‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 602 sur 1729 · ESTOC · texte numérisé non relu

ESTOC

science ; Kant, dans sa Critique du jugement et son Essai sur le beau et le sublime (1790; trad. par Barni, 1846), a ossayi' de déterminer les caractères du beau : il a inspiré les travaux de Schiller, de Fichte, do J.-P. Richter, de Sclilegel, etc. Ensuite ScheUing, passant de la psychologie à la niélaphysiquc, a défini le beau par l'accord du réel et di' l'idéal, du Uni et de l'infini, dont l'art nous fait contempler dans ses Euvres l'harmonieuse unité. Enfin Hegel, complétant la théorie de son maître, a traité dans son ensomnle la philosophie des beaux-arts [Cours d'Esthétique, 1835: trad. par Bénard, 1840-1860); son principal défaut est d'avoir voulu tout plier aux formules de sa dialectique. — En France, il n'y a pas de travail important avant notre siècle : le traite du P. André Sur le beau n'a rien ajouté aux idées des anciens, et les articles de Diderot sur la poésie et les beaux-arts ne contiennent pas de vues d'ensemble. V. Cousin a donné le premier essai sur l'esthétique dans son livre Du vrai, du beau et du bien, dont les leçons sur le beau forment la partie la plus brillant(> et la plus solide : conformément à une théorie de Reiil (Essai sur le goût), laquelle remonte jusqu'à Platon et Plotin, il a cherché à établir que la beauté est une expression i)lus ou moins complète de la perfection spirituelle et morale, et que Vart, qui est la reproduction libre de la beauté, a pour fin particulière de produire une émotion qui élève l'âme, mais que, tout en s'associant à la morale, à la religion et à l'amour de la patrie, il doit

§ardor son indéjjcndance; à l'appui de cette doctrine, il a onné des aperçus généraux sur les différents arts, considérés au point de vue de l'expression, et une appréciation très remarquable de la peinture française au xvii° siècle. — On lui a reproché de faire consister l'idéal dans une qualité générale, abstraite de toute existence réelle, comme Quatremère de Quincy [Essais sur l'imitation dans les beaux-arts, 1825) dans sa polémique contre Emeric David [Recherches sur l'art statuaire, 1805). Après lui, Joulfroy, dans son Cours d'Esthétique, n'a point dépassé les prolégomènes psychologiques. M. Chaignct dans ses Principes de la science du beau (1859) s'est principalement attaché à distinguer l'idée de la beauté de celles qui semblent s'en rapprocher et avec lesquelles on l'a le plus souvent associée ou confondue, principalement des niées (lu bien et de la perfection morale. M. Ch. Lévèque, auteur de la Science du beau, le définit l'expression des caractères constitutifs de ce qui fait l'essence de tout être: mais on a critiqué dans son livre (voy. Saisset, De l'Esthétique française, 1864) diverses parties faibles dans les spéculations métaphysiques, la subtilité de certaines formules, la théorie des types qui tend à ressusciter les idées de Platon, etc. — On a aussi composé sur le même sujet des essais et des études qui, sans former des systèmes complets, offrent beaucoup d'intérêt : Tonnelé, Fragments snr l'art et la philosophie; V. de Laprade, Questions d'art et de morale, le Sentiment de la nature avant le christianisme et chez les modernes; Milsand, l'Esthétique anglaise (étude sur J. Ruskin) ; Ch. Blanc, Grammaire des arts du dessin; D. Sutter. Esthétique générale et appliquée; L. et R. Ménard, Tableau historique des beaux-arts depuis la Renaissance jusqu'à la fin du xvni» siècle, la Sculpture ancienne et moderne; 11. Houssaye, Etudes sur l'art grec; Bculé, Causeries sur l'art ; Boutmy, Philosophie de l'architecture en Grèce ; Chassang, le Spiritualisme et l'Idéal dans l'art et la poésie des Grecs; L. Vitet, Etudes sur l'histoire de l'art; L. Lagrange, Joseph Vernet et la peinture au xvm= siècle; etc.; Ch. Clément, Etudes sur les beauxarts en France, Géricault; J. Renouvier, Histoire de l'art pendant la Révolution ; G. Planche, Portraits littéraires. Etudes sur l'école française. — M. Taine, dans son Histoire de la littérature anglaise et sa Philosophie (le l'art, s'est placé à un point de vue original, mais très différent des auteurs précédents : la poésie, la peinture et la sculpture ont leur point de départ dans limitation, mais elles ne s'y arrêtent pas; elles modifient la nature en idéalisant un objet. L'idéal en matière d'art consiste à rendre dominateur un caractère notable de l'objet. Cela suppose dans l'exécution deux conditions : il faut que le caractère soit le plus notable possible, et qu'il soit rendu le plus dominateur possible. Les divers arts atteignent à ce but « en employant un ensemble de parties liées dont ils combinent ou modifient les rapports », selon les nécessités de l'œuvre ; cet idéal varie d ailleurs

