LIVRE III : DE L AME
timative, Descartes et Malebranche les refusent aux animaux, qu'ils regardent comme des automates. Cette erreur a été bien discréditée depuis. Les instincts se retrouvent chez l'homme, comme le reste de la sensibilité ; ils s'y associent à des penchants supérieurs. Les instincts sont des inclinations plus précises qui échappent, en grande partie du moins, à la direction libre de l'homme et aux prises des habitudes.
Parmi les instincts se fait remarquer celui de l'imitation, qui agit et se révèle surtout dans l'enfance. Il est un des principes les plus efficaces de l'éducation. Plus tard sa puissance est encore bien grande ; car c'est de lui que dépendent, pour une bonne part, la mode, les usages, les opinions, en un mot les mœurs publiques. Cet instinct se retrouve chez les animaux : chez le singe, qui imite les gestes de l'homme ; chez le perroquet, qui imite sa voix, etc.
On compare souvent l'habitude etl'instinct. La première n'est qu'une détermination de la faculté qui provient de l'exercice, tandis que l'instinct est donné tout entier par la seule nature. L'instinct peut être un principe de l'habitude, ce qui fait paraître entre eux une sorte de continuité. Les évolutionnistes ne sont pas fondés cependant à ramener l'instinct à l'habitude, en ne voyant en lui qu'une habitude invétérée et héréditaire. Il est certain que l'habitude est comme une seconde maure et que par conséquent elle imite l'instinct, souvent d'autant mieux qu'elle est plus parfaite. Mais il est évident que les instincts principaux de l'animal lui sont si nécessaires et dans leur perfection, qu'il n'aurait pu vivre ni encore moins perpétuer son espèce, s'il ne les avait eus antérieurement à toute expérience, et par conséquent avant toute habitude (Cf. Albert Lemoine, l'Habitude et l'instinct, 1875).
Penchants. — Sous ce nom général on désigne des inclinations (v. ce mot) naturelles ou acquises, des dispositions et des tendances, par lesquelles l'àme se porte vers certains objets, sensibles ou intellectuels. Les penchants comprennent donc les appétits sensibles, qui nous sont communs avec les animaux, des goûts plus élevés, comme le désir de savoir, de posséder, de gouverner, c'est-à-dire la curiosité, l'ambition, etc. On peut dire que les penchants, comme les inclinations, sont à l'origine de toutes les passions et de toutes les habitudes, qui les déterminent ensuite de mille manières, en les appliquant à une foule d'objets particuliers.
Appétit. — Dans la terminologie de l'école, l'appétit en général comprend la volonté et le mouvement passionnel (v. facultés de l'âme). De Ikl'ajipètit raisonnable et Y appétit sensible, qui se subdivise en irascible et cqncupiscible. On désigne aujourd'hui sous le nom d'appétits naturels les penchants qui portent à satisfaire aux besoins du corps : manger, boire, dormir, etc. A ces appétits s'ajoutent les appétits factices, créés par des habitudes bonnes ou mauvaises. Les besoins, en effet, dépendent, pour une large part, du libre arbitre de l'homme. En physiologie, l'appétit se dit de l'attrait pour la nourriture. Un appétit modéré, qui reparait aux heures des repas, est un signe de santé. Mais il y a des appétits déréglés, bizarres, dépravés (boulimie, pieu, etc.), qui dénotent une altération de l'organisme et de la sensibilité.
Faim. — La faim ajoute à l'appétit un sentiment pénible. C'est le premier besoin de l'homme, le plus régulier et le plus fréquent ; et, comme il ne peut se satisfaire sans un travail productif, on peut dire qu'il est l'aiguillon et le mobile par excellence de toute l'activité économique. Tous les autres besoins, tous les autres désirs, même les plus élevés, sont à son image, pour ainsi dire ; car on peut être affamé de vérité et de justice.
Soif. — La soif est plus pénible à supporter et plus impérieuse encore que la faim. Aussi exprimet-elle mieux les désirs les plus vifs et les aspirations les plus fortes de l'âme. On remarquera aussi que la passion de la boisson (ivrognerie, alcoolisme) est plus tyrannique et plus dégradante que la gourmandise.
Satiété. Dégoût. — La satiété, avec le dégoût, qui la suit de près, caractérise tous les plaisirs sensibles : ils s'épuisent toujours infailliblement. Les sens et les passions, en effet, s'exercent par des organes, et ceux-ci souffrent toujours de leur objet après s'en être fortifiés. Mais il en va autrement de l'intelligence et de la volonté raisonnable, qui ont pour objet le vrai et le bien. Si la satiété et le dégoût paraissent les atteindre de quelque manière, c'est à cause des opérations sensibles dont s'accompagne nécessairement leur exercice. Tout passe et tout lasse, hormis le culte de la vérité, l'amour du devoir, le service de Dieu et du prochain.