‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 925 sur 1729 · LUNE · texte numérisé non relu

LUNE

particulièrement au culte du St-Esprit ; mais c'est une dévotion libre. — On nomme : lundi gras, le lundi de la semaine où fmit le carnaval ; lundi saint, le lundi de la semaine sainte.

LUNE (du lat. luna), satellite de la terre. Elle décrit autour de cet astre une orbite elliptique en 27 jours 7 h. 43 m. 15 s., 5 : c'est ce qu'on appelle sa révolution sidérale. Elle emploie précisément le même temps à faire une révolution sur elle-même; c'est pour cette raison qu'elle présente toujours la même face à la terre. La lune n'est pas lumineuse par elle-même; c'est ce qui fait que nous ne pouvons en apercevoir que la partie éclairée par le soleil (^oy. ce mot), et que dans le cours de sa révolution elle se montre à nous sous divers aspects ou phases. Lorsque la lune est en conjonction, c.-à-d. entre la terre et le soleil, elle tourne vers nous sa face obscure, et par suite est invisible : on dit alors qu'elle est nouvelle. En avançant sur son orbite, elle montre progressivement sa face éclairée par le soleil; elle se présente alors sous la forme d'un croissant d'abord très délié, puis de plus en

(ilus large. Parvenue à 90° du soleil, elle se montre sous a forme d'un demi-cercle situé à droite de son diamètre : c'est le premier quartier. Lorsqu'elle est à 180" du soleil, ou, comme on dit, en opposition, elle apparaît comme un cercle complet : c'est la pleine lune. Elle décroît ensuite peu à peu en repassant par des phases inverses des premières ; reparaît sous la forme d'un aemi-ccrcle situé à gauche de son diamètre quand elle est à 270° du soleil : c'est le dernier quartier, et redevient invisible, ou nouvelle, quand elle revient entre le soleil et la terre. L'opposition et la conjonction ont reçu le nom commun de syzygies. Les positions qui correspondent au premier et au dernier quartier s'appellent les quadratures. Les positions situées à égale distance des syzygies et des quadratures sont les octants. — La période de temps dans laquelle s'accomplissent les phases de la lune a reçu le nom de révolution synodique. Elle est un peu plus longue que la révolution sidérale, parce que pendant la durée de cette dernière la terre se déplace elle-même sur son orbite, on sorte que la lune, après avoir accompli sa révolution sidérale, doit marcher encore quelque temps

tiour se retrouver en conjonction. La durée de la révoution synodique est de 29 jours 12 h. 44 m. 2 s., 8. On lui donne aussi le nom de lunaison ou de mois lunaire.

L'orbite lunaire est représentée grossièrement par une ellipse dont la terre occupe un foyer : l'extrémité du grand axe de cette ellipse la plus voisine de la terre s'appelle le périgée, l'autre extrémité est l'apogée. La distance de la lune à la terre, quand elle est au périgée, est de 56 rayons terrestres 60 centièmes; sa distance à l'apogée est de 63 rayons 16 centièmes; sa distance moyenne est de 60 rayons terrestres environ, ce qui fait 384 628 kilomètres ou 96 157 lieues. Le plan de cette orbite est incliné sur l'écliptique de 5° 8' 48" en moyenne. — La lune est de tous les astres celui dont le mouvement s'écarte le plus de l'ellipse de Kepler : d'abord le plan de son orbite oscille périodiquement autour de sa jwsition moyenne; d'autre part les nœuds, c.-à-d. les points où elle rencontre l'écliptique, se déplacent avec le temps, dans le sens rétrograde, de manière à accomplir une révolution complète en 18 ans 219 jours environ. Enfin la ligne des absides tourne elle-même dans le plan mobile de l'orbite, dans le sens direct, de telle sorte que la lune décrit non une ellipse, mais une spirale indéfinie qui ne peut être confondue avec une ellipse que dans une partie de son étendue. — Les principales inégalités du mouvement lunaire sont connues sous les noms d'évection, de variation, A'équation annuelle, etc. [Voy. ces mots). — La lune éprouve aussi dans son mouvement de rotation une sorte de balancement apparent qui fait varier légèrement sa partie visible : c'est ce que l'on appelle la libration \Voy. ce mot).

