LITHOGRAPHIE
LITHOTRITIE
non acidulée. Cette « mise sous gomme », terme technique, complète l'action de la préparation, dont le but est de rendre toutes les parties de la pierre non recouvertes par l'encre ou par le crayon, aptes à retenir l'humidité, et
1)ar con.sé(picnt à repousser l'encre d'imprimerie, qui est à «se de vernis gras. Pour imprimer, on place la pierre sur la taide de la presse lithographique, sur laquelle ou la fixe à l'aide de coins en fer ou en bois; cette tanle porte le nom de chariot. Le chariot est supporté latéralement par deux bandes parallèles, le plus souvent métalliques, entre lesquelles un cylindre en bois ou en métal de gros diamètre forme pour ainsi dire entretoise. Dans l'axe de ce cylindre, et perpendiculairement à lui, est disposé, en arrière de la bande la plus éloignée, un montant mobile qu'on peut abaisser sur le chariot : c'est le porte-râteau, ainsi dénommé parce qu'il sert de support à une règle épaisse, en bois, à double biseau. L'avant du chariot est actionné par un système de traction qui fait mouvoir le chariot de telle façon que lorsque le porte-râteau est abaissé, ce chariot passe entre le râteau et le cylindre. La pierre étant disposée sur le chariot comme nous l'avons expliqué plus haut, on lave à l'éponge la couche de gomme qui la couvre, puis on l'humecte légèrement et régulièrement avec de l'eau pure. On passe ensuite à sa surface un rouleau en bois recouvert de cuir et chargé d'une petite quantité d'encre grasse. L'encre s'attache sur tous les traits. On place alors sur cette pierre une feuille de papier qu'on recouvre d'une feuille de carton satiné, ou sur laquelle on abaisse un cadre-châssis garni de cuir, puis on . abaisse le porle-ràteau, dont on accroche la partie antérieure I à un crochet disposé à l'avant de la presse, crochet qu'un jeu de pédale permet d'abaisser afin de faire appuyer plus ou moins le râteau sur la pierre. Le chariot étant mis en mouvement, la feuille de papier est pressée par le râteau successivement sur toute la surface de la pierre, et l'encre q^ui couvre celle-ci par places s'y attache. Lorsque le chariot est à fin de course, on relevé le porte-râteau, et un système de contrepoids ramène le tout en sa première position ; on relève la feuille imprimée, puis on recommence la même opération : mouillage, encrage, marge de la feuille, passage en pression, autant de fois qu'on désire obtenir d'épreuves. L industrie fait usage auj. de presses dites mécaniques, dont tous les mouvements sont automatiquement réglés. Dans les presses mécaniques, l'organe qui donne la pression est un cylindre de métal garni d'étode de laine feutrée. Des rouleaux disposés à l'avant de ce cylindre déposent sur la pierre l'encre dont ils se chargent en se développant sur une table en fonte dressée faisant suite au chariot ; le mouillage de la pierre se fait à laide de rouleaux recouverts de molleton disposés à l'arrière du cylindre; ces rouleaux prennent l'eau nécessaire sur une table dite de mouillage disposée à l'opposé de la table à encre. Alors que l'imprimeur ne peut produire, sur la presse manuelle, que 3 ou 400 feuilles imprimées par jour, la machine en donne plus de dix fois plus.
La lithographie a été inventée à la fin du siècle dernier (1792) à Munich (Bavière) par Aloys Senefclder, qui tout d'abord la désigna sous le nom a impression chimique. Avant lui, quelques tentatives avaient été, mais sans succès, faites en France, par le bailli de Benfeld entre autres, dans l'ordre d'idées que suivit Senefelder pour aboutir à son invention. A l'encontre de la plupart des grands inventeurs, Senefelder put voir son œuvre se développer ; il y contribua du reste largement par ses travaux. La lithographie fut introduite pour la première fois en France en 1802, par André, d'Olfenoach, qui avait été en Allemagne l'associé de Senefelder; André ne réussit pas, et ce n'est que douze ans plus lard, en 1814-1815, que le comte de Lasteyrie et Godcfroid Engelmann réussirent, chacun de leur côté et presque en môme temps, à l'implanter chez nous. Elle y est promplement devenue un art éminemment français, et on peut dire que c'est en France qu'elle a fait, 2u'clle a réalisé le plus de progrès, grâce à la pléiade 'arlisics célèbres qui s'y adonnèrent, Eug. Delacroix, Ralfct, Carie Yernet, Cbarlet," Gavarni, Mouilleron, Sirouy, etc. Senefelder vint lui-même à Paris en 1817, et y fonda un clai)lissement avec le concours d'un de ses neveux, Knecht. C'est à celte époque qu'il publia le premier ouvrage tech- Tiique traitant de la lithographie, ouvrage suivi de ceux de Godefroid Engelmann, de Brégeaux, de Knecht, de Chevalier et Langlumé, de Desporles, etc. Le dernier traité
de Lithographie paru est celui de M. Ch. Lorilleux H 889). Auj. la lithographie a pris une extension considérable : on lui demande les travaux les plus variés, depuis la simple carte de visite jusqu'aux fac-similés des œuvres de nos peintres en renom. L'impression lithographique à l'aide d'encres de diverses couleurs a reçu le nom de Chromolithographie; l'impression lithographique des [)hotogralihios est désignée sous celui de Photolithographic ou de Pholotypie (Voy. ces mots).
LITHOMARGE, var. d'Halloysite {Voy. ce mot).
LITHONTRIPTIQUES (du gr. )^(6ov [à l'ace], pierre, et xpîêw, broyer), dénomination générale donnée aux remèdes qu'on croyait propres à dissoudre les calculs développés dans la vessie. On a altribué cette vertu à certaines plantes qu'on appelait, pour ce motif, saxifrages, telles que la Saxifrage propr. dite, l'Oignon, VUva u7-si; puis on a proposé d'attaquer les pierres en portant dans la vessie un agent chimique propre à les dissoudre : telles sont les solutions de sous-carbonate de potasse, de bicarbonate de potasse ou de soude, les eaux alcalines de Contrexéville, de Vichy, l'eau de chaux de Whitt, le remède de Stephen, dont les coquilles d'œuf calcinées faisaient la base, etc. On a aussi conseillé d'agir sur les pierres vésicales avec de l'eau distillée, en lavant la vessie à grande eau, etc. Tous ces moyens ont toujours été sans résultat.
Voy. LITHOTRITIE.
LITHOPHAGES (du gr. 'Xteoç, uierre, et œàyw, manger), se dit, en général, de tous les Mollusques qui s'introduisent dans les rochers, et s'y creusent des demeures.
