamark mourut très âgé et aveugle, comme son collègue et ami, Geoffroy Saint-Hilaire, qui prononça son éloge.

Guvier, né àMontbéliard (1769-1832), était fils d'un officier du régiment suisse au service de la France. On le destina d'abord à être ministre protestant; mais ses goûts scientifiques déterminèrent sa vocation. Il étudia au collège de Montbéliard, puis à l'Académie de Stuttgard, lut Buffon avec passion, s'adonna aussi aux mathématiques, à la philosophie, au droit. A 19 ans, il était précepteur en Normandie, et la vue de l'Océan attira son esprit vers la géologie et l'étude de la faune marine. Il entra bientôt en relation avec des savants, vint à Paris en 1794, entra à l'Institut en 1796, professa au Muséum, succéda à Daubenton au Collège de France et obtint rapidement tous les honneurs scientifiques. Il fournit aussi une carrière politique, fut maître des requêtes en 1813, conseiller d'Etat sous Louis XVIII et pair de France en 1831. Citons de lui : Recherches sur les ossements fossiles (1821-24, 7 vol.). précédées d'un Discours sur les révolutions il" globe; le Règne animal distribue d'après son organisation (1816, 4vol.).

Cuvier a créé une classification naturelle du règne animal. Son œuvre est analogue à celle de •lussieu en botanique. Il a fondé cet ordre naturel des espèces vivantes sur la 'loi des « corrélations organiques » et sur celle de la « subordination des caractères ». En vertu delà première, il parvenait à induire de l'examen de quelques débris fossiles, appartenant à des espèces disparues, tout l'organisme de ces espèces. Des découvertes ultérieures

de fossiles complets, confirmèrent ses inductions. Des faunes, aujourd'hui disparues, étaient ainsi révélées au monde présent, grâce à une méthode si féconde. Cuvier tira, en outre, de ses découvertes, plus d'une conclusion philosophique. Puisque tels organes en appellent ou en excluent tels autres ; puisque de l'inspection des dents appartenant à un animal donné, on peut connaître par induction ses fonctions organiques, son système digestif, etc. , il s'ensuit que les organes sont destinés à telle fin et ordonnés à telles fonctions : en formant les êtres, la nature poursuit donc un but. Cuvier ramenait ainsi dans la philosophie naturelle le principe des causes finales. Puisque certains organes s'appellent les uns les autres, tandis que d'autres s'excluent (la dent du carnassier, par exemple, appelle la griffe et exclut le sabot ; l'aile de l'oiseau appelle les poumons et exclut les branchies), il en concluait encore que les combinaisons d'organes ne sont pas arbitraires, mais qu'il y a des types très différents d'animaux dans la nature, sans transition insensible entre eux; que le règne animal ne forme pas une échelle continue, mais plutôt comme des plans parallèles. Entre les embranchements (et Cuvier en déterminait quatre : vertébrés, mollusques, annelés, zoophytes), il y a donc solution de continuité. Il proclamait aussi la distinction absolue et la fixité des espèces. Chaque espèce a son type. La faune actuelle ne peut donc provenir de la faune fossile. D'ailleurs les révolutions du globe n'ont pas laissé trace d'espèces intermédiaires. — Ces idées étaient en opposition avec celles de Geoffroy Saint-Hilaire. Mais il est possible de tempérer les unes par les autres et d'admettre une certaine variabilité accidentelle, dont la science d'observation tracera de mieux en mieux les limites, tout en confirmant la fixité des espèces proprement dites.

Geoffroy Saint-Hilaire, né àEtampes(1772- 1844), devint professeur au Muséum (1795), appela à Paris Georges Cuvier, dont il fut longtemps le collaborateur et l'ami. En 1798, il accompagna Bonaparte en Egypte et sauva, par sa fermeté, les collections qu'il avait amassées et que les Anglais voulaient s'approprier lors de la capitulation. En 1809, il n'accepta la chaire de zoologie, à la faculté des sciences, que sur le refus de Lamark. Député pendant les Cent-Jours, il renonça à la vie politique sous la Restauration. En 1840, il fut frappé de cécité et n'en continua pas moins ses travaux. Citons de lui : Philosophie anatomique (2 vol. 1818-22) ; Principes de philosophie zooloyique : c'est le recueil des réponses qu'il fit à Cuvier lors des fameuses discussions de 1830 ; Etudes progressives d'un naturaliste (1835) ; Notions de philosophie naturelle (1838).

