TÉLÉGRAPHE
signaux ; mais la télt'grapliie, proprement dite est une in- ' vention toute récente. A la fin du xvn" siècle, Amontons proposa le premier d'employer les lunettes d'approdie à l'observation des signaux transmis de loin. Les frères Chappe inventèrent, en 1792, le système (jui depuis fut généralement adopté : en 1793, la Convention en déclara l'utilité et décréta l'établissement d'une ligne de 12 télégrapbcs, de Paris à Lille. De nouvelles lignes rayonnèrent bientôt dans plusieurs autres directions. Quelques systèmes nouveaux ont été proposés depuis l'invention de Cbappe. Le Télégraphe nautique ou T. marin, destiné à transmettre les signaux sur mer, n'est qu'une application du télégi-aphe aérien. Il se compose d'une longue poulie, placée au bout de la corne d'artimon, et divisée en 12 com-
Iiartiments, dans lesquels une personne placée sur le pont lisse des signaux et des numéros, dont le sens est déterminé par un dictionnaire. La première idée du télégraphe marin est due à l'amiral Rosilv (1806). Depuis 1855, le gouvernement français a adopte pour les communications nautiques le Code Reynold. Ce système n'a pas tardé à être accepté par la plupai't des nations de l'Europe. — Yoy. sÉMAPiionE.
II. TÉLÉGRAPHE Éi.ECTjuQUE. Dans tout Système de ce genre il y a : 1° une pile, qui produit l'électricité ; 2° un
{Il conducteur isolé, eu fer galvanisé ou en cuivre pour es lignes souterraines, qui transmet le courant d'une station à une autre; 3" un manipulateur, placé à la station de départ, avec lequel on interrompt ou l'on fait passer le courant; 4° un récepteur, placé à la station d'arrivée, dans lequel une pièce servant de signal est mise en mouvement par le passage du courant. Un avertisseur ( Voy. ce mot) annonce au moyen d'une sonnerie l'arrivée de la dépêche. L'un des pôles de la pile communique avec le sol par un conducteur métallique ; l'autre pôle peut communiquer, par l'intermédiaire du manipulateur du poste, avec lu ligne ; ce courant traverse le récepteur de l'autre poste et arrive au sol par le manipulateur de ce même poste. — Un appareil particulier, dit décharyeur, empêche l'électricilé atmosphérique de s'accumuler sur les fils conducteurs; il consiste en une série de pointes de métal, qui sont très rapprochées du lil, sans le toucher, et qui communiquent avec le sol. Dans le cas d'un coup de foudre, l'électricité s'écoule dans le sol sous forme d'étincelles.
Dans le T. à aiguilles, de ^Ybeatstone et Cooke, le manipulateur est un commutateur (Voy. ce mot), qui sert à faire passer le courant dans un sens ou dans l'autre; le récepteur est une sorte de galvanomètre, et les déviations de 1 aiguille à droite ou à gauche peuvent fournir un système de signaux. — Dans le T. à cadran, de Wheatslone et de Bréguet, le manipulateur est formé d'une roue métallique dentée qui communique avec le fil de ligne et d'une lame de métal placée sur le contour de cette roue et communiquant avec la pile. Quand on fait tourner la roue, celte lame touche successivement les dents de métal, et à chaque contact il y a émission du courant. Le récepteur est un électro-aimant avec une armature de fer placée devant ses pôles, et pouvant osciller. Quand le courant passe, l'éleclro-aimant attire l'armature ; quand il cesse de passer, un ressort antagoniste ramène cette armature. Le mouvement de va-et-vient de cette pièce permet celui d'une aiguille qui parcourt un cadran sur lequel sont inscrits les signaux. Les mêmes signaux sont reproduits sur la roue du manipulateur ; quand l'employé la fait tourner à l'aide d'une manivelle qu il amène sur un des signaux, l'aiguille du récepteur tourne simultanément, et s'arrête sur le même signal. —Dans le T. de Morse, le manipulateur est forme par un levier qui touche une saillie quand on appuie la main sur sa tête, et se relève par l'action d'un ressort quand on cesse d'appuyer. Ce contact ferme le circuit électrique, et on peut le faire durer plus ou inoins longtemps à volonté. Le récepteur est formé d'un électro-aimant dont l'armature transmet son mouvement à une pointe, qui laisse, lorsque le courant passe, une trace sur une bande de papier entraînée par un mécanisme d'horlogerie. Celte trace est plus ou moins longue suivant la dui'ée du contact. Chaque signal est composé d'un certain nombre de points et de traits.
