PERCHE
nant avec attention et en l'inlorpn'lant à l'aide des notions rationnelles de cause, de substance et d'espace. En passant ainsi en revue tous les sens, elle discerne les perceptions naturelles, propres à chacun d'eux, et les perceptions acquises, fondées sur une association d'idées. Enfin, avec le secours de la Physique, elle détermine quelles sont les qualités premières, c-k-A. les prouriélés réelles des corps considérés en eux-mêmes (impénetrahilité, étendue, etc.), propriétés connues par cerlanies sensations à peu près invariables du toucher et de la vue ou par le raisonnement appliqué à ces sensations, et les qualités secondes, c.-à-d. les propriétés apparentes des corps (chaleur, saveur, etc.), dépendant autant de la structure de nos orj^nes que de la nature même de la matière : quelquesunes de celles-ci sont appréciées exactement à l'aide d'instruments et expliquées à l'aide des qualités premières, comme la chaleur qu'on mesure par le Ihcrmomètre ; d'autres ne peuvent être évaluées m définies rigoureusement , comme les qualités organoleptiques , saveur, odeur, etc.
Le toucher, qui s'exerce par toute la surface du corps et non par la main seule, nous fait connaître l'étendue et la ligure des corps, et leur température. Aidé du sens musculaire, il nous renseigne sur leur poids. — La vue, <lans son exercice primitif et solitaire, perçoit d'abord la lumière, les nuances et les dégradations des couleurs ; puis, par les angles visuels, les figures planes, leur position relative et leur mouvement angulaire sur un même plan. En exerçant la vue avec le tact, l'esprit établit une liaison durable entre l'étendue visible et l'étendue tangible, en sorte que l'une devient le signe de l'autre. Il détermine ainsi la (orme réelle des objets par la dégradation des couleurs ; la dislance, par les lois de la perspective, la différence de la grandeur apparente et de la grandeur réelle, la distinction et la netteté de l'image, l'interposition des objets , etc. ; le changement de distance, par la variation de la grandeur et de la lumière, etc. Ces conclusions sont exposées à des erreurs dont il ne faut pas chercher la cause dans les sensations de la vue, mais dans le travail même de l'es-
Prit sur ces sensations : c'est ainsi qu'un bâton plongé dans eau paraît couilic et qu'on le juge tel si l'on ignore les effets de la réfraction. — h'ouïe j)erçoit l'inlensité, le ton, le timbre et la durée du son {Voy. ce mot); par une induction fondée sur une association d'idées, elle permet de juger de la nature et de la distance de l'objet qui le produit. Servant d'instrument pour le langage, elle concourt au développement de l'intelligence. Appréciant les rapports harmoniques des sons, elle doit, ainsi que la vue, être étudiée au point de vue des beaux-arts. — Quant au goût et à l'odorat, ils ne font connaître que des qualités organoleptiques ; cependant les odeurs ont des affinités secrètes avec la volupté et les sentiments moraux, et leurs notions se lient ainsi à beaucoup d'autres idées.
La Perception externe a donné lieu à des théories très diverses. Chez les Gi-ecs, Démocrile supposa que les corps ('•mettent continuellement de leur surface quelques-uns des atomes qui les composent : ces émanations, qui en sont les simulacres, les images (eiOwXa), se glissent par le canal <les sens jusqu'à l'âme et lui font connaître par leur contact les objets qu'elles représentent. Platon, dans le Théétète, compare l'âme avant la sensation à une tablette de cire où les choses viendraient se tracer ; il distinguait la passion ou modification passive qui est éprouvée par le corps, la sensation qui se produit à sa suite dans l'âme, la mémoire qui la conserve et {'opinion qui la juge [Philèbe. Tintée). Aristote précisa et développa cette théorie dans son Traité de l'âme, conformément aux principes de sa Métaphysique [Voy. ce mot) : « Le sens est ce qui reçoit les formes sensibles sans la matière, comme la cire reçoit l'empreinte de l'anneau sans le fer ou l'or dont il est comjxjsc. L'objet sensible fait passer la sensibilité de la puissance à l'acte ; la sensation est un rapport entre l'objet sensible et le sens ; c'est pourquoi les qualités excessives détruisent les organes. 11 y a un sens commwi ou sens suprême qui compare les divers genres de sensations, qui en juge la difTérence et la similitude et en saisit ainsi les formes communes, le mouvement et le repos, l'étendue, le temps, la figure, le nombre et l'unité. C'est par lui que nous sentons [Voy. conscience). La sensation aboutit à i imagination qui la représente et la conserve sous forme d image et s'exerce même en l'absence de l'objet ». etc. Tandis qu'Epicurc revenait à l'iivpothèse de Démocrite,
