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PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

Il suit, en particulier, de cette théorie, que la perception externe est immédiate. Dire avec nos adversaires: Descartes, Malebranche, Locke, Kant, que nous ne sentons que nos propres sensations, c'est une erreur, c'est ramener la sensation externe à la sensation interne. Celle-là exprime l'objet, et nous ne la percevons dans sa réalité subjective qu'après avoir perçu ce qu'elle exprime : par exemple on voit le soleil avant de sentir qu'on l'a vu. Il n'est donc pas nécessaire de chercher un autre moyen de communication entre l'objet et le sujet : il y a ici mieux qu'un pont, il y a une assimilation par la connaissance, il y a relation immédiate. Il n'est pas nécessaire ni possible que l'objet senti entre dans l'organe : il suffit que le sens l'exprime et soit le moyen par lequel l'objet se manifeste ; l'essence réelle de l'objet n'est pas en nous, mais seulement sa représentation, son image, son acte et sa forme. Il suit encore que Condillac n'était pas fondé à regarder les perceptions du tact comme seules objectives. Il n'y a pas lieu ici d'établir une différence essentielle entre les divers sens extérieurs. On peut dire seulement que le tact est le sens fondamental; les sens supérieurs, la vue et l'ouïe, s'exercent à son image, avec plus de subtibilité ; l'objet n'agit sur eux que par des intermédiaires, des vibrations de l'air ou d'un autre fluide : de là des occasions d'erreur, qu'il appartient à l'esprit de prévenir.

Aperception. — Leibniz désignait par ce mot la perception consciente et réfléchie. Dans son système des monades, chacune d'elles a la perception, c'est-à-dire porte en elle la représentation des choses externes ; mais seules les monades supérieures sont douées de l'aperception. Kant accepte cette notion et y ajoute ; son aperception pureest l'acte fondamental de la pensée, qui ne saisit qu'ellemême, sans atteindre la réalité du moi ni celle des substances extérieures. Enfin, d'après Cousin, qui cherche à tout concilier, X aperception pure est la vue spontanée de l'esprit : elle est nécessairement la vue de l'objet ; elle est opposée à la connaissance réfléchie, qui seule a ce caractère subjectif d'où est né le subjectivisme de Kant. Maine de Biran a parlé d'une aperception immédiate interne, qui n'est autre que la conscience et, en particulier, l'acte par lequel l'àme se saisit comme cause dans l'effort musculaire.

Vue. Vision. — La vue est les ens dont les informations sont les plus indispensables et s'étendent le plus avec l'expérience et l'éducation des sens. L'ouïe a cependant sur la vue l'avantage de mieux communiquer avec l'intelligence par la parole. Ces deux sens sont dits esthétiques, car ils permettent la perception du beau sensible. A cause des relations étroites du sens de la vue avec l'intelligence, on donne souvent le nom de vue ou de vision aux actes de connaissance purement intellectuelle. Ainsi la vision intuitive ou bèatiftque est la connaissance directe de Dieu dont les élus jouissent au ciel. On a donné le nom de vision en Dieu à la théorie de la connaissance selon Malebranche. Il suppose que l'intelligence humaine voit toutes choses et les corps eux-mêmes dans la vérité divine comme dans un immense miroir. Mais il n'est point nécessaire de recourir à la vérité divine ellemême pour expliquer nos connaissances : du moment que les êtres créés sont de vraies causes, ils se révèlent par l'action qu'ils exercent sur les sens et autres facultés de connaissance — On appelle seconde rue ou vue à distance la faculté surnaturelle ou surhumaine de voir ou de connaître ce qui arrive en des lieux éloignés. On s'est occupé, dans ces derniers temps, des faits de seconde vue, sous le nom de télépathie — Beaucoup d'animaux inférieurs sont dépourvus de la vue ; d'autres ne paraissent, jouir que d'une vue imparfaite.

