‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 1002 sur 1729 · MÉTALLOÏDES · texte numérisé non relu

MÉTALLOÏDES

simples, bons conducteurs de la chaleur et de l'clectricité, doués d'un éclat particulier qu'on a nommé éclat métallique, tous solides, à l'exception du mercure, et jwssédant à un degré variable plusieurs propriétés générales, telles que la ductilité, la malléabilité, la ténacité; l'or, l'argent, le cuivre sont les métaux types. Au point de vue chimique, on peut dire encore que les métaux forment en général avec l'oxygène des composés basiques, qui prennent le nom A' oxydes, et qui, en s'unissant aux acides, forment des sels.

Une classification artificielle fondée sur la façon dont se comportaient les métaux vis-à-vis de l'eau et de l'oxygène, et sur l'action exercée par la chaleur sur les métaux, a été donnée par Thenard ; les métaux étaient partagés en 6 sections : la \" comprenait ceux qui décomposent l'eau à la température ordinaire (potassium, sodium, lithium, barijum, strontium et calcium.) ; la 2°, ceux qui décomposent l'eau à 100° et au-dessus [aluminium, glucinium, magnésitim) ; la 3", ceux qui décomposent l'eau à la chaleur rouge, ou à froid avec un acide (fer, manganèse, nic/.el, cobalt, zinc, étain, cadmium, chromé) ; la 4', ceux qui ne décomposent l'eau qu'à la chaleur rouge [antimoine) ; la 5", ceux qui décomposent l'eau au rouge blanc Î cuivre, plomb, bismuth) ; la Ô*, ceux qui ne décomposent 'eau à aucune température et dont les oxydes sont décomposablos par la chaleur seule [mercure, platine, or, argent, palladiimi, iridium). — Cette classification, réduite aux métaux usuels, n'est pas encore sans intérêt au point de vue de leurs applications.

Il est préférable cependant de classer les métaux, en tenant compte surtout de l'ensemble de leurs propriétés chimiques, suivant leur valence [ Voy. ce mot) ; on a alors 5 classes, savoir : métaux monoatomiques (argent, lithium, sodium, potassium, rubidium, césium) ; métaux diatomiques (calcium, baryum, strontium, magnésium, zinc, cacfmium, cuivre, mercure, etc.) ; métaux triatomiqurs (or, antimoine, bismuth) ; métaux tétratomiques (aluminium, manganèse, fer, nickel, plomb, platine, etc.). La distinction entre éléments métalliques et éléments métnlloïdiques étant d'ailleurs arbitraire, les métaux viennent se placer à côté des métalloïdes dans la classification périodique des éléments, dite classification de Mendéléef (1869).

Los métaux sont tous opaques ; mais, réduits à une extrême ténuité, ils deviennent translucides; les feuilles d'or laissent alors passer une lumière verte. — Presque tous les métaux peuvent cristalliser, soit par fusion, soit par la décomposition lente d'un de leurs sels par le courant électrique : la plupart affectent la forme cubique, sauf le bismuth et l'anlimoinc, dont les cristaux sont rliomboédriques. Lh plupart peuvent être réduits en lames minces et en fils, l'or et l'argent sont les plus malléables et les plus ductiles ; quruid avec ces deux propriétés ils possèdent encore la ténacité (le fer est le plus tenace), c.-à-d. la résistance à la traction et une certaine dureté ou résistance à l'arrachement de leurs molécules, ils deviennent éminemment utiles (métaux usuels) C'est là spécialement le cas du fer, du cuivre. — Par métaux précieux, on entend surtout l'or, l'argent et le platine, à cause de leur inaltérabilité aux agents atmosphériques, de leur rareté et de l'emploi qu'on en fait dans la fabrication des bijoux et des monnaies.

Tous les métaux sont susceptioles de fondre à une température plus ou moins élevée (mercure — 59°, étain 228°, plomb 535°, zinc 410°, aluminium 625», argent 954°, cuivre 1100°, or 1045°, ferl500°,platinel775°). Ils sont tous plus ou moins volatils; ainsi le zmc, le cadmium, l'arsenic, l'antimoine, le sodium, le potassium et l'argent lui-même peuvent être purifiés par distillation.

