‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 485 sur 1729 · DÉVOLUTION · texte numérisé non relu

DÉVOLUTION

Louis XII, une tête de Méduse, avec ces mots : Vtnctf quc7n respicil hostem (elle vainc l'ennemi qu'elle regarde), ou bien un porc-epic, avec ces mots : Cominus et eininus (de près et de loin) ; François I", une salamandre dans le feu, avec les mots : Nutrior et extinguo (j'y vis et je l'éleins) ; Henri IV, un Hercule avec ces mots : Invia virluli nulla est via (aucune route n'est inaccessible à la valeur) ; Louis XIV, le soleil avec ces mots • JVec pluribus iinpar (je pourrais au besoin éclairer plus d'un monde). Les ducs de Savoie avaient pour devise: F. E. I\. T., c.-à-d. Forlitttdo ejus lihodiim lenuit (son courage conserva Rhodes) : la Sicile, une hermine et les mots : Malo rnori qttam fœdari (mieux vaut la mort que la souillure). — La plupart des ordres de chevalerie ont une devise ; on connaît celle de l'ordre de la Jarretière, en Angleterre : Honni soit qui mal y pense; et celle de la Légion d'honneur : Honneur et patrie.

DÉVITRIFICATION do verre. Si l'on prend une masse de verre transparente, et qu'après l'avoir chauffée au rouçc, on la laisser refroidir très lentement, ou bien si on la manitienl longtemps à une température insuffisante pour la fon- <lre, mais suffisante pour la ramollir, le verre perdra peu à peu sa transparence; il paraîtra formé d'une agglomération d'aiguilles ténues et serrées, perpendiculaires à la surface du verre, et offrira l'aspect d'une poterie à pâte blanche, d'une sorte de porcelaine. Réaumur est le premier qui ait étudié cette curieuse modification du verre (1717) ; c'est ce qui a fait donner au verre dévitrifié le nom de porcelaine de Réaumur. — Le verre dévitrifié est très dur, il est mauvais conducteur de la chaleur, mais bon conducteur de l'électricité; il fond presque aussi facilement que le verre ordinaire. Sa composition chimique est absolument identique. — On a essayé de fabriquer avec la porcelaine de Réaumur des bouteilles, des carreaux d'appartement, des porphyres, des mortiers, etc. ; mais cette fabrication n'a point réussi.

DÉVOIEMENT. Voy. diarrhée.

DEVOIR (du lat.rfeicj'c), obligation morale ou juridique. La science générale de nos devoirs contient deux ^andes questions : 1° Quels sont tes caractères du devoir? Dès que nous discernons le bien du mal, nous jugeons que nous sonunes tenus, en notre qualité d'être libres et intelligents, de faire le premier et de nous abstenir du second. De là noire raison s'élève à la conception de l'obligation morale qu'elle reconnaît comme absolue, c.-à-d. inconditionnelle et impersonnelle, par conséquent, comme universelle et désintéressée. Pour indiquer ces caractères de l'obligation morale, Kant l'appelle impératif catégorique, et la fornmle ainsi : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en une loi universelle » [Critique de la raison pratique). Pour que cette formule soit irréprochable, il faut y remplacer le mot volonté par celui de raison, parce que c'est la raison, et non la volonté, qui donne des prescriptions impératives et qui érige l'universalité en critérium moral. La volonté ne s'impose pas une loi à elle-même ; elle la tient de la raison, qui en conçoit le caractère absolu en vertu de la connexion du bien et du devoir. De là résulte cette définition : « Le devoir est l'obligation morale de faire une action ou de s'en abstenir par respect pour la loi ». 2° Quel est l'objet du devoir? Kant pose comme principe de nos devoirs et de nos droits la règle qu'il appelle 1 impératif pratique : 0 Agis de telle sorte que, soit dans ta personne, soit dans la personne d'autrui, tu traites toujours l'humanité, c.-à-d. la nature raisonnable, comme une fin et oue tu ne t'en serves jamais comme d'un moyen ». Il l'exphque ainsi : o Les êtres privés de raison n'ont qu'une valeur relative, celle de moyens (pour l'usage arbitraire de notre volonté), et c'est pourquoi on les appelle des choses, tandis qu'on donne le nom de personnes aux êtres raisonnables, parce que leur nature même en fait des fins en soi, c-ànl. quelque chose qui ne doit pas être employé comme moyen et qui, par conséquent, restreint d'autant la liberté de chacun et lui est un objet de respect » [Fondements de la métaphysique des mœurs, trad. Barni). De nos jours

Edusieurs moralistes, appartenant d'ailleurs à diverses écoes, ont transformé ainsi cette règle : « Respecte en loi et en autrui la dignité de l'homme (ou : la dignité de l'être libre et raisonnable) ». On a reproché à cette formule (appelée principe de la dignité personnelle) de ne prescrire guère que des devoirs négatifs et de ne tenir aucun compte de la sensibilité morale dont le concours est indispensable

pour les actes de sacrifice et de dévouement. Jouffroy [Cours de droit naturel, leç. xxx) donne une théorie plus large, qu'on peut résumer ainsi : Le devoir de l'homme est de développer en lui-même ce qui fait de lui une personne et constitue sa dignité, la liberté unie à rintclligcnce et à l'amour, par suite, de respecter dans ses semblables le développement de la personnalité humaine, d'y concourir même autant qu'il le peut; le bien tnoral ou la moralité consiste dans la volonté d'accomplir la fin qui répond à la nature humaine dans chaque circonstance particulière ; le mérite résulte de la grandeur de l'effort et constitue le principal élément du bonheur [Voy. bien, boxiiecr, destlnée). — Consulter, outre les ouvrages de Kant et de Jouffroy : Tissot, Principes de la morale (18G6); Renouvier. Science de la morale (1868) ; J. Simon, le Devoir (15«éd.,1892) ; Ferraz, Philosophie du devoir (1869). Foy.

Page 1