‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 1713 sur 1729 · IMMUNITÉ · texte numérisé non relu

IMMUNITÉ

IBOGAINE. Alcaloïde, G^-ll'^'Az'^0^, retiré des racines de l'iboga. dont les indijïènes du Congo utilisent les propriétés excitantes. A dose massive l'ibogaïne produit des oITcls comparables à ceux de l'alcool absorbé en excès

ICEBERGS (de l'angl. ice-hergs, montagnes de glace), (ilaccs flottantes résultant des ruptures continuelles du Iront des glaciers polaires qui arrivent jusqu'à la mer. Ces blocs de glace sont transportes par les courants marins jusque dans les régions tempérées.

ICHTALBINE. Combinaison de l'ichtyol avec l'albumine. Antiseptique.

ICHTARGANE. Tbiohydrocarbosulf'onatc d'argent. Poudre brune, renfermant 30 "/„ d'argent; soluble dans l'eau. Antiseptique.

ICHTOFORiVIE. Prod lit de condensation de l'aldéliyde formique avec les acides sulloniques des carbures sulfurés (comme l'icbtyol). Employé comme antiseptique intestinal.

ICHTYOL. Variété particulière d'imile carburée, voi- Hiie des pétroles, mais qui s'en distingue par la présence dune grande quantité de produits sulfurés, azotés et pbospiiorés. On le retire des produits de distillation de la Stinkstein qui se trouve en Autriche aux environs de Seefeld. Elle est considérée comme provenant de la décomposition des matières animales et en particulier des poissons. Sous la forme d'ichtyolate de sodium, de lithium, d'ammonium et de zinc, on l'utilise comme antiseptique. Le savon à l'icbtyol est employé contre les maladies de peau.

ICONOGÈNE. Nom pharmaceutique donné à l'acide amino-p-naphtol-sulfonique-6. Proposé comme antisepli(jue.

ICTUS. Mot latin qui veut dire frapper du pied en marquant le temps, soit par exemple sûr une réunion de sons qui correspondent à un vers.

En musique, se dit des notes très sonores sur lesquelles le rythme s'appuie. La première note du temps fort de chaque mesure, nommée //lési's, peut se trouver plusieurs lois dans un rythme, alors qu'il ne peut y avoir qu'un ou deux ictus.

IDITES. Alcools hexatomiques, isomères de la mannite, obtenus synthétiquement par E. Fischer.

lOIOMÔRPHES. [Voy. actomorpiies.)

I DOSES. Sucres isomères du glucose, obtenus synthéti- (|ucment par E. Fischer.

IDRIZITE. Sulfate basique d'aluminium, fer et magnésium, S0''(Mg.Fe).S209(Al.Fe)«+16H20. Nodules ou stalactites gris jaunâtre, trouvés à Idria.

IHLÉITE. Sulfate ferrique hydraté normal, (SO*)'Fe*, 1211*0. Efflorescences orangées trouvées à Mugrau (Bohême).

ILÉSITE. Sulfate manganeux hydraté, avec un peu de fer et de zinc, S0*Mn,4H2U. Trouvé à Hall-Valley, comté de Park (Colorado).

ILLICINE. Principe amer de l'Ilex aquifolium. Antipériodi(|ue, qui peut s'employer aux mêmes doses que la quinine.

IMINES. Les imines diffèrent des aldéhydes, des cétones et. des quinones par le r«implacement de l'oxygène typique par le groupe Azll ou AzR.

IMINO-ÉTHERS. Composés du type R— C^qjJ^ ; ils sont à la lois imine et éther.

IMMUNITÉ. L'étude de l'immunité, c'est-à-dire de la propriété qu'un organisme possède naturellement ou peut acquérir d'être réfractaire à telle ou telle maladie contagieuse, a été poussée très loin dans ces dernières années. Cette étude est liée à celle de la virulence des microbes, car, en réalité, immunité et virulence sont deux termes équivalenls. On appelle immunité la résistance efficace d'un organisme supérieur contre un micro-organisme, et virulence la victoire du micro-organisme sur la défense de l'organismt! supérieur.

En serrant le problème de plus près, on a même restreint le sens du mot virulent appliqué à un microbe, et on l'emploie d'une façon spéciale pour indiquer l'effet nocif du microbe vivant et pullulant.

