‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 67 sur 686 · LIVRE III : DE LAME · texte numérisé non relu

LIVRE III : DE LAME

nous voyons chaque partie dans le tout : dans l'induction, nous voyons le tout dans la partie. C'est ainsi qu'une goutte d'eau nous révèle la nature de l'océan. Avec la déduction, nous voyons les faits par les lois, les effets par les causes : avec l'induction, nous voyons les lois par les phénomènes, les causes par les effets.

L'induction s'appuie essentiellement sur l'observation et l'expérimentation. Mais, pour être fructueuse, elle doit s'associer, en outre, à des raisonnements d'un caractère purement déductif. C'est par déduction que l'on prononce que telles expériences sont concluantes ou ne le sont pas et que tels effets ne peuvent avoir que telles' causes : bref, il n'y a pas d'induction qui ne suppose quelque déduction. La réciproque ne parait pas moins vraie. L'induction n'a donc pas été inventée. C'est elle que Socrate employait de préférence, lorsqu'il pressait de questions ses interlocuteurs ; fort de leurs aveux particuliers, il s'élevait aux lois générales, aux principes et aux théories. L'induction a été également pratiquée par Aristote, notamment dans son Histoire des animaux, bien qu'il ne l'ait pas analysée avec le même soin que le syllogisme déductif.

On distingue deux espèces d'inductions. La première procède par énurm' ration complète. Exemple : chaque planète en particulier tourne autour du soleil ; donc toutes les planètes tournent autour du soleil. On se demande si ce raisonnement mérite le nom d'induction ; il ne vaut pas la peine qu'on s'en occupe. L'induction par ènumèration incomplète, la seule qui demande à être justifiée, conclut vraiment de la partie au tout, du particulier au général. Elle est parfaite ou imparfaite, suivant qu'elle conclut certainement ou probablement. Mais il s'agit précisément de savoir ici comment, en définitive, en s'appuyant sur une énumération incomplète, on peut arriver à une conclusion générale et certaine. On y arrive en s'appuyant sur quelque principe général qu'on peut traduire de diverses manières, suivant le genre d'induction. En voici les principales formules : L'essence ou la nature des choses ne change pas. — Les lois de la nature sont constantes. — Tout effet a sa cause proportionnée. Par exemple, si nous affirmons que tous les hommes sont mortels, après en avoir vu mourir un certain nombre, c'est parce que nous voyons que la mort tient à la nature même de l'homme et qu'il est évident que la nature ne change pas d'un homme à l'autre. Si nous nous élevons de quelques faits observés à une loi et si nous affirmons que dans les mêmes conditions les mêmes effets se produiront, c'est que nous nous appuyons sur la constance des lois de la nature, qui est évidente. Enfin, si nous assignons telle cause à un effet, c'est parce que nous savons que tout effet a une cause et que l'effet dont il s'agit ne peut avoir d'autre cause que celle que nous assignons. Comme nous l'avons dit, en décrivant l'induction, si elle va du particulier au général, c'est qu'elle pénètre assez 1 individu pour y voir la nature universelle, et le phénomène ou l'effet, pour en déterminer la cause ou la loi.

Sous le nom de méthodes de l'induction, Stuart Mill a déterminé quatre méthodes qui rappellent les tables de présence, d'absence et de comparaison de Bacon ; ce sont: 1° la méthode de concordance ou d'accord; ~° la méthode de différence ; 3" la méthode des résidus : 4° la méthode des variations concomitantes. Stuart Mill convient lui-même de leur insuffisance. Il est facile de voir qu'elles ne sont que les déterminations spéciales du bon sens, qui s'éclaire de principes rationnels que l'ancienne philosophie formulait ainsi : Po&ita causa, ponitur effectus. — Sublata causa, tollitur effectus. — Variante causa, variatur effectus.

