‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 1301 sur 1729 · PRÉHISTORIQUE · texte numérisé non relu

PRÉHISTORIQUE

verselle de Bossuet est précédé d'un court avant-propos où l'auteur explic}ue le dessein général de son ouvrage ol sa division en trojs parties. Quelquefois lavant-propos est suivi lui-même d'une préface, qui le justifie et le développe. Il ne faut pas confondre la préface avec ïintroduction : ccHe-ci se met surtout en tète des ouvrages littéraires ou scientifiques et a pour objet de présenter un tableau général soit de l'état antérieur de la science, soit des faits historiques ou littéraires dont la connaissance est nécessaire au lecteur jx)ur miil comprenne bien l'ouvrage qui lui est otfert. Souvent 1 introduction prend des développements tels, qu'on jK)urrait la considérer comme un véritable livre. Telle est la Philosophie de l'histoire qui sert d'introduction à l'Essai sur les mœurs de Voltaire.

PRÉFACE. On appelle ainsi, en Liturgie, la partie de la messe que le célébrant dit ou chante avec le Canon, et qui lui sert comme de préambule ; elle commence par ces mots : Sursum corda. Chaque grande fête a d'ordmaire sa prélace particulière. On chante la préface sur un ton qui est le même jiour toutes : c'est un reste de l'ancienne musique grecque. Cette formule de prière est fort ancienne : on la fait remonter jusqu'au i" siècle.

PRÉFÉRENCE (de préférer). En Droit, on appelle rfroif de préférence pour un créancier celui d'être payé avant d'autres : c'est un attribut du privilège et de l'hypothèque. — Voy. aussi prélation.

PRÉFET, PRÉFECTDRE (du lat. prsefècttis, prsefeclura). Les Romains ont donné le nom de préfectures d'abord à celles des villes sujettes au gouvernement desquelles était préposé un magistrat romain appelé préfet, puis, sous l'Empire, à de' grandes divisions territoriales régies par des lonclionnaires importants appelés eux-mêmes préfets, et qui ne relevaient directement que de l'empereur. — Il y avait en outre le préfet de Rome, le préfet du prétoire, les préfets des vivres, de la flotte, des légions, des camps, etc. Voy. préfet au Dict. d'Hisl. et de Géogr.

Aujourd'hui, en France, le préfet est le fonctionnaire qui administre un département. Les préfets sont nommés par le chef de l'Etat ; ils sont sous l'autorité du ministre de l'intérieur et en partie sous le contrôle du conseil général; ils ont sous leurs ordres des sous-préfets, qui administrent les arrondissements : ils sont assistes par un conseil de préfecture (Fo!/. conseil). — Le moi préfecture se prend tantôt pour les fonctions de préfet, tantôt pour le territoire qu'administre ce magistrat, tantôt pour le chef-lieu du département ou même pour l'hôtel du préfet.

Les préfets ont été institués par la loi du 28 pluviôse an viii (17 février iSOO) : d'après cette loi, ils sont seuls chargés de l'administration départementale; ils président le conseil de préfecture, où ils ont voix prépondérante. Ils doivent faire, chaque année, une tournée départementale et en rendre compte au ministre. Ils peuvent suspendre les membres des conseils municipaux. Les décrets du 25 mai-s 1852 et du 13 avril 1861, dits de décentralisation ou plutôt de déconcentration, ont beaucoup étendu ses pouvoirs en lui permettant de statuer sur un grand nombre d'alîaires départementales et communales sans en référer à l'autorité supérieure et lui attribuant la nomination directe à beaucoup de fonctions ou d'emplois.

Préfet maritime, fonctionnaire investi de l'autorité soit militaire, soit administrative, dans un arrondissement maritime. Il y a en France cinq arrondissements ou préfectures maritimes, dont les chefs-lieux sont Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon. Les préfets maritimes sont choisis parmi les contre-amiraux et les vice-amiraux. — Leur institution date du 7 iloréal an vin. Supprimés en 1815, ils furent rétablis en 1826. Leur service est réglé par une ordonnance du 14 juin 1846.

Préfet du palais. Napoléon I" avait institué sous ce litre des fonctionnaires chargés de surveiller une partie de l'administration du palais impérial sous les ordres du grand maréchal. — Ces fonctions, supprimées en 1814, avaient été un moment Eétablies en 1852.

Préfet de police. Voy. police.

PRÉFIX (du lat. praefixus), se dit, en termes de Palais, de ce qui est fixé à l'avance [prae). 11 ne s'emploie que dans les locutions : jour préfix, terme préfix, somme préfixée, douaire préfix (déterminé par contrat). — On entend particulièrement par délai préfix celui qui ne peut s augmenter et on l'oppose au délai de la prescription, qui jieut être suspendu. Von. scspensio.v.

