VOILIER
HISTOGENÈSE ou histogéme, se dit de la partie de l'Embryogénie qui s'occupe de l'origine et du développement cies diverses cellules constituant les différents tissus.
HISTOIRE (du lat. historia, du gr. laxopîa, inlormation). L'élymologic nous donne les origines de cette science qui, à ses débuts chez les peuples anciens et modernes, se proposait de satisfaire la curiosité des contemporains par des récits. Elle était alors un art. La muse de 1 histoire avait à ce titre sa place marquée au milieu des autres muses. L'histoire participait du roman ; quoique ses données fussent plus précises, et que l'imagination n'y eîit pas seule [)art, le besoin d'orner le récit et de plaire, la facilité des listoriens à accueillir toutes les traditions ou légendes rapprochaient leurs récits des genres littéraires dont par la suite ils se sont éloignés, en faveur d'une vérité et d'une exactitude plus grandes. Ce sont là les qualités et les défauts des premiers historiens, tels qu'Hérodote ou Tite- Live dans l'antiquité, Yillehardouin, Joinville ou Froissart au moyen âge.
En se développant, dans des miheux que la civilisation transformait peu à })eu, l'histoire a pris d'autres caractères. Elle a gardé son nom primitif, sans demeurer ce qu'elle était primitivement. De narrative elle est devenue dog?nati(Jue. De la connaissance du passé, les historiens ont chercJié à dégager des règles applicables au présent, et bonnes pour l'avenir. Ils lui ont donné le caractère d'une leçon morale ou d'un enseignement politique, utiles aux particuliers ou aux Etats.
Cette transformation s'est fait sentir déjà dans l'antiquité. 0 Le but de l'histoire, c'est l'utilité », disait Lucien. Si Hérodote est un narrateur, Thucydide, Xénoplion, Polybe, Appien sont des historiens politiques qui ont raconté aux Grecs leur passé ou même les événements contemporains pour leur formuler des règles de conduite politique. Plutarque est avant tout un moraliste : le genre d'histoire qu'd avait créé lui a procuré une longue et durable autorité.
Les Romains ont connu avec Salluste, César, Tacite, Suétone, ces deux genres : hommes d'action et politiques, cependant, c'est l'histoire politique qu'ils ont le plus pratiquée.
L'Europe, à la fin du moyen âge, a passé comme l'antiquité par les mêmes phases de la production historique. Entre Villehardouin et Commines il y a la même différence
Suentre Hérodote et Polybe. Au xv» et au xvi' siècle, ommines en France; en Italie, Machiavel et Guichardin ont écrit l'histoire pour en dégager des leçons politiques. Mais c'est surtout pour la morale que l'histoire, dans les sociétés modernes, a paru faite. Le christianisme et 1 Eglise lui avaient donné, dès le moyen âge, cet objet et celte place au milieu des comiaissances humaines. Ce n'était
Fïs le temps des Muses, mais celui de la théologie, dont histoire devint l'auxiliaire. Avec les historiens du moyen âge, et ceux du xvu« siècle, dont RoUin est le dernier reflet et Bossuet la plus grande lumière, l'histoire fut une école de vertu.
Quand la philosophie du xviu» siècle est venue s'opposer à l'influence de l'Eglise, qu'elle s'est affirmée par la Révolution française, en notre siècle tourmenté par le réveil ù'cs nationalités et la recherche de la liberté, l'histoire a plus particulièrement subi l'hifluence de la politique. Pour les Français, suivant les différents partis, elle a été avec Aug. Thierry, Guizot, Thiers, Michelet, L. Blanc une école de liberté, de démocratie et même de socialisme, parfois même un arsenal d'armes politiques. Macaulay, en Angleterre, l'a mise au sercicc des whigs. En Allemagne, en Bohème, en Hongrie, en Belgique, en Italie, elle est devenue le ferment le plus puissant de la reconstitution des consciences nationales.
De toutes les manières, l'Iiistoire restait ainsi jusqu'à notre temps une école de politique et de morale. Deiniis la fin du siècle dernier, on la classait, pour la nucux définir, parmi les sciences morales et i)olitiques.