LITHOPHANIE (du gr. XÎÔoç, pierre, et ^a^vw, faire paraître), procédé, inventé en Allemagne, qui consiste à reproduire des dessins sur des plaques de porcelaine, en donnant à la pâte des épaisseurs convenablement graduées, de manière à former des ombres et des clairs quand on éclaire la plaque par derrière,
LITHOPHOTOGRAPHIE. On utilise de différentes manières les procédés de la lithographie à la reproduction des épreuves photographiques. Cette branche de la Itliographie a pris naissance dans les travaux de l'ingénieur français Poitevin, et est désignée sous le nom de PhotoUlhographie [Voy. ce mot), ou sous ceux de Pholotypie [Voy. ce mot) ou de Collotyjne, suivant que le support de l'image est une pierre lithographique, ou une plaque de métal, ou bien une glace épaisse. L'image, reproduction faite à l'aide d'une épreuve de photographie, mi produite soit directement sur le support en se servant de bitume de Judée, soit sur une couche intermédiaire de gélatine en utilisant les propriétés du bichromate de potasse. Dan» l'un et l'autre cas, ce sont les procédés de la lilhograpliic
aui sont employés pour l'impression. L'appareil type, 'amateur, pour la lilhophotographie est l'aulocopiste photographique, dans lequel le support de la planche n'est autre chose qu'une feuille de parchemin végétal enduite sur l'une de ses faces d'une mince couche de gélatine. Lorsqu'on insole cette feuille au travers d'un négatif, toutes les parties correspondant aux noirs de l'image positive sont insolubilisées sous l'action de la lumière, alori que les autres se comportent, sous l'action de l'humidilé, comme la gélatine ordinaire ; on exalte cette pro|)riété |>ar des moyens chimiques, de telle sorte qu'on peut encrer l'image au rouleau comme on le ferait d'une planche lithographique ordinaire. Voy. photogravure.
LITHOPHYTES (du gr. >kt6oç, pierre, et (puxov, plante), productions marines qui tiennent de la pierre par hîur dureté et de la plante par leur forme. Les anciens naturalistes donnaient ce nom aux Madrépores et surtout aux Polypiers arborescents, tels que les Coraux, dans l'opinion qu'ils appartenaient au règne végétal. Voy. polypes.
LITHOSPERMUM. Voy. grémil et orca.nète.
LITHOTOMIE (du gr. XîOoî, pierre, et TOfiTJ, section), opération par laquelle on extrait la pierre de la vessie; on l'appelle aussi Cystotomie. Voy. taille.
LITHOTRITIE (du gr. îâôo;, pierre, et du lai. ierere, supin tritum, broyer), ou litiiothu-sie, opération par laquelle on broie la pierre dans la vessie, eu y inlroiluisant un instrument par le canal de l'urètre.
C'est par l'appareil instrumental droit que l'ai't de broyer la pierre a été établi. Aujourd'hui l'appareil courbe est seul usité. Il se compose de 2 branches glissant l'une sur l'autre, avec lesquelles l'écrasement peut se produire soit par pression graduée à l'aide d'un volant, soit par percussion au moyen d'un marteau.
LITHOTYPOGRAPHIE
LITTÉRATURE
Connue des Arabes dès le xii* siècle, indiquée au xvi»
rar Sanclorius, l'idée de la litliotrilie était tombée dans oubli. Elle fut reprise de nos jours par le médecin bavarois Gruilhuisen; mais ce savant avait abandonné cette idét\ sans avoir rien tenté pour l'appliquer, lorsqu'en 1822 Leroy d'Etiolles présenta à l'Académie de médecine un ingénieux appareil de son invention pour le broiement de la pierre, en même temps qu'Amussat faisait connaître son brise-pierre à encliquetage ; ce fut toutefois Civiale qui eut l'honneur d'exécuter le premier le broiement de la
Çicrre sur l'homme vivant. Heurleloup, Amussat, Mercier, hompson, Bigelow, Guyon ont perfectionné la litholritie. Bigclow a montré qu'au lieu Je séances successives et courtes, il était avantageux de faire une séance prolongée, a condition de faire en une seule fois le broiement et l'évacuation du calcul. La mortalité auj. n'est plus guère, entre des mains habiles, que de 2 p. 100.
LITHOTYPOGRAPHIE. Un des procédés de la lithographie consiste à obtenir une planche lithographique non en écrivant ou en dessinant sur une pierre à l'aide de l'encre grasse, mais en y décalquant une impression quelconque à l'encre grasse obtenue sur un papier encollé spécialement a cet effet. Lorsque cette impression provient d'une planche typoicrapliique, on donne le nom de litholypographie à l'impression obtenue sur la planche résultant de ce décalque. Ce procédé, indiqué et essayé par Senefelder, est auj. d'un usage courant dans les imprimeries lithographiques ; on le désigne aussi sous le nom A'impi-ession anastallique lorsqu'il s'applique à la reproduction d'anciens textes imprimés. Le report lithographique s'opère alors à l'aide du calque des pièces originales, dont le papier, imbibé d'une préparation chimique, permet l'encrage à l'encre grasse des traits ou dessins qu'il porte.
LITIÈRE (du b.-lat. lectaria; de lectus, lit), sorte de voiture ou de chaise à porteurs, ordinairement couverte,
Sortée sur deux brancards llexibles, soit par deux bêtes e somme, l'une en avant et l'autre en arrière, soit à bras d'hommes. — Les Romains se servaient de litières pour voyager. Ils avaient des litières découvertes, des litières fermées, des litières à portières. Les litières ont été longtemps aussi en usage chez les modernes. De nos jours, on n'en voit plus guère qu'en Orient, notamment dans les Indes, où elles sont connues sous le nom de palanquins. Voy. ce mot.
LITIÈRE, lit de paille qu'on répand dans les écuries, les étables, les bergeries, sous les chevaux, les bœufs, les moutons, etc., pour protéger ces animaux contre le froid et leur permettre de se coucher, et en même temps pour absorber leiu"s excréments. La litière, en se mêlant à la fiente et à l'urine de ces animaux, devient la base du meilleur fumier.
LITIGE (du lat. litigium), synonyme de contestation ou procès. On appelle litigant celui'qui conteste en juslice, et litigieux ce qui peut faire l'objet d'un débat.
Voy. RETRAIT.
LITISCONTESTATION. On appelait ainsi, en Droit romain, le moment où le procès s'engageait. Ce nom vient de ce qu'on en prenait alors les assistants à témoin [litem contestarv .
LITISPENDANCE (du lat. lis, li lis, procès, et pendere, être pendant), instance qui n'a pas encore été terminée par un jugement ou par un arrêt souverain. Ce mot se dit aussi de la durée du procès, du temps consacré à l'instiniction de la cause. Mais il signifie en général l'existence simultanée de deux actions entre les mêmes parties qui ont le même objet, et qui sont portées devant deux tribunaux dilférents. Le Code de procédure (art. 171 et 365) indique la marche à suivre dans les cas de litispendance.
LiTORNE, espèce de Grive à tête cendrée*
LITOTE (du gr. XiTÔrriç, petitesse) ou diminution, figure de Rhétorique qui consiste à employer une expression plus faible pour faire comprendre qu'on pourrait en employer une iuliniment plus forte : Va, je ne te hais pas f pour « je t'aime ardemment > ; Ils ne s'aiment pas, pour « ils se détestent ».