PRÉFIXE (du lat. prsefixus)^, terme de Grammaire, se dit de toute partie accessoire d un mot, qui en précède le radical dont elle modifie le sens. Les préfixes sont généralement des prépositions (pré-dire, sur-vcnir) ou des particules inséparables prépositives [in-utile, a-ballre, re-tenir, etc.). Les augments, les redoublements sont des préfixes. Voy. akfixes et préposition.

PRÉFLORAISON (du préf. pré et de floraison], se dit, en Botanique, de la manière d'être des différentes parties d'une Jleur avant son épanouissement, des dispositions variées que ses diverses parties affectent dans leur boulon. La préfloraison peut être valvaire, obvolutive,plicatiie, imbriquée, chiffonnée, etc. On dit aussi estivalion.

PRÉFOLIATION (du préfixe pré et du latin foliuin, feuille), se dit, en Botanique, de la manière d'être ou de l'arrangement des feuilles les unes à l'égard des autres dans les bourgeons, selon qu'elles sont plissées, roulées, etc.

PRÉHENSEURS (du lat. prehendere, prendre). De Blainville a donné ce nom aux oiseaux qui, ayant deux doigts devant et deux derrière, saisissent les corps dont ils se nourrissent et les portent à leur bec : tels sont les Perroquets.

PRÉHISTORIQUE (science). On appelle sciences préhistoriques, ou, plus brièvement, préhistoire, l'ensemble des informations que nous donne Farchéologie sur les é|X>ques de l'huinanité que les textes littéraires n'éclairent pas. Il résulte de là que l'épithète de préhistorique, ajipliquée à un outil, à une arme, ne saurait avoir de valeur chronologique absolue ; car si l'histoire commence, |)our l'Egypte et la Babylonie, près de quarante siècles avant J.-C., les légendes elles-mêmes ne permettent pas de remonter pour la Grèce et l'Italie au delà de l'an 1 000, pour la Gaule au delà du v° siècle, pour la Grande-Bretagne et la Germanie au delà de l'époque de César, pur la Suède au delà de Charlemagne. Quant aux deux Amériques et à l'Océanie, la préhistoire ne finit pour elles qu'au moment de la colonisation de ces conliiiciits par les Européens.

Dans aucun pays il n'existe de textes historiques sur la période où les hommes ignoraient encore l'usage des métaux. Broca a proposé, en conséquence, de réserver le nom lie préhistoire aux époques dites de la pierre, et d'appeler protohistoire celles où le cuivre, le bronze ou le fer étaient employés. Cette distinction très sage n'est pas encore généralement adoptée.

I. — Histoire de la science. — Les anciens avaient déjà reconnu l'existence de fossiles et la trace de perturbations géologiques à la surface du globe; mais c'e-st seulement à la fin du xviii' siècle que la stratigraphie et la paléontologie s'élevèrent au rang de sciences exactes. Ceiicndant Cuvier n'admettait pas encore l'existence de l'homme fossile; c'est Boucher de Perthes qui, vers 1848, établit pour la première fois que l'homme avait été le contem|)orain des grands animaux disparus de l'épotpic quaternaire, mammouth, rhinocéros aux narines cloisonnées, etc. Il fonda son opinion sur les instruments en silex taillés de main d'homme qu'il découvrait dans les anciennes alluvions de la Somme à côté d'ossements d'animaux disparus ou émigrés. Un congrès de savants, réunis à Abbeville en 1859, reconnut l'exactitude de ses assertions. Boucher de Perthes peut donc être considéré comme le fondateur de la science préhistorique, en tant qu'elle s'occupe de l'étude de l'industrie humaine à ses débuts.

Bans l'histoire des périodes postérieures de l'industrie, les pas décisifs furent faits par des savants Scandinaves. Thoinsen, directeur du Musée de Copenhague, publia, en 183G, un opuscule où il exposait pour la première l^ois, d'une manière systématique, ce que l'on a nommé la théorie des trois âges, à savoir la succession des époques de la pierre, du bronze et du fer. C'est aussi un Danois, Steensirup, qui reconnut le caractère des vastes dépôts de coquilles comestibles et de rebuts de cuisine qui, sous le nom de kjoekkenmoeddings, sont très nombreux sur la côte du Danemark ; il montra que ces dépôts remontaient à l'âge de la pierre et que l'homme qui les avait formés ne connaissait pas traulre animal domestique que le chien.

L'étude des cavernes à ossements, habitées par l'homme à la seconde période de l'âge de la pierre, fut commencée vers 1850 par Buckland en Angleterre, Tournai et Christel en France, Schinerliiig en Belgique; mais c'est surtout au Français E. Larlct et à son collaborateur anglais

PRÉHISTORlULE

PRÉIIISTORIOLE

Christy que l'on dut, vers 1860, la connaissance de la civilisation si curieuse qui constitue, dans la prcliisloirc, l'r'pogtir des cavernes.

