‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 599 sur 1729 · ESPION · texte numérisé non relu

ESPION

On donne lo nom d'espart au morceau de bois dur, tourné et termine par une boule, (jui sert à toniro les écheveaux de soie au sortir de la teinture, et celui tVesparts aux six morceaux de bois qui composent la civière à tirer le moellon.

ESPARCETTE, nom vulgaire du Sainfoin des prés.

ESPARGOUTTE, synonyme vulg. de la spehgci.e.

ESPATARD [A'espaler, pour épater, aplatir), nom donné aux cylindres des laminoirs dcstmés à polir les petits l'ers.

ESPÈCE (du lat. species). "En Logique, c'est la réunion d'êtres qui se ressemblent par leurs caractères les plus importants. On doit classer dans une même espèce les êtres qui présentent plus d'analogies que de différences entre eux, et plus de différences que d'analogies avec les autres êtres. Le gem'e est un groupe d'ordre supérieur, qui réunit entre elles les espèces comme l'espèce réunit les individus. Voy. essence, bxiversacx.

En Botanique et en Zoologie, la détermination de l'espace sert de base à la classification naturelle. On peut la définir : un ensemble d'individus possédant des caractères communs qu'ils tra;ismcltent par voie de reprodtiction à d'autres individus capables de conserver ces caractères fondamentaux, tout en étant susceptibles de variations secondaires. L'espèce morphologique est ainsi définie par des caractères de forme. On a dit aussi : l'espèce est l ensemble des individus susceptibles de se reproduire entre eux et de donner des êtres indéfiniment féconds entre eux. C'est ce que l'on peut appeler espèce physiologique. On réserve habituellement le nom de variétés pour les modifications individuelles des espèces, quelle que soit leur valeur, et l'on appelle races ces mêmes variétés, lorsque, fixées par la reproduction, elles peuvent fournir pendant un laps de temps plus ou moins considérable une lignée particulière. — Les espèces ne sont pas absolument fixes (qu'on les considère morphologiquement ou physiologiquement) : l'influence des milieux, 1 intervention de l'homme, les croisements méthodiquement dirigés, la domestication, etc., peuvent modifier les caractères de forme. Le criterjum physiologique de l'espèce peut aussi disparaître; tel est le cas pour les lapins de l'île Porlo-Santo, descendants de notre lapin domestique et qui ne peuvent plus se reproduire avec lui, etc. En s'appuyant sur des faits de cet- ordre, Lamarck prétend

?;ue l'action des milieux, l'habitude et le besoin ont transonné progressivement l'animahté et l'ont élevée de la simple monade à la forme la plus complexe, celle de l'homme. D'après Lamarck, l'emploi fréquent d'un organe le fortifie: par défaut constant, un organe s'affaiblit, devient rudimentaire, dis])araît. Les modifications acquises c'e la sorte peuvent être transmises aux générations suivantes et définitivement fixées si les conditions restent les mêmes. Ainsi peut se comprendre le passage d'une forme animale à une fojrme voisine; l'hypothèse est ensuite agrandie et appliquée à l'ensemble des êtres vivants. Darwin attribue l'origine des espèces à la modification lente, mais continue, de formes primitives, tout à fait différentes de ce qu'elles sont devenues ensuite : moins parfaites lors de leur première apparition, ces formes perfectibles se seraient modifiées graduellement sous diverses influences, parmi lesquelles il cite en première ligne la sélection naturelle, c.-à-d. la production accidentelle d'un avantage organique perfectionné par l'hérédité, et la concurrence vitale, c.-à-d. la loi en vertu de laquelle, tous les animaux se disputant la nourriture, les mieux organisés doivent l'emporter et les plus faibles périr. Ces théories ont donné et donnent encore lieu à des polémiques passionnées, entre les partisans de la variabilité illimitée et ceux de la fixité absolue. Après avoir ainsi sommairement indiqué les traits essentiels de ces doctrines, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer aux écrits originaux. — Consulter surtout : Darwin', Origines des espèces. Variation des animaux et des plantes, la Descendance de V Homme, etc. ; Agassiz, De l'espèce et de la classification en zoologie; P. Janet, le Matérialisme contemporain. Lire sur ce sujet : Quatrefages, Hseckel, Romanes, Wallace, Weissmann, etc. — Voy. genre, race, sélection,

CLASSIFICATION, TAXOLOGIE, Ctc.