Geoffroy Saint-Hilaire fut d'abord le collaborateur de Cuvier, avec lequel il décrivit et classa les animaux, établissant la loi de la « subordination des caractères » ; mais, en partant de l'observation des mêmes faits, il tira ensuite des conclusions philosophiques tout opposées. Alors que Cuvier soutenait que le règne animal se partage en quatre embranchements irréductibles, Geoffroy s'attachait à démontrer « l'Unité de composition organique ». - L'antagonisme entre les idées des deux savants, d'abord latent, s'accusa plus tard et éclata lors des discussions qui eurent lieu à l'Académie des sciences, peu de temps avant la mort de Cuvier. Geoffroy insistait surtout sur les analogies profondes qui existent entre tous les animaux. Ces analogies font qu'on retrouve, sous une forme ou sous une autre, les mêmes oiganes chez les espèces d'ailleurs les plus dissemblables. Ainsi on trouve des dents chez les oiseaux ou dans leur fœtus, et un rudiment de larynx chez les poissons. Comparant les articulés avec les vertébrés, que Cuvier séparait absolument, [ Geoffroy trouvait que. les vertébrés ont leur colonne

HISTOIRE : XIXe SIECLE

vertébrale à l'intérieur, tandis que les articulés sont dans leur colonne vertébrale. En faveur de sa théorie de l'unité de composition, il faisait valoir encore le principe de la connexion des organes, en vertu duquel « un organe est plutôt anéanti que transposé » ; le fait des « organes rudimentahes », dépourvus de fonctions apparentes et persistant sans déplacement; le principe du balancement des organes, en vertu duquel un organe ne se développe extraordinairement qu'au détriment de ceux auxquels il fait contrepoids, pour ainsi dire. Par exemple, si les membres antérieurs se développent beaucoup, chez les oiseaux (ailes), c'est au détriment des membres postérieurs.

Ces vues et autres semblables, que nous ne pouvons qu'indiquer, nous permettent cependant de penser que Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvier développaient les deux aspects d'une même doctrine, plutôt qu'ils ne soutenaient deux doctrines contradictoires. Le premier s'attachait à montrer les ressemblances, et le second les différences des espèces vivantes. Il est certain, en effet, que le règne animal est à la fois un et multiple. Cette unité, remarquée déjà par Aristote, dans l'antiquité, par Buffon, Newton, Linné, etc., est évidente, bien que nombre d'espèces intermédiaires nous soient encore inconnues. Mais cette unité de plan ne supprime point les oppositions, les contrastes et, en définitive, les différences essentielles ; elle ne donne point le droit de conclure, avec Lamark et Darwin, que tous les animaux descendent d'un même ancêtre.

D'Orbigny. — C'est le nom de deux naturalistes français, natifs de la Loire-Inférieure. Alcide (1807-1857) exécuta un grand voyage d'exploration dans l'Amérique du Sud (1826-33), professa la paléontologie au Muséum, publia un grand nombre d'ouvrages et collabora au Dictionnaire universel d'histoire naturelle dirigé par son frère Charles (1806-1876).

Brongniart (Adolphe-Théodore), fils du minéralogiste Alexandre Brongniart et petit-fils de l'architecte Brongniart, né à Paris (1801-1876), professa au Muséum la botanique et la physique végétales. On a de lui une Histoire des végéta UX fossiles et un tableau de classification du règne végétal qui est généralement adopté, mais qu'on ne cesse de modifier.

Elie de Beaumont, né à Canon (1798-1874), étudia à l'Ecole polytechnique et à l'Ecole des mines, professa à cette dernière école et au Collège de France et devint secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences. 11 fut sénateur sous l'empire. Ses travaux portèrent sur la métallurgie et la géologie : Voyage métallurgique en Angleterre (1827) ; Notice sur les systèmes des montagnes, etc. C'est dans ce dernier écrit qu'il jette les bases d'une théorie nouvelle de géologie concernant les soulèvements des chaînes de montagnes, leur direction, la succession des formations sédimentaires, etc. Il consacra ses dernières années à la défendre.

