MAGISTRAT
de la nature, décommander aux éléments, d'opérer des faits extraordinaires., tels que divinations, apparitions, transformations, guérisons subites, maladies mortelles, sentiments irrésistibles d'amour ou de haine, sorts, etc. Pour opérer ces prodiges, on etnployait des procédés mystérieux ( Voy. Ewollteme:\t), des gestes, des chants, des mots [Voy. Grimoire), des sons, etc., auxquels on attribuait une vertu secrète. Le magicien était représenté tenant à la main une verge dite baguette magique, ou traçant autour de lui des cercle* magiques.
Les anciens avaient donné à cet art merveilleux le nom de magie, parce qu'ils en attribuaient l'invention aux mages de la Médie, d'où il se serait répandu en Clialdée, et de là en Grèce ; mais la croyance aux enchantements et aux sortilèges, fruit spontané de la superstition ou de la fourberie, se retrouve à tous les âges et chez tous les peuples. La Bible nous parle desmagiciensdelacourde Pharaon. La magie fut pratiquée par les Gnostiques, dont l'un, Si:non le Magicien, est cité dans le Nouveau Testament. Eu Grèce, Circé et Médéc sont représentées comme de puissantes magiciennes ; les Thessaliens excellaient dans les arts magiques. À Rome, la croyance à la vertu de ces pratiques était universellement répandue au temps d'Horace, qui décrit au long, tout en les raillant, les manœuvres de Canidie. C'est surtout sous l'Empire que la magie eut de nombreux adeptes. Elle s'allia au néopytbagorisme, comme le montre l'exemple d'Apollonius de Tyane, si célèbre par ses prétendus prodiges. Le chef du néoplatonisme, Plotin, tout en condamnant les pratiques de la magie, croyait à son efficacité. Sous Julien, elle s'unit à la théurgie pour combattre le christianisme. Au moyen âge, on retrouve la magie dans les prodiges opérés par les fées, par les enchanteurs, par les sorciers ; ces derniers, poursuivis sans relâche, condamnés au supplice du feu, ne s'en multiplièrent pas moins jusqu'au xvne siècle. Cependant, la magie finit par disparaître, moins par l'effet de la sévérité des lois que par le progrès des lumières. Voy. Sorcellerie.
On doit croire que les hommes qui se disaient magiciens réussissaient à produire quelques effets extraordinaires; mais ce n'était que par des moyens naturels, soit à la faveur de connaissances empruntées à la physique, à la chimie, à la pharmacie, et cachées au vulgaire, soit avec le secours de breuvages ou de philtres, qui, agissant sur le cerveau, disposaient les esprits à toutes sortes d'illusions et d'hallucinations. Quelques-uns étaient eux-mêmes dupes des effets qu'ils produisaient, au point de soutenir jusque dans les supplices la vérité de leur art. D'autre part, la crédulité et la superstition ont appliqué les noms de magicien, de sorcier, à tout homme qui se distinguait par des connaissances extraordinaires, comme Albert le Grand, le moine Gerbert (Silvestre II), Roger Bacon, Raymond Lulle, Pic de la M irai idole, Corn. Agrippa, etc.; le savant Naudé les a défendus de cette accusation, dans son Apologie pour les grands hommes soupçonnés de magie. — B. Basin a composé un traité De magicis artibus Paris, 1483); Corn. Agrippa, A Delrio, de Foë ont aussi écrit sur la magie. Bekker a tenté d'en expliquer les prestiges dans son Monda ensorcelé (1091,. Un doit à G. Grasse une Bibliotheca magica fLeipz., 1843); à J. Gannet, l'Histoire de la magie en France 1818); à M. A. Maury, la Magie et l'Astrologie dans Fantiq ilé et an moyen fige (1800).
On a, dans les temps modernes, donné le nom de magie blanche à l'art de produire des effets merveilleux par des moyens purement naturels, empruntés ;i la physique, à la chimie, à l'art du prestidigitateur, tel qu'il a été pratiqué au xvine siècle par Cagliostro, et de nos jours par Comte, Bosco, 11. Houdin, etc. : c'est ce qu'on nomme aussi magie naturelle. — Consulter la Magia naturalis de J.-B.
orta '\aples, 1589), la Magie blanche dévoilée pat Uecremps, les Récréations mathématiques ut physi-
ques d'Ozanam, celles de Guyot, la Mcgie naturelle de Vergnaud, etc.
