‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 8 sur 686 · LIVRE I : DE DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE I : DE DIEU

comprend que les philosophes chrétiens doivent s'éclairer de la révélation, bien que la philosophie ne soit nullement fondée sur la révélation, et que les autres philosophes doivent l'examiner sincèrement. Ils doivent se dépouiller de tout préjugé et prêter une oreille attentive à la vois de l'histoire, à la voix de la tradition, à la voix de l'Eglise, qui est la plus juste et la plus incorruptible dépositaire des souvenirs de l'humanité. (V. les meilleurs traités de la religion et d'apologétique).

Saint-Esprit. — La vérité catholique sur le Saint-Esprit a été attaquée par plusieurs hérétiques : Arius, Macédonius, etc.. Les schismatiques grecs ont refusé obstinément d'insérer le filioque dans le Symbole, et partant de reconnaître que le Saint- Esprit procède du Fils en même temps que du Père. Les œuvres de la grâce sont attribuées spécialement au Saint-Esprit : l'inspiration des auteurs sacrés et des prophètes, l'Incarnation, etc. Jésus fut conçu du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit fut envoyé par Notre-Seigneur le jour de la Pentecôte à son Eglise naissante et il ne cesse de la vivifier. Il est spécialement donné aux fidèles par le sacrement de confirmation et aux prêtres par le sacrement de l'ordre. Tous les fidèles reçoivent, avec la grâce sanctifiante, les sept dons dû Saint-Esprit. (Y. Encyclique de Léon XIII pour la Pentecôte 1897); le P. Friaque, 0. P. Le don du Saint- Esprit; Manuel de dévotion au Saint-Esprit,

De Jésus et de Marie.

Jésus. — Jésus-Christ a été conçu du Saint- Esprit et il est né de la Vierge Marie. Verbe de Dieu fait homme, Jésus-Christ est un, en lui il n'y a qu'une personne, la personne même du Verbe ; mais il y a deux natures distinctes : la nature divine, avec ses infinies perfections, et la nature humaine, avec les facultés et toutes les propriétés qui lui appartiennent. C'est à cause de sa personne, qui est divine, que les mérites de J.-C. ont un prix infini ; c'est par la nature humaine qu'il est né, qu'il a souffert, qu'il est mort et a expié. J.-C. était parfait comme homme et son âme a été comblée de tous les dons divins ; mais son humanité sainte a pris sur elle toutes les misères de la nôtre, hormis le péché, afin de nous en délivrer. (V.Meschler, S. J., Méditations sur la vie de N.-S. J.-C, trad. de l'allemand, 1894, 3 vol. ; abbé A. Blanc, Méditations sur J.-C. : Mgr Gay, Elévations sur la vie et la doctrine de N.-S. J.-C, 1879, 2 vol. in-8. — V. aussi J.-C. dans la partie historique de ce Dict.)

Messie. — Le Messie ou le Christ, l'Oint du Seigneur, avait été promis à la terre, dès le commencement du monde, comme le Rédempteur universel; et toutes les prophéties messianiques se sont accomplies. Adam, après sa chute, entend, avec sa condamnation, cette parole consolante qui l'empêche de désespérer : Un fils de la femme écrasera la tête du serpent. Cette promesse originelle est renouvelée d'âge en âge. Dieu dit successivement à Abraham, à Isaac, à Jacob : « Je bénirai dans l'un de vos descendants tous les peuples de la terre. » Animé de l'esprit prophétique, Jacob, sur son lit de mort, détermine déjà l'époque de l'apparition du Messie : Le sceptre, dit-il, ne sortira pas des mains de Juda, ni le législateur de sa race, jusqu'à ce que vienne le Messie que les nations attendent. Moïse annonce un législateur plus grand que lui-même. David chante le roi des rois ; il raconte sa génération éternelle, sa naissance dans le temps et les souffrances qui en seront la suite. Isaïe assiste aux scènes de la Passion. Daniel précise l'époque de