Vl'is la mémo époque, l'Anglais Lubbock divisait lâge de la pierre en deux grandes périodes, celle de la pierre éclatée ou paléolithique (ita/aiô;, /c6o;) et celle de. la pierre polie ou néolilhique veo;, >.'.6o:Î- Ces dénominations ont été universellement admises. Un a proposé aussi d'appeler éoliihtqne la période correspondant au tertiaire des géologues, période à laquelle l'abbc Boui^cois et d'autres après lui ont rapporté certains, silex de formes très grossières où ils croyaient à tort reconnaître des traces de travail humain. Le nom de mésolithique a été donné à la première partie de la période néolithique, formant le passage entre l âge de la pierre éclatée et celui de la pierre polie et comprenant la civilisation des kjoekhenmoeddiugs. En 1854, le Suisse Keller découvrit les stations lacustres, qui appartieniient à l'âge de la pierre polie et à celui du liroiize. Peu de temps après, on constatait dans l'Italie du Nord une civilisation analogue, celle des terramares. monticules artiliciels formés par des rebuts de cuisine et d'autres débris ipii marquent l'emplacement de stations humaines au début de la période des métaux.

L'exploration.parltamsauer et Sacken, d'un vaste cimelitre ?ilué à llallstalt, près de Salzbourg, révéla une civilisation caractérisée par l'usage simultané des armes de bronze et des armes de fer, que l'on a qualifiée depuis A'hallstattienne. I, 'époque suivante, où les armes de fer st'nt seules eu usage, est surtout connue par les nécropoles gauloises de la vallée de la Marne et la station helvétique de la Tène sur le lac de Neuchàlel : on l'appelle époque marnienne en France, époque de la Tène en Allemagne et en Suisse, laie cellic en Angleterre.

Dans ces dernières années, les progrès de l'archéologie préhistorique ont surtout été favorisés par les fouilles profondes exécutées dans l'Orient hellénique (notamment par Schliemann] et en Egypte par Flinders Pétrie). Ces travaux ont eu pour résultat d'établir des synchronismes précieux entre les industries des régions sans histoire et celles des pays pour lesquels l'histoire commence de bonne heure. Il a ainsi été possible de réfuter les supputations chronoloui-^pies qui atlribuaient une antiquité fabuleuse à la civili- - ition des métaux dans l'Europe centrale. La chronologie de 1 époque de la pierre éclatée (le quaternaire des géologues) échappe encore à toute appréciation, mais il paraît auj. certain que les débuts de l'âge des métaux en Europe ne remontent nulle part au delà du xxx' siècle av. J.-C.

In premier Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoi-ique se tint à Paris en 1867 ; le onzième s'est réuni en 1892 à Moscou. Secondée par la fondation de nombreuses sociétés d'anthropologie, la science préhistorique s'est constituée rapidement : les Bulletins ie la Société d'anthropologie de Paris, les Verhandlungen d'une sociélé analogue de Berlin et la revue intitulée Matériaux pour l'histoire de thomme (1864 à 1888; sont les recueils les plus propres à donner une idée des problèmes qu'elle soulève et des recherches multiples où elle se complait. Par la période la plus ancienne qu'elle étudie, la préhistoire touche à la géologie et à l'anthropologie ; pour les périodes les plus récentes, elle demande et fournit tour à tour des lumières à l'iiistoire et à l'ethnographie. Son domaine est même tellement vaste qu'aucun homme n'est plus capable de l'embrasser tout entier: la tendance actuelle des savants est de se confiner avec rigueur dans l'étude précise d'une époque ou d'une région.

II. Terminologie et classification. — >"ous avons mentionné, dans le paragraphe précédent, les grandes divisions le l'âge de la pierre en paléolithique et néolithique, celle i ■ l'âge des métaux en âges du bronze et du fei\ celle do cette dernière période en hallstatlien et en viarnien. Beaucoup d'autres subdivisions, qu'il est nécessaire de connaître, ont été proposées par les archéologues; nous indiquons ici la classification de M. de Morlillet (1872). qui a été complétée récemment par .M. Salmon (1887) et qui porte sur les deux âges de la pierre. Disons tout de suite que la légitimité de cette classification est loin d'être univer- -cUement admise et que, fondée sur des faits constatés ians l'Europe occidentale, elle ne saurait être considérée ' priori comme valable pour toute l'étendue du globe. Suivant l'usage des géologues, on désigne chaque couche irrcspondant à une période par un adjectif dérivé du nom dune localité où cette période est bien caractérisée.

