‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 792 sur 1729 · IDÉALISME · texte numérisé non relu

IDÉALISME

nos jours, Ravaisson. la Philosophie au \ix' siècle {§ 14. 56). — Voy. DIEU.

IDÉAlIsmE {d'idéal), nom donné à divers systèmes philosophiques sur les idées considérées au double point de vue de la connaissance et de la réalité.

Idéalisme métaphysique de Platon ou théorie des Idées. Toute chose, en tant que connaissable et existante, est la réalisation dune l'orme, que ce soit un minéral, une plante, un être vivant quelconque. Cette forme (eIooî, toÉa) se répète et se reproduit dans une multitude d'objets particuliers ou d'individus sensibles : mais chaque individu n'est ce qu'il est que par sa particiption à la forme spécifique ou « idée » qu'il exprime. Cette idée, d'ailleurs, est antérieure aux inaividus, puisqu'elle les rend possibles, et elle leur survit dans l'indéfinie persistance de l'espèce ; elle est donc en principe d'existence plus réelle que les individus, et ceux-ci n'en sont que des modes ou des copies passagères et incomplètes. L'Idée, selon Platon, est ainsi une unité réelle, un type métaphvsique, un archétype d'existence, infini, parfait, immuable; et il y a autant d'idées ou tvpes d'existence métaphysiques qu'il y a de collections d'individus logiquement et génériquement distinctes, ou plutôt il y en a autant qu'il y a de types d'existence possibles et intelligibles. Mais la diversité des idées elle-même nous révèle dans la différence des types une certaine identité fondamentale d'essence, et c'est ce rap[K»rt hiérarchique des essences sensibles ou des essences inti'Uigibles que la dialectique a pour objet de fixer, jusqu'à ce qu'elle découvre au sommet des Idées le principe suprême qui est l'Idée des Idées, la source inépuisable des essences, le Parfait, l'Un et l'Absolu : c'est le Dieu de Platon. La métaphysique platonicienne est donc un idéalisme absolument réaliste, qui refuse toute existence vraie à ce qui n'est que sensible, accidentel, fortuit, instable, et ne reconnaît réel que l'immuable des choses, l'universel, les essences idéales et Dieu. Le monde sensible semble ainsi n'être qu'une ombre ou une copie de la réalité métaphysique ou monde des Idées. — Création du monde sensihle. Il y a doute, parmi les historiens de la philosophie, si Platon accorde une existence absolument transcendante à ce monde des idées, ou s'il l'abaisse au niveau de notre monde sensible au point de considérer les Idées comme les forces créatrices immanentes des réalités particulières. Le langage de Platon, dans le Timée, est très anthropomor-

fhique : la création du monde y est présentée comme œuvre d'un ouvrier divin ou démiurge qui, pareil à un statuaire, s'empare d'un bloc de marbre (la matière), et façonne ou cisèle celui-ci selon un certain plan intelligible qui est l'ensemble des essences ou des Idées, c.-à-<l. le plan de l'Univers. La grosse difficulté de cet admirable système est la question de la matière, fondement du devenir, élément qui gît au fond de toute chose naturelle, lieu où les Idées sont réalisées et divisées entre elles, pâte dont toute chose sensible est faite. Le Timée semble admettre le dualisme des Idées et de la matière, accorder à la matière une sorte d'existence irréductible à toute idée ou inlelliiribilité ; mais ce dualisme contraire à tout l'esprit de la dialectique n'est certainement que la forme exotérique de la pensée de Platon. Les idées, dit le Parménide, sont les seules réalités véritables, et la matière n'est rien de réel : elle est ce qui n'est pas, ou le non-être, et elle peut être identifiée à 1 espace vide qui rend possible la séparation et la divisibilité, ou bien encore elle résulte du mélange et do la combinaison des Idées. C'est cette conception, où Platon lui-même hésite et tâtonne, que ce philosophe exprime par le mot de participation (jxs'Ocçi;). Le monde sensible n'existe que par la participation des idées, mais il n'en est pas une copie, un double exemplaire superflu, comme une analyse hâtive et superficielle pourrait porter à le croire. — Inesthétique de Platon, conforme aux principes de son idéalisme, est une dialectique de l'amour et du l)eau. L'âme, d'après la théorie de la réminiscence, a gardé le souvenir des essences divines qu'elle contemplait avant d'être jetée dans le corps. L'amour s'éveille en elle sous l'impression des belles formes, des beaux sons, des belles couleurs, en un mot de la beauté physique : mais cette beauté particulière, liée à des éléments sensibles, à des conditions matérielles, n'est par là même qu'une image de la beauté idéale, c.-à-d. de la beauté divine, absolue, que l'artiste doit représenter dans ses œuvres [Phèdre, mnauet\. — Enfin, dans la morale, la loi de nos actions est a'être conforme à l'Idée du Bien, et comme Dieu est

