PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
lui échappe. Donc l'univers qui est son œuvre est parfaitement ordonné ; rien ne se fait au hasard, bien que nous ne voyions pas toujours les causes de ce qui arrive ; la prévoyance de Dieu ne laisse rien en dehors de ses calculs très sages et très sûrs. S'il est vrai que la prudence humaine est d'autant plus parfaite qu'elle laisse moins de prise à l'imprévu, il faut bien que la Providence de Dieu, qui est comme une prudence infinie, réduise le hasard à rien, c'est-à-dire qu'elle prévoie tout, et dispose de tout de la manière la plus sage.
En tant que connaissance, la Providence est éternelle; en tant que gouvernement, elle est temporelle. En tant que connaissance, la Providence est immédiate : Dieu veille par lui-même sur chaque créature ; en tant que gouvernement, la Providence peut être médiate, non pas qu'elle ait besoin d'auxiliaires, mais parce qu'il est sage et bon qu'elle en emprunte. Dieu gouverne donc les créatures les unes par les autres, les enfants par le père, les sujets par le prince, les fidèles par les évoques et le Vicaire de J.-C, etc. 11 honore ainsi toutes les créatures par divers ministères, sans en avilir aucune ; chacune a sa place dans la hiérarchie universelle, où elle coopère à sa propre perfection en même temps qu'à celle de l'ensemble.
On ne doit pas regarder les injustices et les maux qui abondent sur la terre comme un démenti donné à la Providence. Quoi qu'on dise, les bons sont d'ordinaire plus heureux que les méchants ; car ils jouissent au moins de la paix d'une bonne conscience. Voudrait-on que l'homme fût puni ou récompensé sur l'heure, après chacune de ses actions ? D'ailleurs la providence ne s'explique et ne se justifie pleinement qu'autant que l'on ne perd pas de vue la vie future. Quant aux maux présents, ils accusent l'infirmité ou la malice de la créature sans diminuer en rien la bonté de Dieu. Le mal physique résulte d'abord de la nature même des choses ; le mal moral et le mal physique particulier qui en découle résultent de|la liberté de la créature. Dieu a permis ces différents maux pour de plus grands biens (Voir Bonté l. Il n'y aurait pas ces belles vertus, ces grands dévouements, ces magnifiques réparations qui remplissent les annales de l'humanité, si la vie présente n'était semée d'épreuves et marquée par des chutes.
Grâce. — Ce nom désigne généralement tous les dons de Dieu qui s'ajoutent à ceux de la nature. La grâce comprend donc les sacrements, les vertus surnaturelles, les pensées salutaires, les inspirations célestes, tous les faits particuliers et toutes les conjonctures ménagés par la Providence pour le salut des hommes. Par la nature et la création, l'homme n'est que l'œuvre et le serviteur de Dieu : par la grâce, la sanctification et la glorification, il devient fils adoptif de Dieu, héritier de Jésus- Christ et participant de la vie divine. La grâce est absolument nécessaire pour toutes les œuvres de salut ; elle est nécessaire, en outre, pour fortifier la nature affaiblie par le péché originel ; sa vertu et son efficacité se concilient avec le libre arbitre, car elle ne nécessite pas la volonté ; ses effets sont merveilleux dans l'Eglise; Dieu ne la refuse à personne, mais elle a été méritée pour tous par N.-S. J.-C.
Prédestination. — Appliquée à la doctrine surnaturelle de l'homme, la Providence prend le nom de prédestination. Ce mot n'offre rien qui doive nous alarmer et nous faire craindre pour notre liberté. La prédestination n'est qu'une conséquence de la prescience divine, à laquelle tout avenir est ouvert. En même temps que Dieu connaît l'avenir bienheureux de sa créature, il le prépare, c'est-à-dire qu'il la prédestine. Cette prédestination est toute en Dieu, elle n'affecte pas le prédestiné.