Les métaux se trouvent dans la nature soit à l'état de

fureté (état natif, état vierge), comme le cuivre, l'argent, or, le platine ; soit, ce qui est le cas le plus fréquent, à l'état de combinaison avec des substances diverses, telles qu'oxygène, soufre, chlore, arsenic, dont il faut les dégager au moyen des opérations métallurgiques {Voy. métallurgie). Ils sont le plus souvent enfouis dans les entrailles de la terre, en filons, en amas, en couches. Voy. mines. Les anciens ne connaissaient que sept métaux, qu'ils désignaient chacun par le nom d'une des sept planètes : l'or {Soleil), l'argent [Lune ou Diane), l'étain [Hermès ou Mercure), le cuivre {Vénus), le fer [Mars), le plomb {Saturne); ils connaissaient aussi l'électrum [alliage d'or cl d'argent), puis plus tard connurent le laiton (Jvpiter).

Les Alchimistes distinguaient des métaux /)ar/"ai7« : l'or, l'argent ; et des métaux imparfaits : le plomb, l'étain, le mercure. Us croyaient possible de métamorphoser les métaux imparfaits en métaux parfaits, et même de les transformer tous en or au moyen de ce qu'ils appelaient la pierre philosophale. Du reste, en cherchant cette chimère, ils ont lait beaucoup de découvertes utiles. — En fondant ensemble divers métaux, on obtient les alliages. Voy. ce

mot et AMALGAME.

Le mot de métal sert aussi à désigner certains alliages. Ainsi, on appelle : métal d'Alger, un alliage d'étain, plomb et antimoine, qui imite l'argent et dont on fait des couverts; métal des cloches, le nronze dont on fait les cloches {Voy. BRONZE et cloche); métal de prince, un cuivre très raffiné dont on fait des tabatières, des étuis, etc. ; métal de la reine, un alliage d'étain, antimoine, plomb et bismuth, employé pour les théières anglaises, les cafetières, etc ; métal Hercule, un alliage d'aluminium, cuivre, zinc.

En style Héraldique, les couleurs or et argent se nomment métaux. En couleur, l'or est représenté par le jaune, l'argent par le blanc ; en gravure, l'or est marqué par un pointillé, l'argent par un fond uni. L'écu qui porte métal sur métal, c'est-à-dire or sur argent, est sujet à enquerre (enquête ou vérification).

MÉTALEPSE (du gr. p.exaXïnl'^ît transposition), figure

2ui substitue l'expression indirecte à l'expression directe, 'est une espèce ae métonymie fondée sur l'association des idées, et qui fait entendre une chose par une autre qui la

Ï recède, qui la suit ou l'accompagne. Ainsi l'on dit : nous e pleurons, pour il est mort.

MÉTALLIQUE, qui a les caractères ou l'apparence d'un métal : aspect métallique, éclat métallique, saveur métallique. — En Minéralogie, on donne le nom de corps métalliques à une des grandes classes des minéraux, et à des groupes de roches comprenant les substances métalliques proprement dites.

Un appelle : science métallique, la science qui concerne les médailles ; histoire métallique, l'histoire d'un règne ou d'une époque où les événements sont constatés par une suite de médailles. Voy. médailles et NUMisjrATiouE.

En Russie et en Autriche, on nomme métalliques des valeurs que l'Etat rembourse, et dont il ))aye les intérêts en numéraire. On les nomme ainsi pour les distinguer d'autres effets publics qui ne sont échangés que contre du papier-monnaie. Les métalliques de Russie sont payables en roubles d'argent; celles d'Autriche sont des obligations de 1 000 florins de capital ou de 50 florins de rente sur la banque d'Autriche. — En 4799, le Directoire émit en France une monnaie fictive dite monnaie métallique.

MÉTALLISATION. On nomma d'abord ainsi une opération par laquelle on prétendait que les substances contenues dans le sein de la terre se transformaient en métaux.

— On donne aujourd'hui ce nom à une opération métallurgique à l'aide de laquelle les métaux sont ramenés à l'état de pureté.

On donne aussi ce nom à l'opération qui consiste à recouvrir le bois et le plâtre d'un conduit d'aspect métallique ou à rendre un moule en plâtre ou en gutta-pcrcha conducteur de l'électricité en le frottant avec de la plombagine.