Agassiz, naturaliste suisse, né dans le canton de Vaud (1807-1N73), a laissé des travaux remarquables sur les poissons fossiles, les poissons d'eau douce, les glaciers, etc. Il fut correspondant de l'Institut et professa l'histoire naturelle à Cambridge. Disciple de Cuvier, il combattit comme lui la variabilité des espèces.

Darwin (1809-1882), petit-fils du médecin et poète Erasme Darwin, a donné son nom à une forme du transformisme (le darwinisme). Après un long voyage d'exploration dans l'Amérique du Sud et le Pacifique, il fut amené à penser que tous les animaux et toutes les plantes dérivent de quelques formes primitives ou même d'une seule. De là son fameux livre De l'origine des espèces par

voie de sélection naturelle (1859), traduit en français par Clémence Royer (1862). Il fut élu correspondant de l'Académie des sciences en 1878, mais dans la section de botanique, et après de vives oppositions. Signalons, parmi ses autres ouvrages : de ta Fécondation des orchidées par les insectes et des bons résultats du croisement (1862), traduit en 1870; de la Variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication (1868, 2 vol.), traduit par Ch. Vogt; la Descendance de l'homme et la sélection sexuelle (IH~Ï), traduit par Moulinée (1872) ; l'Expression des émotions chez l'homme et les animaux (1872), traduit en 1874 (2 vol.); les Mouvements et les habitudes des plantes grimpantes (1875), traduit en 1876; les Plantes insectivores (1875), traduit en 1877.

Darwin a donné son nom au transformisme contemporain et même au système tout entier de l'évolution. Le darwinisme a cela de propre qu'il explique la transformation des espèces par la « sélection naturelle », au lieu de l'expliquer plutôt par l'action du milieu et l'adaptation des organes, comme le faisait Lamark. Mais celui-ci est le véritable père du transformisme. Quant à la « lutte pour l'existence », qui tient encore une grande place dans le darwinisme, elle se trouvait déjà dans Lucrèce, et Malthus s'en est servi pour édifier sa théorie de la population. La sélection naturelle, qui est la caractéristique du darwinisme, se conçoit comme analogue à la sélection artificielle, pratiquée par les éleveurs, les fleuristes. Seulement l'art et le choix de l'homme sont remplacés ici par la nature, qui ne permet qu'aux plus aptes et aux plus forts de survivre et de se reproduire ; et parce que la nature agit constamment pendant des périodes de temps incalculables, elle parvient à produire peu à peu des espèces nouvelles, alors que l'homme ne produit que des variétés.

Darwin ne proposa d'abord son système que timidement et en le limitant aux espèces animales et végétales. Dans la première édition de l'Origine des espèces, il attribuait l'apparition même de la vie à l'action du Créateur. Plus tard, il est vrai, ses partisans les plus fougueux, comme Huxley et Hœckel, parurent l'entraîner jusqu'à l'athéisme et au matérialisme ; mais, trois ans avant sa mort, tout en se disant agnostique, il regardait la croyance en Dieu comme conciliable avec sa théorie. Cette théorie elle-même, il ne la proposait qu'en avouant qu'elle était sujette aux plus graves difficultés. {Mathématiciens, physiciens, etc.) Laplace, né à Beaumont-cn-Auge, dans le Calvados (1749-1827), et fils d'un pauvre cultivateur, fut protégé par d'Alembert et entra à l'Académie des sciences en 1773. Pendant la Révolution, il professa aux Ecoles normales et traita du calcul des probabilités, dont il fit l'histoire et qu'il s'est appliqué à perfectionner. Après le 18 brumaire, il fut ministre de l'intérieur et entra au sénat. En 1805, il fît le rapport sur la nécessité d'abandonner le calendrier révolutionnaire pour revenir au calendrier grégorien. En 1808, il fut fait comte de l'Empire ; il vota plus tard la déchéance de Napoléon, fut créé pair de France et enfin marquis, en 1817. Son principal ouvrage est le Traité de la mécanique céleste.