LITRE (de litron, anc. mesure de capacité). C'est, dans le Système métrique, l'miité principale de capacité tant pour les liquides que pour les substances sèches. Sa capacité est relie d'un décimètre cube. Les multiples usités sont le (/rta/?0-e et l'Aec/o/i'/re, qui valent respectivement i 10 litres et 100 litres: les sous-multiples sont le décilitre et le centilitre, qui valent le 10° et le iOO« du litre. Dans
la pratique, la loi autorise la fabrication des mesures matérielles égales non seulement au litre et à ses multiples et sous-multiples usités, mais encore à leur double et à leur moitié. Ces mesures matérielles ont la forme de cylindres dont la hauteur est éçale au diamètre de la base s'il s'agit des grains, ou double du diamètre de la base si elles sont destinées aux liquides autres que le lait. — Lors de la création des nouvelles, mesures, en 1793, le litre fut un instant désigné sons le nom de cadil.
LITRE [ponr listre; de lista, bande), ceinture funèbre.
Voy. CEINTURE.
LITRON (du b.-lat. litra; du gr. Xt'xpa), ancienne mesure de capacité pour les grains. Le litron contenait 40 pouces cubes (0 bt. 813). 11 fallait 12 blrons pour im boisseau. En prenant le litre pour unité, le litron vaut 0,813.
LITTÉRAL (du lat. litteralis). Voy. algèbre.
En Théologie, on oppose, en parlant de l'Ecriture, le sens littéral au sens allégorique ou mystique. Voy. mystique.
En Linguistique, en parlant du grec, de l'arabe et de quelques autres langues, on entend par langue littérale la langue ancienne et écrite, par opposition à la langue moderne et vulgaii'e. — Une traduction, une version est littérale lorsqu'elle est faite mot à mot; un conMnentaire est littéral lorsqu'il suit le texte mot par mot.
LITTÉRATURE, lettres, belles-lettres (du lat. liltera, lettre, écriture, et litteratura, alphabet, grammaire). Ces divers noms désignent à la fois : 1° l'art de produire les œuvres d'esprit, spécialement celles de la poésie et de l'éloquence; 2' l'ensemble des productions littéraires d'une nation, d'une époque ; 5° la connaissance des règles qui doivent diriger les écrivains, l'étude et la critique des œuvres littéraires; 4" l'histoire des œuvres de l'esprit humain. — Lettres est souvent opposé à Sciences. Unies, les lettres et les sciences embrassent tous les objets d'étude, et forment l'ensemble complet de la culture intellectuelle.
Considérée selon les matières dont elle s'occupe, la Littérature comprend : X" la Poésie et ses nombreux genres; 2» V Eloquence, sous quelque forme qu'elle se produise; 3° V Histoire; ¥ la Philosophie et la Littérature scientifique ; 5° les études qui s occupent des langues, instruments de toute littérature, la Grammaire, la Philologie, la Linguistique; 6" enfin celles qui ont pour but d'imposer des règles aux œuvres de l'esprit, ou d'en apprécier la valeur : Rhétorique, Poétique, Critique littéraire, Estliétique [Voy. ces noms). — Considérée selon les temps ou les pays, la littérature peut se diviser en L. grecque, L. romaine, L. française (moyen âge, xvi° s., xvii* s., xviii" s. et XIX* s.), allemanàe, anglaise, espagnole, italienne, etc., que nous allons examiner successivement.
Littérature grecque. La poésie est vieille en Grèce comme la Grèce elle-même. Après une première période, qu'on a appelée période mythique, elle brille vers le X* siècle avant notre ère, dans la période homérique, d'un éclat incomparable. Elle crée l'épopée héroïque, l'épopée didactiaue et l'épopée religieuse. Elle lègue au monde les noms d'Homère et d'Hésiode et elle exei-cei-a, grâce à VIliade et à VOdyssée, une grande influence sur le développement de l'esprit grec tout entier. — La période suivante, qui a reçu le nom de période attique parce que Athènes a été pendant ce temps le centre où se sont produites les œuvTes bttéraires et artistiques les plus éclatantes, est l'époque la plus brillante de la littérature grecque. La poésie lyrique est créée sous ses diverses formes : élégie, avec"^ Callinos, Tyrtée, Mimnernie. Solon et Théognis; poésie ïambique avec Archiloque et Simonide d'Amorgos; ode, représentée par Alcée, Sapho, Anacréon; poésie chorale avec Alcman, Stésicliore, Simonide de Céos et surtout Pindare, le plus grand des lyriques grecs. La poésie dramatique naît du dithyrambe, et le théâtre, après quelques années d'essai, produit successivement Eschyle, Sophocle, Euripide, dont les grands noms dominent l'histoire de la tragédie grecque, et Aristophane, le plus grand poète comique de l'antiquité. Cette époque voit aussi naître et se développer la prose, sous le triple aspect de l'histoire, de l'éloquence et de la philosophie. Les Histoires d'Hérodote sont le premier monument considérable qui nous soit resté de la prose grecque; mais la critique manque encore à l'œmTC du Père de l'histoire. C'est Thucydide, le plus illustre des historiens grecs, qui va donner à ce genre un caractère plus sévère et plus scientifique. Xénophon le continue sans l'égaler. Au v* et
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LITTERATURE
au IV* siècle, l'éloquence se développe rapidement dans les trois genres, politique, judiciaire et d apparat. C'est Dômoslliène qui répand sur la tribune le plus d'éclat, et Escliiiie est son rival en éloquence comme en politique. La philosophie, qui était jusque-là la science universelle, devient une science particulière avec Socrate, qui fonde l'école spiritualiste. Platon fonde l'Académie, école où il expose sa philosophie idéaliste. Aristote applique à toutes les connaissances la méthode d'observation et d'analyse.
— La période alexandrine, dans laquelle Alexandrie est devenue, après la chute d'Athènes, le centre intellectuel, est le règne des érudits en poésie comme en prose. Théocrite est le seul qui, par ses Idylles, ait mérite le nom de poète. — Au 11° siècle avant notre ère, Rome devient la maîtresse du monde. Alors commence la période romaine, qui produit quelques œuvres remarquables, mais peu originales. Polyoe conçoit une sorte d'histoire universelle, dont il reste une partie considérable; Plutarque écrit les \ies des grands hommes, et Lucien rivalise d esprit et de style avec les plus parfaits prosateurs de l'ancienne Athènes. — Mais une nouvelle force, le christianisme, est apparue dans le monde intellectuel et avec elle une nouvelle littérature, la littérature chrétienne. Elle brille surtout au IV" siècle; c'est alors que s'ouvre la période des Pères de l'Eglise, dont le plus célèbre est St Jean Chrysostome. — La dernière période, la période byzantine, ainsi nommée parce que Byzance fut le centre où la littérature grecque produisit ses principales œuvres, se fait remarquer
Ear une fécondité élégante mais dépourvue d'originalité, e roman, l'histoire, 1 érudition, la philosophie sont surtout cultivés. La prise de Constantinople en 1453 disperse dans l'Europe les dernière représentants de la littérature grecque et c'est leur influence qui fera revivre en Occident l'étude de l'antique littérature.
