‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 483 sur 1729 · DETTE · texte numérisé non relu

DETTE

antécédents aussi bien dans les âmes que dans les corps : « Tout i!sl certain ot déterminé par avance dans l'homme, comme partout ailleurs, et l'âme humaine est une espèce d'automate spirituel » (Leibniz, Théodicée, ^ 52). On appuie ce système sur diverses raisons métaphysiques, psychologi- (pies ou physiologiques. 1° Quelques spiritualislcs regardent la liberté humaine comme inconciliable avec la prescience divine : a 11 n'y a donc [)oinl de science, quelque infinie (ju'elle soit, qui puisse concilier la science et la providence de Dieu avec des actions d'une cause indéterminée, c.-à-d. avec un être chimérique et impossible. Celles de la volonté se trouvent déterminées de deux manières, par la prescience ou providence de Dieu, et aussi par les dispositions de la cause particulière prochain^ , q^ui consistent dans les inclinations de l'àme (Leibniz, Théodicée, % 365). » Les panthéistes admettent une substance infinie, aux attributs infinis, où tous les phénomènes possibles de pensée et d'étendue composent une double série de modes éternellement enchaînés (Spinoza) ou s'expliquent par le procès logique des idées (Hegel). D'autres philosoi)lies, tout en professant les principes de l'empirisme, supposent, en dehors de toute observation, une causalité universelle, un enchaînement nécessaire de tous les phénomènes possibles dans l'univers, comme J .-Stuart Mill, etc. 2" On compare l'âme à une balance qui incline du côté où se trouve le poids le plus lourd ; on dit qu'elle cède au motif le plus fort, c.-à-d. que la volonté est déterminée nécessairement par la série des antécédents psychologiques, dôsirs ou jugements ; « Les inclinations de l'âme vont sur tous les biens qui se présentent : ce sont les volontés antécédentes ; mais la volonté conséquente, qui est le résultat, se détermine vers ce qui touche le plus » (Leibniz, Théodicée, ^ 325). 3" Enfin, certains physiologistes, identifiant les pliénomènes psychologiques avec les phénomènes physiologiques, les soumettent au même déterminisme : « L'obscure impression du besoin de se mouvoir inhérent au système musculaire est transformée par les cellules cérébrales en volonté, qui ensuite, au gré de l'éducation tant privée que sociale, prend toutes les complications intellectuelles et morales ; cela étant, la volonté n'est pas un libre arbitre. La prévalence du plus fort motif, établie par la régularité des actions humaines dans le cours ordinaire de la vie et par les statistiques morales dans les conditions exceptionnelles, l'est aussi par la physiologie » (Littrc). A l'appui (le cette thèse, on invoque ce qu'on appelle les actions réflexes, c.-à-d. les mouvements qui chez l'animal sont une simple réaction contre une impression externe, réaction nui, indépendante du cerveau, paraît procéilcr de la moelle epinière ; puis, supposant qu'il j a là un mécanisme brut, on étend à la volonté ce mécanisme : « A ce point de vue, qui est le seul vrai, les volitions, ainsi que l'admettent plusieurs physiologistes modernes, peuvent et doivent être envisagées comme des phénomènes d'action réflexe cérébrale » (Vulpian). Voy. sur ce dernier point Ravaisson, la Philosophie au xix' siècle, § 26.

Aucune de ces théories ne peut cependant suffire à prouver que l'homme n'est ipas libre. Voy. liberté.

DÉTERSIFS. Voy. détergents.

DÉTONATION (du lat. detonaré), bruit plus ou moins violent dû à l'ébranlement subit de l'air par la formation ou le dégagement instantané d'un volume considérable de" gaz. Tel est le bruit produit par l'explosion de la poudre à canon.

DÉTONNER, c'est altérer, en chantant, la justesse des intervalles, ou attaquer une autre note que la note écrite.

DÉTOURNEMENT (de détourner). Le détournement est une espèce de vol ou d'abus de confiance (C. pén., art. 408). — Pour le détournement de mineur, voy. enlèvement.

DÉTRACTION (du lat. detractio). On appelait ainsi, dans l'anc. Jurispi-udence, le droit en vertu duquel l'Etat prélevait un dixième sur les successions des étrangers et, dans un sens plus général, un impôt du dixième sur les valeurs exportées à l'étranger. Le droit de détraction a été abrogé par les lois des 6 août 1790 et 8 avril 4791, et définitivement par une loi de 1819.