MÉTALLOÏDES (de métal et du gr. eISoç, forme, apparence), nom donné, en Chimie, d'abord à ceux des corps simples qui, sans être métaux, ont une apparence métallique, comme l'arsenic, l'iode, le silicium; a été depuis étendu par Berzelius à tous les corps simples non métalliques. Les métalloïdes ont pour caractères d'être mauvais conducteurs de la chaleur et de l'électricité, et de donner, en se combinant avec l'oxvgène, des corps indifférents ou des anhydrides et jamais d'oxydes basiques. On en compte 15, savoir : 5 gazeux [oxygène, hydrogène , azote, fluor et chlore) ; 1 liquide [brome) ; 9 solides [soufre, phosphore, arsenic, iode, bore, silicium, sélénium, tellure, carbone).

— Parmi ces corps, le soufre et le charbon étaient connus de toute antiqiiité. Paracelse, au xvi° siècle, connaissait l'arsenic et il découvrit l'hydrogène ; Brandt découvrit le phosphore (1769), Rutherford l'azote (1772), Priestlcy et Lavoisier l'oxygène (1774), Scheele le chlore (1774). Millier le tellure (1782), Gay-Lussac et Davy le bore (1808), le sélénium (1816) et le silicium (1817); Courtois l'iode (ISII) et Balard ^ brome (1826).

Les métalloïdes ont été distribués par Dumas en 4 familles

MÉT.iLLOTHÉRAPIE

MÉTAPHYSIQUE

naturelles, d'après le rapport qui existe, dans leurs composés hydrogénés gazeux, entre le volume du composé et le volume de l'hydrogène combiné ; l'hydrogène, pris comme terme de comparaison, ne rentre évidemment dans aucune de ces familles ; mais depuis, le bore, qui faisait jwrtie de la 4' famille, en ayant été détaché, on en compte aujourd'hui 5, savoir : 1° les M. monovalents (chlore, brome, iode, fluor) ; 2° les 3/. divalents (oxygène, soufre, sélénium, tellure) ; 5° les M. Irivalents (azote, phosphore, arsenic) ; 4° les M. tétravalenls (carbone, silicium) ; 5° le bore, M. trivalent.

MÉTALLOTHÉRAPIE, méthode thérapeutique qui consiste dans l'application d'une plaque ou d'une série de plaques de métal (or, argent, cuivre, fer, etc.) sur divers points du corps. Cette application de métaux sur la peau <lonnerait naissance à des courants qui peuvent exercer mie influence favorable sur les troubles de la sensibilité, dans les névroses p. ex. Cette méthode du reste n'a pas encore produit de résultats assez certains pour être généralisée.

MÉTALLURGIE (du gr. (ji£TaA)kOupy£a), art d'extraire les minerais du sein de la terre, d'en retirer les métaux et d'obtenir ceux-ci à l'état de pureté. Cette science exige des connaissances étendues en géologie, minéralogie, mécanique, physique et chimie. Ses principales opérations sont : \'' mécaniques : /r/ajre des roches métalliques, pour séparer des gangues, qui doivent être mises au rebut, le minerai bon à exploiter; bocardage, ou broyage du minerai; lavage, qui a pour but de débarrasser le minerai des parties terreuses; 2" chimiques : grillage, qui a pour objet de volatiliser le soufre, l'arsenic, etc., ou d'oxvder certains minerais pour les faire passer à des combinaisons que l'on puisse ensuite attaquer aisément par les réducteurs ou les fondants; fonte, qui est ro|)ération la plus importante, et qui s'opère soit dans des hauts fourneaux, comme pour le fer, soit dans des fourneaux à réverbère, etc. ; affinage, qui a pour but d'obtenir dans toute leur pureté les métaux déjà fondus. Voy. ces mots et le nom de chaque métal.