Or, très souvent, le microbe n'agit que par ses sécrétions, que l'on désigne sous le terme de toxine (tô^ov, [•oison). C'est ainsi que les bacilles tétaniques très peu nombreux qui ont pénétré dans un organisme à la faveur d'une plaie ne |)ullulent que d'une façon locale, ils n'envahissent jamais l'organisme, et seul leur poison diffuse jusqu'au système nerveux central. Bien plus, on peut faire une culture du bacille tétanique ou du bacille diphtériquef puis filtrer cette culture sur u-n filtre de jiorcelaine ou de terre d'infusoires qui retient les corps microbiens et laisse passer leurs sécrétions solubles. Si l'on inocule le filtrat à un animal, on obtient exactement les mômes symptômes morbides que lorsque l'on inocule la culture entière non filtrée.

A côté de ces microbes éminemment toxiques, il en est d'autres qui no sécrètent que très peu de toxine soluble, leur poison est adhérent à leur corps et il est parfois impossible de l'en séparer. Si l'on iiltre leur culture, le filtrat obtenu n'a aucune action ; par contre, les corps microbiens tués sont encore nocifs. Cette d(!uxième sorte de microbes n'agissent point par une toxine soluble.

On peut exalter ou diminuer à volonté la virulence ou la toxicité d'un microbe. Par exemple, si l'on retire du pus d'un abcès un staphylocoque doré, qui, inoculé à un lapin le tue en une semaine, si l'on inocule à un deuxième lapin le staphylocoque qui a envahi le sang du premier, ce deuxième animal mourra beaucoup plus vite et on pourra arriver, après plusieurs passages, à faire mourir un lapin en quelques heures par l'inoculation de ce staphylocoque. En même temps il ne devient plus nécessaire d'inoculer que quelques unités microbiennes. C'est ainsi qu'on peut tuer un lapin avec un dix-millionième de centimètre cube de culture. Il est un autre moyen de renforcer la virulence d'un microbe : c'est d'affaiblir la résistance de l'animal inoculé, par exemple, en le refroidissant (comme a fait Pasteur pour donner le charbon à la poule). Ou bien on inocule le microbe à un animal (|ui vient de naître et qui succombe facilement, le microbe recueilli chez ce premier animal est inoculé à un deuxième un ])eu plus âge, et ainsi de suite, de sorte que l'on arrive à tuer des animaux de la même espèce, adultes, qui primitivement étaient réfractaires.

On admet que la virulence d'un microbe est un caractère acquis. A l'origine tous les microbes auraient été saprophytes; dans certaines conditions, ils se seraient adaptés à la vie parasitaire et se seraient transmis héréditairement Icure caractères acquis de virulence. On a d'ailleurs pu rendre pathogènes pour les animaux des microbes comme le coccobaciUe prodigiosus, très répandu dans l'air et l'eau, et naturellcnieul inoffensif.

De même qu'un microbe peut acquérir ou perdre sa virulence, un organi^.mii peut acquérir ou jierdre l'immunité contre un microbe. En dehors de l'immunité naturelle, il y a, en effet, l'immunité acquise, que l'on connaît depuis très longtemps. 11 est, par exemple, de notion vulgaire qu'un homme guéri de variole est désormais réfractaire à cette maladie. On a même profité de ce fait pour conférer une immunité artificielle à des personnes à qui on donnait une variole légère avec le virus conservé dans les croûtes tombées des pustules d'un varioleux. Mais cette pratique est parfois dangereuse, car on ne peut pas doser la virulence du virus varioleux conservé dans les croûtes sèches. Elle a cours cependant encore chez les peuples orientaux, où elle occasionne parfois de véritables épidémies. Tout le monde connaît le grand progrès effectué par la découverte de Jenuer qui, en ce qui regarde l'immunité contre la variole, prouva que la vaccine, maladie des bovidés et des équidés, transmise à l'homme, ne provoque jamais d'accidents graves et, au contraire, lui donne une immunité solide contre la variole. C'était là une constatation de fait dont Jeûner sut tirer parti. Avec Pasteur, l'étude de l'immunité entre dans la voie expérimentale et vraiment scientifique. Le principe de la méthode pa^torienne, appliqué en premier lieu au choléra des poules, au charbon, au rouget des porcs dont on connaît les microbes, à la rage, dont le virus est encore inconnu, consisteà inoculer aux animaux ou aux hommes des virus atténués (par la chaleur, les antiseptiques, etc.) qu'ils supportent parfaitement, contre lesquels ils acquièrent par suite une certaine immunité qui leur permet de recevoir ensuite, sans inconvénient, un virus moins atténué et ainsi de suite jusqu'à des doses plusieurs fois mortelles de virus