Il semble cependant qu'en ce siècle elle prenne une forme nouvelle, et se propose un autre objet. De dogmatique elle tend à devenir critique. Elle s'éloigne des préoccupations morales et politiques pour mériter, par sa méthode et la rigueur de ses conclusions, le nom de science. Ce n'est ps que cette mélhodc historique soit nouvelle : les historiens, dans l'antiquité et plus tard, l'ont
firesque toujours employée, ne fût-ce que pour donner à eurs leçons de morale ou de jwlitique une valeur |)lus grande en serrant de plus près la réalité des faits historiques. La nouveauté a plutôt consisté dans un emploi durèrent de cette méthode, pratiquée depuis longtemps. L'historien d'auj., dont M. Fuslel de Coulaiiges a été dans ces derniers temps le type achevé, alxirde les sujets historiques et les soumet à un examen minutieux, sans le moindre souci d'aboutir à des conclusions qui se rapportent à la vie pratique des individus et des sociétés. Au milieu des textes auxquels il limite volontairement son attention, comme le savant dans son laboratoire, il cherche unicjnement la vérité historique, pour elle-même. Il préfère les longues analyses méthodiques aux synthèses incomplètes et ne se propose en tout cas que des synthèses absolument désintéressées. A l'heure actuelle, il ne se demande pas si ses conclusions acquerront plus tard une valeur prali(pie, pas plus que le chimiste ne songe aux procédés industriels
au'on tirera de ses découvertes. Par ces tendances qui aient de Montesquieu et de Voltaire, que les grands historiens allemands de notre siècle ont accentuées, et qui sont devenues celles de presque toute notre école française actuelle, l'histoire semble perdre son caractère narratif ou dogmatique, plaisant ou pratique, pour se constituer en une véritable science, pourvue de ses méthodes propres.
I. Documents historiques. De tout temps, la recherche des documents historiques a été la première condition de l'Iiistoire. Pour le narrateur, c'étaient les éléments du tableau, qui lui donnaient le cadre, la couleur et la vie; pour le moraliste ou le politique, les preuves même de ses démonstrations; |K)ur le savant, la matière même de son enquête. A mesure que celte enquête se fait avec plus de rigueur, la nécessité préalable de procéder à des dénombrements complets avant de conclure a imposé à l'historien le devoir de réunir et de connaître tous les documents possibles et de n'en négliger aucun. Les documents sont d'espèce très diverse. On disait autrefois que les témoignages étaient les principaux documents hist(vriques. On a reconnu depuis qu'ils n'en étaient qu'une partie, la moins importante. Comme en justice, les pièces officielles ou historiques valent davantage et constituent la meilleure matière historique.
A. Les témoignages eux-mêmes sont de difTéreiilcs sortes, ou oraux ou écrits. — a. Les témoignages oraux sont en général ce que l'on appelle la tradition [Voy. tradition). Us méritent d'autant plus de confiance qu'on a pu les fixer à un moment moins éloigne des faits historiques dont ils gardent le souvenir. Il est clair que Tite-Live, recueillant à l'époque d'Auguste les traditions des origines de Rome, et Voltaire fixant, à l'aide des contemporains de Louis XIV, la tradition de son siècle, ont rendu à l'histoire des services inégaux. Cependant, même recueilHes à l'état de légendes lointaines, les traditions orales gardent encore leur valeur. Habilement examinées, elles peuvent, comme certaines poésies populaires, refléter un état social des civilisations primitives que nous ne pourrions connaître autrement. — p. Les témoignages écrits sont singulièrement
HISTOIRE
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plus importants. Ils nous sont parvenus sous des formes divpi-scs. Ce sont des chroniques, annales, histoires, mémoires, biographies, autobiographies. Chacun de ces ternies mérite une définition qui peut seule permettre d'apprécier la valeur relative de ce qu'ils représentent.
Les chroniques, dont le nom est grec {yo6-/Oi, temps), sont des espèces de compilations qui ont pns naissance dans les derniers temps de l'empire romain. Le chroniqueur y raconte l'histoire depuis l'origine du monde jusqu'à son époque, ajoutant à ce que ses devanciers lui ont laissé par écrit ou autrement, ce qu'il a vu ou appris lui-même. Le tvpe du genn^ est en France « la grande chronique de St-Denis ». — Les annales, comme leur nom l'indique, rédigées année par année, ont au contraire enregistré les événements, à mesure qu'ils se produisaient. A Rome, où elles ont pris naissance, les pontifes se chargeaient de ce soin ; au moyen âge. c'étaient les moines, dans leurs monastères respectifs. Les Annales de Tacite ne donneraient qu'une itlée bien inexacte de ce genre de documents historiques. Comme ses Histoires, auxquelles il a pourtant donné un nom différent, elles se rangent dans une autre catégorie, celle des histoires proprement dites.