Littérature romaine. La littérature romaine n'est pas le
rroduit du sol latin : elle ne s'est développée que sous action d'une influence étrangère; elle est le fruit de l'imitation. Les Romains, plus propres à l'action qu'à la conception artistique, restent cinq siècles sans littérature. De ['époque des origines, qui s'étend de la fondation de Rome à Livius Andronicus (754-240 av. J.-C), il ne reste rien ou presque rien : des formules de prières, des textes de lois ou de traités, des inscriptions, etc., mais ces documents n'ont, à proprement parler, aucune valeur littéraire.
— Dans l'époque suivante, qui est l'époque de formation (240-84 av. J.-C), Livius Andronicus introduit à Rome la tragédie et la comédie, et à côté d'elles naissent l'élo-
3uence, l'histoire, la satire ; mais, en dehors de Plante et e Térence, nous n'avons conservé de cette époque que des fragments. — Vient ensuite l'époque de perfection (de 83 av. J.-C. à la mort d'Auguste, 14 ap. J.-C). Elle se subdivise en deux parties : 1° la période de Cicéron. Elle donne deux grands poètes, Lucrèce et Catulle. Mais c'est dans la prose que réside la gloire littéraire de cette période Iroublée par la chute de la république et l'établissement du régime impérial. Cicéron est le plus illustre représentant de la littérature à son époque par le nombre et la variété de ses ouvrages comme par la perfection de son style. Rhétorique et philosophie, éloquence politique et judiciaire, correspondance, histoire, traductions, poésie, Cicéron a cultivé tous les genres. César et Salluste font faire à l'histoire d'immenses progrès. 2° Le siècle A' Auguste. C'est le siècle littéraire par excellence. La littérature prend dans l'esprit des Romains la place qu'y tenait la politique, et Auguste, admirablement seconde par Mécène, se fait le protecteur des lettres. La prose tombe du premier rang au second. La poésie répond mieux aux dispositions nouvelles de la société romaine. — La poésie est représentée par Virgile, le plus grand des poètes de cette époque, Horace, TibuUe, Properce, Ovide; la prose par l'historien Tite-Livc. — L'époque de décadence peut se diviser en deux périodes : la l'* va de la mort d'Auguste à celle de Marc-Aurèle (180 ap. J.-C); la 2", de la mort de Marc-Aurèle à la chute de l'empire d'Occident. — La 1" période compte encore des écrivains brillants; mais ils manquent plus ou moins du goût qui distinguait les œuvres de l'époque d'Auguste. En poésie, le genre dramatique en est réduit à des exercices d'école ou à des lectures publiques, ou encore à la représentation de mimes et de pantomimes. Les tragédies de Sénèque ne sont pas faites pour la scène. La satire et l'épigratmne produisent, l'une Perse et Juvénal, l'autre Martial. L'épopée est repré-
sentée par Lucain, Valérius Flaccus, Silius Italiens et Stace. — Les genres en prose ont des écrivains illustres. Sénèque le philosophe, (fausses Traités et dans ses Lettres, répand la morale stoïcienne, et l'histoire trouve dans Tacite son représentant le plus brillant. Mais les signes de décadence se multiplient, et le maître de Pline le jeune, Quintilien, lutte en vain contre le mauvais goût. La période suivante (180-476 ap. J--C.) n'occupera que peu de place dans l'histoire littéraire. C'est vers le Christianisme qu'il faudrait se tourner pour trouver une véritable activité littéraire. Mais la littérature classique est faiblement représentée par des poètes comme Claudien, par de» prosateurs comme Apulée et Macrobe. La décadence est sensible partout. Les langues et les littératures modernes se dégageront de la confusion générale; pour la littérature latine, elle s'épuise et meurt.
Littérature française. Période du moyen âge. Les œuvres littéraires font leur apparition au xi" siècle, et en France, comme partout ailleurs, c'est la poésie que nous trouvons à l'origine de notre littérature. La forme de l'épopée se manifeste la première. Les chansons de geste [Voy. ce mot) célèbrent les guerres nationales sous la conduite des rois, les luttes de la féodalité contre la royauté, ou les guerres des barons entre eux; la Chanson de Roland est la plus ancienne et la plus belle de ces productions; les romans bretons nous montrent l'idéal chevaleresque; les poèmes du cycle antique [Voy. cycle) racontent à la façon du moyen âge les exploits cfes iiér« de l'antiquité. — La poésie lyrique se constitue au xii° siècle. Purement française d'abord avec une inspiration voisine de l'épopée, elle emprunte ensuite à l'art provençal la chanson proprement dite et s'inspire généralement de l'amour. Le principal mérite de cette poésie, où brilla surtout Thibaut de Champagne, est dans la perfection de sa l'orme et la variété savante de ses rythmes. Elle exercera une grande influence sur l'Allemagne et l'Italie. — La poésie satirique, didactique et allégorique est en grand honneur vers la fin du xii» siècle et surtout au xiii° (fableaux, où l'on voit une vive peinture de la société du moyen âge ; Roman de Renart, Roman df la Rose). La littérature dramatique jette un grand éclat. Originale dans sa formation, elle ne doit rien à l'antiquité. Né dans l'Eglise, le drame sort ensuite sur la place publique, et donne déjà au xiii" et au XIV* siècle quelques œuvres de valeur; il brille surtout au xv« avec les mystères, les farces, les moralités, le» soties, et donne au moins un chef-d'œuvre, Palhelin.
La prose française, sacrifiée jusque-là au profit du latin, fait son apparition au xii" siècle aans des sermons et traductions. L histoire est à son tour écrite en langue vulgaire au xiii" siècle par Villehardouin et Joinville, et dans le siècle suivant Froissart donne ses Chroniques.
Dans la littérature française du moyen âge se marquent en traits déjà bien distincts plusieurs des qualités les plus frappantes du génie français : le bon sens, l'esprit, la malice, la bonhomie fine, la grâce légère et le l)onlieur de l'expression vive et juste. En somme, le grand intérêt de cette littérature, ce qui en rend surtout la lecture attrayante et fructueuse, c'est qu'elle nous révèle mieux que tous les documents historiques l'état des mœurs, des idées, des sentiments de nos aïeux pendant cette période.
Seizième siècle. Le xvi« siècle est une époque de transition et de rénovation dans l'histoire de notre littérature. Un groupe de poètes jeunes et ardents [Voy. i'lkiade) s'efforce d'enrichir la langue et de renouveler finspiration
[•oétique en puisant aux sources de l'antiquité grec(|ue et atine et en restaurant tous les genres antiques. C'est ce qu'on a appelé la Renaissance. Ronsard est le chef de cette nouvelle école et doit être considéré comme le véritable fondateur de la grande poésie.
En prose, les grands écrivains sont nombreux et leurs œuvres se distinguent par leur caractère individuel. Ce sont des conteurs (Rabelais); des traducteurs (Ainyol) ; des auteurs de Mémoires fMonluc et Brantôme) ; des moralistes (Montaigne, La Boëtie] ; des érudits (H. Esliennc, E. Pasquier). On y voit même des théologiens, comme Calvin, car la Réforme aide puissamment au développement de la prose par les idées nouvelles qu'elle apporte, les discussions qu'elle soulève, et qui, s'adressant à tout le public, nécessitent l'emploi de la langue commune.