IMMLMTÉ

IMMUNITE

On a conservé pour ce procédé d'obtention de l'ininiunité 1 le terme de vaccinalioti, en souvenir de la vaccination jennérienne. la première appliquée à Ihommo. Limmu- | nilé acquise contre les maladies par la vaccination est dite 1 immunité active, car cest l'organisme immunise qui se i défend lui-même, avant fabriqué peu à peu le contre-poison nécessaire. Une leflc immunité est solide et durable, mais | on a vu qu'elle ne s'établit qu'après plusieurs inoculations ! et il s'écoule toujours un certain temps entre l'inoculation. ■ préventive et l'apparition de l'immunité. On vaccine aussi ! bien avec les toxines qu'avec les microbes. |

A la suite des travaux de Roux et Yersin sur la toxine | diphtérique, Behring fit la constatation importante que le i sang des animaux fortement immunisés contre la toxine ; rli]ilitérique contient une substance qui, inoculée à un : autre animal neuf, lui permet de résister à une inoculation mortelle de toxine diphtérique.

Cette substance appelée antitoxine existe dans le sérum du sang, c'est-à-dire la partie liquide du sangqui surnage iul-dessus du caillot. Les travaux du docteur Houx firent entrer dans la pratique médicale l'emploi préventif et curalif du sérum de chevaux immunisés contre la toxine diphtérique, et on connaît univei-sellement les merveilleux résultats de la sérothérapie. L'immunité conférée par l'injection de sérum est dite immunité passive: en eflet, l'organisme ici ne triomphe pas seulement par ses propres forces, c'est le sérum injecté qui joue le principal rôle dans la défense. L'immunité passive s'établit immédiatement après l'injection du sérum, mais elle a une durée plus courte que l'immunité active, elle ne dure pas plus de 2 à ô semaines.

Ainsi donc l'immunité active est celle que l'on obtient par la vaccination, en habituant peu à peu l'organisme à réagir contre des doses de plus en plus élevées de virus. L'immunité passive est celle que l'on obtient par la sérothérapie, par l'injection au malade du sénim d'un animal immunisé contre le même virus. L'immunité active n'est acipiise que lentement, mais est durable. L'immunité passive existe par le fait même de l'injection du sérum, mais ■st plus fugace.

L élude des problèmesde l'immunité est très compli<juée dans l'état actuel de la science ; pour en donner une idée il siiflit de citer ce fait, qu'un animal vacciné contre la toxine d'un microlM* est par là même vacciné contre ce microbe, mais qu'un animal vacciné contre le microbe lui-même peut n'être pas vacciné contre sa toxine : ce dernier cas se produit, par exemple, pour le pneumoroqne, le microbe de la pneumonie. Si l'on inocule à un lapin des cultures de pneumocoque faites sur milieux solides, onluidonne facilement une immunité extrêmement forte, mais ce lapin succombera avec des symptômes d'intoxication à l'inoculation d'une faible quantité de culture en milieu liquide, car dans ce dernier cas le liquide contient, dissoute, de la toxine qui a quitté les corps microbiens.

L'explication de ces faits d'immunité, d'une si grande importance pratique, a été aussi l'objet, ces dernières années, de travaux considérables dont la pai't la plus large revient à MetchnikolT et ses élèves.

Les premiei"s travaux de SIetchnikoff, dans cet ordre d'idées, ont porté sur le mode de défense des organismes possédant l'immunité naturelle. De ses études sur le sort des micro-oi-ganismes en lutte avec des animaux soit uiueellulaires comme eux, soit pluricellulaires, il conclut que la guérison qui constitue la fin de cette lutte, quand l'animal attaqué a l'immunité naturelle, est constituée jiar un acte de résorption des micro-organismes, résorption qui n'est rien autre qu'un acte de digestion. L'animal qui a l'immunité naturelle contiv un microbe digère ce microbe. Mais par quel mécanisme '.' A cette question répondent les belles recherches qui ont établi la théorie de la phagocytose. Les microbes inoculés à un animal sont aussitôt attaques par des cellules mobiles ou immobiles, d'origine mésodermique, désignées sous le nom général de phagocytes, qui les englobent et les digèrent. Les cellules mobiles sont constituées par la plupart des globules blancs du sang, ou leucocytes, que produisent la rate, la moelle des os. les ganglions lymphatiques. Ces cellules font partie, à l'état normal, du liquide sanguin ; aussitôt qu il y a eu à un point de l'organisme une irruption de microbes, ces leucocytes, excites par l'action des sécrétions microbiennes, affluent au point attaqué, grâce

à leurs mouvements amiboïdes franchissent les parois des vaisseaux (diapédèse de Cohnheim) et englobent les microbes. Les cellules fixes, immobiles, sont constituées par les cellules endothéliales des vaisseaux : elles ne se déplacent pas, mais peuvent pousser des prolongements amiboïdes grâce auxquels elles englobent les microbes.