Les histoires sont particulièrement toutes les œuvTcs composées par des historiens de profession ou de goût. Elles ont d'autant plus de valeur qu'elles ont été rédigées par des contemporains sur des événements qu'ils ont vus. — C'est là généralement ce qui donne aux mémoires une valeur particulière : outre qu'ils n'ont pas clé écrits en général [lar des historiens proprement dits, et forment de Trais témoignages, ils sont 1 œuvre de gens qui parlent de leur temps, témoins directs ou acteurs même des événements historiques. — Les biographies sont des documents de même ordre, et de valeur analogue, si l'auteur a connu de près l'homme dont il écrit la vie. Les biographies de Plutarque, par exemple, sont loin d'avoir cette valeur. Mais les Vies de Saints, inspirées à des moines obscui-s du moyen âge par le souvenir pieux de grands
E'rsonnages de l'Eglise qu'ils avaient approchés, sont des iographies fort importantes. — Les autobiographies forment une espèce de documents qui ont leur place entre les deux précédentes. Elles resseinblent fort aux mémoires, dont elles ne diffèrent que selon l'importance donnée par l'auteur à sa propre personne et à sa vie, ou à l'histoire de son temps.
B. Pièces officielles et historiques. Ce qui distingue essentiellement ces documents des précédents, et leur donne tout leur prix, c'est qu'ils ont été faits pour l'usage des sociétés même dont ils conservent les traces, plutôt qu'en vue de la postérité. Une monnaie, une inscription , rappelant im règne, une date, un personnage, un fait historique, une arme, une statue, un édifice, les diplômes et brevets de nomination, les actes des notaires, les registres d'état civil, les correspondances entre particuliers ou hommes d'Etal, les décisions des tribunaux, les lois elles-mêmes sont les images les plus fidèles des sociétés disparues, (x; ne sont, à coup sûr, ni des tableaux complets, colores et vivants, ni, dans leur sécheresse, des cadres suflisant à la reconstitution du passé. Entre ces documents et les témoignages ou les histoires, il y a toute la différence d'une photographie à une impression d'art ou de couleur. Mais ils sont aussi, comme les photographies, des moyens de précision, des éléments très sûrs, d'autant plus appréciés que l'on se préoccupe davantage d'en extraire la vérité, la réalité des faits.
II. Critique historique. La critique des documents, l'étude des sources historiques constituent auj., après leur réunion et leur classement, la grande besogne de l'historien. D'nijord la critique des témoignages qui commence par l'étude minutieuse de la vie du témoin, puis de son œuvTe. Le point essentiel est de fixer l'intervalle qui s'est écoulé entre le moment on il écrivait et celui où se passaient les événements qu'il raconte. Si les deux moments coïncident, lu point qu'acteur ou témoin oculaire, l'auteur ait enregistré, le soir même, l'acte imjMjrtant de la journée, les causes d'erreur provenant ou de l'infidélité de sa mémoire, ou de l'influence sur son jugement des événements })osté- . rieurs se trouvent écartées. Plus ils s'éloignent, plus elles s'augmentent. De là, en règle générale, la valeur nés témoignages contemporains. De là aussi leur défaut : il est rare qu'on assiste indifférent aux événements de son temps. Le rôle qu'on y joue, les passions qu'on y apporte, interviennent pour déformer l'acte qu'on eût autrement eu tous les
moyens de bien connaître. Reconstituer ce rôle, retrouver ces passions et jusqu'à leur influence sur chacun des récits qui ont été conservés à l'histoire, sont pour elle des recherches délicates, mais de la première nécessité. Elles le sont d'autant plus qu'il s'agit d'œu\Tes anonymes ou de faux documents historiques attribués, comme c'est le cas pour Ijeaucoup de mémoires du xvni' siècle, dans un but de spéculation, à des personnages célèbres.
