‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 72 sur 686 · LIVRE III : DE L AME · texte numérisé non relu

LIVRE III : DE L AME

ports des organes, et introduire ainsi dans la vie sensible de l'homme un désordre dont soutirent ensuite les facultés intellectuelles.

Mais ici se présente la seconde question, la plus difficile : En quoi consiste la folie '. Est-elle dans l'esprit seul, ou dans l'organisme seul, ou dans les deux réunis ? — Nous répondrons d'abord que l'homme seul, entre tous les êtres sensibles, est sujet à la folie 'proprement dite. L'animal peut devenir furieux, enragé, frénétique ; il est sujet au tournis, à la fièvre chaude ou à d'autres désordres nerveux ; il peut être fort mal doué en comparaison de ses congénères et se montrer incapable de tout dressage, alors que ceux de son espèce manifestent les dispositions les plus heureuses : mais on ne voit pas qu'il soit sujet à ce trouble profond qui fait que le maniaque se comporte d'une manière insensée. C'est que, pour tomber dans le ridicule, il faute-hoir de la raison.

Mais il semble que cette première réponse doive nous faire conclure que la folie est dans l'esprit plutôt que dans l'organisme et dans le sens. Cependant telle ne sera pas notre conclusion. Comment la folie serait-elle dans l'esprit, puisqu'il est essentiellement simple, incapable de rupture, de dissociation, de maladie? Comment la folie serait-elle dans les facultés de l'âme, puisqu'elles sont simples à leur tour et invariables ? Disons donc que la folie n'affecte directement que l'organisme qui refuse de prêter aux facultés sensibles un certain concours. Si ce désordre organique se produit chez l'animal, il ne prend pas le nom de folie : c'est une simple maladie ou un manque d'aptitude. Mais chez l'homme, dont la raison se sert des facultés sensibles et partant de l'organisme tout entier, il en résulte un désordre plus profond : c'est la folie sous toutes ses formes.

La même raison qui peut souffrir si lamentablement du désordre des organes est d'autres fois la première cause de son malheur. Des passions volontaires et sans frein, un orgueil sans mesure, etc., peuvent briser les organes et rendre toute guérison morale impossible. La folie (si l'on peut donner ce nom à certains vices et à certaines erreurs volontaires) descend alors de l'esprit dans les organes qu'il fausse ou brise; et le triste spectacle que donne l'aliéné n'est que l'image du désordre moral qu'introduit dans l'âme le vice et le péché.

Ces mêmes réflexions nous expliquent aussi pourquoi certains états extraordinaires de l'âme (l'extase et le ravissement naturels, l'inspiration poétique, la verve, etc.) qui favorisent le mieux les opérations intellectuelles les plus subtiles et les plus élevées, paraissent confiner quelquefois à la folie. L'organisme est un instrument qui peut rendre les plus beaux accords au moment même où il est sur le point de se rompre. Une surexcitation heureuse, une exaltation de la sensibilité, de la mémoire, de l'imagination, peuvent favoriser merveilleusement l'essor du talent ou même du génie, en même temps que créer des dangers pour l'un et l'autre. La raison peut être trahie par toutes les facultés et par tous les organes qui l'avaient d'abord le mieux secondée.

Aliénation. — C'est le nom le plus général des maladies mentales. Les anciens ne formaient que deux catégories principales d'aliénés : les maniaques ou fous furieux ; les mélancoliques ou fous tristes. Esquirol distingue quatre sortes d'aliénations mentales : la mono manie ou délire partiel avec prédominance de gaieté ; la mélancolie ou délire partiel avec prédominance de tristesse; la manie ou délire général avec excitation ; la démence ou délire général avec dépression de toutes les facultés. En France, les aliénés qui paraissent dangereux, peuvent être internés dans les asiles publics ou privés sur la demande de leurs parents, appuyée par un certificat de médecin. A la suite de séquestrations

arbitraires, la loi a été vivement critiquée. Chaque département est tenu d'avoir un hospice d'aliénés ou d'avoir un traité avec un établissement d'aliénés public ou privé.

Idiotie, idiotisme — C'est une sorte d'imbécillité, qui d'ordinaire est congénitale et provient d'un vice de conformation du cerveau, cet organe n'ayant pu prendre tout son développement (rnicrocèphalie) ou s'êtant développé d'une façon anormale. Elle diffère de la démence, qui est acquise et s'observe souvent chez les vieillards, au lieu que l'idiotie sévit sur les enfants.

Crétinisme — C'est une sorte d'abrutissement plus ou moins complet accompagné d'une difformité générale. Le crétinisme se manifeste dès les premières années par un arrêt de développement des facultés physiques et morales ; il sévit surtout dans les vallées basses et étroites des pays montagneux. Les crétins naissent souvent de parents goitreux.

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