TABAC
T, consonne dentale, la 20° lettre de notre alphabet. Le i se confond presque avec le d et se permute souvent avec cette lettre ; cependant il est plus dur. Le Ih, qui, chez nous, se prononce comme le t simple, a dans plusieurs langues, en grec, en anglais, etc., une prononciation toute dillerenle, qui tient à la fois de la dentale et de la silllante. — Employé comme lettre numérale, x' chez les Grecs valait 300; ,z 300 000. Chez les Latins. T s'employait dans les bas siècles pour ItH); T poiu- 160 000. — Oominc abréviation, T. se mettait chez les Komains pour Titus, Tullius, etc. Chez nous, T. F. voulait dire travaux forcés, T. P., travaux forcés à perpétuité. Dans les prénoms, Th. se met pour Théodore, Thérèse, Thomas. Dans les Moiuiaies, T était la marque de la monnaie <lt; Nantes. — Eu Chimie, Ta désigne le Tantale ou Colombium; Te, le Tellure; Th. le Thorium; Tha, lc,Thal- //Mw;The,le Therbium; Ti, le Titane; Tu,l(iTungstène.
TABAC (de lespagn. tabaco, de l'île de Tabago, où il fut d'abord trouve), Nicoliana, genre de la famille des Solanées, tribu des Nicotianécs, renferme des plantes herbacées, presque ligneuses, à tige droite, cylindrique; à feuilles très amples, molles, d'un vert foncé; à fleurs blanchâtres, verdàtres ou purpurines, d'une seule pièce, conformées en entonnoir ou en soucoupe; à graines petites et nombreuses, contenues dans des capsules à 2 loges. Presque toutes les espèces sont originaires de l'Amérique du Sud ; on distingue, dans la pratique, les variétés corsées, contenant plus de nicotine et servant principalement à la fabrication des tabacs à priser et à mâcher, et les variétés légères pour la pipe. Le mode de culture influe d'ailleurs notablement sur la force en nicotine ; le climat et le terroir font singulièrement varier le goût et l'arôme et par suite les prix commerciaux. Les tabacs les plus chers sont certains crus d'Orient, très gomnieuxet parfumés; en seconde ligne viennent les tabacs de Havane, surtout ceux qui sont pr.ipres à former renvelojipe (capej des cigares de luxe.
Fabrication du tabac. Les feudies des diverses provenances arrivent réunies en petites poignées ou inanoques soit dans d'énormes tonnes dites boucauts, soit dans des balles. On les trie d'abord avec soin [époulardage] et on les soumet ensuite à des manipulations qui varient suivant l'usage auquel on les destine.
Tabac à priser. Le mélange des feuilles, formé de tabacs corsés (forts en nicotine) est mouillé à l'eau salée, haché grossièrement, puis mis à fermenter pendant trois mois par grandes masses. La température s'élève jusqu'à près de 80°; le tabac noircit et l'arôme spécial se développe. Les masses sont ensuite livrées au ràpage dans des moulins analogues aux, moulins à café; le râpé est mouillé à nouveau et subit une seconde fermentation (ammoniacale), do 0 à 10 mois, dans des cases (grandes chambres fermées) où se développe le montant. Autrefois le tabac à priser se vendait pressé en rouleaux, dits carottes, que les priseurs râpaient eux-mêmes : aujourd'hui on ne vend plus que des carottes à fumer et à mâcher, dont la consommation est restreinte à certaines régions (en particulier la Bretagne).
Tabac à mâcher [à chiquer). Ce tabac est livré au commerce sous la forme de petites cordes, dites filé et menufilé, que l'on obtient en filant les feuilles de tabac avec un rouet analogue à celui des cordiers.
Tabac à fumer [scaferlati). On mêle ensemble des feuilles de tabacs légers (relativement faibles en nicotine) ; on les mouille avec de l'eau salée, puis on les livre aux hachoirs de fin. Ces machines se composent de deux toiles sans fin dont le mouvement en sens contraire entraîne les feuilles tout en les comprimant, et les livre au tranchant d un couteau oblique qui se meut de haut en bas et qui les découpe en lanières d'un millimètre environ. Le haché est torréfié dans des cylindres où il progresse sur des nervures hélicoïdales et où sa température est portée aux environs de 80" : cette opération donne au tabac l'aspect Irise qu'il conserve dans le commerce. Après refroidissement, par passage dans un cylindre ventilé intérieurement, on le laisse reposer en masse pendant environ un mois : après quoi, on le livre à la consommation; c'est le tabac pour la pipe ou la cigarette. On appelle tabac de cantine fin tabac de qualité inférieure que la régie vend à l'armée a prix réduit. Pour les cigares, voy. ce mot.