Le rayon de la lune est les 3 onzièmes du rayon terrestre; sa surface égale un 14° de la surface terrestre, et son volume est le 49° de celui de la terre. Vue à la lunette, sa surface laisse apercevoir des taches brillantes ou obscures, qui ne sont autre chose que des vallées et des montagnes de dimensions considérables. Toutes ces montagnes sont des volcans éteints. Cependant on aperçoit encore quelquefois des modifications sur sa surface. La lune n|a pas d'atmosphère : on le reconnaît d'abord à ce qu'on n'aperçoit pas de. nuages à sa surface; mais aussi et surtout

à ce que la durée calculée de l'occultation des étoiles par la lune a toujours été trouvée rigoureusement égale à la durée observée, ce qui ne serait pas si les rayons lumineux émanés des étoiles rencontraient à la surface de la lune, une atmosphère qui les dévierait dans leur route. La lune est par suite inhabitable, au moins |)pur des êtres analogues à ceux qui vivent sur la terre.

Les phases de la lune ont conduit la plupart des peuples de l'antiquité à prendre les lunaisons pour base de leur calendrier. Les Turcs et les Arabes emploient encore aujourd'hui une année lunaire de 12 mois composés alternativement de 30 et de 29 jours et formant en tout 354 jours. On appelle âae de la lune le temps écoulé depms la dernière nouvelle lune : on le détermine pour un jour donné à l'aide de Vépacte [Voy. ce mot). — voy.

aussi CALENDRIER.

On donne le nom d'éclipsés de lune à la disparition momentanée de cet astre par suite de l'interposition de la terre entre le soleil et lui. Les éclipses de lune ont lieu seulement à l'époque de la pleine lune [Voy. éclipse). — Les marées sont dues à l'attraction combinée de la lune et du soleil [Voy. marée). — Pendant longtemps on a attribué à la lune une influence considérable sur les varialions du temps, sur la végétation, sur la santé, etc. Aujourd'hui beaucoup de ces croyances sont reléguées parmi les préjugés. D'autres, qui paraissent fondées a priori, ont besoin d'être étudiées plus à fond pour passer à l'état de faits scientifiques.

L'influence de la lune sur les perturbations atmosphériques, niée par les astronomes modernes et notamment par M. Faye, est encore soutenue par plusieurs savants. D'après l'ingénieur Bouquet de la Grye, la déclinaison de la luue pourrait faire varier en moyenne de 25 degrés la direction du vent. L'âge de la lune aurait aussi une grande action sur la direction du vent : les vents les plus nord se feraient sentir quatre jours après la nouvelle lune ; et les plus sud deux jours après le premier quartier. Enfin on pourrait constater, lorsque la lune est à son maximum de déclinaison sud, une variation diurne et semi-diurne de la direction du vent atteignant en moyenne 28 degrés. — M. E. Guillou, pilote lamaneur de Concarneau, tout en reconnaissant que la lune ne produit pas les mauvais temps, assure que le lever et le coucher de cet astre exercent une influence soit sur la recrudescence, soit sur la durée des tempêtes : elle les atténue tant qu'elle est sur l'horizon; elle leur-

fiermet de s'accroître quand elle en disparaît. Par suite, es phases de la lune exerceraient aussi une certaine influence. Ainsi, pendant la nouvelle lune, le temps serait généralement plus beau le jour que la nuit ; ce serait le contraire à l'époque de la pleine lune. Pendant le premier quartier il ferait plus beau temps le soir que le matin, et réciproquement plus beau temps le matin que le soir pendant le dernier quartier.

Il existe d'excellentes Tables de la lune qui permettent de déterminer le lieu de l'astre à un moment quelconque : Ilalley, Flamsteed, Euler, Clairaut, d'Alcmnert, lobie Mayer, Burg, Burckhardt, Damoiseau, Hansen, etc., ont donné des fables qui sont devenues de plus en plus parfaites avec les progrès de la science. — On a aussi des- Cartes de la lune «très détaillées : une des plus complètes est celle qu'ont publiée à Berlin W. Bcer et Jlaidicr, avec une Sélénograpnie générale (1838 et suiv.). Plus récemment Delaunay a publié une Théorie mathématique de la lune.

Les anciens avaient divinisé la Lune : les Egyptiens la nommaient Isis, et les Grecs Séléné; ces derniers identifiaient la lune avec Phœbé et Artémis, comme les Romains avec Diane [ Voy. diane au Dict. d'Hist. et de Géogr.).

LUKE rousse. Les jardiniers appellent ainsi la lune qui, commençant en avril, devient pleine soit à la fin du mois, soit dans le courant de mai. Suivant eux, elle roussit ou gèle les jeunes feuilles et les bourgeons exposés à ses effets. — La lune n'est pour rien dans le fait très réel des gelées tardives du printemps : ces gelées résultent de ce que le rayonnement nocturne, par un ciel serein, peut abaisser la température du sol de 5 ou 6 degrés au-dessous de celle de l'air ; si donc une autre cause, telle que le vent du nord, ou l'arrivée dans nos climats de glaçons flottants provenant des débâcles des mers du nord, a déjà abaisse l'air à des températures voisines de zéro, la temperature du sol descend elle-même au-dessous de zéro, et les plautes gèlent à sa surface.