La Métallurgie est un des arts qui ont été le plus anciennement cultives : l'Ecriture sainte en fait honneur à Tubalcaïn, la Fable à Vulcain et aux Cyclopes. Les Telchines, les Dactyles, les Chalybes, eurent chez les anciens une grande réputation pour leur habileté dans les arts métallurgiques. Chez les modernes, ce sont surtout les habitants des parties montagneuses de l'Allemagne qui excellent dans CCS arts. Gcoi^e Agricola, savant du xvi' siècle, peut èlre considéré comme le fondateur de la métallurgie scientifique. Li métallurgie a subi dans ces dernières années et subit de jour en jour des transformations capitales. Nous citerons : dans la métallurgie du fer, les progrès réaUsés par l'emploi du Dessemer acide et basique, par l'application du four Siemens, des fours Martin ; dans la métallurgie du cuivre et de l'aluminium, la méthode électro-chimique; dans la métallurgie du platine, l'emploi du chalumeau oxyhydrique. La hante température de l'arc électrique (5000°)i tend à être utilisée dans les fours électriques pour la préparation de métaux réfractaires (chrome, manganèse, tungstène) qui jusqu'ici avaient trouvé peu d'applications.

MÉTAMÈRES (corps). Voy. isomékie. — En Ânatomie comparée, on donne le nom de métamères aux parties typiquement semblables qui par leur juxtaposition à la suite l'une de l'autre constituent les anneaux segmentés. Tels sont les anneaux des Vers annelés, les segments du corps des Arthropodes, des Vertébrés, etc. La théorie de la métamérisation a fait faire de grands progrès à l'Anatomie comparée.

MÉTAMORPHISME (du gr. tisTi, indiquant changement, et [iopcp-/|, forme), nom donne, en Géologie, à la transformation qu'ont subie certaines roches sédimentaires au contact des roches éruptives lors de l'émission de celles-ci. De élastiques que ces roches étaient primitivement, elle» sont devenues cristallines et il arrive souvent qu'elles contiennent les mêmes éléments que les roches granitiques, tout en conservant une structure schisteuse. Dans ce cas, on leur a donné le nom de roches cristallophylliennes. Les roches mctamorpiiiques peuvent se former aux dépens de couches appartenant à des âges très différents. C'est ainsi que l'on connaît, dans le Massachussctts, des couches cambriennes, à Paradoxides, transformées en gneiss glandulaires. En Bretagne, certaines couches siluriennes et dévoniinnes ont pris complètement l'aspect de roches cristallophylliennes. En Grèce le métamorphisme paraît avoir modifié ,

même les dépôts crétacés. Tous ces terrains ont perdu entièrement leurs caractères de dépôts sédimentaires, et les fossiles qu'ils contenaient ont été à peu près entièrement détruits.

MÉTAMORPHOSE (du gr. {lÊxajiôpçwaiç, changement de forme). Dans la Mythologie grecaue, les métamorphoses étaient fréquentes. Ovide en a fait le sujet d'un poème en 15 chants qui contient 246 récits : c'est une histoire complète de la Fable, depuis le chaos jusqu'à la mort de César. — La métempsycose, enseignée par Pythagore et par plusieurs religions, n'est qu'une série de mélarmorphoses.

Voy. MÉTEMPSYCOSE.

