‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 76 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

quelque manière comme le corps et l'âme, les sens et l'intelligence. C'est un axiome qu'on ne désire pas ce que l'on ignore (Ignotï nulla cu.pi.do).

Sympathie.— Quels que soient les bons effets de la sympathie et la pureté de la source où elle peut s'alimenter, elle n'est par elle-même qu'un mouvement de la sensibilité et ne saurait par conséquent fonder la morale ni régler les justes rapports des hommes, comme l'a prétendu A. Smith. Elle s'allie d'ailleurs aux plus beaux sentiments et aux plus hautes vertus : la compassion, l'amitié, le dévouement, la charité. Mais il est indispensable de veiller sur elle et de la gouverner, alors même que c'est un devoir d'y céder.

Altruisme. — C'est le nom donné par les positivistes à l'amour d'autrui. Il ne diffère pas de la sympathie ou bienveillance naturelle. On l'oppose à Vègoïsme, qui alors n'est pas un vice, mais l'amour naturel de soi.

Inclinations — Elles se divisent d'abord en spirituelles et sensibles. Bien que les inclinations supérieures soient toujours alliées à des inclinations sensibles, il n'est pas permis de méconnaître cette distinction fondamentale. Nous ne saurions donc imiter les philosophes d'ailleurs spiritualistes qui, en discourant sur la sensibilité, traitent des inclinations les plus nobles, dont le caractère est éminemment spirituel et moral, comme l'amitié, la religion, le patriotisme, la charité. La place de celles-ci est en morale. Si nous signalons ici les inclinations en général, c'est en faisant remarquer qu'elles n'appartiennent pas seulement à la sensibilité, mais à l'homme tout entier. Leur division principale est celle des facultés elles-mêmes et particulièrement des appétits. Toutes les autres divisions sont faites en raison des objets matériels et des principaux exercices qui se partagent l'activité humaine ; elles sont accessoires, au point de vue philosophique, quelque riches et suggestives qu'elles soient par ailleurs ; elles appartiennent donc à l'écrivain, au moraliste plutôt qu'au philosophe, qui ne doit les mentionner qu'incidemment. C'est ce qu'il nous reste à faire.

On peut donc diviser les inclinations en personnelles et altruistes, ou bien en personnelles, sociales et supérieures. Aux inclinations personnelles se rapportent l'amour de sa propre excellence, qui devient facilement l'estime de soi-même, la complaisance dans les éloges décernés par autrui ; l'amour de l'activité et en particulier de la liberté ; l'amour de la propriété, du pouvoir, du commandement. Aux inclinations sociales se rapporte la sympathie sous toutes ses formes : la pitié pour les malheureux, la considération pour les meilleurs, l'amitié, la reconnaissance, l'amour de la famille, celui de la patrie ou le patriotisme. Ici plusieurs discutent l'opinion de La Rochefoucauld, qui prétend que toutes les sympathies sont fondées en définitive sur l'égoïsme. Mais ces questions se présentent plutôt en morale, lorsqu'il s'agit de déterminer les vrais mobiles de la vertu. Aux inclinations supérieures, plus ou moins impersonnelles et désintéressées, se rapporte l'amour du vrai, du beau, du bien. Que n'inspire pas surtout l'amour de la vertu ! Au-dessus de tous les amours et les sanctifiant tous il y a l'amour de Dieu. Certes ces nobles affections ont leurs prédispositions et leurs effets dans la sensibilité. Mais nous répétons qu'il est abusif d'en traiter en psychologie et surtout au chapitre de la sensibilité.