Il manque toutefois à celte langue et à cette littérature la régularité et surtout le goût. Les mots trop abondants étoulfent parfois le sens ; la phrase est chez quelques écri-
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vains surchargée de latuiisraes et H. Estienne proteste déjà contre le débordement de l'italianisme. Un travail d'épuration est nécessaire ; ce sera l'œu^Te de Malherbe.
Dix-septième siècle. C'est l'époque de la littérature classique. Ce qui la caractérise, c'est la tendance à faire de la raison la faculté souveraine en matière littéraire. De là la prédilection du xvii* siècle pour les études générales et abstraites, et son succès dans les genres qui vivent de l'étude générale du cœur humain. De là aussi son mépris pour le monde extérieur, pour tout ce qui louche aux divers aspects de la nature physique. Sa littérature est essentiellement psvchologique.
La littérature classique n'atteindra son parfait développement que dans la 2* partie du siècle, après une période de préparation marquée par la décroissance des influences italienne et espagnole, par les progrès de l'autorité en littérature et jiar Ta lente formation de l'esprit classique (réforme de Malherbe, Hôtel de Rambouillet, fondation de l'Académie française en -1635). Balzac fait faire à la langue française sa rhétorique, donne les premiers modèles d'une prose oratoire et prépare la voie à l'auteur des Provinciales. Descartes crée la langue de la philosophie et donne le modèle de la clarté parfaite, de l'ordre et de la précision continue. P. Corneille donne déjà les œuvres immortelles qui lui ont valu le nom de « père de la tragédie française ». Vient enfin la période où les chefsd'œuvre s'accumulent et où tous les genres semblent ïticindre la perfection : la comédie avec Molière, la tragédie avec Racine; l'apologue avec La Fontaine; la poésie utirique et didactique avec Boileau ; les Mémoires avec le cardinal de Retz; les études morales avec La RochefoucauU et La Bruyère; l'éloquence de la chaire avec Bossuet, Bourdaloue, Fénelon; le genre épistolaire avec Mme de Sévigné. C'est la plus belle époque de la littérature française.
Dix-huiliènte siècle. La poésie est en pleine décadence. Les versificateurs abondent, mais les poètes sont en bien
' nombre. Tout se réduit à l'application mécanique de convenues. — La tragédie est épuisée et ne va plus
que d'imitation. Elle ne brille encore de quelque
éclat que dans Voltaire. — La comédie, représentée par quelques écrivains de talent (Regnard, Lesage, etc.), manque également d'originalité et ne cherche son succès que dans l'imitation de Molière. Le xviir" siècle se montre toutefois novateur : dans le roman, qui naît de la tragédie amoureuse de Racine et de l'opéra de Quinault (Marivaux, gui liinne son nom à un genre nouveau, le marivaudage, . l'abbé Prévost, Gresset) ; dans le drame, qui se des doctrines de La Chaussée, de Diderot, de lirmiiiarcliais; dans la poésie lyrique, renouvelée par A. t^hénier.
Mais l'honneur du siècle et ses titres véritables sont dans les œuvres qui relèvent surtout de l'esprit critique et scientifique, de l'observation, du raisonnement. Un esprit nouveau anime cette société dans laquelle il faut tenir rompte d'une puissance nouvelle, l'opinion publique, qui prend naissance dans les salons de l'époque. La littérature va servir à le propager. Les philosophes vont diriger contre l'ancien ordre de choses une lutte violente, et l'un des instruments les plus puissants de cette œmTe de destruction est l'Encyclopédie. En philosophie, elle tend à niiiicr la dtictrine spiritualiste au profit du sensualisme; en religion, l'autorité du dogme; en politique, les institutions établies. Elle résume les tendances de l'époque (Diderot, d'Alembert,Condillac, llelvétius, d'Holbach, etc.).
Des écrivains de celte époque, qui compte des écrivains comme BufTon et Montesquieu, lequel a créé chez nous la scionce de l'histoire appliquée à la politique et au gouveril des hommes, le plus grand est Voltaire. Mais celui r la nature de son talent et de ses idées a le plus sur ré|)oque qui a suiW et dont l'esprit a, pendant un demi-siècle, animé toute notre littérature, c'est J.-.r Rousseau. Il a préparé la renaissance du sentiment ux, réveillé le sentiment de la nature, préparé "n de la poésie lyrique en développant le sentiment 1 > (lersonnalité humaine, et fourni aux chefs de la Révolution française ses théories politiques basées sur le principe dune égalité absolue.
Dijr-iteuvième siècle. Après la révolution politique qui cl"il le xviii" siècle, nous allons avoir au xix* une révolution littéraire. L'imagination et le sentiment religieux Renaissent. De là le développement de la poésie lyrique et
du roman. En même temps les sciences prennent chaque jour plus d'importance: de là la formation des genre» littéraires qui touchent le plus aux sciences par leurs méthodes : l'histoire, la critique.
Le grand initiateur de la littérature au xix* siècle est Chateaubriand. Dans le Génie du Christianisme il pose les règles d'une poétique et d'un art nouveau. Ecartant les anciennes règles devenues im pur mécanisme, il veut qu'on aille chercher son ùispu-ation dans le christianisme, le moyen âge, l'art gothique, l'histoire nationale et les littératures italienne, anglaise, allemande, etc. Après lui, Mme de Staël, dans son livre sur l'Allemagne (1810), pose ce principe, d'où est née la critique moderne, historique et littéraire, que pour bien comprendre un pays ou un homme il faut se placer par la science et 1 imagination dans les conditions où cet homme et ce pavs ont vécu.
