ESTIVAL
ser dan» le marbre; en sa présence, Pâme éprouve l'admiration et l'amour, parce (|u'elle la reconnaît pour sympathique et intime à sa propre essence, (.'est à Plotin que St Augustin, dans son Traité de la Musique, a emprunté cette définition : « La forme de toute beauté est l'unité. »
Dans les temps modernes, en Angleterre, Burke (De l'origine des idées du beau et du sublime), en Ecosse, Hutcheson (Des idées du beau et du bien) et JOnir (Leçons de littérature) ne sontpas sortis du cercle de l'empirisme. — En Allemagne, Winckelman (Histoire de l'art, 1764) et Lessing (Laocoon, 1765) ont prépare'' les spéculations des philosophes qui ont fait de l'Esthétique une science; Kant, dans sa Critique du jugement et son Essai sur le beau et le suborne (179Ô ; trad. par Barni, 1846), a essayé de déterminer les caractères du beau; il a inspiré les travaux de Schiller, de Fichte, de J.-P. Richter, de Schlegel, etc. Ensuite Schelling, passant de la psychologie à la métaphysique, a défini le beau par l'accord du réel et de l'idéal, du fini et de l'infini, dont l'art nous fait contempler dans ses œuvres l'harmonieuse unité. Enfin Hegel, complétant la théorie de son maître, a traité dans son ensemble la philosophie des beaux-arts (Cours d'Esthétique, 1835; trad. par Bénard, 1840-1860); son principal défaut est d'avoir voulu tout plier aux formules de sa dialectique. — En France, il n'y a pas de travail important avant notre siècle : le traité du P. André Sur le beau n'a rien ajouté aux idées des anciens, et les articles de Diderot sur la poésie et les beaux-arts ne contiennent pas de vues d'ensemble. V. Cousin a donné le premier essai sur l'esthétique dans son livre Du vrai, ■du beau et du bien, dont les leçons sur le beau forment la partie la plus brillante et la plus solide : conformément aune théorie de Reid (Essai sur le goût1, laquelle remonte jusqu'à Platon et Plotin, il a cherché à établir que la beauté est une expression plus ou moins complète de la perfection spirituelle et morale, et que l'art, qui est la reproduction libre de la beauté, a pour fin particulière de produire une émotion qui élève l'âme, mais que, tout en s'associant à la morale, à la religion et à l'amour de la patrie, il doit garder son indépendance; à l'appui de cette doctrine, il a donné des aperçus généraux sur les différents arts, considérés au point de vue de l'expression, et une appréciation très-remarquable de la peinture française au xvn° siècle. On lui a reproché de faire consister l'idéal dans une qualité générale, abstraite de toute particularité et. incompatible avec l'existence réelle, comme Quatremère de Ouincy (Essai sur l'imitation dans les beaux arts, 1823) dans sa polémique contre Émeric David (Recherches sur l'art statuaire, 1805). Après lui Jouffroy, dans son Cours d'Esthétique, n'a point dépassé les prolégomènes psychologiques. En 1859, un concours ouvert par l'Académie des sciences morales nous a donné deux ouvrages distingués : les Principes de la science du beau par M. Chaignet, et la Science du beau, envisagée dans ses principes, dans ses applications et dans son histoire, par M. Ch. Lévêque, qui depuis a fait paraître le Spiritualisme dans l'art (1864). M. Chaignet s'est principalement attaché à distinguer l'idée de la beauté de celles qui semblent s'en rapprocher et avec lesquelles on l'a le plus souvent associée ou confondue, principalement ■des idées du bien et de la perfection morale. M. Ch. Lévêque décrit d'abord les effets du beau sur l'âme, le sentiment délicieux et passif, le mouvement affectueux et actif qui tend a se manifester au dehors et à se communiquer; puis, après avoir distingué le beau du charmant et du sublime, du laid et du ridicule, il le définit par l'expression des caractères constitutifs de ce qui fait V essence de tout être, caractères dont Jouffroy avait déjà indiqué les plus importants ; il poursuit les applications de cette ttaéorie dans la nature inorganique et vivante, dans l'homme et dans la Divinité qu'il considère comme