Goûts. Bibliophilie, bibliomanie — L'homme est sujet aux goûts les plus divers, les plus spécialisés et les plus capricieux : sciences, arts, collections, etc. etc., tout peut le passionner à l'excès. Mais, parmi ces goûts, dont plusieurs rendent la vie si utile et si agréable, tous ne sont pas également judicieux. Ainsi l'amour des livres est

tantôt un attrait raisonnable qui honore celui qui l'éprouve, et tantôt une manie ridicule, De là la bibliophilie et la bibliomanie. Le bibliophile et le bibliomane aiment tous deux les livres ; mais le premier seul y met du discernement : il choisit les livres, et l'autre les entasse,

Espérance. — Il est rare que les hommes soient contents du présent et alors même qu'ils s'estiment heureux, ils désirent que leur bonheur se prolonge et s'achève. De là le sentiment de l'espérance. Elle est indispensable surtout aux malheureux, qu'elle soutient dans l'attente ou dans la poursuite d'un avenir meilleur. Ils vivent d'espérance comme d'autres vivent de souvenirs. Mais l'espérance a sur le souvenir cet avantage qu'elle porte sur l'avenir et non sur le passé : elle est moins une consolation qu'une force. Après l'amour il n'en est pas de plus grande. Mais l'homme en abuse trop souvent en concevant des espérances chimériques, folles, injustes, qui agitent l'âme sans la soutenir et ne font que préparer d'amères déceptions. C'est d'elles surtout que parle Bossuet, quand il représente l'homme marchant vers sa tombe en traînant après lui la longue chaîne de ses espérances trompées. Il n'y a qu'une espérance vraiment grande et qui ne trompe jamais : c'est l'espérance chrétienne (v. vertus théologales : foi, espérance, charité).

Désespoir. — C'est une passion noble et forte ou bien, au contraire, lâche et impuissante. De là l'éloge et le blâme dont il est tour à tour l'objet. Le vaillant qui désespère de sauver sa vie sur le champ de bataille, n'en est que plus redoutable à l'ennemi, car il lui reste l'espoir suprême de sauver son honneur et de venger son pays. Mais le désespoir qui est l'anéantissement de toute espérance, est une faiblesse, et souvent un crime, comme il arrive dans le suicide.

Crainte. — Il n'est pas de passion susceptible de plus de formes et de degrés que la crainte, depuis l'appréhension d'une piqûre jusqu'à l'horreur qu'inspire une mort affreuse et imminente ; depuis une timidité puérile jusqu'à la crainte qui fait pâlir les plus forts. Car le vrai courage n'est pas exempt de toute crainte. Comme toutes les autres passions, la crainte est souvent utile et même indispensable, mais il faut la discipliner. La crainte éclaire, la crainte aiguillonne, la crainte est le commencement de la sagesse. Si la crainte servile abaisse l'âme, la crainte filiale l'honore et la grandit. L'homme de cœur ne foule donc aux pieds que les craintes basses ou injustes, qui accompagnent toutes les lâchetés.

Audace.— Les éloges et le blâme dont les mêmes passions sont tour à tour l'objet montrent bien qu'elles sont par elles-mêmes indifférentes au point de vue moral et qu'elles peuvent devenir indifféremment des éléments de vice ou de vertu. Ainsi l'audace entre également dans la témérité et dans le courage héroïque. Comme passion, elle est indispensable : « Il faut oser en tout genre, remarque à ce sujet Fontenelle ; mais la difficulté c'est d'oser avec sagesse. » Toutefois l'audace paraît avoir une affinité particulière avec la témérité et aussi avec la hauteur, la hardiesse, l'effronterie même. Une certaine audace généreuse, celle qui s'affirme sur les champs de bataille, n'est pas à la portée de tous ; mais il en est d'autres où excellent facilement des âmes vulgaires, qui ont plus de présomption que de mérite.

Colère. — C'est le type des passions irascibles, qui se dressent contre les obstacles et montrent toute la force de l'amour contrarié. Mais elle procède mieux de la haine et s'associe bien vite à l'esprit de vengeance. De là sa violence exceptionnelle et les excès où elle précipite. Elle change l'être le plus doux et le plus sociable en insensé et en furieux ; elle bouleverse les traits, avec tous les

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