Laplace a attaché son nom à un système de la formation du monde. Disciple de Newton, il essaie de tout expliquer par la seule loi de la gravitation universelle. Notre système solaire aurait d'abord été semblable à certaines nébuleuses qui nous apparaissent au fond de l'espace ; l'atmosphère solaire s'étendait bien au delà des planètes. Mais à mesure que la masse se refroidit et se condensa, le mouvement de rotation originel devint plus rapide (selon le principe des aires). Grâce à cette force centrifuge

croissante, la planètes se détachèrent successivement de la masse centrale, en commençant par les plus éloignées ; elles existèrent d'abord sous forme d'anneaux vaporeux, qui, le plus souvent, se condensèrent en globes, etc. Ces globes évoluèrent, à leur tour, comme la masse principale. De là toutes les planètes, petites et grandes, les satellites, etc., avec leur mouvement de rotation. — Mais cette hypothèse, préférable d'ailleurs à celle de Buffon, n'a pas résisté longtemps aux progrès de la science. Au moment même où Laplace, se fondant sur le calcul des probabilités, croyait avoir des milliards de chances contre une pour affirmer que tous les mouvements de rotation des planètes et des satellites devaient s'opérer dans le même sens, les astronomes découvraient que les satellites d'Uranus n'étaient pas animés d'un mouvement direct, mais d'un mouvement rétrograde. Un demi-siècle plus tard, on découvrait Neptune et son satellite et l'on constatait que le mouvement de ce dernier était également rétrograde. On s'explique donc qu'un astronome contemporain, M. Faye, ait apporté à la théorie de Laplace des corrections essentielles.

Ampère, né à Lyon (1775-1830), se préoccupa de la philosophie autant que des sciences, bien qu'il doive sa gloire à celles-ci. Ses prodigieuses facultés se développèrent de bonne heure, mais sans direction et comme au hasard. Il lut avec avidité la bibliothèque de son père, en particulier toute l' Encyclopédie, qu'il concilia comme il put avec la foi et la piété qu'il tenait de sa famille. Avec quelques leçons de latin et de calcul différentiel, que lui donna le bibliothécaire de Lyon, l'abbé Daburon, il fut à même, à douze ou treize ans, de comprendre Euler et Bernouilli. A 18 ans, il savait, dit-il, autant de mathématiques qu'il en sut jamais. A cette époque, un malheur effroyable s'abattait sur lui et sur sa ville natale : il perdait son père, devenu juge de paix à Lyon, qui fut guillotiné après la prise de cette ville par la Convention. Ampère, dont les affections furent toujours très délicates et très vives, autant que son intelligence était puissante et originale et son âme ingénue, faillit en perdre la raison. L'étude de la botanique, la poésie latine et française le rendirent à lui-même. Remarqué enfin pour ses travaux scientifiques, il fut nommé répétiteur à l'Ecole polytechnique (1805). Arrivé à Paris, il se liait avec Cabanis, Tracy, Degérando. etc. En 1807, il professa à l'Athénée un cours sur la Classification des sciences. Il revint souvent sur ce sujet, qui absorba les dernières années de sa vie. Inspecteur général de l'Université, en 1808, professeur à l'Ecole polytechnique l'année suivante, il entra à l'Institut en 1814; il se fit charger d'un cours de philosophie à la Sorbonne en 1819-20. Pendant le même temps, il s'était passionné de nouveau pour les idées philosophiques et pour la nouvelle école spiritualiste qui se formait autour de Biran. Un moment il songea à renoncer aux sciences pour se consacrer à la création d'une psychologie dont il aurait « posé les fondements, disait-il, pour tous les siècles ». Heureusement que la découverte d'Œrsted (1819), qui constata le premier l'action des courants électriques sur l'aiguille aimantée, vint provoquer sa curiosité scientifique et le rendit à sa véritable vocation. Nommé professeur de physique générale au CollègedeFrance,ilfit, danslesannées suivantes, les découvertes électro-dynamiques qui l'ont illustré. Mais ses dernières années appartinrent encore à la philosophie ; et il mourut dans une tournée d'inspection, à Marseille, alors qu'il partageait son temps entre ses devoirs professionnels et ses études sur la classification des sciences.