Dans l'Histoire de la Philosophie, espèce désigne une imaae ou idée représentative par l'intermédiaire de laquelle nous percevrions les objets extérieurs. Inventée par Pémocrite, qui regardait la sensation comme une aj^pa- Tcnce [species] émanée des objets et empreinte dans l'âme ;

reprise par l'épicurisme ; professée par les Stoïciens, qui assimilaient la perception à Vempreinte d'un cachet sur la cire, celte hypothèse fut réfutée par Plotin et par saint Augustin. Cependant elle fut admise plus ou moins explicitement par la plupart des docteurs scolastiques qui, en interprétant la doctrine d'Aristote sur la sensation, furent conduits par leur jargon barbare et grossier à changer en entités les pensées de l'homme, en les ciualifiant d'espèces et de formes, soit sensibles, soit intelligibles. Elle a été réfutée par Heid [Essai, II, 8). — Consulter llamillon. Fragments de philosophie (trad. par L. i'cisse, 1840).

En Rhétorique, le genre et l'espèce constituent un des lieux communs intrinsèques. Voy. lieux communs.

En Théologie, on nomme espèces les apparences du pain et du vin dans l'Eucharistie. Voy. ce mot.

En Pharmacie, on nomme espèces certains mélanges de fleurs, de racines ou d'autres substances végétales jouissant de propriétés analogues et qui servent à préparer des infusions, décoctions, etc. On distingue, p. ex., les E. amères, apéritives ou diurétiques, astringentes, émollientes, pectorales, vulnéraires, etc. Voy. ces mois.

Dans le Commerce, espèces sonnantes ou simplement espèces est synonyme de pièces de monnaie.

ESPÉRANCE, la 2' des vertus théologales, celle qui nous fait attendre de Dieu, avec une ferme confiance, par les mérites de J.-C, la grâce pendant la vie, le ciel après la mort. — Les anciens représentaient V Espérance sous la figure d'une nymphe, souriant avec grâce et couronnée de fleurs naissantes ; ils lui donnaient des ailes. Chez les modernes, elle a pour emblème une ancre ou l'arc-enciel; le vert est sa couleur. Th. Campbell a chanté les Plaisirs de l'Espérance (1798).

Dans le Calcul des Probabilités, on appelle espérance mathématique le produit d'un avantage que l'on espère par la probabilité qu'on a de l'obtenir. Ainsi, dans une loterie où il y aurait 100 billets dont un seul gagnant, et où le lot à gagner serait de 1 000 francs, i'ospi rance mathématique de celui qui prendrait un billet serait égale au produit de la somme à gagner, 1 000 fr., par la fraction ^-ig qui représente la chance qu'il a de la gagner, c.-à-d. à lO fr. Lorsque l'avantage espéré dépend de plusieurs événements, on obtient l'espérance mathématique en prenant la somme des produits de la probabilité de chaque événement par l'avantage attaché à son arrivée. — Pour qu'un jeu quelconque soit équitable, il faut toujours que la mise de chaque joueur soit égale à son esjiérance mathématique.

La théorie de Y espérance morale de BernouUi est fondée sur ce fait que l'avantage qui résulte pour une personne d'un accroissement déterminé de fortune, n'est pas le même quelle que soit la fortune de cette personne, et Bernoulli admet qu'il est proportionnel à cet accroisse- ! ment et en raison inverse de sa fortune actuelle. Partant de là, il démontre que l'avantage résultant, pour celui qui possède déjà une somme a, de l'accroissement de fortune

a est mesuré par le logarithme népérien de I + - • Comme

conséquence de sa théorie, Bernoulli a fait voir qu'au jeu le plus égal, la perte est toujours relativement plus grande que le gain, en sorte que le fait seul pour un joueur de se mettre au jeu constitue pour lui une perte ; il a fait voir de même qu'il convient de répartir le danger probable sur plusieurs parties d'un bien qu'on attend, plutôt que d'exposer ce bien tout entier au même danger, etc.

ESPiNGOLE (de l'allem. springen, sauter), nom donné d'abord à une petite pièce de canon, puis à un gros fusil très court, à canon évasé depuis le milieu jusqu'à la gueule et qui n'est plus du tout usité auj. L'esplngole était généralement en cuivre, elle se chargeait d'une douzaine de balles et on ne la tirait qu'à petite portée. Elle a servi vers 1780 à armer les sapeurs de l'Infanterie française et elle a été conservée longtemps par la marine; les mamelouks en étaient armés. On l'appelait aussi tromblon et, en Espagne, trabucos ( Voy. trabccayres).

ESPION [d'épier, autrefois espier). L'espionnage a été en usage dans tous les temps et chez tous les peuples. Il est de nécessité absolue dans la guerre et la diplomatie, aussi bien que dans la police de surveillance ; mais, en même temps, les espions sont partout regardés avec mépris. Les espions diplomatiques sont payés sur les fonds secrets. Les espions de police ont, en France, une organi-

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