.MA<;ism;h, c.-à-d. en latin, maître, titre qu'on donnait spécialement autrefois, dans les Universités, aux recteurs et aux professeurs des sciences, particulièrement aux docteurs en Théologie. Aujourd'hui, il ne se dit plus que par ironie d'un maître d'é' village. — En Allemagne, le professeur qui a le droit de faire un cours public prend le titre de magister legens. Voy. Maître.
JlACISTÈUE (du lat. magisterium). En Chimie, on appelait autrefois magistère tout précipité obtenu avec les dissolutions salines, p. ex., le magistère de soufre, ou soufre précipité d'une dissolution au moyen d'un acide ou de tout autre corps; lemagistère de bismuth, sous-nitrate de bismuth, ou blanc de fard; le magistère d'antimoine, d'argent, etc. — En Pharmacie, on donnait ce nom à des coniji ordinairement minéraux, auxquels on supposait dés vertus supérieures.
Dans l'Histoire, on désigne par ce mot la dignité de grand maître de l'ordre de Malte.
MAGISTRAL (du IzA.magistralis). En Pharmacie, on appelle médicament magistral un médicament préparé immédiatement, sur l'ordonnance du maître, c.-à-d. du docteur médecin. On l'oppose aux médicaments officinaux, dont la formule est dans le Codex, et qui souvent se trouvent préparés à l'avance. — Dans l'ancienne Métallurgie, on appelait m Irai, un mélange de sel marin, de sulfate et d'alun, dont on se servait pour opérer l'amalgamation de certains minerais d'argent.
En termes de Fort.fication, on appelle magistrale, le couronnement de la maçonnerie de l'escs ; ligne magistrale, le principal trait qu'un ingénieur trace sur le terrain ou sur le papier pour représenter le plan d'une ville, d'une fortification.
MAGISTRAT, magistrature (du lat. magistratus). Dans le sens le plus étendu, on appelle magistrat tout fonctionnaire public délégué par le pouvoir suprême pour exercer l'autorité, qu'il appartienne à l'ordre administratif ou à l'ordre judiciaire. Le chef de l'État est, en ce sens, le premier magistrat du pays. — Dans le langage ordinaire, ce mot désigne le plus ordinairement les membres de l'ordre judiciaire, do it l'ensemble forme le corps de la magistrature.
Chez les anciens, on donnait le nom de magistrats à presque tous ceux qui remplissaient des fonctions publiques. A Rome, on distinguait des magistrats supérieurs, qui siégeaient sur la chaise curule : consul, censeur, préteur, questeur, grand édile; et des magistrats inférieurs, édiles, duumvirs, quindéi virs, etc., qui ne jouissaient pas de ce privilège. Il y avait en outre des magistrats extraordinaires : dictateur, inter-roi, etc. A partir de l'an 306 av. J.-' '., l'accès de toutes les magistratures fut ouvert aux plébéiens. Le tribunat fut toujours une magistrature essentiellement plébéienne.
En France, les différents degrés de magistrature consistent aujourd'hui dans les fonctions de de paix, juge à un tribunal de lte instance, conseillera une. cour d'appel, conseillera la cour de cassation, en y comprenant les présidents. Tous ces magistrats, sauf les juges de paix, sont inamovibles. Toutefois, un décret du 1" mars 1852 a fixé un àse où les magistrats sont mis de plein droit à la retraite; cet àgo est celui de 75 ans pour les membres de la cour de cassati'/ti , et celui cie 70* pour les cours d'appel et les tribunaux de lr- instance. — Outre ces magistrats, qui constituent la magistrature assise, on distingue les magistrats qui forment le parquet [Vo>j. ce mot), et qui constituent ce qu'on appelle, vulgairement la magistrature debout : ce sont près la cour de cassation, la procureur sénéral M des avocats généraux ; près les cours d'appel, les procureurs généraux, les avocats généraux et les substituts du procureur pénéral; près les tribunaux do 1»« instance, Les pro-