Des théories de Chateaubriand est sorti le Romantisme, école qui s'insuree contre les règles que l'autorité des grands écrivains du xvii" siècle avait consacrées, formule le principe de la liberté dans l'Art et réussit à briser les I moules classiques. Par là, les romantiques font œuvre d'affranchissement, et tous les genres : poésie, théâtre, roman,, histoire, critique, vont être renouvelés. C'est Lamartine qui, dans ses Méditations (1820), a élevé le premier monument de la poésie lyrique moderne ; mais le grand ouvrier de la transformation que subissent la langue et le vers est V. Hugo, le chef reconnu du mouvement romantique. A. de Vigny nous a donné nos meilleures poésies philosophiques, et A. de Musset a chanté avec un charme pénétrant les émotions douloureuses d'une âme malade et troublée. — Les poètes du Parnasse contemporain ont, à la suite de I,econte de Lisle, cherché dans les raffinements de la forme un élément nouveau. De nos iotffs enfin, avec quelques autres groupes, décadents, symbolistes, etc., la poésie semble chercher une orientation différente. — Le théâtre romantique a trouvé sa formule dans la Préface du Cromwelt de V. Hugo. Peindre l'homme complet, c.-à-d. le beau et le laid, le sublime et le grotesque, tel sera l'objet du drame. La règle des unités est fausse et arbitraire; la seule unité vTaie est l'unité d'ensemble ou d'impression. Mais l'école romantique n'a pu donner un seul drame égal en valeur aux chefs-d'œuvTe de Corneille et de Racine, malgré le talent du chef et de quelques-uns de ses disciples,
La comédie proprement dite, qui languit depuis le xvni* siècle, seinble ensuite céder la place au vaudeville de Scribe, où il ne faut chercher ni style ni étude de mœurs, et reparaît avec éclat avec E.Augier et Damas fils; c'est une comédie dramatique enveloppant une thèse morale dans la peinture exacte des mœurs contemporaines. Le fait important en ces dernières amiées dans l'histoire du genre dramatique a été la fondation d'un théâtre libre, fondé pour établir l'art réaliste; mais la tentative ne paraît pas avoir répondu aux espérances de son auteur. — Le Roman, ce dernier-né des genres littéraires, va prendre dans notre siècle im énorme développement et menace d'absorber la littérature tout entière. V. Hugo et Dumas ont doimé le roman historique ; G. Sand, le roman de passion, démocratique, champêtre; E. Sue, le roman populaire. Stendhal (Beyle) occupe une place à part. Balzac [Comédie humaine), en pmsant ses sujets dans l'analyse et la copie des types de la vie réelle, a devancé les tendances de notre époque et peut passer pour le père du réalisme contemporain. Gustave Flaubert a écrit le chefd'œuvre de l'école réaliste. Cette école, en s'exagérant, est devenue l'école naturaliste, dont le maître cet M. Emile Zola. Ed. et J. de Concourt ont exercé aussi une grande influence par la manière d'écrire qui leur est propre et qu'on a appelée le style impressionniste. A. Daudet a joui non moins que E. Zola de la faveur du public, due à ses grandes études de mœurs contemporaines. Signalons encore Guy de Maupassant, Bourget, Loti, etc.
!.« renouvellement des études historiques est une des principales conquêtes de la littérature au xii" siècle. L'histoire acquiert les deux qualités qui lui manquaient : le sens du passé, c'est-à-dire l'imagination et la critique. Doux courants se distinguent : les uns, tels que Guizot, s'apjiliquent en hommes d'Etat à dégager la philosophie de l'histoire ; les autres, comme A. Thierry et Michcict, un historien doublé d'un poète, cherchent à faire revivTe les siècles passés, à représenter les mœurs des générations disparues. Il faut citer encore E. Renan qui fait entrer dans la litlérî-
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ture les études de l'exégèse ot do l'histoire religieuse ; Taine qui, dans ses Origines de la France contemporaine, applique avec celai les idées de la philosophie positive à l'hisloire ; Fuslel de Coulanges, etc.
A la suite de l'histoire, toute l'érudition, toutes les parties de l'archéologie et de la philologie apportent leur contribution (Perrot, A. Croiset, G. Uoissier, etc.). Aux progrès de l'histoire est encore lié le renouvellement de la critique littéraire. Villemain, le premier, substitue à la critique idéaliste et dogmatique, brillamment représentée par D. Nisard, la critiquo fondée sur la connaissance de l'histoire. Mais celui qui a été le maître incontesté de la critique de 1840 à ]8()5 environ, c'est Sainte-Beuve,
Îui se pique de taire YHisloire naturelle des esprits. aine, à son tour, va plus loin que Sainte-Beuve et fonde sa critique sur ce principe que la littérature est déterminée par trois causes générales : la Race, le Milieu, le Moment, doctrine qui a le tort de ne pas tenir un compte suffisant de la nature individuelle. Ces grands maîtres ont laissé de brillants élèves dans MM. Brunetière, F. Lemaître, E. Faguet.
Littérature allemande. — La littérature allemande peut se diviser en trois périodes en prenant pour point de départ l'histoire de la langue. La i" va des origines aux croisades; de cette époque datent des œu\Tes plus intéressantes pour l'étude des mœurs et de la langue que pour l'histoire littéraire. Citons la traduction de la Bible en
?othique par Ulfilas, le chant de Hildebrandt, le Heiand, et VHarmonie des Evangiles d'Ottfried.
Les Croisades, le développement des sentiments chevaleresques, l'influence de la littérature française caractérisent la période littéraire suivante (1150-1500). L'épopée y est représentée par des poèmes nationaux : les Niebelungen et le Gudrun, et par des œuvres qui cherchent leur inspiration dans les épopées françaises. La poésie lyrique [Minnesang] a son principal représentant dans Walther von der Vogelweide, le poète le plus brillant de cette époque. Vers l'an 1500, la veine poétique se tarit, le genre satirique prend naissance, et le drame, religieux d'abord, laïque ensuite, se développe.
La 3° période, période de l'allemand moderne, peut se diviser en deux parties : la X"", de Luther à Kiopstock (1500-1748); la 2% de Kiopstock à la mort de Gœthe (1748-1852). Dans la 1"^, la langue allemande moderne se précise (traduction de la Bible par Luther en 1554). C'est l'époque de l'humanisme et de la Réforme. Les principaux auteurs sont Luther, le fécond Hans Sachs, les satiriques Brant et Fischart. Après eux quelques auteurs d'un talent inférieur cherchent surtout à conserver à l'allemand son rang de langue littéraire. Ce sont d'abord Opitz, puis Gottsched et ses adversaires Bodmer et Breitinger. Il faut arriver jusqu'à la 2° période avec Kiopstock pour trouver un poète. A partir de cette époque, le talent souple et facile de Wieland, la critique pénétrante de Lessing, les idées fécondes de Herder sur l'humanité et la poésie des peuples amènent l'apogée de la littérature, dont le génie le plus puissant est Gœthe et après lui Schiller.
A côté de Gœthe et de Schillix se développe vers 1800 l'école romantique (les frères schlegel, Brentano, Tieck, Kleist), et plus tara le groupe de la jeune Allemagne, (Heine, Borne, Gutzkow, Laune). L'année 1813 voit éclore la poésie nationale (Arndt et Kôrner, Rtikert). Uhland et le groupe souabe (Lenan, Rûkert, Platen, Grillparzer et Geibl) continuent la tradition classique de Gœthe et de Schiller.
De nos jours il est difficile de grouper les auteurs par écoles; le roman prend un développement prépondérant (Freytag, Heyse, Spiclhagen, etc.) ; les auteurs dramatiques imitent ou traduisent les auteurs français; on constate toutefois dans ces dernières années un effort vers l'originalité de l'inspiration.
Il convient aussi de signaler l'influence qu'ont exercée sur toutes les littératures modernes les idées. philosophiques, esthétiques et littéraires de l'Allemagne; le criticisme de Kant, les Idées de Herder, les œuvres de Gœthe, le pessimisme de Schopenhauer. Signalons aussi le développement qu'ont pris en Allemagne les études historiques avec Mommscn, Ranke, Curtius, Droysen, etc., et les études philologiques avec Bopp, Grimm, Schleicher, Ostholf et Brugmann, Curtius, Dietz, etc.
