‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 726 sur 1729 · GOTHIQUE · texte numérisé non relu

GOTHIQUE

GOTHLAiNDIEN

GOTHIQUE (architecture), nom donné vul^irement aux divers styles en usage au moyen âge, désigne spécialement le style ogival, dont les plus belles œuvres appartiennent à rarcïiitecture religieuse. Pour distinguer les caractères et comprendre la Ûliation de ces divers styles, il faut les diviser en deux svstèmcs.

I. Style byzantin. Ne de l'art grec et rotnain [Voy. ces mots), il prit à Constantinople, sous Justinien, une physionomie particulière : il a pour type Ste-Sophie, dont les Turcs ont fait une mosquée. Le plan d'une église byzantine est carré, circulaire ou polygonal : la nef prmcipale forme une croix grecque reliée à deux parties latérales, et contient au 1" étage orne galerie destinée aux femmes; en avant de l'autel est vme clôture sacrée dans laquelle s'ouvrent les portes du sanctuaire. Une ou plusieurs coupoles, dont la principale occupe le centre de la croix, surmontent les nefs, et sont soutenues en l'air par des

feitdcntifs, portés eux-mêmes sur quatre piliers épais, es pendentifs et les piliers, ainsi que le sanctuaire, sont décorés de mosaïques ou de peintures. Les colonnes ont des chapiteaux de forme cubique, couverts de feuillages légers et sans saillie. Les façades sont souvent ornées de briques, de moulures saillantes et arrondies; la façade postérieure a une ou trois absides: la façade antérieure, un porche allongé. Le bois ne parait pas dans ce système de construction. L'arcade remplace l'architrave comme lien des colonnes, et les parties que ne surmonte pas une coupole ont des voûtet d'arête ou en berceau. Les Grecs communiquèrent ces nouveaux principes d'architecture et d'ornementation, ainsi que tous leurs autres arts, d'abord aux Arabes [loy. sarrasixe [arcbit.]), puis aux peuples d'Occident, par l'Illyrie, l'Italie {Si-Vital de Ravenne, S t- Marc de Venise), les bords du Rhin, la France centrale (St-Front de Périgueux), jusqu'en Angleterre; enfin aux Russes, qui, ainsi que les peuples de l'Eglise grecque, conservent encore le style byzantin.

H. 1» Style latin, propre aux peuples d'Occident (du y" au x" siècfe). Imitant la basilique romaine, il substitua cependant l'arcade à l'architrave. Il conserva les plafonds do bois, mais orna l'intérieur avec une grande richesse de peintures, de mosaïques, de marbres (souvent arrachés à des monuments antiques). Les principaux édifices de ce genre se trouvent à Rome [Voy. basilique). Ceux de France ont péri presque tous : on cite cependant le baptistère de Sl-Jcan à Poitiers. — 2° Style roman (ou vieux gothique, styles lombard, normand, saxon, etc., du xi' au xn° siècle). L'alliance du style latin et du génie national produisit l'architecture romane, qui, dans le raidi de la France, imita les monuments romams subsistant encore à cette époque (p. ex. la façade de N.-D.-des-Doms, à Avignon; celle de St-Trop/iime, à Arles, etc.). Ses caractères sont la multiplication des arcades, l'emploi de voûtes avec arcs doubleaux en pierre, ces voûtes d'alxjrd en berceau, et de piliers ornés de colonnes engagées, l'orientation de la nef qui avec le transept représente une croix latine, le prolongement du chœur et des galeries au delà de la croix, l'ad- ) onction de chapelles groupées autour du sanctuaire, enfin 'importance des clochers devenus partie essentielle de la façade généralement très simple {Voy. église). Il y a quel-

?ues exemples d'arcs-boutants appliqués aux nerfs (la Madeeine de Vézelay), et de coupoles byzantines (cathédrales de Périgueux, d'Angoulème, de Cahors, et leurs nombreux dérivés, etc.); on rencontre souvent une crypte sous le chœur (celle de St-Denis renferme les tombes des rois de France). L'ornementation se rattache au type romain ou au type bvzantin, ou offre un mélange des deux : aux feuillages des chapiteaux sont mêlées des figures d'hommes et d'animaux, de démons et de monstres [St-Germain-des- Prés, à Paris) : les murailles, les voûtes et les sculptures sont peintes en couleurs de tons simples et tranchants ; les détails les plus importants sont dorés. On cite en ce genre : St-Sernin de Toulouse. yotre-Dame de Poitiers, Si-Etienne de Cacn, l'église de l'abbaye de Vézelay, etc. Le style roman est le type primordial de l'architecture chrétienne en France : il domine dans les pays au midi de la Loire, comme le stvle ogival dans le nord. — 3° Style ogival ou gothique, dit impropr. architecture sarrasine {Voy. ce mot). Son caractère distinctif est le remplacement du plein cintre par Vogive {Voy. ce mot), qui permit de donner aux édifices des formés plus variées, plus gracieuses et plus légères, et d'atteindre cet effet ascensionnel que recherchaient surtout les artistes chrétiens par l'élévation des