LUNETIÈRE

LtJNETTE

Les Alchimistes donnaient le nom de Itinek l'argent. — On apuelait lune cornée le chlorure d'argent fondu.

En Botanique, Lutte d'eau est le nom vulgaire du Nénuphar blanc : ce nom lui a été donné à cause de ses feuilles orbiculaires nageant sur l'eau.

En Ichtyologie, on nomme Lune de mer différents poissons, tels que la Mole, le Gai verdâtre et la Sélène argentée.

Pierre de lune, variété d'Orthose. Voy. orthose.

LOE 'demi-), ouvrage de fortification. Voy. demi-loe.

LUNETIÈRE, Biscutella, genre de la famille des Crucifères, tribu dt.'s Tldaspidées, renferme des plantes annuelles ou vivaces, à feuilles alternes, oblongues; à fleurs disposées en grappes terminales, et dont les fruits sont remarquables par leur forme singulière, qui ressemble en quelque sorte à une paire de lunettes : d'où leur nom. On en compte environ 50 espèces, qui habitent plus particulièrement l'Europe méridionale, le nord de l'Afrique ou le Levant. On remarque la L. auriculée, la L. de la Fouille, la L. des roches et la L- corne de cerf.

LUNETTE (diminutif de Itme), instrument d'Optique destiné à faire voir les objets d'une manière plus distincte. Les lunettes sont simples ou composées, selon qu'elles interposent un ou plusieurs verres entre l'oeil et les objets que l'on veut regarder.

Dans la première classe, il faut ranger les lorgnons à une ou deux branches [monocles ou binocles), qu on tient à la main, et les lunettes proprement dites, appelées besicles, paire de lunettes, dont la monture varie tous les jours [pince-nez, L. à tempe, L. à branches fourchues, etc.). On sait que pour les vues presbytes on se sert de verres convexes, et pour les vues myopes, de verres concaves. La courbure de ces verres est graduée de manière à offrir de 21 à 22 forces; on désigne ces forces par des numéros, qui s'approchent d'autant plus du n"! qu ils sont plus forts. On appelle : premières conserves les verres convexes qui ont i2 pouces (19 décimèt. 1/2) de foyer ; conserves, ceux qui ont tiO, 48, 36 et 30 pouces ; après 24 pouces (6 décimèt. 1/2), on dispose les verres de de 2 en 2 pouces jusqu'à 12 pouces, puis de pouce en pouce jusqu à 6, enfin de 1/2 en 1/2 jusqu'à 4 et même

Iusqu'à 3 2 (95 millimèt.) ; ces derniers sont de véritables oupes. Les verres concaves sont gradués de la même manière ( Voy. VERHEs). — L'invention de ce genre de lunettes est attribuée par les uns à Roger Bacon, par les autres au Florentin Salvino degli Armati, qui les aurait inventées vers 1280, ou enfm au dominicam Alexandre de Spina, mort à Pise en 1313; mais il résulte de quelques passages qu'elle doit remonter au moins au xii' siècle. Les lunettes étaient connues en Chine beaucoup plus anciennement. On rapporte que Salomon se servait d'une boule de verre qui grossissait les objets, et que Néron suivait les combats des gladiateur» à travers une grosse émeraude.

A la seconde classe appartiennent : 1° la Lunette astroiwmiqite, formée d'un tuyau plus ou moins long, muni à chaque extrémité d'une lentille convergente ; elle donne des images renversées : cette lunette est surtout employée dans les instruments d'astronomie, lunette méridienne, équatorial, théodohte ( Voy. ces mots), ou dans les instruments de physique, cathétomètre, goniomètre de Babiuet, etc. ; 2" la L. de Galilée, également formée de deux verres, dont l'un est convergent et l'autre divergent : celle-ci ne renverse pas les objets ; réduite aux proportions d'un instrument de poche, elle constitue nos lorgnettes de spectacle, qui peuvent être à un seul tube ou à deux tube [jumelles] ; 3" la L. terrestre, L. d'approche ou longue-vue, qui est composée d'un plus grand nombre de verres, combinés de manière que l'image se trouve redressée. — Dans toutes, il faut dbtinguer : I'ocmlaire, verre qui s'applique à l'œil, et Yobjectif, qui est tourné vers les objets; ces deux verres sont adaptes aux deux extrémités d'un tube, soit fixe, soit à tirage. L'objectif, après avoir reçu les ravons émanés de l'objet, les fait converger à l'intérieur de fa lunette de manière à en tracer une image réelle; cette image est renversée. Dans la lunette astronomique, l'oculaire fonctionne simplement comme une loupe ( Voy. ce mot) avec laquelle on examine l'image réelle formée par l'objectif. Dans la lunette terrestre, les rayons qui ont formé la première image réelle traversent deux lentilles convergentes qui fournissent une seconde image réelle, renversée par rapport à la première, donc droite par rapport à l'objet, qu'on examine avec une