selon l'époque et le pays, parce que la conception du beau est détermmée nécessairement par le milieu physique et moral où l'on vit. Cette théorie, vraie dans certaines limites où elle sert à rattacher l'art à l'histoire générale, est inexacte dans le sens absolu et exclusif que lui donne l'auteur; car si un artiste puise dans l'observation de ce qui l'entoure une grande partie des éléments qui constituent son talent, il combine ces éléments d'une manière toute personnelle d'après ses sentiments et ses idées, et, selon le mot de Sainte-Beuve, « le génie est un roi qui crée lui-même son peuple » . Cette «loctrine a de l'analogie avec le réalisme dont M. Chesneau a donné la théorie dans l'Art et les artistes modernes et les Chefs d'école. Enfin, il y a lieu de signaler de très intéressants efforts faits par une récente école de psychologie expérimentale pour ramener l'exécution de l'œuvre d'art à une série de mouvements naturels. Dans cette voie, M. Herbert Spencer a fait sortir (après Schopenhauer) l'art du jeu; M. Charles Henry a étudié les conditions physiologiques particulières q^ui sont nécessaires à la production du sentiment esthétique; M. Gabriel Séailles a montré oue le génie créateur de l'œuvre d'art n'est pas différent au génie organisateur des mouvements dans la vie physiologique ordinaire. Consulter : Ravaisson, la Philosophie française au x\V siècle; R. Ménard, les Théoriciens de l'Art (dans l'Année philosophique de G. Baillère, 1867) ; articles art et dessin dans le Dict. de pédagogie de F. Buisson ; Dumont, Théorie scientifique de la sensibilité; H. Spencer, Essais de morale et d'esthétique; J. Dolent, le Livre d'art des femmes ; Sully Prudhomme, de l'Expression dans les beaux-arts; Guyau, les Problèmes de l'esthétique contemporaine; Charles Henry, communications à l'Académie des Beaux-Arts; Gabriel Séailles, le Génie dans l'Art.

ESTIMATION (du lat. sestimatio), acte par lequel on détermine en argent la valeur d'une chose. — En Droit, l'estimation de 1 immeuble dotal n'en transporte pas la propriété au mari, s'il n'y a stipulation contraire ; celle des meubles dotaux la lui transporte (C. civ., art. 1553). Voy. aussi prisée, commissaire prisecr.

ESTIME (d'estimer), détermination approximative du point, c.-à-d. de la position où se trouve un vaisseau en pleine mer, au moyen de la distance parcourue et mesurée par le loch et de la direction de la route suivie par le navire qui est donnée par la boussole ou compas de route. Cette estime se fait chaque jour, à midi précis. Voy. point.

ESTIVAL (du lat. sestivalis, d'été), nom qu'on donne aux plantes qui croissent ou fleurissent en été.

ESTIVATION (du lat. sestivus, d'été), se dit : en Botanique, de la disposition des diverses parties externes de la fleur avant son épanouissement [Voy. préfloraison) ; — en Zoologie, de l'engourdissement dans lequel tombent plusieurs animaux, comme les crocodiles, certains serpents ou poissons, etc., au moment des plus fortes chaleurs de l'été. — Voy. hibernation.

ESTIVE (du lat. stipare, entasser), se dit du chargement d'un navire en coton, laine ou autres marchandises qu'on peut comprimer pour en diminuer le volume.

ESTIVE (du b.-lat. stiva), sorte de cornemuse en usage au moyen âge.

La valeur de la consommation d'une tête de bétail

f>endant une saison forme une unité appelée estive, sur e pied de laquelle on paye la dépaissance de chaque tête du 20 mai au 13 octobre. L'estive d une vache à lait ou d'un bœuf à l'engrais se paye de 20 à 25 fr. L'étendue nécessaire au pâturage d'une vache laitière ou d'un bœuf à l'engrais est de 1 hectare 30 centiares; cette même étendue nourrit deux veaux ; il en faut un peu plus pour un cheval. Il suffirait de la même étendue de pâturage, s'il était de premier choix, pour nourrir trente bêtes à laine ; mais comme on ne donne à ces animaux que des lots moins bons, il faut compter 1 hectare pour huit moutons. ESTOC. ESTOCADE (de l'allem. Stock, bâton, épieu). Au XV' siècle, on appelait estoc une épée longue et étroite qui servait à percer : d'où l'expression frapper d'estoc, c.-à-d. de la pointe, par opposition à frapper de taille ou du tranchant, et le mot estocade, coup de pointe. Ce dernier mot devint par suite le nom d'une arme spéciale, sorte d'épée ou plutôt de lance à pointe, en s|)atule, et à poignée à croisette, avec laquelle on combattait à cheval. — Il a toujours été d'usage à Rome que les papes envoyassent un estoc bénit au capitaine qui avait remporté une victoire sur les infidèles.

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