Argument. — C'est un raisonnement distinct sous telle ou telle forme. La forme la plus parfaite est le syllogisme, qui peut être déductif ou inductif. Viennent ensuite 1 enthymème, Vépichèrème, le dilemme, le sorite, etc. (v. ces mots parmi les signes du raisonnement). Considéré en lui-même plutôt que dans sa forme, l'argument est dit a priori ou aposteriori selon qu'il part de principes absolus ou de faits expérimentés, des causes ou des effets. L'argument ad hominem est celui qui tire sa force des circonstances relatives à la personne de celui à qui on s'adresse. Il y a des arguments célèbres : celui de saint Anselme pour prouver l'existence de Dieu par l'idée même de Dieu (argument ontologique) ; celui des causes fi miles ou téléologique, qui est tiré de la destination évidente et très sage des choses, etc. Parmi les arguments, Aristote signale l'exemple, qui est une forme de la comparaison et auquel il ramène l'apologue et la parabole. L'exemple peut conclure a pari ou a fortiori ou a contrario. Exemple de ce dernier : l'oisiveté est la mère de tous les vices ; donc le travail est un préservatif.

Sophisme. — C'est un raisonnement faux, un syllogisme menteur. Comme le menteur, en effet, s'il dit la vérité, c'est par hasard, ce n'est pas de lui-même, c'est-à-dire que la pure vérité n'est pas dans les prémisses du sophisme et partant ne peut en découler. Le sophisme ne se confond pas avec le paralogisme. Celui-ci, en effet, n'a du syllogisme que l'apparence. Le sophisme, au contraire, est un véritable syllogisme ; il ne pèche pas quant à la forme, mais quant à la matière, il s'appuie sur le faux. Le sophisme suppose, en outre, ou du moins trop souvent, l'intention de tromper ou de se tromper soi-même. C'est du sophisme ainsi considéré au point de vue moral que l'Esprit-Saint a dit : Qui sophistice loquitur odibilis est. A considérer leurs principes extrinsèques, leurs circonstances et aussi leur matière, les sophismes sont innombrables. On déraisonne, en effet, à tout propos et sur toutes sortes de sujets : en religion, en politique, en matière de conscience, etc. ; il y a les sophismes de l'ambition, de l 'amour-propre, de la sensualité, de l'avarice ; ceux qui viennent d'un esprit plus ou moins faussé, d'une mauvaise volonté, d'une mauvaise éducation, etc. ; il y a les sophismes du peuple et les sophismes des savants ou intellectuels: bref, il y en a autant que de causes et d'objets de préjugés et d'erreurs. Mais la division principale des sophismes est tirée de leur nature même. Aristote les ramène tous aux sophismes de mots et aux sophismes de choses, fondés les uns et les autres sur une identité apparente entre certains mots ou certaines choses. On distingue parmi les premiers : 1° l'équivoque, lorsqu'un mot est pris en différents sens ; 2° l'amphibologie, lorsque la proposition tout entière est équivoque 3° le sophisme de l'accent, lorsque l'équivoque provient de l'accentuation (par ex. en français chêne et chaîne) ; 4° le sophisme du sens composé et du sens divisé (par ex : l'homme travaille et se repose) ; 5° le sojih isme de la métaphore. Que de sophismes, par exemple, pour avoir prêté à Dieu les attributs humains ! Bref les mots égarent ou obscurcissent l'esprit quelquefois plus qu'ils ne l'éclairent. Remarquons aussi, en passant, l'affinité des sophismes et des jeux de mots ou calembours.

Parmi les sophismes de choses on distingue ; 1° le sophisme de l'accident, qui consiste à prendre un simple attribut pour l'essence ou pour une qualité essentielle ; 2° le sophisme de l'affirmation relative prise pour une affirmation absolue et réciproquement; 3° le sophisme de l'ignorance de la question, d'où tant de disputes qui ne sont que des logomachies ; 4° la pétition de principe et le cercle vicieux : la première, qui suppose

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