Effets du tabac. L'usage du tabac répond à un plaisir factice, à une habitude plus ou moins impérieuse, mais non à un besoin naturel. Son utilité, à dose modérée, n'est reconnue que pour quelques professions fatigantes et monotones, s'exerçant dans des atmosphères humides (marins, mineurs, égoutiers). Pris en poudre ou fumé, le tabac agit surtout sur le cerveau : il provoque une sorte d'engourdissement cérébral qui se traduit par le vague dans les sensations et dans les idées; chez les individus qui fument continuellement, la netteté de l'esprit s'émousse, les facultés d'expression orale et mimique sont altérées, la mémoire est atteinte. On cite des cas extrêmes où le tabac a entraîné la perle de mémoire complète, Vamnésie, soit momentanément à chaque abus nouveau, soit définitivement. Outre cette fâcheuse influence sur le cerveau, le tabac peut déterminer une altération de la muqueuse de la bouche, qui va quelquefois jusqu'à la tumeur grave, Vépithélioma, mais alors il faut très probablement un sujet prédisposé ; il jaunit toujours les dents, obUge souvent à cracher et corrompt l'haleine ; chez certains fumeurs de pipe, il est l'occasion du développement de l'ulcère épilliélial papilliforme. Il assoupit ordinairement la fonction génésique. On a remarqué chez plusieurs ouvriers des manufactures de tabac une altération dans la couleur de la peau, qui devient d'un gris jaune. Enfin, ingéré en trop grande quantité par le tube digestif, il agit à la façon des poisons stupéfiants par l'effet de la nicotine qu'il renferme. C'est ainsi, dit-on, que le poète Santeuil expira dans d'atroces douleurs après avoir bu un verre de vin dans lequel on avait mis du tabac d'Espagne. — En Médecine, on employait autrefois le tabac : en lavements, contre la paralysie intestinale, la hernie étranglée et l'iléus; en lotions, contre la teigne, enfin comme sternutatoire {Voy. ce mot). — Les Orientaux, qui fument presque TOutinuellement, font usage du nargudé, dans lequel la fumée, passant d'abord à travers un vase rempli d'eau, s'y débarrasse d'une |)artie de ses principes volatils : ils combattent, du reste, les effets narcotiques du tabac par l'usage presque perpétuel du café.
Historique. A l'époque où les Européens découvrirent l'Amérique, les Indiens faisaient déjà usage du tabac. Leurs prêtres, leurs devins en aspiraient la fumée par la bouche et par les narines à l'aide d'un long tube ou calumet, lorsqu'ils voulaient traiter de la jiaix ou bien prédire les résultats d'une guerre, le succès de quelque affaire importante, etc. C'est, dit-on, à l'île de Tabago, dans le golfe du Mexique, que les Espagnols connurent d'abord le tabac. On le désigna longtemps par le nom de pétun, nom qu'il portait chez les indigènes du Brésil et de la Floride. En 1518, Cortez envoya des graines de tabac à Charles- Quint; 42 ans plus tard, en 1.560, J. Kicot, ambassadeur français en Portugal, l'introduisit en France, où il fut mis à la mode par François de Lorraine, grand prieur de France, et par la reine Catherine de Médicis; de là les noms de Nicotiatie, A' Herbe de M. le prieur et A' Herbe à la reine, qu'il porta d'abord. Les savants lui donnèrent, en outre, les noms de Buglosse antarctique, de Jusquiame du Pérou, etc. Ceux qui les premiers firent usage du tabac en poudre ou à fumer furent tournés en ridicule ou même persécutés. Le roi d'Angleterre, Jacques I", en interdit l'usage dans son royaume en 1604. Le pape Urbain Mil excommunia en 1624 certains prêtres qui prenaient du tabac en officiant. Amurat IV le défendit sous peine d'avoir le nez et les lèvres coupés. Malgré tous ces édits, l'usage du tabac ne fit que s'accroître : aujourd'hui il est universeL
Culture et monopole du tabac. La culture du tabac n'est permise en France qu'à ceux qui en ont préalablement fait la déclaration au préfet, et qui en ont obtenu la permission. Les cultivateurs ont la faculté de destiner leur récolte soit à l'approvisionnement des manufactures de l'Etat, soit à l'exportation. L'achat, la fabrication et la vente des tabacs, tant indigènes qu'étrangers, sont attribues exclusivement à la régie des contributions indirectes et se font au profit de l'Etat. Nul ne peut avoir en sa possession des tabacs en feuilles s'il n'est cultivateur dûment autorisé; nul ne peut avoir en provision des tabacs fabriques autres que ceux des manufactures nationales, et cejtc provision ne peut excéder dix kilogrammes. — En 1870, il existait en France 17 manufactures de tabac : à Paris, le
TABANfENS