Chapitre III
De la volonté et des passions.
Volonté. — H y a dans l'homme une volonté proprement dite, c'est-à-dire une faculté motrice, éclairée et libre, distincte des appétits inférieurs. Ceux-ci répondent aux sens, qui nous sont communs avec les animaux, tandis que la volonté répond à l'intelligence, qui nous est commune avec les esprits. En l'homme, la volonté et les appétits se rencontrent, se combinent ou se combattent, et nous sommes capables tour à tour de vouloir avec intelligence et passion, ou bien, au contraire, de faire violence à nos propres sentiments.
La volonté relève d'abord de l'intelligence, qui est son principe, mais ce n'est que pour lui commander ensuite, ainsi qu'aux autres facultés. Que de choses, en effet, l'homme remarque ou ne remarque pas, connaît ou ne connait pas, blâme ou approuve, parce qu'il l'a voulu ! La véritable souveraine de l'âme n'est donc pas l'intelligence, mais la volonté. C'est elle qui commande ou défend, modère les autres facultés ou les excite, les fait passer du repos à l'action et de l'action au repos. C'est en vain que les passions se révoltent parfois d'une manière terrible. « La volonté peut souffrir violence dans les actes qu'elle commande aux autres facultés ; mais quant à l'acte qui lui est propre (vouloir, consentir), elle ne peut être forcée. »
Consentement. — C'est l'acte formel de la volonté. Le consentement est exprès, formel ou tacite, implicite. Ce dernier n'est manifesté que par des actes ou des faits; d'où cet adage : « Qui ne dit rien, consent ». Le consentement est la condition et la forme de tout acte moral. En droit, il est la condition de la validité de toute convention. Il n'est pas valable s'il a été extorqué par la violence, surpris par le dol ou donné seulement par erreur.
Intention. — C'est l'acte ou la direction de la volonté qui se propose un but, une fin. L'ordre d'intention est l'inverse de l'oi dre d'exécution, c'est-à-dire que ce qui est premier dans l'un est dernier dans l'autre (v. fin, cause finale). L'importance de l'intention dans les actes humains et dans tout l'ordre moral est sans pareille. En effet, la fin de l'agent, le but qu'il se propose est tout à la fois la première cause de son action et le dernier terme ; si bien que l'intention enveloppe tout l'acte, elle le fait naître et elle le consomme. D'ailleurs c'est par l'intention que l'acte devient humain; s'il n'y avait pas d'intention, il y aurait bien encore un objet, des circonstances, mais il n'y aurait pas d'acte moral : la moralité donc dépend surtout de l'intention. C'est ce que l'on voit encore si l'on compare ici les deux actes de l'agent, intérieur et extérieur, dont se composent les actes humains, du moins les actes mixtes. L'acte intérieur est évidemment l'âme