LIVRE IV : DE LA VERTU
pauvre des hommes peut aussi en être le plus généreux.
Tempérant, sobre, frugal. — Le tempérant est modéré en toutes choses et, en particulier, dans les plaisirs de la table : quantité et qualité des mets et des boissons, manière de les prendre, etc., tout est réglé également par la tempérance. L'homme sobre évite tout excès dans le boire et le manger : la sobriété regarde donc la quantité des mets et des boissons plutôt que la qualité. L'homme frugal se nourrit de mets simples et communs, tels que les fruits, les légumes : la frugalité regarde donc la qualité des mets plutôt que la quantité. On peut être frugal sans être sobre ; on peut être sobre, mais délicat et même difficile sur le choix et sur l'apprêt.
Indulgence, clémence. — L'indulgence est une disposition à ne pas se montrer sévère ; elle dégénère souvent en faiblesse : ainsi l'indulgence maternelle. Tous peuvent la pratiquer et envers tous, dans maintes circonstances. La clémence est plus spéciale: c'est une vertu des grands. Elle consiste à savoir pardonner et à propos. Le clément sait donc commander à ses passions, à ses ressentiments ; il laisse parler sa raison et écoute son cœur.
Cruauté, barbarie, férocité. — La barbarie provient d'un manque de civilisation ; elle ne se dit que de l'homme. La cruauté vient d'une nature sauvage : c'est le penchant à faire souffrir, à répandre le sang (cruor) ; elle convient à l'animal et à l'homme. La férocité est une extrême cruauté : elle se dit proprement de l'animal ; mais l'homme, qui est le meilleur des animaux, en est aussi le pire, et la férocité du tigre n'est pas comparable à la sienne.
Economie , épargne , parcimonie. — L'économie consiste à savoir régler ses dépenses selon ses moyens, acceptant celles qui sont nécessairee ou utiles, rejetant celles qui sont superflues. L'épargne n'est qu'une partie de l'économie : elle consiste à restreindre ses dépenses. Mais on voit aussitôt que l'épargne représente bien vite des privations et qu'il faut la respecter mieux encore que les économies. Le riche économise et le pauvre épargne. La parcimonie c'est l'épargne des petites choses : elle tourne facilement en avarice ou en quelque autre défaut incompatible avec une parfaite économie.
Honnête, poli, civil. — L'homme honnête observe scrupuleusement les bienséances ; il a les égards convenables aux personnes, au rang, à l'âge et au sexe. On peut être ignorant des usages du monde, mais être fort honnête. L'homme poli a toutes les bonnes manières en usage dans la société. L'homme civil observe toutes les règles de la bonne société ; mais il n'a point pour cela les manières et les agréments de l'homme poli. La civilité est plutôt dans le cérémonial, l'étiquette ; la politesse, dans les manières; l'honnêteté, dans les habitudes et les mœurs. Celle-ci est donc plus morale que les deux autres, et la seconde l'est plus que la première.
Jaser, babiller, bavarder, caqueter, jaboter, jacasser. — On jase en se délectant à parler beaucoup trop de choses d'ailleurs intéressantes et opportunes. On babille avec plaisir pour soi, en fatiguant les autres, et sans utilité pour personne. On bavarde à la manière de l'enfant, qui bave en parlant: le bavard dit des choses inutiles et même choquantes. On caqueté en médisant avec animation et en élevant le ton, à la manière de la poule qui va pondre. On jabote en causant à l'écart, longtemps et à mi-voix, en murmurant comme l'oiseau dont le jabot est plein. On jacasse comme la pie, en fatiguant par des cris importuns.