‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 1194 sur 1729 · PAYSANS · texte numérisé non relu

PAYSANS

tivs nombreuses : ecs semences sont entièrement dépourvues (les principes narcotiques qui existent dans tout le reste «le la plante et ce sont elles qui fournissent l'huile d'œillcttc; les anciens les torréfiaient et, en les pétrissant avec du miel, en faisaient des gâteaux : cet usage s'est conservé dans quelques contrées de l'Allemagne et de l'Italie. C'est du pavot somnifère que l'on retire l'opium , (Voy. ce mot), en incisant les capsules pendant qu'elles sont encore vertes et juteuses : le meilleur opium se prépare en Perec et dans l'Inde; celui que l'on retire des pavots de nos jardins est loin de produire les mêmes effets. Les capsules sèches s'emploient en décoction pour préparer des fomentations et des lavements calmants.

Chez les anciens, le pavot était l'un des attributs de Morphée : c'était avec cette plante que le dieu touchait ceux qu'il voulait endormir. Il était aussi consacré à Cérès, parce qu'il croît au milieu des blés. — Dans le langage des lleui-s, le Pavot est en général le symbole de la langueur et du sommeil ; le pavot blanc exprime le soupçon ; le pavot mêlé, la surprise; le pavot rose, la vivacité; le pavot rouge, l'orgueil ; le pavot simple, l'étourdorie.

Pavot cornu, en latin Glauciiim. Voy. glauciexne.

PAYE ou PAIE. Voy. SOLDE, SALAIBE.

PAYEMENT (de payer, du lat. pacare). C'est l'acte par lequel le débiteur s'acquitte envers son créancier de ce qu'il lui doit. Le créancier qui refuserait de recevoir un payement régulièrement fait, peut j être contraint par les offres l'éelles [Voy. ce mot); mais il ne saurait être forcé à recevoir un acompte. Le tribunal peut seulement accorder au débiteur, d'après sa position, un délai pour sa libération entière. Le Code civil règle par qui et comment le payement doit être fait pour être valable; il en détermine les effets à l'égard du débiteur et du créancier (art. 1235-1265). Voy. aussi imputation, novatiox, compensation, CONFUSION, etc., et, d'autre part, obligation, billet à ordre, LETTRE DE CHANGE, RECONNAISSANCE, ctc. — La monnaie de cuivre ou de billon ne peut être employée dans les payements, si ce n'est de gré à gré, que pour l'appoint de la pièce de 5 fr. Voy. appoint.

Payement par intervention. En Matière commerciale, lorsque le tiré a refusé de payer la lettre de change, et que son refus a été constaté par le protêt, toute personne peut intervenir et payer pour l'un des obligés : le tiers intervenant est alors subrogé aux droits du porteur (C. de comm., art. 159).

PAYENS. Voy. paganisme.

PAYEURS [Ac payer), fonctionnaires établis dans chaque déparlement pour y acquitter, en vertu des autorisations légales, les dépenses de la guerre, de la marine et des autres services de l'Etat. Ils relèvent du ministre des Finances. Les payeurs déparlemcntanx ont été institués par un décret du 12 oct. 1791 ; un décret du 26 nov. 1865 a créé des trésoriers-payeurs généraux, qui ont remplacé à la fois les payeurs départementaux et les receveurs généraux. Voy. ce dernier mot.

PAYS (du lat. pagus). Autrefois, en France, on appelait : pays de droit écrit, les provinces où le droit romain était en vigueur comme loi ; pays couiumiers, ceux qui étaient régis par des usages particuliers ( Voy. droit et coutume) ; pays d'Etats, les provinces qui avaient des assemblées d'Etals pour voter et répartir leurs contributions : on les opposait aux pays d'élection, où les liabitants de chaque paroisse élisaient eux-mêmes ceux qui étaient chargés de celle répartition ( Voy. état et élection) ; pays de francsalé, de quart-bouillon, de grande et de petite gabelle, les diverses provincîs de France selon la quotité à laquelle elles étaient imposées pour la taxe du sel [Voy. gabelle); pays d'obédience, les provinces non comprises dans le concordat et où le pape nommait à certains bénéfices, etc.

