‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 75 sur 686 · LIVRE III : DE L AME · texte numérisé non relu

LIVRE III : DE L AME

tant de bien, pas plus que la vérité ne peut être le principe de tant de maux.

N'oublions pas d'ajouter que la liberté s'explique, en définitive, si elle ne se démontre, par la nature raisonnable de l'homme, la flexibilité de la raison et de la Volonté. Ni la raison n'adhère invinciblement à toutes les conclusions, ni la volonté n'adhère invinciblement à tous les biens particuliers. Donc l'homme est libm. Beaucoup de scolastiques ont même paru chercher dans cette considération la preuve principale du libre arbitre.

Coaction. — Ce mot est synonyme de violence, contrainte. La coaction exclut la liberté corporelle, celle de la main, mais non la liberté intérieure, celle de l'esprit et du cœur. La liberté de coaction est donc la liberté extérieure ; c'est la spontanéité ^laissée à elle-même.

,% Violence — La violence est tout ce qui con- Yrarie la nature, la spontanéité, l'inclination. C'est un axiome que Rien de violent n'est durable de sa nature : l'habitude, en effet, et surtout la nature reprennent facilement leur droit — En matière de contrat, la violence est une cause de nullité et donne lieu à une action en rescision (Code civ. 1109-17). Pour qu'il y ait violence, il faut que la contrainte soit de nature à impressionner une personne raisonnable et lui inspire la crainte d'un mal considérable et présent.

Passions. — On peut définir la passion : s un mouvement de l'âme qui, touchée du plaisir ou de la douleur ressentie ou imaginée dans un objet, le poursuit ou s'en éloigne. » La raison et la volonté, sollicitées et même assaillies par les passions, peuvent les combattre ou s'en servir. En désaccord avec la volonté, les passions ne sont plus un acte humain, elles ne sont qu'un mouvement des sens contre l'esprit. Mais acceptées de la volonté, ou même excitées par elles, les passions s'élèvent par cette alliance et revêtent, pour ainsi dire, un caractère spirituel. De là, l'immense différence qui existe entre les passions raisonnables de l'homme et les passions toutes sensuelles de l'animal. Les passions sont indifférentes de leur nature entre le vice et la vertu. Ce sont des facultés précieuses, qu'il faut perfectionner et soumettre, sans chercher à les détruire, car l'homme ne peut se dépouiller d'une partie essentielle de sa nature. Les passions, en effet, ne sont pas, si ce n'est quand le vice s'y ajoute, des maladies de l'âme. Les accepter est donc nécessaire, de même que les discipliner, les dompter, les soumettre à la raison et à la foi est un devoir. La vérité est ici entre un stoïcisme indiscret et une morale sensualiste ou relâchée et ennemie de tout ascétisme.

Il y a onze passions principales ; ce sont, en suivant l'ordre dans lequel elles agissent et s'apaisent : Vautour et la haine; le désir et l'aversion ; l'espérance et le désespoir; la crainte et l'audace; la colère; la. joie et la tristesse. Les unes recherchent leur objet, tandis que les autres l'évitent : ainsi le désir se rapproche de son objet, tandis que l'aversion s'en éloigne. Les unes supposent la présence de leur objet, et les autres son absence : ainsi la joie goûte son objet, tandis que la tristesse le regrette et le pleure. Les passions se combattent les unes les autres : ainsi la joie est combattue par la crainte, la tristesse par l'amour, le découragement par la haine et la colère. La première des passions est sans contredit l'amour, qui les engendre toutes et ne cesse de les alimenter.

« Outre ces onze principales passions, remarque Bossuet, il y a encore la honte, l'envie, l'émulation, l'admiration et l'étonncment, et quelques autres semblables ; mais elles se rapportent à celles-ci ». On peut distinguer encore, à d'autres points de vue, les passions pénibles, agréables; persistantes, passagères; expansives, oppres-

sives; excitantes, débilitantes; animales, sociales; viscérales, cérébrales; innée*, factices ; excentriques, concentriques, etc. Mais ces distinctions et autres semblables, proposées surtout en médecine, ne sont que secondaires et ne peuvent trouver ici leur explication. (V. Gardair, les Passions et la volonté.)