Littérature anglaise. La littérature anglaise peut se diviser en cinq périodes principales :
La première période comprend les origines et va jusqu'au règne d'Llisabcth. La première œuvre de quelque importance qui nous reste de cette époque est le po(';me anglo-saxon, d'un caractère encore païen, le Beowulf (tin du vr siècle). Le christianisme donne à la poésie un caractère nouveau. Bède le Vénérable et le grand Alfred (848- 901) en favorisent le développement, qui est brusquement arrêté par la conquête normande (1006). Il y aura dès lors pendant quelque temps une littérature franco-normande à côté d'une littérature latine et d'une littérature anglosaxonne (légendes d'Arthur, du roi Lear, etc., écrites en latin par Geoffroy de Monmoulh). La fusion des deux éléments saxon et franco-normand produit l'anglais, et Chaucer (1328-1400) est le premier grand écrivain de la littérature anglaise. Il connaît Dante, Pétrarque et Boccaee, et ses œuvres sont une vive peinture de la société féodale en Angleterre au moyen âge. Les Contes de Canterburij sont regardés comme son chef-d'œuvre. — Les discordes et les guerres civiles font du xv" siècle un siècle de confusion et de transition. Toutefois quelques poètes, le satirique Skelton, et après lui, au commencement du xvi* siècle, Jhomas Whyatt et Surrey, qui ont puisé en Italie le culte de la forme poétique, annoncent une époque plus brillante.
Ce sera la deuxième période, qu'on a appelée le siècle d' Elisabeth. C'est le premier âge classique, l'âge d'or des lettres anglaises. Cette époque se distingue par l'originalité et la fécondité de la pensée, la perfection de la forme et le grand nombre des talents. Tous les genres de jwésie sont créés ou renouvelés et y parviennent en mèine temps à leur complète maturité. Lyly en 1579 dans son Euphues [Euphuisme], et Sidney à&nsssi Défense de la Poésie, en 1580, tracent les règles du style. Un grand poète, Edmond Spencer (1552-1599), donne avec la Reine des Fées une œuvre poétique dont le mérite est dans le style autant que dans l'invention. A côté de lui, quelques poètes d'un rang inférieur nous ont laissé des poésies amoureuses, patriotiques ou morales. Mais le genre qui brille surtout dans cette période, c'est le drame représenté par Shakespeare. Celui-ci eut des prédécesseurs, dont le plus important est Marlowe {Faust) ; mais sa gloire éclipse celle de tous «eux qui l'ont précédé comme celle de ses contemporaiiis et de ses successeurs (Beaumont, Fletcher, John Ford, Shirley, etc.).
La prose est loin d'être à la hauteur de la poésie et surtout du théâtre ; la philosophie jette pourtant un vif éclat avec l'illustre chancelier Bacon qui pose dans le Novum organum, écrit en latin, les règles de la méthode expérimentale.
La troisième période (1649-1689) peut passer pour une époque de transition. La littérature anglaise durant ces
auarante années semble vouloir renoncer à la vigueur 'imagination et à l'heureuse originalité de l'âge précédent ; elle nous otVre pourtant quelques grands noms, ceux : de Milton, que son Paradis perdu a fait comparer à Homère et à Dante ; de Dryden, qui, par la riche variété de ses talents, sert de transition entre Milton et Pope ; de Locke, que l'on peut considérer comme le père du sensualisme moderne ; du chaudronnier Bunyan, dont le Voyage du Pèlerin eut, à son apparition, un succès prodigieux. On peut citer aussi Samuel Butler (1612-1680), qui dans son Hudibras se fit le champion de la Restauration en bafouant les républicains après leur défaite.
La quatrième j)ériode comprend d'abord les règnes de Guillaume III, d'Anne et de George I" (de 1689 à 1727). C'est le 1" âge classique de la littérature anglaise, qu'on a appelé aussi le siècle de la reine Anne. La critique contemporaine ne professe plus la même admiration pour les poètes de cette époque, qui brillent par la correction et la recherche de l'élégance plus que par l'imagination et l'originalité ; Pope en est le chef reconnu. Mais la prose atteint un degré de perfection qu'elle ne connaissait pas encore avec Addison qui, dans le Spectator, donne tout son éclat à un genre nouveau, créé par Steele, celui de l'Essai périodique ; avec Daniel de Foë qui inaugure le roman moderne dans son Robinson Crusoé; avec le satirique Swift. Dans la 2" partie du xviii» siècle, c'est le roman qui a la part la plus considérable : roman de mœurs avec Ricliardson, i Fielding et Goldsmith, roman humoristique avec Sterne. L'économie politique apparaît avec Adam Smith [Richesse des nations]. L'histoire est représentée par Hume, 1' bertson et Gibbon. En poésie on se fatigue du genre fat' de Pope; Thomson donne les Saisons et Youiig écrit Nuits dont la tendance mélancolique s'accentue tl
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Cowper et Burns. On étudie les anciennes ballades ; le goût ! ies antiquités nationales provoque la célèbre supercherie de Macpiiei-son, Ossian.
CiiKpiiènie période [xix* siècle). La poésie se transforme, ['école romantique apparaît. Elle est représentée par deux groupes : les Lakistes et les Romantiques proprement ^ Sits. Le trait distinctif des premiers est la tendance au'ils : ont à mêler la politique et la poésie et surtout leur ardente ! sympathie pour la cause de la liberté. Coleridge, Southey i et AVordsworth sont les plus illustres d'entre eux. Les seconds, comme les romantiques français, cherchent leur inspiration dans leur cœur, traduisent les émotions les plus sincères de l'homme et ses sentiments les plus profonds; à cette poésie tout intime se joint une vive sympathie pour les temps du moyen âge. Leurs chefs sont \\alter Scott, [{yron, le plus grand de tous, Moore et Shelley. Le théâtre :ie produit dans cette période qu'un petit nombre d'œuirres remarquables ; la poésie et le roman semblent absorber »utes les forces vives de l'intelligence. En prose, le roman :ontinue à occuper la première place. Walter Scott en est le plus glorieux représentant; on peut citer après lui Buhver, Dickens, Thackeray, G. Eliot, Disraeli, etc. — Signalons en finissant l'influence qu'ont prise, sur le moulement des esprits, des Revues littéraires telles que la Iki'ue d Edinibowg , le Quaterly Beview, le Westminster Geiiew.