son avènement : Encore soixante-dix semaines, et le Christ viendra, et il sera mis à mort, et son peuple ne sera plus son peuple. Tout est prévu et marqué d'avance. Il naîtra à Bethléem : c'est prédit. Les rois de l'Orient lui apporteront de l'or, de l'encens et de la myrrhe : c'est prédit encore. Il fuira en Egypte, d'où le Seigneur le rappellera : le prophète a parlé de ce retour. Il sera méconnu, outragé, délaissé comme un lépreux : Isaïe ne l'a pas ignoré. Enfin on le couronnera d'épines, on le flagellera, on percera ses mains et ses pieds, et tous ses os mis à nu pourront être comptés : tout cela était annoncé et devait se vérifier.

Les événements eux-mêmes prophétisent : les personnages de l'ancienne loi sont des figures du Messie. Il sauvera les peuples, comme Noé a sauvé du déluge le genre humain, comme Joseph a sauvé de la famine l'Egypte tout entière. Il restera trois jours enseveli dans le sein de la terre, comme Jonas dans le sein de la mer. Il sera rempli de sagesse comme Salomon, mais trahi et persécuté comme David, jeté en prison comme Jérémie, mis à mort comme Isaïe. Il montera sur la montagne du sacrifice comme Isaac, il sera vendu comme Joseph. Celui-ci pardonne à ses frères, et Jésus pardonne à ses bourreaux. Joseph sort des fers et devient le premier ministre du roi : Jésus, sorti du tombeau, va s'asseoir à la droite de son Père. O Christum in novis vétéran ! s'écrie Tertullien. qui, dans un autre endroit, appelle Jésus-Christ Vllluminateur des antiquités. (V. dans les travaux sur la Bible ce qui regarde les prophéties messianiques.)

Incarnation. — Le grand fait de l'Incarnation ou de l'apparition du Fils de Dieu parmi les hommes résume tout le dogme chrétien et domine toute l'histoire. Des philosophes chrétiens, comme Malebranche, ont même pensé que le monde n'a été créé que pour être couronné par le chef-d'œuvre incomparable de l'Incarnation. Néanmoins cette question si grave, quoique toute spéculative, il est vrai, reste bien mystérieuse : Le Verbe de Dieu se serait-il incarné si le premier homme n'avait pas péché ? Beaucoup de théologiens répondent par la négative, parce que, disent-ils, les Ecritures signalent toujours l'abolition du péché comme le motif principal de l'Incarnation. Mais plusieurs essaient de concilier une réponse affirmative avec les textes sacrés. A cet effet, ils distinguent deux incarnations : l'une, glorieuse, exempte de souffrances; l'autre, humble et conforme aux exigences de l'expiation. Le Verbe avait droit à la première; mais, pour nous racheter et nous témoigner plus d'amour, il revendiqua la seconde. La Providence se serait proposé absolument de couronner la création par le plus grand chef-d'œuvre, celui de l'Incarnation; et le péché, en brisant la destinée de l'homme, n'aurait fait que procurer d'une autre manière la réalisation du plan divin. Au lieu de naître glorieux et impassible, Jésus naquit dans la pauvreté et la souffrance ; il fut méconnu, persécuté et mourut enfin sur une croix, en étonnant le ciel même par son héroïsme et en sauvant la terre par son sacrifice. (Y. le P. Ortolan, Astronomie et théologie ou l'erreur gêocentrique, la pluralité des mondes habités et le dogme de l'incarnation, 1894, in-8.)