MÉTAMORPHOSES. En Histoire naturelle, on désigne sous ce nom les changements subis par certains animaux après l'éclosion et qui altèrent profondément la forme générale ou le genre ae vie de l'individu. - — Chez les Insectes, les métamorphoses peuvent être complètes ou incomplètes : i" les .V. complètes sont caractérisées par la succession des trois états de chenille ou larve, de chrysalide, nymphe, ou pupe, et d'insecte parfait : jamais les ailes ni les organes de la reproduction n'existent chez la larve; ils apparaissent chez la nymphe, et atteignent tout leur développement chez l'insecte parfait. Les Insectes à métamorphoses complètes sont les Coléoptères (Scarabées), les Sévroptères (Libellules, Ephémères), les Hyménoptères (Abeilles, Guêpes, Bourdons), les Lépidoptères (Papillons) ; 2° les M. incomplètes tiennent ou au développement prématuré de l'insecte dans l'œuf, ou à un arrêt de développement de l'animal sorti de l'œuf. Dans le premier cas, les insectes atteignent le type de l'insecte parfait : tels sont les Hémiptères (Punaises, Cigales, Fulgores) et les Orthoptères [Grillons, sauterelles) : en sortant de l'œuf, les Sauterelles possèdent déjà la ])lupart des caractères distincLifs de l'état parfait, elles broutent, sautent, ont des rudiments . d'ailes, etc. Dans le second cas, les insectes restent éloignes du type de l'insecte parfait : tels sont les Aptères, les Puces, qui n'ont jamais d'ailes, etc. Entre ces deux groupes, on en trouve un intermédiaire, c'est celui des Diptères (Mouches), qui n'acquièrent qu'une paire d'ailes. — La larve, la nymphe, l'animal parfait ne sont qu'un même être, au même titre que l'embryon, le fœtus et le germe des mammifères, et non pas une série d'êtres emboîtés, comme le pensaient Harvey et Réaumur. Les métamorphoses des insectes doivent être assimilées aux transformations que subit un animal vivipare dans les profondeurs de l'organisme maternel. Toutes les fois que l'œuf se développe en dehors de la mère et qu'il n'emporte pas, comme chez l'ciseau, une grande quantité de nourriture, l'animal qui en sort est sujet à métamorphoses (loi de Quatrefages). — On observe des métamorphoses lentes chez les Batraciens (Grenouilles, Salamandres). En 1856, M. A. Mûller a découvert une métamorphose dans la classe des Poissons, celle de l'Aramocète en Lamproie. Enfin on connaît des métamorphoses chez les Myriapodes (Iules), les Crustacés (Phyllosomes), les Annélides (Cercaires, Cysticerques, etc.) et les Mollusques (Tarets, Dentales).

MÉTAMORPHOSES DES FLECRS. Gœtlie 3 le premier montré que toutes les parties de la fleur : sépales, pétales, étamines et carpelles, sont des feuilles transformées ou métamorphosées. La métamorphose est progressive quand on observe des passages de la feuille à ces différents organes. Elle est régressive quand carpelles, étamines, pétales retournent à l'état de feuilles.

MÉTAPHORE (du gr. (istaçopi, transport), figure de Rhétorique, de la classe des Tropes, par laquelle on transporte la signification propre d'un mot à une autre signification qui ne lui convient qu'en vertu d'une comparaiscm sous-entendue : Quintilien (liv. vin) l'appelle une comparaison abrégée. La lumière de l'esprit, la fleur des ans, V ivresse An plaisir, le feu de l'ainour. les ailes du temps, etc., sont autant de métaphores. Quand la métaphore est consacrée par l'usage et est entrée dans la langue ordinaire, elle prend le nom de catachrèse (Voy. ce mot).

METAPHRASE (du gr. jJLïxitppajî) , se dit, en Littérature, soit d'une traduction littéralement fidèle, soit du travail par lequel un commentateur explique une plirase figurée, elliptique ou difficile, par une tournure plus habituelle ou plus simple.

MÉTAPHYSIQUE (du gr. Ta {lexà Ta çunixâ, ce qui vient après la Physique : nom donné par les élèves d'Aristote aux traités de leur maître sur les principes premiers de la nature, parce que ces traités étaient places

MÉTAPHYSIQUE

MÉTAPHYSIQUE

après ceux qiiî traitaient de la physique). La Métaphysique est la science des premiers j)rincipes et' dos premières causes : elle les éluaie au double point de vue de la pensée et de la réalité, de la connaissance que l'esprit acquiert des choses et de l'existence qu'elles possèdent. Elle comprend trois parties : h Psychologie rationnelle, (\m traite do l'essence de l'âme [Yoy. ÂJit, cause, substance, immortalité, etc.) ; la Cosmologie, ou Philosophie de la nature, qui traite dfe l'essence de la matière et des lois les plus générales de la nature [Voy. nature, matière, force, étendue, ESPACE, TEMPS, ctc.) ; la Théologie naturelle ou Théodicée, qui traite de l'essence de Dieu et de ses rapports avec le monde. Voy. dieu, infini, idéal, providence, etc.