Apathie. Ataraxie. — Il faut entendre par ces mots une tranquillité parfaite, une absence de toute passion, que les stoïciens regardaient comme la vertu parfaite. Les pyrrhoniens et les épicuriens s'accordaient avec eux, pour y placer le bonheur. Mais la perfection morale et le bonheur possible en cette vie ne comportent que le renoncement aux passions déréglées.

Concupiscible. Irascible. — L'appétit sensible (passion) se subdivise en concupiscible et en irascible. Le premier a simplement pour objet le bien à obtenir et le mal à éviter ; le second a pour objet spécial un bien ou un mal ardus, c'est-à-dire difficiles à obtenir ou à éloigner. Les passions irascibles sont : l'espérance et le désespoir ; la crainte et l'audace; la colère. Cet appétit irascible serait superflu, si l'être sensible n'avait pas à soutenir la lutte pour l'existence, si l'obstacle ne se dressait souvent sur son chemin. Mais, en l'envoyant au-devant de toutes sortes de difficultés et d'ennemis, la nature ne l'a pas laissé désarmé ; elle l'a pourvu de passions fortes, qui suffisent à soutenir tous les combats. C'est même par cette lutte constante et parfois violente que l'être sensible se développe, déploie toutes ses ressources et arrive à la perfection de son espèce.

Amour et haine. — Les passions, étant des appétits, ont pour objet le bien, auquel est opposé le mal. Celui-ci est l'objet de la haine, tandis que le bien est l'objet de l'amour. On verra facilement que de l'amour et de la haine c'est encore l'amour qui l'emporte ; car la haine naît de l'amour et on ne hait le mal que parce que l'on aime le bien. Si la haine semble parfois plus forte, et s'il arrive qu'elle associe les hommes plus fortement que l'amour, c'est qu'elle s'appuie sur un amour plus fort que celui qu'elle combat ; et ainsi le triomphe de la haine est encore le triomphe de l'amour. L'amour est la plus forte des passions. Il en est aussi la première et les engendre toutes. « Otez l'amour, dit Bossuet, il n'y a plus de passion, et posez l'amour, vous les faites naître toutes. » Voici comment s'accomplit cette génération. Si le bien devient le mal ou lui fait place, l'amour se change en haine. Si le bien est différé, l'amour fait naître le désir, auquel est opposée l'aversion. Si le bien est présent, l'amour fait naître la joie, à laquelle est opposée la tristesse. Si le bien différé est plus ou moins difficile à obtenir, l'amour s'adjoint l'espérance, à laquelle est opposé le désespoir. Si le mal est menaçant, la haine s'adjoint la crainte, qui l'évite, et l'audace, qui l'affronte. A ces dix passions il faut adjoindre la colère, qui naît d'un mal présent difficile à supporter et irritant : c'est la colère qui nous dresse contre lui afin de l'éloigner. A la colère est opposé l'apaisement, qui n'est que sa négation. La colère n'a donc pas d'opposé positif, comme les autres passions.

Désir — Mouvement de l'âme qui se porte vers un bien qu'elle n'a pas. Le désir est donc un appétit et se divise comme celui-ci. — On distingue le désir passionnel et le désir raisonnable ou délibéré. Le premier n'est pas la volonté, comme l'ont cru les sensualistes, mais le simple appétit sensible. Le second, qui n'est au fond que la volonté raisonnable, se distingue du premier aux caractères suivants : il est réfléchi, actif et libre; il peut même entrer en lutte avec le désir passionnel pour l'éteindre ou le soumettre. Néanmoins le désir sensible et la volonté raisonnable sont toujours associés de

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