En général, c'est par la comparaison avec les autres documents, et les renseignements qu'il y trouve que l'historien procède à ces enquêtes. Il les conduit d'autant plus sûrement qu'il trouve plus d'éléments d'information et de contrôle dans les pièces officielles. Elles jouent véritablement ici le rôle qu'ont dans certaines sciences les appareils enregistreurs destinés à suppléer aux défaillances de la mémoire ou de l'observation humaines. Encore, de même qu'on ne se servirait de ces appareils de précision qu'après les avoir éprouvés et contrôles, faut-il que l'historien assure au préalable la valeur de ses moyens de ccntrôle. Il les soumet à un examen scrupuleux. Il en contrôle l'authenticité et l'origine, distingue et écarte les diplômes, brevets, prétendus actes officiels ou inscriptions que des falsificateurs habiles, à toutes les époques, ont voulu imposer à la postérité, reconstitue les monuments, les monnaies et les pièces à moitié ruinés ou effacés par le temps. C'est un travail délicat, fait de patience et de sagacité auprès duquel l'effort employé antérieurement à la recherche de ces documents |)arait' presque un jeu et un plaisir.
A mesure que ces enquêtes ont paru plus nécessaires et plus longues, par les exigences même de la science contemporaine, les historiens se sont constitué un outillage plus perfectionné, et ré|)arti entre eux, suivant leurs aptitudes et leur goût, la liesogne. Cette division du travail, la confection de ces instruments de recherche a donné naissance à ce qu'on appelle les sciences auxiliaires de l'histoire. Rien ne marque mieux à quel point, en notre siècle, l'histoire s'est transformée, puisque, vivant d'une vie propre, n'étant plus l'auxiliaire de la morale ou de la politique, elle a produit tout un mouvement scientifique qui s'accomplit autour d'elle et pour son service.
A. Parmi les Sciences auxiliaires de l'histoire, on compte d'une manière générale et d'aliord : la Bibliographie. — Scientia librortim, dimidium scientiie, disait Cujas. Cette formule de notre grand jurisconsulte est particulièrement applicable à l'histoire. Il lui faut la connaissance de tous les documents imprimés, manuscrits ou pièces officielles, sur toutes les questions, et tenue sans cesse au courant des découvertes et des publications successives. Des Bibliographies, ou d'une grande période d'histoire, ou de l'histoire d'un peuple ont été composées à cet effet. Nous citerons par exemple : Potthast, Bibliothcca historica medii xvi, répertoire des sources de l'histoire du moyen âge; U. Chevalier, Bépertoire des sources historiques du mouen fige: Dahlmann, Quellenkunde der deutschen Gesrhichte; P. Lelong et Fevret de Fontette. Bibliothèque historique de la France (5 vol. in-fol.) ; Monod, Bibliographie de l'histoire de France; pour l'antiquité : Bursian, Philologischer Jahresbericht, etc.
Chronologie. La chronologie a été de tout temps et pour le moyen âge une ressource indispensable aux historiens. La France a publié les deux principaux recueils avec 1*^4 r< de vérifier les dates et le Trésor de chronologie, de M. Mas-Latrie.
Plus spécialement pour l'Antiquité, a. La Philologie. L'étude et la critique des textes anciens a donné naissance à cette science spéciale où l'histoire puise de très utiles indications. Tous les textes anciens ont été ainsi publiés et étudiés dans la collection Teubner; un certain nombre dans la grande collection des Ecrivains grecs et latins publiée par Hachette et C'». Des dictionnaires permettent les recherches sur les institutions publiques et privées des anciens : tels, par exemple, les Dictionnaires des Antiquités grecques et latines de Smith et Ricb, et le Dictionnaire des Antiquités grecqties et romaines (illustré et beaucoup plus complet) puolié sous la direction de MM. Daremberg et Saglio.
3. La Numismatique, étude, classification des monnaies anciennes qui ont fourni des recueils précieux : Eckel. Scientia nummorum veterum, ou Schlumbei^cr, Numismatique de l'Orient latin.
y, L'Epigrapbie, étude des inscriptions sémitiques.
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grecques et latines. Trois grands recueils forment le fond de celle science, qui a cU; consliluce par Borgliesi, L. Renier et Momrnsen : le Corpus Inscriplionum latinarum, à Berlin, sous la direclion de Mommsen ; le Corpus Inscriptionum grsecarum, de Boeck, con»plété par des publications parliculières ; le Corpus Inscriplionum setnilicarum (Renan et Berger), publie par l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
S. L'Archéologie, ou élude des monuments anciens figurés, nue Winckelmann et 0. Muller ont consliluce comme science spéciale et qui compte en France, par l'iiistilulion de noire école d'Allièncs, de nombreux représentants : Dumont, G. Perrol, Collignon, Ilomolle, llolleaux, etc.