Dans le T. de Hughes, la dépêche est imprimée en caractères d'imprimerie, lettre par lettre : dans le récepteur se trouve une roue dont le contour porte des lettres en relief (roue des types], dans le manipulateur un bras métallique tournant autour d'un axe vertical rigoureusement
avec la même vitesse ; il nasse au-dessus de cases corresjjondanl aux lettres de l'alphabet, au moment même où la même lettre est à la partie inférieure de la roue des types. Si au moyen des touches d'un clavier on soulève dans une des cases une pièce métallique dite goujon, le courant passe quand le bras mobile vient le toucher; par suite de l'émission du courant, une bande de papier placée sous la roue des types est soulevée et la lettre correspondant au goujon touché s'im|)rime. Ce n'est là que le principe de cet appareil, dont la complication mécanique est extrême. — Dans le T. aidographique de Blackwoll et dans le T. pantographigue de Caselli, on reproduit le fac-similé d'une écriture ou d'un dessin traces à la plume. A chacune des stations oscillent deux pointes d'acier, dont les mouvements sont identiques. Sous chacime d'elles est une feuille de papier qui avance un peu à chaque oscillation, de manière que la pointe oscillante décrit des hachures parallèles. A la 'station de départ la feuille est en papier d'étain, et on y trace la dépêche à l'encre grasse ; à l'arrivée la feuille est en papier imbibé d'une solution de prussiatc jaune de potassium; ces feuilles reposent l'une et l'autre sur des plaques de cuivre communiquant avec le sol. Le (Il de ligne réunit les deux pointes d'acier, le pôle positif de la pile communique avec la pointe de départ. Quand cette pointe touche une partie métallique du papier, le courant se perd ilaiis le sol de la station, sans être transmis par le (il de ligne. Mais quand la même pointe rencontre un trait à l'encre grasse, celleci ne concluisant pas le courant, il passe par le (il de ligne, atteint la pointe d'arrivée, décompose le sel du papier, et un trait bleu se trouve marqué en ce moment. Ainsi la dépêche est reproduite en hachures bleues parallèles. — Dans ces dernières années les appareils ont reçu de nombreux perfectionnements; on peut surtout citer pour la France les télégraphes Baudot et Mcyer.
L'idée première des télégraphes électriques, déjà entrevue par Franklin, avait été mise en avant dès ilVt par Lesage, physicien de Genève; on s'en occupa un instant en Allemagne (1794, Reiser) et en Espagne (1798, Salva) : on employait alors l'électricité des machines à frottement. Après la Ilécouverle de la pile (1800), Sœmmering voulut employer la décomposition de l'eau. Après la découverte d'tErstedt (1820), Ampère proposa de l'appliquer à la télégraphie; le premier essai fut fait par Schilling a St-Pétersbourg (1853). Quelques années après, AVbeatstone et Cooke en Angleterre, Morse en Amérique, Stenheil en Allemagne, l'appliquèrent en grand : c'est en 1841 que Wheatstone inventa l'appareil à cadran qui fut d'abord adopté généralement en Angleterre et en France. Les premiers appareils furent établis en Bavière et en Belgique; il en fut placé en Angleterre le long des raiiways de Londres à Bristol et de Greal- Western. En France, (e premier télégraphe électrique fut établi sur la ligne de Paris à Rouen en 1845. Aujourd'hui la France possède un réseau complet de lignes électriciues. Ce service, réservé d'abord à l'Etat, est aujourd'hui à la disjiosilion du public. Il a été réuni à celui dos postes en 18/8. Voy. poste aux
LETTllES.
Dans les Télégraphes sous-marins il s'est agi d'abord d'immerger dans la mer des fils conducteurs suflisammcnt protégés par des enveloppes en gutta-pereba. On a vu alors qu'il se produisait, dans les fils de grande longueur, desphénomènes compliquant beaucoup la question de la trans-, mission, et les appareils récepteurs, tins en jiarticulier à Sir William Thomson, sont bien plus compliqués que les appareils terrestres.
Télégraphie duplex. On est arrivé dans ces dernières années, en modifiant la disposition des contacts et l'enroulement des fils dans les appareils récepteurs, à rendre lerécepteur d'un poste insensible aux courants que ce poste envoie et qui le traversent, tout en le maintenant capable de recevoir les signaux envoyés du poste opposé. 11 en résulte que les deux postes sont capables de transmettre en même temps. Des dispositifs plus compliqués permettent de transmettre jusqu'à 8 dépêches par le même fil pendant le temps nécessaire auparavant à la transmission d une seule.
Télégraphe militaire. L'importance des communications rapides entre les diH'érents corps d'une armée en campagne a donné l'idée d'appliquer à cet effet la télégraphie électrique. Pour cela nés voitures-postes suivent l'armée; elles renferment un bureau pour les employés.