l'origine première et le dernier terme de toute beauté ; ensuite, il soumet à un examen approfondi les différentes formes par lesquelles le génie de l'homme exprime la beauté, depuis l'architecture, berceau des beaux-arts, jusqu'à la poésie, le plus libre et le [dus expressif de tous ; enfin il trace l'histoire de la science depuis Platon jusqu'à Hegel Cet ouvrage a eu un grand et légitime succès; cependant M. Saisset [De /'Esthétique française, 1864 , a indiqué quelques parties faibles dans les spéculations métaphysiques, comme la subtilité de certaines formules, la théorie des types qui tend à ressusciter les idées de Platon, etc. - On a aussi composé sur le même sujet des essais et des études qui, sans former des systèmes complets, offrent beaucoup d'intérêt : Tonnelé, Fragments sur l'art et la philosopliie ; V. de Laprade, Questions d'art et de morale, Le sentiment de la nature avant le christianisme et chez les modernes ; Milsand, Y Esthétique anglaise (étude sur J. Ruskin); Cli. Blanc, Grammaire des arts du dessin ; D. Sutter, Esthétique générale et appliquée; L. et R. Ménard, Tableau historique des beaux-arts depuis la Renaissance jusqu'à la fin du xvuic siècle, lu Sculpture ancienne et moderne; H. Houssaye, Études sur Fart grec; Beulé, Causeries sur l'art; Boutmy, Philosophie de l'architecture en Grèce; Chassang, le Spiritualisme et l'Idéal dans l'art et la poésie des Grecs ; L. Vitet, Études sur l'histoire de l'art ; L. Lagrange, Joseph Vernet et la peinture au xviue siècle, etc.; Ch. Clément, Etudes sur les beaux-arts en Fronce, Géricault; J. Renouvier, Histoire de l'art pendant la Révolution; G. Planche, Portraits littéraires, Etudes sur l'école française. — M. Taine, dans son Histoire de la littérature anglaise et ses écrits sur l'art Philosophie de l'art, de l'Idéal dans l'art, Histoire de l'art en Italie, dans les Pai/s-Bas, en Grèce), s'est placé à un point de vue original, mais très-différent des auteurs précédents : la poésie, la peinture et la sculpture ont leur point de départ dans l'imitation, mais elles ne s'y arrêtent pas; elles modifient la nature en idéalisant un objet, c. à-d. en dégageant quelqu'un de ses caractères essentiels et en transformant cet objet par une altération systématique de ses parties, de manière à rendre le caractère dégagé plus visible en lui subordonnant tout le reste ; cet idéal varie d'ailleurs selon l'époque et le pays, parce que la conception du beau est déterminée nécessairement par le milieu physique et moral où l'on vit. Cette théorie, vraie dans certaines limites où elle sert à rattacher l'art à l'histoire générale, est inexacte dans le sens absolu et exclusif que lui donne l'auteur; car si un artiste puise dans l'observation de ce qui l'entoure une grande partie des éléments qui constituent son talent, il combine ces éléments d'une manière toute personnelle d'après ses sentiments et ses idées. Cette doctrine a de l'analogie avec le réalisme dont M. Chesneau a donné la théorie dans l'Art et les artistes modernes et les Chefs d'école. — Consulter : Ravaisson, la Philosophie française au xixe siècle ;Y\. Ménard, les Théoriciens de ï'Art(da.nsïAnnéep/tilosophiquedt;G.B&\\\L'VL',l8Gl\ ESTIMATION du lat. œstimatio), acte par lequel on détermine en argent la valeur d'une chose. — En Drci', l'estimation de l'immeuble dotal n'en transporte pas la propriété au mari, s'il n'y a st pulation contraire; celle des meubles dotaux la lui transporte (C. Nap., art. 1553). — Voy. aussi Prisse, Cohhis-
SAIRE-I'niSECR.
ESTIME (d'estimer), détermination approximative du point, c.-à-d. de la position où se trouve un vaisseau en pleine mer, au moyen de la distance parcourue et mesurée par le loch. On ét«nd ce nom aux calculs faits au moyen de la boussole, de la dérive, de l'observation de la latitude et de la longitude, etc. Cette estime se fait ordinairement chaque jour, à midi précis. Vby. Point.
ESTIVAL (du lat. œstivalis, d'été), nom qu'on donne aux plantes qui croissent ou fleurissent en été.