le bien absolu, la plus haute forme de la vertu est l'effort de l'homme pour atteindre à la ressemblance avec Dieu. La politique elle-même s'idenlifiant à la morale, dans l'organisation du système, l'Etal aura pour mission de réaliser sur la terre l'idée de justice. L'idéalisme de Platon fut ultérieurement repris, éclairci et développé par Plotin qui lui imprima un caractère essentiellement mystique et religieux: St Augustin Y introduisit la doctruie chrétienne de la création (Voy. Zeller, Philos, des Grecs ; Fouillée, Philos, de Platon : Janet et Séailles, les Problèmes et les écoles). — L'idéalisme dans la philosophie moderne. L'idéalisme moderne, sous ses diverses formes, est issu de la méthode subjective et métaphysique de Descartes. En partant du Cogito qui établit la realité de la pensée comme une chose « dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser » (res cogitans). Descartes, après avoir écarté l'hypothèse d'un malin génie par la démonstration du Parfait, arrive à poser l'existence du monde extérieur, c.-à-d. de la matière considérée comme chose étendue [res extensa). Mais si l'esprit et la matière sont, selon le langage même de Descartes, deux « substances » absolument distinctes et différentes en essence, deux choses en dehors l'une de l'autre, comment peut-il y avoir entre elles aucune communication, aucune pénétration réciproque par laquelle l'esprit puisse saisir et connaître la matière? L'esprit, ne pouvant sortir de lui-même et de sa nature, ne peut connaître que ses propres modifications. L'examen de cette délicate question fait apparaître aussitôt, puis successivement jusqu'à nos jours : 1° L'idéahsme représentatif de Locke, ou demi-idéalisme, qui admet encore la distinction cartésienne des qualités secondes (subjectives) et des qualités premières de la matière, mais déclare que la matière comme substance nous est inconnue, et que Dieu aurait pu peut-être lui donner la faculté de penser. 2" L'idéalisme théologique de Malebranche, ou théorie de la vision en Dieu; Malebranche déclare aue l'âme perçoit en Dieu Inimême les notions qu'elle a au monde extérieur ou étendu, et que l'esprit n'a et ne peut avoir rien de commun avec les choses étendues, finissant par dire que c'est seulement sur la foi de la révélation qu'il nous faut admettre l'existence du monde physique. 3° L'idéalisme réaliste de Spinoza et de Leibniz, qui veulent que l'esprit tire la science de son fonds propre, et qui affirment pourtant qu'à ces idées tout internes de l'esprit la réalité correspond toujours. 4° L'idéalisme mystique ou monistique de Berkeley. Perkelcy combat à la fois l'idée cartésienne de substance matérielle à peine défendue par Locke, et la célèbre distinction des qualités premières de la matière et des qu.tlilcs secondes. Il s'attache à prouver que la notion d'étendue sensible est elle-même une modification toute subjective de notre esprit (Vov. Dialog. entre Hylas et Philonoiis): d'où. il conclut que l'univers n'est qu'un assemblage de perceptions ou modifications toutes spirituelles que l'Esprit suprême suscite devant nous. Sa doctrine est connue sous le nom d' immatérialisme. 5° L'idéalisme scnsualistc et sceptique de Hume, qui fait pour l'idée de substance spirituelle le même travail critique que Berkeley avait fail pour l'idée de substance matérielle, et qui réduit toute la réalité à nos sensations et à leurs lois. 6° L'idéalisme transcendantal ou critique de Kant. La possibihté de connaître les objets de l'expérience externe ou interne, remarque Kant, résulte de certaines conditions mentales qui sont la constitution même de notre esprit ou de notre pensée. Ainsi la condition intuitionnelle de l'espace est une forme à priori de notre perceptivité sensible, et par suite les objets d'expérience sensible ne sont jamais coiinus en eux-mêmes conune choses en soi, mais comme phénomènes de perception. Le criticisme de Kant aboutit finalement à un idéalisme subjectif, qui s'efforce de maintenir l'existence et la réalité des choses en soi ou noumènes, bien qu'il nous interdise d'en rien dire, c.-à-d. de rien affirmer sur le monde en lui-même, sur l'âme comme substance, ou sur Dieu. A la suite de Kant, l'idéalisme allemand a pris trois directions au xix" siècle. II est devenu d'abord l'Idéalisme pwement subjectif de Fichte qui entreprend de démontrer que le non-moi ou monde extérieur est une dérivation du moi d'après la formule systématique : « Le moi pcise primitivement son propre être, et détermine le non-moi » ; le monde extérieur n'a donc qu'une existence d'emprunt due uniquement à la nécessité où le moi se trouve de se rendre compte de ce fait intime qu'il est tour à tour passif et actif; tout ce qui naît en lui

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