Vocation. — On peut définir la vocation un appel de Dieu qui invite l'âme à se sanctifier dans un certain état, et particulièrement dans un état plus parfait. Abraham fut invité à quitter sa patrie pour devenir le chef du peuple de Dieu. S. Paul fut appelé à exercer l'apostolat parmi les Gentils. Etant donnée l'universalité de la Providence, tout homme a sa vocation. Mais celle-ci peut être un ordre rigoureux ou seulement une invitation à entrer dans un état plus parfait. Il est à croire que les vocations religieuses sont nombreuses, mais que beaucoup ne sont pas entendues ou ne sont pas cultivées (V. le P. Delbrel, S. J. Des vocations sacerdotales et religieuses dans les collèges ecclésiastiques. Paris, 1897).
Réprobation. — A la prédestination est opposée la réprobation, qui est la permission du mal suprême de la créature. Ce mal a pour cause l'obstination dans le péché; et celui-ci n'est point l'effet de la réprobation, mais uniquement de la volonté libre : Perditio tua ex te, Israël.
La sainte Trinité. — Il n'y a qu'un Dieu, car la divinité ne peut avoir d'égale et n'est pas divisible; mais il y a trois personnes en Dieu : le Père, le Fils ou le Verbe, et le Saint-Esprit. Dieu lui-même nous a révélé ce mystère, qui est le fondement de notre sainte religion. Le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu ; mais il n'y a qu'un seul Dieu. Le Père est éternel, le Fils est éternel, le Saint-Esprit est éternel; cependant il n'y a pas trois Eternels, mais un seul Eternel. De même encore, les trois personnes divines sont toutes-puissantes : mais il n'y a qu'un Tout- Puissant. Le Fils procède éternellement du Père, comme son verbe, sa pensée, son image, sa splendeur; il est consubstantiel à son principe. Du Père et du Fils réunis procède à son tour le Saint-Esprit, comme leur amour, leur souffle, leur don mutuel : il est consubstantiel au Père et au Fils. Les trois personnes divines ont créé le monde, elles le conservent et le gouvernent ; mais Dieu le Père seul a envoyé son Fils sur la terre et l'a donné pour le salut du monde (Sic Deus dilexit mundum); et le Fils seul s'est incarné, est mort, est ressuscité, est monté au ciel, auprès de son Père, d'où il a envoyé le Saint-Esprit à son Eglise. (V. le P. de Régnon, S. J. Etudes de théologie positive sur la sainte Trinité, 1893, in-8; Didiot, Cours de théologie catholique, en voie de publication.)
Révélation. — Sans parler des connaissances naturelles que Dieu a données aux hommes en les éclairant des lumières de la raison, il s'est révélé à eux par les patriarches, les prophètes et surtout par N.-S. J.-C. On distingue donc : la révélation primitive, faite à nos premiers parents et aux premiers patriarches; la révélation mosaïque, qui est contenue dans l'Ancien Testament, et la révélation chrétienne, celle qui est contenue dans l'Evangile et dont l'Eglise est la dépositaire. La révélation était nécessaire pour que l'homme fût instruit des vérités qui sont hors de la portée de la raison : la sainte Trinité, l'Incarnation, la Rédemption et autres mystères. La révélation est, en outre, très utile et même moralement nécessaire aux hommes pour qu'ils ne méconnaissent pas des vérités morales et religieuses essentielles de l'ordre naturel, telles que les perfections de Dieu, l'immortalité de l'âme, la dignité et les devoirs imprescriptibles de l'homme. Aussi voyons-nous que plusieurs de ces vérités ont manqué aux esprits les plus puissants, les Socrate, les Platon, les Aristote, qui étaient privés des claires lumières de la révélation. Il convenait donc de toute manière que la révélation et la religion surnaturelle s'ajoutassent à la religion naturelle. Grâce à la révélation, la sagesse chrétienne appartient à tous, elle est à la portée de tous, de l'enfant qui apprend son catéchisme comme du savant. On