LiHéiature espagnole. Liïillénture espagnole se divise en quatre périodes :
La 1" période va des origines au commencement du ïvi* siècle. La poésie épique fait la première son apparition avec le Poème du Cid, le plus ancien monument Îni nous reste de la poésie espagnole (xn' siècle), et les lomances, poésies populaires d'un caractère guerrier, qui sont pour l'Espagne ce que les Chansons de geste ont été pour la France. L inspiration religieuse donne aussi naissance à de nombreux poèmes sur les héros de la foi. Dans toutes ces œuvres se fait sentir l'imitation de notre poésie héroïque. Au xni" siècle, grâce à Alphonse X, auteur d'une Chronique générale d'Espagne, la prose fait des progrès marques. Au xrv« siècle, nous trouvons : le Comte Lucanor, de l'infant don Juan Manuel, collection de nouvelles ou apologues qui rappelle les récits spirituels des fabloaux; la Danse généiale de la mort, attribuée au juif Santo de Carrion; et surtout les œuvres de l'archiprètre de Hita, Jean Ruiz, mélange bizarre d'apologues, d'hymnes religieux, de chansons pastorales et de nouvelles satniques. Au xv* siècle, surtout pendant le règne de Juan II (1405-1454;, fleurit une poésie brillante, imitée dos troubadours de la France méridionale. On voit naître
' une foule de poètes. Mais ils sont inférieurs aux urs de la même époque qui montrent un goût par- .-r pour les œuvres historiques (Fernand Ferez de Gusman et Fernando del Pulgar, le Plutarque espagnol). Sii.nialons enfin l'introduction en Espagne de YAmadis de Gaule, roman de chevalerie dont le succès fut immense dans l'Europe entière
Deuxième période (xvi* et rvn" siècle) Avec le xvi* siècle commence l'époque la plus florissante de la littérature espagnole. J. Boscan, en introduisant dans la péninsule quelques mètres italiens tels que le vers de onze syllabes et celui de sept et à leur suite le sonnet, la canzqne, Yottava rima, la termina, opère une révolution littéraire dont le succès est assuré par son disciple Garcilaso de la Vega. On a donné le nom de Pétrarquistes aux poètes qui, comme eux, ont subi l'heureuse influence de la littérature italienne et particulièrement celle de Pétrarque. Mais la poésie ne tarde pas à s'altérer avec Alonzo de Ledesma et Gongora qui imaginent, lun le conceptisme, l'autre le cultisme ou gongorisme. C'est le règne de l'emphase, du bel esprit frivole et de l'obscurité voulue. C'est le théâtre qui, à cette époque, jette le plus vif éclat. On peut dire que le véritanle poète dramatique national de l'Espagne est Lope de Vega (i562-iti55), génie d'une inépuisable fécondité, qui composa environ 1800 pièces de théâtre, outre des poèmes épiques, didactiques, burlesques, des épitres, des satires, des nouvelles, des pièces fugitives et une quantité innombrable de sonnets. Au ivii« siècle, c'est Calderon qui va occuper la place dominante et avec lui Guillen de Castro, Tirso de Molina, Moreto, de Rojas, Ruiz de Alarcon. Les écrivains Irançais, principalement au xvii' siècle, ont fait de nombreux emprunts aux poètes de cette période. —
L'abus des romans de chevalerie amène le roman pastoral (la Diane amoureuse de Monteraayor) ; il provoque surtout) l'apparition du roman satirique, dont Cervantes nous donne le modèle dans son immortel Don Quichotte. Le même écrivain publie des nouvelles dites del gusto picaresco, genre de roman qui consiste dans la peinture des picaros ou vauriens de bas étage. C'est Ilurtado de Mendoza qui « ouvert cette voie nouvelle avec son Lazarillo de Tormes. A sa suite viennent Mateo Aleman avec son Gusman d'Alfarache et Vicente Espinel avec son Marcos de Obregon, revendiqué à tort par l'Espagne comme l'original de notre Gil Blas. — Cette époque produit aussi des historiens remarquables, tels que Juan de Mariana, Ilurtado de Mendoza, Francisco de Honcade, Francisco Manuel de Melo et Antonio de Solis.
La 3* période, qui comprend le ivra" siècle, est marquiie par une profonde décadence. La révolution politique qui a fait monter sur le trône d'Espagne le petit-fils de Louis XIV est bientôt suivie d'une révolution littéraire. Les écrivains espagnols deviennent pour la plupart afrancesados (francisés). L'initiative et l'originalité ont partout disparu. Ce siècle voit pourtant naître en Espagne la critique proprement dite, avec le P. Isla et Jlayans y Siscar.
La 4* période, ou période contemporaine, se signale par un mouvement de renaissance littéraire qui commence vers 1830. L'érudition et l'histoire, représentées par le comte de Toreno, Gonzalo Moron, Pascal Gayangos, Carsajal, etc., ont produit des travaux fort estimables; le roman a pris aussi une grande importance avec Espronceda, Escosura, Marlinez de la Rosa, etc. Mais c'est surtout au théâtre que la renaissance se fait remarquer. Un groupe d'auteurs dramatiques aspire à s'affranchir de l'imitation étrangère et à fonder un théâtre national. Citons parmi eux : Breton de los Herreros qui rappelle la fécondité de Lope de Vega €t passe pour le meilleur peintre de la bourgeoisie contemporaine; Gil y Zarate, qui est le plus hardi de ces novateurs; Hartzenbusch et ZoriUa dont l'ambition est de faire revivre sur la scène le fier génie de l'antique Espagne.
Littérature italienne. Voy. rtALiENNES (lasgue et littébatcre).
Consulter sur l'Histoire de la littérature : Grecque : 0. Mûller, Histoire de la littérature grecque jusqu'à Alexandre le Grand (trad. de l'allem. par K. llillebrand, 3* éd. 1884) ; A. Pierron, Histoire de la littérature
?recque (3* éd. 1889) ; A. et M. Croiset, Histoire de la ittérature grecque (1887), etc. ; — Latine : Teufi'el, Histoire de la littérature romaine (trad. de l'allem.)-; A. Pierron, Histoire de la littérature romaine (13* éd., 1890), etc.; — Française : Histoire littéraire de la France (publiée par l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres) ; Villemain, Cours de littérature française; D. Nisard, Histoire de la littérature française; Sainte- Beuve, Premiers Lundis, Nouveaux Lundis, Causeries du Lundi, Portraits littéraires et Derniers Portraits, Portraits contemporains; Demogeot, Histoire de la littérature française depuis ses origines jusqu'à nos jours (24° éd., 1892); F. Brunetière, Etudes critiques sur l'histoire de la littérature française (lS9ù), l'Évolution des genres dans l'histoire de la littérature (1892), Essais sur la littérature contemporaine. Histoire et littérature, etc. ; E. Faguet, Etudes littéraires (xvi« au XIX* siècle) (1886-1894) ; Jules Lemaître, les Contemporains : Etudes et portraits littéraires (1886-1892); G. Paris, Histoire de la littérature française au moyen âge (xi" au xiv« siècle) (2* éd., 1890) ; Gustave Lanson, Histoire de la littérature française (1895), etc.; — Allemande : Gervinus, Histoire de la littérature allemande (en allem.) ; A. Bossert, Histoire abrégée de la littérature allemande depuis les origines jusqu'en ISIQ (1891); Demoçeot, Histoire des littératures étrangères : Angleterre, Allemagne, etc.; — Anglaise : St-.\ustia Allibone, Dictionnaire critique des auteurs anglais et américains; H. Taine, Histoire de la littérature anglaise (8* éd., 1892); A. Filon, Histoire de la littérature anglaise depuis ses origines jusqu'à nos jours (1885); E. Hallbei^, Littératures anglaise, slave, depuis leurs origines jusqu'en 1850; Jusserand, Histoire littéraire du peuple anglais (1894), etc.; — Espagnole : G. Ticknor, Histoire de la littérature espagnole (trad. par Magnabal) (1864-1872); J. Demogeot, /fj»<oire des littératures étrangères: Italie, Espagne (2* éd., 1884), etc.