Pour le Moyen Age, on compte également autant de sciences auxiliaires qu'il y a de sources particulières à cette histoire.
a. La Paléographie, qui n'est pas seulement l'art de déchiffrer les vieilles écritures, mais d'en reconnaître et d'en fixer les signes distinctifs pour chaque époque, et, par ce moyen, d établir raulhenticité des textes. Le livre classique en français pour l'étude de cette science est celui de N. de Wailly (1838).
p. Diplomalique, science spéciale consacrée, comme son nom l'indique, à l'étude des aiplômes et actes du moyen âge. C'est une science française que Mabillon a constituée de toutes pièces. Los Allemands, avec Sickcl, s'y sont particulièrement distingués. Elle se trouve auj. condensée dans le Mamtel de Diplomatique de M. Giry (Hachette).
y. Grandes collections historiques. A l'aide de ces sciences, les historiens ont publié dans de grands recueils les textes du moyen âge, Chroniques, Annales, Lois. L'honneur de ces publications revient aux savants français des XVII' et xviii» siècles, jésuites, oratoriens ou bénédictins, ainsi : le recueil des vies des saints ou Acta sauctorum, par les Boliandistes, et surtout le Recueil des Historiens des Gaules (Dom Bouquet), l'Histoire du Languedoc (Dom Vaisselle) et de beaucoup d'autres provinces; les Acta conciliorum, de Labbe, de Sirmond. — Ces collections ont été reprises en Allemagne par les savants du début du siècle : Pertz et collaborateurs , Monumenta patrise {Scriptores et Leges) ; imitées en Italie par Muratori cl le gouvernement italien, et dans beaucoup d'autres pays. Ainsi, les Anglais ont édité leurs écrivains du moyen àgê : Scriptores medii sévi. Celle lâche est continuée par les grandes Académies de presque tous les pays d'Europe, ou par des sociétés savantes. Au premier rang, il faut citer l'œuvre de la Société de l'Histoire de France, dont les publications forment une collection de textes très importante, et la collection des Monuments inédits de l'Histoire de France, entreprise sous la direction de Guizot et d'Augustin Thierry en 1836.
S. h' Archéologie celtique et du moyen âge, aussi utile à la connaissance de celte époque que l'étude des monuments figurés à celle de l'antiquité. Elle a compté en France d'illustres représentants : Didron, Caumonl, Quicheral.
L'histoire des Temps modernes et de la liévolution est encore moins bien outillée et pourvue de sciences auxi- Haires que l'histoire de l'antimiité et du moyen âge. On doit cependant citer les Dict. historiques de Moreri et de Bayle, le Dict. des anonymes de Barbier et les textes
Ëubliés par la Société de l'ilisl. de France ou dans les ocumenls inédits. Il faut dire aussi qu'elle en a moins besoin, s'occupant de faits plus rapprochés de nous. De plus, le nombre des documents dont elle se sort étant plus grand, on a jusqu'ici renoncé à les classer de la même manière. Mais les procédés et la méthode scientifique peuvent et doivent y être appliqués avec la même rigueur et commencent à l'être.
B. Revues. Les sciences auxiliaires de l'histoire et leurs admirables rcssouroes ne sont pas les seules qu'en ce siècle les historiens se soient données pour accomplir leur tâche. Comme toutes les sciences, l'histoire a ses revues spéciales consacrées à la publication, à l'étude des textes, pourvues de toutes les mdications bibliographiques, comptes rendus, etc., qui la peuvent guider.
La France, depuis 1876, est au premier rang avec la Revue historique de M. Monod qui a une compétence et une autorité europ;iennes. Il faut citer encore la Revue critique, la Revue des questions historiques, l'Historische Zeitschrift, plus ancienne, de M. Syhel ; les Forschungen zur deutschen Geschichte; VHistorisches Taschenbuch de Maurenbrecher, la Revue historique de Quidde, 1 His-
torical Review d'Angleterre, la Rivisfa Storica, et VArchivio slorico d'Italie, etc.