C'est en Grèce, après la révolution philosophique opérée par Socrate, que sont nés les systèmes de métaphysique dont procèdent ceux des temps modernes. Platon essaya d'expliquer Dieu, l'âme et les corps par la théorie des idées dont nous avons résumé ci-clessus les principes et l'histoire (Voy. idéalisme). Aristote, rejetant cette théorie, enseigna un système diflcrcnt dans l'ouvrage qui a donné son nom à la partie la j)lus haute de la philosophie {Métaphysique ou Philosophie première). Tout être qui n'est pas sa cause à lui-même (comme l'est Dieu) est le produit de quatre causes : d'abord il se compose d'une matière (substance indéterminée qui est X'être en puissance) et d'une forme ou essence (ensemble des caractères constitutifs de Yêlre en acte) ; ensuite, c'est par un mouvement, c.-à-d. par un changement, qu'il devient ce qu'il est; or le mouvement suppose une cause motrice ou cause efficiente, par l'action de laquelle l'être en puissance devient l'être en acte, et une cause finale ou fin, qui détermine l'action de la cause motrice. Appliqués à l'âme et à la nature, ces quatre principes conduisent à concevoir Dieu comme le premier moteur dont tous les êtres tiennent leur existence et qui est lui-même immobile. Dieu meut le monde comme l'objet du désir meut ce qui le désire, comme le bien meut l'âme, c.-à-d. comme cause finale : il se pense lui-même, parce qu'il est le bien absolu (x6 xpixiaTov), et sa pensée est la pensée d'une pensée (voi\iz<ùi voTjaiî), c.-à-d. est un acte pur dans lequel l'intelligence et l'intelligible, la pensée et l'être ne lont qu'un ; Dieu est donc une intelligence vivante et parfaite, éternellement heureuse de sa propre action, de laquelle tout dépend et à laquelle tout se rapporte.

Ce système, qui ramène tout à l'opposition et au rapport de Y acte et de la puissance, de la forme et de la matière {Voy. ces mots), repose sur des abstractions insuffisantes

[)our expliquer la nature, l'âme et Dieu : dans la nature, a causalité eil'cctive ne semble appartenir réellement ni à la forme ni à la matière ; dans l'âme, l'essence, intimement unie au corps, est sujette à périr avec lui ; enfin Dieu, renfermé dans une éternelle contemplation de lui-même, n'agit pas sur le monde et le laisse en dehors même de sa pensée. Les disciples d'Aristote et ses nombreux commentateurs ne purent résoudre ces difficultés. Les autres systèmes n'y réussirent pas davantage. Au rationalisme d'Aristote, Epicure substitua le matérialisme : détruisant dans la nature et dans l'homme la source de l'action, et bannissant la cause divine comme un rêve de la superstition, il réduisit la réalité à des atomes sans vie, l'ordre de l'univers au hasard, la connaissance à des impulsions reçues par les sens, le bien et le mal aux impressions agréables ou pénibles attachées aux sensations [Voy. atomisme, intérêt). Ace système les Stoïciens opposèrent le naturalisme : tout être est un corps et contient deux principes, l'un passif (la matière ou substance) et l'autre actii (la cause ou qualité) ; en se mouvant au sein de la matière, la force active y produit successivement avec mesure et avec ordre, comme une semence qui se développe, les choses dont elle est la raison d'être, la raison séminale ()>ÔYOî (TTcspjxaTtxéç) ; le corps le plus subtil et le plus actif étant le feu ou l'esprit éthéré (-jrveCp.a), c'est lui qui,

tiar sa tension ou son effort (éitîxaaiî, tôvoî), transforme es éléments, constitue l'étendue et la résistance dans les corps inanimés, la nature dans la plante, l'âme dans l'aniinal, le principe intelligent dans l'homme et la Providence divine dans le monde, qui est ainsi la nature soumise à la loi de la raison. L'insuffisance de cette doctrine, qui confond l'immatériel avec la matière, conduisit le chef du néoplatonisme, Plotin, à restaurer la véritable métaphysique en conciliant Aristote avec Platon, dans un vaste système [Voy. idéalisme) : il eut sur l'âme et sur Dieu des

vues profondes dont s'inspira St Augustin; mais, abusant de la dialectique, il négligea trop souvent l'élude de la réalité pour se livrer à des spéculations abstraites. — Consulter : J. Simon, Théodicée de Platon et d'Aristote ; Ravaisson, Essai sur la métaphysique d'Aristote et Essai sur le stoïcisme (dans le recueil de l'Académie des Inscriptions) ; Douillet, Ennéades de Plotin (traduction et notes) ; Nourrisson, Philosophie de St Augustin, etc.