PAYSAGE (peinture de). Simples motifs ornemanisés chez les Egyptiens, d'un dessin conventionnel, et dont toute perspective est volontairement supprimée ; sommairement indiquées par les artistes grecs et seulement pour localiser l'action de la figure humaine ou animale, c'est dans les fresques romaines qu'apparaissent pour la première fois des vues de paysage, comme sujets de peinture. — Dans les temps modernes, aux fonds d'or unis des peintures el des mosaïques de style bvzantin, succèdent, des le début du xiv« siècle, des fonds "de pavsage, encore sommaires et très simplifiés chez Giotlo et Duccio, mais qui s amplifient chez leurs successeurs pour encadrer magistralement les compositions des maîtres du Campo

santo de Pise et de la chapelle des Espagnols, de Pictro Lorenzctti, de Spinello Spinelli, des peintres véronais el padouans. C'est d'ailleurs à ce rôle secondaire d'un fond et d'un décor que les peintres italiens, encore au xV siècle, réduisent la peinture de paysage, décor souvent charmant chez la plupart des quattrocentisti, mais toujours sacrifié à la figure humaine. Dans la Haute-Italie, et surtout chez les Vénitiens, Cima, Bellini, Carpaccio, dans les jolis paysages de Basaïti, se révèle une observation de la nature plus attentive et plus émue, que nous retrouvons encore au xvi" siècle dans les œuvres de Titien, de Giorgionc, de Campagnola, etc.

Chez les peintres du Nord, flamands, français, hollandais, apparaît de bonne heure un goût d'observation réaliste du paysage, un amour très vif de la nature. Dès les dernières années du xiv« siècle dans Broederleim, [>endant tout le xv° et au début du xvi=, avec les grands artistes flamands cl hollandais, les Van Eyck, Van der Weyden, Bouts, Van der Goes, Ouwater, Memhng, Bosch, Palinir,"elc., dans l'œuvre des graveurs (Voy. le Maître du cabinet d'Amsterdam, les scènes religieuses se déroulent dans des paysages souvent fort beaux, d'une minutieuse exactitude et d'une perspective très juste. Au xvi« siècle ce sont les études de paysage de Durer, les fonds de tableaux des Hollandais, enfin les admirables paysages de Brueghel le Vieux, vues des campagnes flamandes ou des panoramas accidentés des Alpes. Pour la peinture de paysage du xvii° au xix'' siècle, voy. moderne (art).

Consulter : Lecarpentier, Essai sur le paysage, Paris, 1817; Aji essay on landscape painting, Londres, 1783; Wœrmann, die Landschaft in der Kunst der allen Vœlker, Munich, 1876; Bacs, Histoire de la peinture de paysape du xiv" au xvi= siècle, Paris, 1878; Depcrlhcs, Histoire de l'art du paysage depuis la Renaissance des beaux-arts jusqu'au xviii^ siècle, Paris, 1822; Bâcler d'Albc, Annales pittoresques et historiques des paysagistes, Paris, 1803.

P/\YSAGER (jardin). Voy. jardin.

PAYSANS (de pays), habitants de la campagne. La condition des gens (le la campagne a été j)endant bien longtemps, et dans presque tous les pays, de beaucoup inférieure à celle des habitants des villes. Par l'effet de la conquête, de la distinction des classes ou autrement, la plupart des cultivateurs, chez les anciens, étaient esclaves. Chez les Romains, les colons eux-mêmes, qui dans l'origine étaient des citoyens libres ayant quitté volontairement leur patrie pour cliercher ailleurs un meilleur sort, ou des soldats émérites, tombèrent peu à peu, vers la fin de l'empire, dans une condition qui différait peu de celle des esclaves attachés à la glèbe. L'invasion des bar- Ijarcs cl ensuite les abus du système féodal ne firent qu'aggraver la condition malheureuse des paysans {Voy. serfs). De là ces terribles insurrections de paysans (Pastoureaux, Jacquerie, etc.), si fréquentes en France du xi" au xiv= siècle. Elles eurent du moins jîour effet de provoquer des améliorations nécessaires. De nombreuses chartes d'affranchisscrnenl firent disparaître peu à peu le servage. Les anciens colons, réduits après la conquête à l'état de gens de mainmorte, rentrèrent dans la classe des tenanciers libres, dits aussi vavasseurs et vilains : ces derniers, quoique assujettis aux droits seigneuriaux, aux redevances cl aux services sans nombre attachés à leur tenure, avaient du moins la libre disijosition de leurs biens. Les progrès du |)ouvoir royal contribuèrent puissamment à rendre plus lolérable le sort des jxipulations agricoles; mais les efforts du gouvernement central n'agirent d'alwrd que bien lentement, et c'est seulement à partir de la fin du XVI' siècle que les paysans en ressentirent sérieusement les eft'ets. Les règlements de Sully en faveur des cultivateurs, plusieurs ordonnances de Colbcrt pour la diminution des tailles et l'entretien des voies de communication, l'action exercée au xvih° siècle par les écrits des économistes [physiocrates), préparèrent rémancipalioii complète des paysans, opérée en fait par la Révolution de 1789 et par le'Cotle civil. Auj., dans presque toutes les parties de la France les paysans tendent à devenir propriétaires de la plus grande jiartie du sol, et le législateur a moins à se préoccuper de la condition des classes agricoles que des dangers que peut faire courir à la grande culture le morcellement indéfini de la propriété. — Voy. Leymarié, Histoire des paysans en France; Bonnenièic, Histoire des paysans [185(3); Douniol, Histoire des

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