Ainsi l'on dit achcitléen on période acheuléenne (de Saint- Acheul, près d'Amiens. Somme), chelléen (de Chelies, Seine-ct-ilarne), moiislérien (de la caverne nu Moustier, Dordogne), solutréen (de Solutré, Saône-el-Loire), magdalénien (de la grotte de la Madeleine. Dordogne), catnpinien (de Campigny, Seme-Inférieure), chasséo-robenhau sien (de Chassey, Saône-et-Loire, et Robenhausen, en Suisse), carnacéên, |de Carnac, Morbihan), etc. r Age de ta pieiie éclatée ! paléolithique] :

1. Acheuléen ou chelléen. Outils en pierre de grandes dimensions, souvent de forme ovale ou triangulaire. Climat doux et pluvieux. Elephas antiquus. mammmouth, rhinocéros, grand bœuf, grand ours. etc. L'iiommme fréquente le bord des rivières et les plateaux.

2. ilouslérien. Outils en pierre plus petits, retailles d'un seul côté. Climat plus froid. Faune analogue, sans Elephas antiquus. L'homme cherche refuge dans les cavernes.

5. Solutréen. Pointes de lance et de flèche finement taillées des deux côtés. Climat froid. Le rhinocéros a disparu, le cheval est très abondant. L'homme cberclic refuge dans les cavernes.

4. magdalénien. Petits outils en silex, propre à l'exécution de travaux délicats, barpcns, pointes de fliches et aiguilles en os: gravures et sculptures sur os. sur bois de renne. Climat sec et froid. Abondance du cheval et du rer.ne. L'homme habite les cavernes, qui deviennent de véritables ateliers. Premiers essais de céramiques.

La transition entre l'époque paléolithique et la suivante est encore obscure : on désigne sous le nom de hiatus la solution de continuité qui existe à cet égard dans nos connaissances et peut-être aussi dans l'habitat de l'homme sur certains points de notre sol, où de grandes pluies avaient succédé à la sécheresse.

\i* Age de la pierre polie [néolithique) .

1. Campinien. Outils en pierres dits trancliels, intermédiaires entre la hache éclatée et la hache polie. Climat pluvieux. Les animaux dcmestiqnes font leur apparition; il n'y a plus ni mammouth ni renne. L'homme s'établit dans'des camps, sur les plateaux. Il ne pratique plus m la sculpture ni la gravure.

2. Chasséo-ïiobenhausien. Outils en pierre, souvent polis avec soin. Climat et faune actuels. L'homme habite des camps et des stations lacustres, refuges élevés sur les bords des lacs au moyen de pilotis.

3. Carnaci'cn. Magnifiques outils polis avec grand soin, souvent dans des roches très dures et très rares, comme la jadèite, la néphrite, la chloromélanile. Le culte des morts et les idées religieuses preiment une grande extension, attestée par les monuments en pierres énormes dits tnégalilhinues, dolmens (tables de pierres), menhirs (obélisques), cromlechs (cercles de pierre), .nlignemenls et avenues de pierres debout comme celles de Carnac. Peu de tentatives pour représenter la foime humaine. A la fin de cette période, le cuivre et le bronze, considérés d'abord comme métaux précieux, commencent à se répandre.

L'âge du bronze a été divise par M. AVorfaae et par M. de Mortillet en deux périodes : le morgien (de Morges, en Suisse^ ou période du fondeur, et le larnaudien (de Larnaud. dans le Jura) ou période du marleleur. 11 a déjà été question du hallstattien et du inarnien, qui nous con- (iiiisent en Gaule jusqu'à la conquête romaine, en pleine histoire. M. de Morlillet appelle : lugdumen (de Lyon) la période de la belle civilisation romaine; champdolien (du cimetière de Champ-Dolent en Seinc-et-Oise) celle de son déclin; wabénien (de Waben, Pas-de-Calais) l'époque de l'invasion des barbares que l'on qualifie ordinairement de mérovingien. Ces époques, sur lesquels les textes sont abondants, n'appartiennent plus, en France, au domaine de la préhistoire. Dans le nord de l'Europe, particulièrement en Suède et en Danemark, on distingue, à la suite de l'âge de la pierre polie et de l'âge du bronze, un premier âge du fer (de — 200 à -|- 500 ap. J.-Cl et un second âge du fer (de 500 à 1 000 ap. J.-C). L'âge de la pierre éclatée n'est pas représenté dans ces régions, qui, à l'époque où le mammouth et le renne vivaient en France, étaient encore couvertes de glace au point d'être tout à fait inhabitables.

III. Résultats généraux de la préhistoire. — Chaque pays a sa préhistoire, comme il a son histoire, mais les progrès de la science ont mis en lumière, dans la succession des industries, certains parallélismcs très frappants qu'il est bon de signaler. Ainsi l'on trouve partout un à^i:

Page 1