‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 98 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

Mœurs. — Nous ne considérons plus ici les mœurs comme des qualités psychiques, mais comme des qualités morales, des vices ou des vertus. Les bonnes mœurs et les vertus, dont elles sont l'épanouissement, sont l'honneur et la force des peuples. C'est à les l'aire régner que doivent s'employer également, mais à des points de vue différents, le prêtre, le législateur, le politique. Toute civilisation qui trahit les bonnes mœurs est mensongère; tout progrès qui les met en péril est équivoque. Car la vertu ou la perfection morale est la fin de toutes choses et c'est à elle seule que se mesurent en définitive les biens véritables. Or les bonnes mœurs, de même que la morale elle-même, sont inséparables de la religion. Elle seule apporte les vertus surnaturelles, dont les sociétés non plus que les individus ne sauraient manquer, sans éprouver d'irréparables dommages ; elle seule complète et soutient les vertus naturelles si souvent impuissantes dans leur propre sphère. La foi, l'espérance, la charité, vertus théologales et d'essence chrétienne, alimentent ainsi l'honnêteté publique, la probité, la justice, la bienfaisance, etc., qui, sans ces secours surnaturels, ne tarderaient pas à dégénérer et à faire place à toutes les erreurs, à toutes les turpitudes qui déshonorèrent le paganisme.

Roués. — Sous la Régence du duc d'Orléans et sous Louis XV on donna le nom de roués à des hommes sans foi comme sans mœurs, pour la plupart grands seigneurs et d'autant moins excusables. Avec les libertins et les philosophes incrédules du xvme siècle, ils préparèrent les excès de la Révolution. Littéralement, le roué est celui qui est digne de la roue.

Sycophante. — Littéralement le sycophante était à Athènes un dénonciateur de figues. Les Athéniens ayant défendu l'exportation de ce fruit et promis une bonne récompense aux délateurs, ceuxci en abusèrent pour accuser faussement, par intérêt ou jalousie, des innocents et des hommes de mérite. De là toutes les applications du mot de sycophante devenu synonyme de calomniateur, fourbe, menteur, fripon, délateur, coquin.

Des vertus théologales.

Vertus théologales : foi. — La première des vertus théologales, c'est-à-dire des vertus qui ont Dieu pour objet immédiat, est la foi, non pas qu'elle l'emporte sur la charité, mais elle est la racine de toutes les vertus surnaturelles et de la charité ellemême. Croire en Dieu, c'est-à-dire confesser toutes les vérités qu'il nous a révélées et qu'il ne cesse de nous enseigner par son Eglise, telle est la foi. Sa certitude est absolue ; car elle est fondée sur la parole même de Dieu; si elle paraît chancelante quelquefois, cette apparence d'hésitation ne prouve que notre faiblesse. La foi est une et indivisible ; car toutes les vérités étant acceptées sur l'autorité divine, en rejeter une seule c'est rejeter toutes les autres, et ainsi l'hérésie tourne à l'incrédulité. Enfin la foi est toute divine et ses fondements sont supérieurs encore aux motifs de crédibilité.

Ceux-ci néanmoins sont imposants. L'histoire de l'Eglise, sa constitution admirable, sa doctrine sublime, sa conservation providentielle à travers les siècles, ses triomphes inexplicables, le témoignage de ses confesseurs, l'autorité de ses savants et de ses génies, le courage héroïque et le nombre de ses martyrs, son influence bienfaisante sur le genre humain, les vertus qu'elle fait pratiquer, les œuvres qu'elle inspire et les dévouements qu'elle suscite, les miracles qui s'attachent à ses pas, toutes ces preuves si bien et si souvent développées par les apologistes chrétiens, constituent des motifs

de crédibilité qui s'imposent aux cœurs droits et aux intelligences bien informées.

Mais ces motifs, quelque démonstratifs qu'ils soient, ne produiront jamais par eux-mêmes la foi surnaturelle ; il faut, en outre, que Dieu devienne « sensible au cœur ». L'homme qui veut croire, fléchira donc le genou devant le Dieu de vérité, qui alors s'emparera de son âme et la pénétrera de cette croyance surnaturelle, de cette certitude divine qui fait le chrétien. La foi est donc raisonnable. Elle complète la raison ; elle est naturelle à l'homme, en quelque sorte : « l'âme humaine est naturellement chrétienne ».

Espérance. — L'espérance est fondée sur la foi et s'explique par elle : même certitude, même unité, même caractère divin. Pourquoi chancelleraitelle ? Est-ce que Dieu trompe? L'ancre de l'espérance est sûre et ferme, dit S. Paul. S'il est permis, s'il est même salutaire à l'homme de redouter la damnation, c'est à cause de ses infidélités et non pour celles de Dieu. Si les espérances de l'homme, même religieuses, sont hésitantes, lorsqu'elles se portent vers les biens particuliers, c'est parce que ses désirs peuvent outrepasser à son insu les promesses divines. La Providence a décrété peut-être de le sauver par cette maladie que l'on espère conjurer, par cette épreuve que l'on veut adoucir : toutes les espérances humaines sont incertaines de leur nature. Mais l'espérance divine est infaillible. Au reste, son accomplissement sera, en quelque sorte, la réalisation supérieure de toutes les espérances déçues.

Charité. Ses rapports arec la justice. — L'espérance atteint déjà son objet par la charité, qui est le couronnement de toutes les vertus. Aimer Dieu et ses perfections infinies, c'est-à-dire le beau, le juste, le vrai et le bien ; aimer tout ce qui procède de lui, tous les hommes, sans distinction d'amis et d'ennemis : tel est l'objet de la charité. Aimer toutes les créatures en Dieu et pour Dieu, les aimer dans le rapport qu'elles ont avec le Créateur et avec l'intention de consolider ce rapport et non de le fausser ou de le rompre : tel est son motif. Le cœur humain, mais inspiré par la grâce et battant à l'unisson du cœur de Jésus : tel est son principe. Enfin aimer Dieu pour l'aimer, l'aimer sans mesure : telle est sa fin : « Celui qui aime, aime », dit S. Bernard.

La charité est la vertu à la fois la plus sublime et la plus simple : elle emporte l'âme vers les plus hautes régions de l'idéal, et l'incline avec un empressement sans pareil vers les actes journaliers de la vie pratique ; elle inspire les actions éclatantes et héroïques, comme les dévouements les plus obscurs et les plus humbles; elle serre les nœuds de l'amitié parfaite, éteint les ressentiments, dissipe les jalousies et rapproche les cœurs ; elle inspire la bienveillance, la bonté, et règle enfin, mieux encore que la justice, toutes les relations de l'homme avec Dieu, avec le prochain et avec luimême. Au point de vue social surtout, on oppose souvent la justice à la charité. Mais cette opposition est moins remarquable que leur accord. La charité veut d'abord qu'on rende toute justice ; de son côté, la justice sincère et intégrale prépare la charité. Celle-ci ne diminue point le rôle de la justice, bien qu'elle supplée à son insuffisance sociale. Au reste les devoirs de l'une et de l'autre vertu sont bien distincts : les uns ont directement Dieu pour objet, et les autres le prochain. Le riche doit à Dieu d'assister le prochain, mais c'est au prochain luimême qu'il doit, par exemple, le juste salaire, qui peut être revendiqué par tout moyen légal. La loi de la charité, au contraire, est toute divine. On comprend que l'Etat ne soit pas fondé précisément sur celle-ci, mais plutôt sur la justice. Celle-ci néanmoins sera bien compromise et bien insuffi-

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