Mystères. — La piété des fidèles a distribué les faits les plus marquants de la vie de Jésus et de Marie en trois groupes formant ensemble les 15 mystères du Rosaire (v. ce mot). Le 1er groupe (Mystères joyeux) comprend : l'Annonciation, la Visitation, la Nativité de N.-S., la Présentation, le Recouvrement de l'Enfant Jésus au Temple. Le 2U groupe (Mystères douloureux) comprend : l'Agonie de Jésus au jardin des Oliviers, la Flagellation, le Couronnement d'épines, le Portement de croix, le Crucifiement. Le 3e groupe [Mystères glorieux) comprend : la Résurrection, l'Ascension,

la Descente du Saint-Esprit, l'Assomption de la sainte Vierge, son Couronnement au ciel. Médités par les fidèles, ces mystères et les autres qui s'y rapportent (la Transfiguration, la dernière Cène, etc.) ont inspiré l'art chrétien, qui s'est appliqué de mille manières à les exprimer par la peinture, la sculpture et le drame religieux (Mystères du moyen âge). (V. Bossuet, Elévations sur les mystères; le P. Esser, O.P., le Saint-Rosaire de la T. S. Vierge, traduit de l'allem., 1894; Mgr Gay, Entretiens sur les mystères du saint Rosaire, 1887.)

Passion. — La passion comprend les mystères douloureux, qui sont expliqués aussi par les 14 stations traditionnelles du Chemin de la croix. La passion est le sacrifice sanglant par lequel J.-C. a voulu racheter les âmes et sauver le monde. Nous y voyons l'homme le plus juste et le plus bienfaisant aux prises avec l'adversité la plus grande. 11 a réalisé cet idéal que Platon avait entrevu quand il disait, en parlant du juste : « Dépouillons-le de tout, même de l'apparence de la justice, et ne lui laissons que la justice seule. Irréprochable, qu'il soit chargé de tous les soupçons du crime; éprouvons sa vertu : je veux la voir aux prises avec l'infamie et ses tourments. Mais qu'il marche d'un pas ferme jusqu'au tombeau, entouré sans cesse des faux 'jugements de l'opinion et toujours vertueux. Que dis-je ! qu'il soit battu de verges, mis à la torture et aux fers ; et qu'enfin, après avoir souffert tous les supplices, il expire sur une croix » (Rép. II). Il semble que le philosophe assistait en esprit aux scènes du Calvaire. Mais si le plus grand spectacle moral qu'on puisse admirer est celui d'un homme juste écrasé par l'adversité sans être vaincu, il ne faut plus s'étonner que le Verbe fait homme ait voulu consommer sa vie et consacrer sa doctrine par le supplice de la croix. (V. le P. Ollivier, 0. P., La Passion, essai historique, 1897, nouv. éd.)

Marie. — Jésus-Christ est le Fils de Dieu et le fils de la Vierge Marie. Fils de Dieu, comme Verbe, fils de Marie, comme homme, par sa nature humaine. De cette maternité divine découlent tous les privilèges, toutes les grandeurs de Marie : la plénitude de grâces ; l'immaculée conception. Marie, en effet, a été conçue sans péché, c'est-à-dire qu'elle n'a point contracté le péché originel. Cette même maternité bienheureuse associe Marie de la manière la plus intime à la sainte Trinité et à 1 œuvre de la Rédemption du genre humain. Nouvelle Eve, elle est, dans l'ordre de la grâce et par J.-C, la mère de tous les vivants. C'est par elle que le Sauveur a été donné au monde et que le salut et la sanctification des âmes s'opèrent encore chaque jour. Tous les hommes, appelés à devenir d'autres Christs, sont ses protégés et ses enfants. Elle est le Serou?~s des cli /■('•tiens, le Refmje des pécheurs, la Consolatrice des affligés, de même qu'elle est la Reine d/'s anges, des patriarches et des prophètes. (V. divers Mois de Marie; Sermons de Bossuet, etc., sur la sainte Vierge ; Dubosc de Pesquidoux, l' Immaculée-Conception, histoire d'un dogme, Paris et Tours, 1898, 2 vol. in-8 ; F. Bournand, la Sainte Vierge dans les arts, 189G.)

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