Ampère avait été élevé par une mère pieuse ; mais, pendant les orages de la Révolution, ses croyances subirent une première éclipse, qui s'explique aussi par ses immenses et dangereuses lec-

tures. Revenu à la foi de son enfance dès 1803, il fonda à Lyon, en 1804, ure Société chrétienne, dont les membres se réunissaient tous les vendredis pour étudier en commun les questions philosophiques et religieuses. Les sept premiers adhérents furent, avec Ampère, président : Bredin, secrétaire, Châtelain, Déroche, Grognier, Barret et Ballanche. Ampère n'avait pas encore trente ans et sa philosophie était, à ce moment surtout, très insuffisante. Amené à Paris et admis dans la société des philosophes d'Auteuil, il s'éprit de l'idéologie et retomba de nouveau dans un doute plein d'angoisse (1805). Ses amis lyonnais s'en inquiétèrent, Ballanche, en particulier, et l'un d'eux, le Père Barret, qui était entré chez les jésuites, contribua beaucoup à l'en faire sortir de nouveau. Cette fois, la conversion d'Ampère, qui était arrivé à l'âge de la maturité, fut absolue, et sa haute intelligence ne cessa plus d'être éclairée des lumières de la foi la plus entière et la plus humble (v. Valson, La vie et les travaux d'André -Marie Ampère).

Le Verrier, né à Saint-Lô (1811-1877), sortit de l'Ecole polytechnique comme ingénieur des tabacs et cultiva d'abord la chimie, mais il suivit bientôt ses goûts pour les mathématiques et la mécanique céleste. Sa découverte de la planète Neptune (juin 1846), qu'il fit uniquement par ses calculs et qui fut confirmée par les observations de l'astronome allemand Galle, lui valut une réputation européenne. Il succéda à Arago dans la direction de l'Observatoire (1853) et ne quitta ce poste que momentanément, à la fin de l'empire.

Haùy (l'abbé), né à Saint-Just, dans l'Oise (1743-1822), fils d'un pauvre tisserand, régent de seconde au collège Lcmoine, à Paris, fit de belles découvertes dans la cristallographie et entra, en 1783, à l'Académie des sciences. La Convention le nomma membre de la commission des poids et mesures et conservateur des mines. 11 professa la minéralogie au Muséum (1802) et écrivit, àlademande de Napoléon, un Traité élémentaire de physique. On cite surtout son Traité de cristallographie.

Niepce, né à Chalon-sur-Saône (1765-1833), cultiva la mécanique et la chimie. Dès 1813 il conçut l'idée qui le mena lentement à la découverte de la photographie. Il s'associa avec Daguerre pour l'exploitation de cette découverte.

Proust, chimiste, né à Angers (1755-1826), découvrit le sucre de raisin (1799), donna la composition des hydrates, des sulfures. 11 établit contre Berthollet (v. ce nom au siècle précédent, avec ceux de Fourcroy, Guyton de Morveau, Lavoisier, etc.) ce principe : que lescorps,ien se combinant, s'unissent en proportions fixes.

Dumas (J.-B.), chimiste, né à Alais (1800-1884), étudia d'abord la pharmacie dans sa ville natale et à Genève, puis la chimie et la physiologie, se fixa à Paris en 1821, entra à l'Acad. des sciences en 1832 et succéda à Flourens en 1868, comme secrétaire perpétuel. Il faisait partie de l'Acad. de médecine depuis 1843 ; Il fut élu à l'Académie française en 1875. Dumas a joué aussi un rôle politique. Ministre de l'agriculture et du commerce à la fin de 1850, il fut sénateur sous l'empire et membre du Conseil de l'instruction publique. Citons ses Leçons sur la philosophie chimique (1837). 11 soutint contre Berzélius la théorie des « substitutions ». Se fondant sur ce que les équivalents chimiques des corps simples peuvent être considérés, à cause de la légèreté des différences qui s'y opposent, comme des multiples simples de celui de l'hydrogène, il en inférait que tous ces corps sont de l'hydrogène à divers degrés de condensation ; ce qui revenait à affirmer l'unité de la matière : c'est une hypothèse dont la philosophie scolastique peut très bien s'accommoder. A l'Académie française, Dumas a défendu éloquemment contre Taine les droits du