C. Manuels. En outre, pour l'inslruction de leurs élèves destinés à être leurs continuateurs, les historiens ont composé des manuels de travail qui, par un juste retour, leur servent à eux-mêmes de guides dans leurs recherches patientes et délicates. Les Allemands ont eu les premiers l'honneur de ces sortes de ])ublicati(ins (Ilandbuch). Certains de leurs manuels fonl autorité et ont été traduits à l'étranger, par ex. : VHandlmch Rômischer Allerthûmcr de Mommsen et MarquardI , VHandbuch griechischer Aller Ihûmer de Schcemann, la Deutsche Verfassungsgeschichte de Waitz, qui, sous un litre un peu différent, est un vrai manuel des Institutions du premier moyen âge. — Mais depuis quelques années, et sous l'influence de Fustel de Coulanges, dont l'Histoire des institutions de l'ancienne France a la même portée que celle de Waitz, les historiens français ont procédé de la même manière. Ils ont traduit les manuels allemands d'abord, puis en ont eux-mêmes composé. On peut citer à ce litre le Manuel de philologie classique de S. Reinach, le Manuel des institutions romaines de Bouchc-Ledercq, le Manuel de diplomatique i^d M. Giry, le Manuel des institutions mérovingiennes et carolingiennes de M. Bayef, le Manuel des institutions capétiennes de M. Luciiaire (ces derniers en préparation).
III. Méthode historique. Tout ce que nous venons d'indiquer n'est que le travail préliminaire, la préparation de l'histoire proprement dite. La tâche véritable de l'historien commence au moment où, les matériaux de toute sorte étant réunis, vérifiés, classés, il y applique, selon des principes invariables, une méthode d'une rigoureuse exactitude.
Le premier de ces principes est de n'admettre rien qui ne soit appuyé sur un document authentique, un texte; le second, lorsque, sur un fait, on rencontre des textes contradictoires, de donner la préférence aux documents authentiques, officiels où les contemporains n'ont pu mettre ni leurs passions, ni leurs préjugés. A leur défaut, c'est la règle encore de choisir entre deux témoignages celui (jui est le plus rapproché, dans le temps et l'espace, de l'objet qu'on s'est proposé d'étudier, celui également que la nature du témoin, son rôle dans les événements, son impartialité rendent le plus vraisemblable.
Ce n'est jioint tout encore : Michelet a dit que l'histoiie est une résurrection. L'historien ne peut pas oublier qu'étudiant l'homme et les sociétés, il étudie une matière vivante. Il essaie par l'imagination de reconstituer la vie des époques disparues et d'y participer à sa manière, afin de mieux comprendre les témoignages que les contemporains lui en ont laissés, le sens des institutions et des lois qu'il trouve inscrites dans les documents officiels d'une manière toute matérielle.
Cette méthod», qui suppose des qualités si diverses et en apparence même contraires, une vive imagination, la patience, la précision, est d'un maniement infiniment délicat. Le nombre et la valeur des œuvres historiques qu'elle a produites en France et à l'étranger, en ce siècle, prouvent cependant qu'elle peut et doit être employée. Si l'on songe que l'objet de la connaissance historiquié est l'étude de l'homme et des sociétés humaines, on aurait peine à concevoir que l'histoire pût poursuivre avec succès des recherches scientifiques sur une matière aussi complexe, sans le secours d'une méthode très sûre et très souple à la fois. L'homme d'auj. n'a pas trop de tous ses moyens pour se connaître lui-même, à plus forte raison pour connaître l'homme du passé.
" Histoire auguste. Voy. acguste au Dict. d'Hist. et de Géogr.
Histoire métallique. Voy. métallique et médailles.
Peinture d'histoire. Voy. peistdre.
HisTomE NATURELLE (cu lat. historiu nainralis, connaissance de la nature), ensemble des sciences qui ont pour objet la connaissance des êtres organisés ou inorganisés cpii composent notre globe ou habitent sa surface. On la divise généralement en trois grandes parties : 1° la Zoologie, qui traite des animaux; 2° la Botanique, qui traite des végétaux; 3° la Géologie, qui s'occupe de la distribution des matériaux dont se compose le globe, et du rôle qu'ils ont joué dans la formation de ses diverses couches ; on peut y rattacher la Minéralogie, qui étudie et classe les espèces minérales prises isolément, bien que cette dernière