Au moyen âge, Albert le Grand et St l'homas d'Aquin fondèrent le péripatétisme chrétien, en introduisant dans les écoles l'enseignement de la métaphysique d'Aristote : ils la concilièrent avec la théologie chrétienne en démontrant les dogmes de la Providence et de l'immortalité de l'âme ( Voy. forme, etc.) ; mais leurs disciples perdirent de vue l'étude de la réalité dans de vaines discussions sur les formes substantielles et les qualités occultes. — Consulter : Ch. Jourdain , Philosophie de St Thomas d'Aquin; Hauréau,J[)e la philosophie scolastique; Uousselot, la Philosophie dans le moyen âge.

Les systèmes de métaphysique qu'ont produits les temps modernes se rattachent plus ou moins directement aux

firincipes formulés dans le platonisme, \& péripatétisme, e matérialisme d'Epicure et le naturaasme des Stoïciens. Au début. Descartes opéra une révolution par ses- Méditations louchant la philosophie première et ses Principes de la philosophie. Pour arracher l'esprit humain aux stériles discussions de la Scolastique qui dissertait sur l'être indépendamment de tout être existant, il lecontraignit à laisser les mots pour les idées, les abstractions pour les réalités, et à s'appliquer à ce qui est effectif, en commençant par lui-même et par Dieu. Remplaçant l'autorité par l'examen, il soumit tout au doute méthodique et donna pour base à la métaphysique un principe iné-

je suis, te qui m'assure que je dis la vérité, c'est que je vois très clairement que pour penser il faut être; par là, je juge que je peux prendre pour règle générale que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies [Voy. critérium)... Le doute est une imperfection, et j'ai l'idée d'un être parfait : je ne saurais la tenir du néant ni de moi qui suis imparfait; reste alors qu'elle me vienne d'une nature supérieure à la mienne et qui possède toutes les perfections dont je puis avoir quelque idée ; cette nature souverainement parfaite, c'est Dieu. » ( Voy. dieu.) En rappelant l'esprit humain à l'étude de lui-même et de Dieu, Descartes a fondé la métaphysique moderne ; mais en n'approfondissant pas assez la nature des idées et l'essence des substances spirituelles et corporelles, qu'il réduisit à ÏA pensée et à l'étendue {Voy. mécanisme), il a ouvert la carrière à des systèmes très divers. Spinoza tira du cartésianisme une forme du panthéisme à laquelle son nom demeure attaché [Voy. spoozisme) ; Malebranche en; tira ïoccasionnalisme [Voy. ce mot); Leibniz en tira la doctrine des monades et de V harmonie préétablie [Voy. ces mots). Les spéculations métaphysiques furent généralement peu goûtées du xvni* siècle. On y revint au début du xix° siècle, avec l'idéalisme de Fichte et de Hegel, et l'éclectisme de Victor Cousin.

D'autre part, le matérialistne se développait, surtout en Allemagne, avec certains disciples dissidents de Hegel (Feuerbach. B. Bauer et, plus près de nous. Biichner, Molcschott, E. Hseckel). Devant ces contradictions des écoles philosophiques, le savant français Auguste Comte essaya de se passer de toute métaphysique, et fonda le positivisme, qui fut adopté en Angleterre, sous une autre forme, par John Stuart Mill et ses disciples.

Le débat continue et continuera sans doute encore entre le spiritualisme d'un côté, le matérialisme cl le naturalisme de l'autre. Ceux qui professent ces dernières doctrines prétendent identifier leur cause avec celle de la science. Mais l'école spiritualiste a démontré qu'ils coniondenl arbitrairement les faits positifs avec les inler|)rétations arbitraires qu'ils en donnent; que la vraie métiiodc consiste à se placer au centre de la conscience pour y étudier dans un être réel et vivant les conditions de l'existence personnelle et les éléments fondamentaux de la pensée ; que l'expérience nous découvre ainsi en nous par une vue immédiate un principe actif et indivisible en qui la cause et la substance ne sont pas de simples phénomènes ni des abstractions; que dans le développement intellectuel 1»'

MÉTAPLASME

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