DÉTREMPE (de détremper), nom donné par les peintres aux couleurs délayées avec de l'eau et de la colle, de la gomme, ou du blanc d'oeuf, sans graisse, ni huile, ni résine. On distingue : la B. commune, ci-dessus décrite, la D. au vernis et le blanc des Carmes, ou chaux détrempée dans l'eau et ensuite colorée. On emploie principalement la détrempe pour couvrir les plafonds, les boiseries, les iandiris, et pour peindre les décors de théâtre. —

Avant l'invention de la peinture à l'huile, les peintres de tableaux ne connaissaient guère d'autre procède que celui de la détrempe. Les Egyutiens connaissaient pour ce genre de peinture des procédés lui donnant une consistance telle, que certaines peintures de leurs hypogées ont i)u se conserver jusqu'à nos jours. On lait encore usage de la détremj)© pour la miniature et d'autres petits ouvrages sur papier et sur vélin.

DÉTRESSE (du lat. dcstringere, étreindre). Dans la Marine, on appelle signal de détresse celui qu'emploie un vaisseau pour annoncer qu'il est en danger et qu'il a besoin de secours. Ce signal consiste généralement en un {«vil Ion placé en berne à la poupe et appuyé de coups de canon.

DÉTRICHAGE (du pref. de et au lat. tricae, tresses], première façon que l'on fait subir aux laines avant de les peigner, consiste à les séparer en trois ou quatre qualités dillérentes.

DÉTRITIQUES (dépôts). Voy. détritcs.

DÉTRITOIR (de délriler, broyer), moulin à meules de pierre verticales tournant très lentement dans une auge circulaire en pierre, et au moyen duquel on écrase les olives avant d'en exprimer l'huile.

DÉTRITUS (c.-à-d. usé), mot latin francisé, désigne le résidu d'une substance ou d'un corps quelconque organisé. — En Géologie, il se dit des débris divers résultant de la désagrégation des roches : ces débris forment les terrains détritiques, parmi lesquels on peut citer les éboulis, les limons des plateaux, les sables, etc.

DÉTROIT (du lat. destringere), bras de mer resserré entre deux continents, deux îles, ou une île et un continent. On lui donne quelquefois le nom de bosphore [H. dff Thrace, B. cimmérien), de canal [C. St-George), de manche (la Manche), de pas [Pas de Calais), de phare [Phare de Messine), etc.

En Anafomie, on appelle ainsi deux rétrécissements que présente la cavité du bassin : le D. supérieur ou abdominal, qui sépare le grand bassin du petit, et le D. inférieur ou périnéal, qui est l'ouverture inférieure du petit bassin.

DETTE (du lat. debitum), tout engagement pris par un débiteur à l'égard d'un créancier; on l'oppose à créance et on dit quelquefois D. passive par opposition à D. active, synonyme de créance. On appelle : D. mobilière, celle qui a pour objet quelque chose de mobilier; D. immobilière, celle qui a pour objet un immeuble ; D. personnelle, celle

Îui donne une action contre la personne du débiteur; •. réelle, celle qui n'est fondée que sur un fait de jiossession, et qui peut être libérée par le délaissement ; J). chirographaire, celle qui résulte d'une oldigation ordinaire; /). privilégiée, celle qui doit être payée avant toute autre; D. hypolliécaire, celle qui a pour garantie des immeubles hypothéqués; D. liquide, celle qui est déterminée dans son existence et sa quotité; D. commerciale, celle qui se rapporte à un fait de commerce, par opposition à la D. civile ; D. d'honneur, celle qui ne re|)osc sur aucun litre et n'a d'autre garantie que Vhonneur du débiteur : celle espèce de dette ne peut donner lieu à aucune action en justice; toutefois le créancier a la ressource de déférer le serment décisoi^'e: D. de jeu, celle qui est contractée au jeu; cette espèce de dette ne peut, non plus, donner lieu à une action judiciaire, à moins qu'il ne s'agisse de jeux qui tiennent à l'adresse et à l'exercice du corps. — Les héritiers sont chargés des dettes de leurs auteurs; les dettes de la communauté sont pour moitié à la charge de chacun des éjwux (C. civ., art. 724, 1482, etc.). Pour les dettes qui reposent sur des titres, le créancier

F)eut, selon les cas, saisir et faire vendre les effets mobiiers appartenant à son débiteur, mettre opposition an Payement des sommes qui lui seraient dues, ou poursuivre expropriation de ses biens immobiliers (C. de proc, art. 557). — Dans les cas où la loi autorise la contrainte par corps [Voy. ce mot), on a recours à l'incarcération du débiteur comme moyen d'arriver au payement. — A Paris, les détenus pour dettes étaient, avant 1789, enfermés au For-l'Evêque. Depuis, Sainte-Pélagie et la prison de la rue de Clicliy (jusqu'en 1867) leur furent exclusivement alfectées.

dette publiqce. On appelle ainsi les sommes que doivent les gouvernements, par suite des emprunts qu'ils ont contractés ; les intérêts en sont acquittés sur des fonds spéciaux votés, chaque année, avec le budget. La dette publique de l'Angleterre s'élève à plus de 20 milliards; celle de la

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