HISTOIRE : Xixe SIÈCLE

spiritualisme. Ses travaux ont fait faire de grands progrès à la chimie organique. Citons de lui, outre ses Leçons su?' la philosophie chimique : Traité de chimie appliquée aux arts.

De Ruolz, né à Paris (1805-1887), perdit une grande fortune et s'engagea comme chimiste chez un teinturier. Au cours de ses recherches, il découvrit la dorure et l'argenture galvaniques et prit, en 1840, un brevet qui lui fut acheté 150,000 francs. Il perfectionna aussi la fabrication de l'acier, etc. et fut créé inspecteur général des chemins de fer en 1854 On le regarde comme l'un des fondateurs de l'industrie électro-chimique.

Chevreul, né à Angers (17^6-1889), devint préparateur de Vauquelin, au Muséum (1810), professa la chimie au lycée Charlemagne, dirigea les teintures de la manufacture des Gobelins, entra à l'Académie des sciences en 1820 et succéda à Vauquelin au Muséum en 1830. Il devait occuper cette chaire pendant 52 ans. Ses belles découvertes des corps gras : margarine, oléine, stéarine, datent de 1814. L'industrie si importante des bougies stéariques en naquit. Citons aussi ses belles études sur les couleurs. On célébra son centenaire par des fêtes publiques, et il fut honoré de funérailles solennelles aux frais de l'Etat. Travailleur infatigable, Chevreul se disait lui-même le doyen des étudiants.

Pasteur, né à Dole (1822-1895), est l'un des grands bienfaiteurs de l'humanité. Ajoutons que ses découvertes n'intéressent pas seulement la chimie organique et la médecine, mais encore la philosophie. Membre de l'Institut en 1862, il prenait en 1889 la direction de l'Institut qui porte son nom et qui fut créé par voie de souscription nationale. Pasteur ne fut jamais riche. En 1874, l'Assemblée nationale lui vota, à titre de récompense nationale, une pension de 20,000 francs. Des funérailles publiques lui furent décernées à sa mort.

Ses travaux et ses découvertes ont porté sur la fermentation du vin, de la bière, du lait, etc., sur les microbes, les virus, les vaccins, les maladies contagieuses les plus redoutées. Il a trouvé moyen de guérir la rage, du moins dans la plupart des cas, de conjurer certaines maladies épidémiques qui sévissaient sur le bétail (charbon), sur les vers à soie (pébrine). Il a fait école, et ses disciples ont lait de précieuses découvertes en expliquant ses principes : ainsi le D1' Roux a trouvé le sérum antidiphtérique; d'autres ont pratiqué les pansements antiseptiques, qui éloignent tant de dangers et assurent à la chirurgie le succès de ses plus difficiles opérations.

Mais nous devons remarquer surtout la démonstration expérimentale qu'il a faite, contre Pouchet de Rouen et d'autres contradicteurs, qui prétendaient que certains organismes microscopiques pullulent spontanément dans certains milieux appropriés. Pasteur a établi, au contraire, que la vie, même la plus infime, comme celle des organismes microbiens, ne se produit dans un milieu donné qu'autant que celui-ci a été ensemencé; et ainsi se justifie de nouveau l'adage : Omne vivum ex ovo. Les anciens scolastiqucs trompés, avec les savants de leur temps, par des observations superficielles, avaient pu se persuader que des êtres organisés pouvaient se former sous l'action de la chaleur, de l'humidité et sous certaines influences célestes; mais Pasteur a démontré la fausseté radicale de cette hypothèse dont pouvait abuserl'évolutionnisme. L'hypothèse des générations spontanées est ainsi ruinée par la base. Ajoutons que les idées philosophiques et religieuses de Pasteur furent toujours dignes d'un spiritualiste et d'un chrétien, comme en témoigne notamment son discours à l'Académie, où il remplaça Littré, en 1881, et fut reçu par Renan (v. Boutet, Pasteur et ses élèves. Hist.

abrégée de leurs découvertes et de leurs doctrines, 1898; D'Duclaux, Pasteur, Histoire d'un esprit, 1896).