clochers, des flèches, des voûtes et des colonnes < qui semblent vouloir porter jusqu'au ciel le magnifique témoignage de notre néant » (Bossuet). Ce système nécessita des arcs-lx)utants multipliés qui, malgré leur hai-diesse et leur élégance, constituent une invention vicieuse parce que, plaçant à l'extérieur les constructions indispensables à la solidité de l'édifice, elle compromet sa durée et rend les réparations aussi difficiles que coûteuses. Dans l'église ogivale, le chœur s'agrandit aux dépens de la nef, les collatéraux ont des chapelles dans toute leur longueur, et quelquefois les bas-côtés se doublent. L'ensemble excite un sentiment religieux d'admiration par la hauteur des voûtes, l'éclat des verrières qui décorent les roses et les fenêtres, la profondeur des galeries, la magnificence des chapelles, la richesse de l'ornementation (motifs de sculpture empruntés à la flore indigène, statues et bas-reliefs, peintures et dorures luttant d'éclat avec les mosaïques, jubés, pavages, stalles du chœur, etc.). La France possède les plus beaux monuments de ce style, Notre-Dame et la Ste-Chapelle de Paris, les cathédrales d'Amiens, de Chartres, de Strasbourg, de Reims, de Bourges, de Beauvais, de Rouen, de Coutances, etc. L'église de St-Ouen, à Rouen, ainsi aue les édifices du xiv= siècle, commencent la décadence, aont la dernière période produisit le gothique fleuri ou style flamboyant, auquel succéda la renaissance {Voy. ce mot). — Outre des églises, abbayes et couvents, ce genre d'architecture a produit des constructions militaires {châteaux forts, donjons, tours, remparts, comme les enceintes d'Avignon et de Carcassonne, portes, etc.) et des constructions civiles {hôtels de ville, beffrois, palais, maisons, ponts). Après avoir été frappé d'un injuste dédain, il a aujourd'hui reconquis l'estime qu'il mérite. Le Comité des tnonuments historiques s'est appliqué à sauver de la destruction les édifices qui avaient quelque valeur. Un certain nombre ont été restaurés. On a même élevé quelques églises dans le même style à Paris, etc. — Consulter VioUet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du x\' au xvi« siècle et Entreliens sur l'architecture; H. Revoil, Architecture romane du midi de la France; De Caumont, Rudinlent d'archéologie; Gailliabaud, l'Architecture du v« au xvii« siècle et les arts qui en dépendent; Ed. Corroyer, V Architecture romane et l'Architecture au moyen âge; Gonse, Y Art gothique, etc.

Voy. MOMJMESTS, INDUSTRIELS (aRTS), CtC.

GOTHIQUE (écriture). Ou distiuguc : 1° le gothique ancien, créé à la fin du iv« siècle par l'évêque goth llfilas : il dérive de l'alphabet runique [Voy. ce mot), complété par l'introduction d'un certain nombre de lettres grecques ; les manuscrits de la Bible d'Ulfilas, conservés à Upsal et à VVolfenbuttel, sont écrits avec ces caractères (Voir J. Zacker, VAlphabet gothique d'Ulfilas et l'alphabet runique, Leipzig, 18oo); celte écriture n'était assujettie à aucune règle fixe; les lettres capitales et onciales, minuscules et cursivcs, y sont mélangées d'une manière plus ou moins bizarre : 2" le gothique moderne, qui date du xiir siècle : c'est l'écriture gothique assujettie à des traits fixes et réguliers; les Allemands l'emploient encore aujom-d'hui; mais elle tend à disparaître des livres imprimés.

GOTHIQUE (langue), uU dcs plus ancicus idiomes de la branche germanique, et celui duquel dérivent l'islandais, le suédois et le danois ; il paraît représenter un âge de la langue où la séparation des dialectes n'était pas encore entièrement consommée. Le gothique primitif est aujourd'hui perdu : celui que nous connaissons est l'idiome que parlaient au m' siècle les Goths de ilésie ; il s'est conservé jusqu'au ix° siècle. Diefenbach a donné un Dictionnaire gottiique, et E. Schulze, un Glossaire gothique (1856). La grammaire la plus détaillée est celle de Gabelentz et Lobe. — Voy. Stamm, Llfilas, Text, Grammatik und Worterbuch.

GÔTHLANDIEN, nom donné à l'étage supérieur du s}-stème silurien, correspondant à la faune troisième de Barrande. En Angleterre, l'on y distingue les couches de \Venlock, à la base, et celle de Ludlow, au sommet. C'est aux couches de Wenlock qu'appartiennent les célèbres calcaires de Dudley et leurs équivalents les calcaires de Gothland, si riches en Nautilidés, en Brachiopodes, en Crinoïdes, en Polypiers (espèces caractéristiques : Calymeue Ulumenbachi, Pentaments galeatus, Favosites gothlandica, Halysiles calenularia, etc.). Le plus souvent le Silurien supérieur est représenté par des schistes à Monoqraptu3 priodon, contenant des nodules calcaires à Cardiola inter-

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