les Sto'îciens, exagérant la passhilé de l'âme qu'Us regardaient comme corporelle, prirent dans leur sens propre les expressions que Platon et Aristote avaient employées dans un sens figuré : ils assimilèrent la sensation à une impulsion extérieure, à une image venant du dehors, à l'empreinte d'un cachet sur la cire : cependant ils firent consister la connaissance tians l'assentiment déterminé par l'évidence de la renrésenlation. Plotin réfuta leur erreur : le premier, il établit avec précision que la perception des objets extérieurs n'est pas une modification passive de l'âme, qu'elle est un acte intellectuel, qu'elle consiste dans la connaissance de l'impression ou passion éprouvée par le corps et dans le jugement que l'âme porte sur elle. Il indiqua aussi, tl'après Galien, le rôle que jouent les nerfs sensitifs. St Augustin s'inspira de cette théorie, en y ajoutant des développements ingénieux. Il la transmit à l'école cartésienne, qui bannit de la science l'hypothèse scolaslique des espèces sensibles [Voy. ce mot) et démontra la nécessité d analyser les conditions de la perception et d'en étudier les lois en unissant la physiologie à la psychologie [Descartes, les Passions de l'âme; Bossuet, Connaissance de Dieu et de soi-même ; Malebranclie, Recherche de la vérité). L'école écossaise s'est beaucoup occupée de la perception ; elle a refuté de fausses hypothèses de l'Empirisme, mais n'a pas poussé assez loin l'analyse (Reid, Œuvres). L'œuvre entreprise par l'école cartésienne a reçu de nos jours d'im|.)ortants développements.
PERCEPTION INTERNE. L'csprit ue pei'çoit pas seulement les corps étrangers, mais aussi le corps auquel lui-même est uni, par le moyen des sensations internes, dont le poùit de départ est dans l'impression faite sur les nerfs sensitifs, par l'état de nos organes intérieurs. C'est à ces sensations qu'il faut rapporter l'origine des idées de bienêtre et de souffrances organiques, de nausée, d'étoufl'cmenl, de faim et de soif, etc.
PERCEPTION, PERCEPTEDR. Daus les Fînaiices, on appelle perception le recouvrement des impôts, ainsi que l'emploi de percepteur. Les percepteurs, placés dans les communes les plus importantes, versent les fonds entre les mains des receveurs particuliers [ Voy. ce mot) ; ils sont nommés par le ministre des Finances et fournissent un cautionnement égal au douzième du montant des contributions (|u'ils recouvrent; la loi leur accorde une remise de 2 cenlimcs par franc. Leurs versements sont exigibles tous les dix jours. En cas de concussion, ils sont passibles de peines sévères. Voy. concussion.
PERCE-VERRE, perce-carte, appareil de Physique servant à faire passer l'étincelle électrique à travers une plaque de verre ou une lame de carton.
PERCHE, Perça, genre de Poissons acanthoptérygiens, de l'ordre des Squamodermes et type de la famille des Percoïdes, renferme des espèces d'eau douce caractérisées par la présence de dentelures au préopercule, par les pointes qui terminent l'opercule à son angle postérieur, par une sorte de crête très piquante placée sur le dos, enfin par des nageoires épineuses. La P. commune [P. fluviatilis) se reconnaît aux bandes transversales qu'elle porte sur le dos, et à la couleur rouge de ses nageoires ventrales et anales. Les autres espèces sont : la P. sans bandes d'Italie, la P. jaunâtre d'Amérique, la P. à opercides grenus, la P. à tête grenue, la r. à museau pointu, la P. grêle, la P. de Plumier, la P. ciliée, la P. à caudale bordée de noir, la P. à taches rouges, la P. écrivain, etc. — Ces poissons atteignent quelauefois jusqu'à 0 m. 70; mais leur taille habituelle est de 0 m. 40. Ils sont très voraces, croissent rapidement, et commencent à frayer vers trois ans; la perche fraye au printemps et pondiles milliers d'œufs. La chair des perches est blanche et ferme ; on estime surtout celles qui vivent dans les eaux claires et courantes. La peau donne une excellente colle. On attribuait autrefois aux osselets de leurs ouïes, dits pierres de perche, des vertus contre la pierre, la colique, etc.
On appelle vulg. : P. dorée, la Grémille goujonnière; P. marine, l'Holocentre ; P. de mer. le Bar et le Serran ; P. ondulée, la Sciène; P. œillée, le Priacanthe macrophtalme, etc.
PER(;iiE (du lat. pertica), mesure de superficie anciennement usitée en France, avait, selon les pays, 18, 20 ou 22 pieds de côté (5 m. 84, 0 m. 50 ou 7 m. 15) : il y avait 100 perches carrées à un arpent. — A l'étranger, la perche varie de 10 à 16 pieds, c.-à-d. <ie 3 m. à 5 m. 50.
Voy. LONGUEUR (MESURES DE).