(Étrangers : Anglais, etc.)

Herschel. — Les deux Herschel se distinguèrent par leurs travaux et leurs découvertes astronomiques. Le père, William, né à Hanovre (1738- 1822), construisit lui-même un télescope de grande dimension, avec lequel il découvrit la planète Uranus ou Herschel (1781). George III lui fit une pension. — Le fils, John-Frédéric- William, né près de Windsor (1792-1871), fit des recherches sur les étoiles, publia un Catalogue des nébuleuses, etc. Pendant 4 ans il habita près du cap de Bonne-Espérance (1834-1838), pour y étudier l'hémisphère austral.

Davy, chimiste anglais (1778-1829), professa la chimie à l'Institution royale de Londres, découvrit le protoxyde d'azote et, au moyen de la pile de Volta, la décomposition de l'eau, le potassium, le sodium, le baryum, le magnésium, etc. On lui doit la lampe de sûreté qui porte son nom.

Dalton, physicien et chimiste anglais (1766- 1844), professa à Manchester. Ses recherches portèrent en particulier sur les fluides élastiques. On cite de lui la théorie des atomes et des équivalents. Il était atteint d'une affection de la vue qu'il a le premier décrite et qui de lui a pris son nom, le daltonisme.

Berzelius, chimiste suédois (1778-1848), est regardé comme l'un des fondateurs de la chimie moderne. Il découvrit un grand nombre de corps simples et de combinaisons chimiques et contribua beaucoup à la création de la chimie organique.

Volta, physicien italien, né à Côme (1745-1827), professa la physique dans cette ville, puis à l'université de Pavie. Ses travaux sur l'électricité le rendirent bientôt célèbre dans toute l'Europe. Il composa la fameuse pile qui porte son nom, en

{Ingénieurs, mécaniciens, industriels, etc.)

Bréguet, fils de protestants français réfugiés à Neuchàtel, où il naquit (1747-1823), perfectionna les montres, les chronomètres, les horloges marines, etc.

Lesseps (Ferdinand de), né à Versailles (1805- 1894), étudia au collège Henri IV et entra dans la carrière diplomatique. 11 fut successivement attaché aux consulats de Lisbonne, de Turin, etc., puis ministre de France à Madrid. Chargé, en 1849, de négociations entre les Romains et les Français, il fut blâmé par les catholiques et désavoué. Ce fut alors qu'il se rendit en Egypte et obtint de Mohammed Saïd Pacha la concession du canal de Suez. Il réussit, dans cette colossale entreprise, à force d'audace et de persévérance. Mais l'entreprise du percement de l'isthme de Panama qu'il tenta ensuite aboutit à un désastre financier, dans lequel son honneur, ainsi que celui d'un grand nombre d'hommes politiques français, fut gravement compromis. Bien qu'il n'eût guère écrit, de Lesseps entra à l'Académie en 1884. On le surnommait alors « le grand Français ».

Marne '(Alfred), né à Tours (1811-1893), s'est distingué- parmi les grands industriels chrétiens du XIXe siècle. Il succéda à son père, modeste imprimeur, porta d'abord la blouse de l'ouvrier, étendit le cercle de ses affaires ctfinit par organiser l'une des plus grandes imprimeries de ce siècle, en réalisant de grands bénéfices. D'innombrables chefs-d'œuvre sont sortis de ses presses. Patron modèle, il se préoccupa du bonheur de ses nombreux ouvriers, leur facilita 1 épargne, améliora leur situation et assura un avenir à tous ceux qui s'attachèrent à sa maison et la servirent avec fidélité. Citons parmi ses institutions ouvrières : la Caisse des retraites et la Caisse de participation, qui d'ailleurs furent

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