La théorie de la phagocytose s'applique, non seulement à l'immunité naturelle, mais aussi, en principe, à l'immunité acquise, mais ici les phénomènes se compliquent. Considérons d'abord l'immunité acquise contre les microbes. Ici encore on assiste souvent à l'englobement des microbes par les phagocytes, mais très souvent aussi les phagocytes n'agissent pas en englobant les microbes, mais en les tuant par leurs sécrétions. Sans entrer dans les détails de cette question qui est très compliquée, on jieut considérer que dans le sérum de tout animal existe une substance dissoute anti-infectieuse en général, qui provient des phagocytes, facilement détruite par la chaleur (tliermolabile) et que l'on appelle cylase. (Synonymes : alesine, complément.)

Dans le sérum d'un animal immunisé existe en plus une autre substance provenant aussi des phagocytes, mais qui est .spécifique, qui n'agit que sur le microbe contre lequel l'animal est immunisé. Cette substance, qui résiste à la chaleur mieux que la précédente (Ihermostabile). est appelée sensibilisatrice (ou fixateur, ou ambocepleur).

Il convient de signaler à cette place des travaux très intéressants qui complètent et éclairent les recherches exécutées sur le sort des microbes dans l'organisme rendu réfractaire. Il s'agit du sort des cellules d'un animal, inoculées à un animal d'une autre espèce : par exemple, du sang de lapin inoculé à nu cobaye. On sait depuis longtemps que la transfusion du sang d'un animal dans les vaisseaux d'un animal d'une autre espèce cause à celui-ci de graves accidents. Si l'on inocule, comme nous lavons supposé, du sang de lapin à un cobaye, sous la peau, on s'aperçoit que les globules rouges du lapin sont rapidement englobés, puis digérés par les leucocytes du cobaye. Ces leucocytes ne sont pas les mêmes que ceux

3ui détruisent les microbes. Ils appartiennent à l'espèce e leucocytes nommés mononucléaires par suite de la présence d'un gros noyau uni(|ue, tandis que les lencocvtes qui s'attaquent aux microbes sont les polynucléaires. Si, au lieu du sang, on inocule à un animal d'autres cellules volumineuses, comme celles du foie, du rein, d'un autre animal, ou des particules solides, comme des grains de carmin, de charbon, ce sont encore les mononucléaires qui s'emparent de ces corps étrangei-s. Par suite, on appelle souvent les mononucléaires les macrophages parce qu'ils englobent les corps étrangers volumineux, et les polvnucléaires microphages parce qu ils ne s'attaquent qu'aux micro-organismes. Si l'on injecte à un cobave une très petite quantité de sang de lapin, le cobave digère complètement les globules rouges de lapin, il s'immunise contre eux, et par une série répétée d'injections de sang de lapin on amve à conférer au cobaye une immunité parfaite contre le sang de lapin. Tandis que le sérum d'un cobaye normal in vitro n'agit aucunement sur les globules rouges de lapine! inoculé à un lapin ne lui donne que des troubles passagers, le sérum d'un cobaye ainsi immunisé attaque in vitro les globules rouges de lapin, en mettant l'hémoglobine en liberté, et inoculé à un lapin, le tue avec des symptômes de dissolution du sang. Dans le sérum de ce cobaye immunisé contre les globules rouges de lapin, on reconnaît aisément la présence d'une sensibilisatrice hémolysante, spécifique pour les globules de lapin et résistant à la chaleur, et d'une cytase non spécifique et thermolabile. Cette cytase est appelée maci-ocytase parce qu'elle provient des macrophages, de même que la cytase des microphages est appelée microcylase. L'étude de l'immunité acquise d'un organisme contre toutes sortes de cellules est d'un haut intérêt, car elle fait rentrer dans un problème général le problème de l'immunité contre les microbes.

En résumé, l'immunité acquise contre des éléments figurés, microbes ou cellules, est le résultat de la sécrétion par les phagocytes de deux substances ou ferments : l'une, la cytase, qui ne résiste pas à une température de 56^ et qui est attachée entièrement au protoplasma des phagocytes; l'autre, la sensibilisatrice spécifique, dont l'apparition caractérise le phénomène de l'immunité thermostabile et qui quitte facilement le protoplasma des phagocytes pour se dissoudre dans le plasma.

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