Ouïe. — Le son et tout ce qui s'y rapporte, intensité, timbre, ton, accord, mélodie, etc. sont l'objet de l'ouïe. Ce sens peut se développer beaucoup par l'exercice, et d'ailleurs les hommes en paraissent très inégalement doués par la nature. L'ouïe est un sens esthétique, qui a des rapports étroits avec le sentiment. Mais son importance lui vient surtout de ses rapports avec la pensée par le langage — L'ouïe paraît persister chez les animaux inférieurs, où l'organe de l'ouïe va toujours se simplifiant, comme celui de la vue, jusqu'à disparaître. On présume que les vibrations des corps sont perçues alors comme ébranlements tactiles, et que le toucher supplée ainsi à l'ouïe, comme à la vue et aux autres sens.

Odorat. — Le siège de ce sens est dans les fosses nasales (cornet supérieur et petite partie du cornet moyen) que tapisse une membrane appelée la pituitaire, où vient se ramifier le nerf olfactif. Aussi l'odorat paraît-il aboli dans le coryza ou inflammation des muqueuses nasales. L'odorat est merveilleusement subtil chez le chien et autres animaux chasseurs. Il parait très développé aussi chez certains poissons et chez certains animaux inférieurs, bien que le siège de ce sens soit souvent mal connu.

Goût. — Le siège de ce sens est la langue, surtout sa partie postérieure et ses bords, et non le palais, contre lequel d'ailleurs la langue s'applique pour mieux percevoir les saveurs. Chez beaucoup d'animaux voraces (poissons, rapaces) le goût paraît émoussé, sinon aboli. Placé, avec l'odorat, à l'entrée des aliments, il permet de les apprécier et de les choisir. Il s'altère facilement dans la maladie, les fièvres bilieuses, les affections de l'estomac. Il peut s'affiner beaucoup par l'exercice (gastronome, dégustateur). Avec le tact et mieux encore, il se dit, au moral, de facultés supérieures et esthétiques ; et ce fait est un nouvel indice que l'intelligence peut se servir des sens les plus humbles pour atteindre à ce qu'il y a de plus relevé.

Tact, toucher. — H y a cette différence entre le tact et le toucher que le premier dénote plutôt lin état passif du sens, et le second un état actif. De plus le tact se dit, au moral, d'une faculté supérieure de discernement. Mais l'un et l'autre désignent un même sens qui, chez l'homme, réside surtout dans la main et les extrémités des doigts. Le siège principal du tact varie ensuite selon les animaux : c'est la trompe, chez l'éléphant ; ce sont les lèvres chez le cheval et les ruminants ; le bec chez les oiseaux, les barbillons chez les poissons.

Le tact est le sens fondamental, et l'acte de sentir lui appartient éminemment. Il réside dans tout le corps, tandis que les autres sens ont un siège déterminé. Les autres sens peuvent être facilement perdus, 'mais le tact ne fait jamais complètement défaut : on ne le perd qu'avec la vie. Il peut suffire, en quelque sorte, pour que le sujet entre en relation avec le monde extérieur et reçoiv.e une éducation morale et religieuse. C'est ce qui est prouvé par des exemples célèbres. Enfin le tact est le seul sens qui paraisse persévérer jusqu'aux confins du règne animal. A mesure que l'on descend l'échelle zoologique, la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, ou du moins quelques-uns d'entre eux s'émoussent et disparaissent : seul le tact subsiste et, avec lui, la sensibilité essentielle à tous les êtres animés. Le tact est donc àjla racine de tous les sens, qui ne sont, pour ainsi dire, que des tacts plus subtils.

Toutefois, ce serait une erreur de penser que les sens supérieurs ne sont rigoureusement que le tact transformé. Il est évident, par l'expérience même, qu'aucune des autres sensations, vue, audition, etc., n'est réductible à celle du tact. Chaque sens a son objet propre, qui n'est point une combinaison ni une décomposition des objets des autres : la couleur n'est pas réductible au son, et l'un et

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