troisième lentille convergente servant de loupe. Dans la lunette de Galilée et dans les lorgnettes de spectacle, Voculaire est placé un peu en deçà du foyer où limage de l'objet devrait venir se former renversée en sortant de l'objectif; au moyen de ses propriétés divergentes, il éloigne les uns des autres les rayons qui tendent à se rapprocher, ils semblent alors provenir d une image '^virtuelle droite placée en avant de l'oculaire; ce sont ces rayons ainsi rendus divergents qu'on reçoit dans l'œil.

Dans les limettes astronomique et terrestre, on place, aa point où se produit l'image réelle, im réticule formé de deux fils d'araignée croisés, qu'on regarde en même temps que l'image; la droite passant par le centre optique de 1 objectif et le point de croisée des fils du réticule est Vaxe optique de la lunette. Un point dont l'image se forme en ce point de croisée est sur l'axe optique; ces lunettes sont donc les seules qui permettent de relever avec précision la direction d'tm point lumineux.

L'invention des lunettes est attribuée à Lippershey, de Middelbourg, et à J. Metzu, lunetier d'Alkmaer, ou plutôt aux enfants de celui-ci, qui avaient placé fortuitement et par simple jeu un verre concave devant un verre convexe ; ! elle date de 1609. L'année suivante, Galilée construisit la lunette dite de Hollande ou de Galilée : elle ne renverse pas les objets; mais son grossissement est peu considérable. Kepler inventa ensuite la L. astronomique, dont l'oculaire très convergent permet d'obtenir im grossissement beaucoup plus considérable, mais seulement en donnant à la lunette une longueur qui en diminue le champ : le renversement de l'image qu'offre cette lunette est, du reste, indifférent pour les obser\alions astronomiques. C'est au XVII* siècle que le P. Reitha inventa la L. terrestre. Les lunettes n'ont cessé depuis de se perfectionner : on est parvenu à en construire de gigantesques, avec lesquelles on obtient des grossissements de deux et trois raille fois.

Avant l'invention des lentilles achromatiques, on n'avait d'autre moyen d'éviter l'irisation qui entoure les objets vus à travers les lunettes ordinaires, que de donner aux lunettes une longueur extrêmement grande ou de diminuer beaucoup le champ, de manière à n'employer que des verres très peu convergents. La découverte des movens de rendre les lunettes achromatiques est due à Hall et à J. Dollond. Voy. achromatisme.

Les Télescopes diffèrent des lunettes précédentes par la substitution d un miroir concave à l'objectif; on leur donne quelquefois le nom de lunettes catoptriques, par opposition aux lunettes ordinaires, ou dioptriques. Voy. télescope.

LOETTE MÉRiDiEXSE OU Instrument des passages, instrument qui sert à la détermination de l'ascension droite des astres. Il se compose d'une lunette astronomique, montée sur des tourillons dont les coussinets sont des massifs en maçonnerie, et disposée de manière à décrire le méridien du Ueu. Pour s'assurer que la lunette décrit bien un plan, on vise une mire suffisamment éloignée, puis on retourne la lunette sur ses tourillons, de manière à placer à droite celui qui était à gauche, et réciproquement. La lunette doit viser le même point de la mire. Pour vérifier que le plan décrit par la lunette est bien celui du méridien, il suflit de s'assurer que les intervalles de temps écoulés entre le passage inférieur d'une étoile circumpolaire et son passage supérieur à la lunette, puis entre celui-ci et le passage inférieur suivant, sont égaux. A la lunette méridienne est jointe d'ordinaire une horloge sidérale, c.-à-d. une horloge réglée sur le mouvement des étoiles, et marquant 0 heure 0 m. 0 s. quand le point équinoxial du printemps passe au méridien. — Pour déterminer l'ascension droite d'un astre il suffit de lire le nombre d'heures, minutes, secondes marquées par l'horloge à l'instant du passage supérieur de l'astre à la lunette, c.-à-d. au méridien : ce nombre converti en degrés, minutes, secondes, à raison de 360° pour 24 h. ou de 15° par heure, donne l'ascension droite cnerchée.

Lunette à double image ou Micromètre prismatique de Rochon. Voy. micromètre.

Lini'ETTE. En Architecture, on nomme ainsi soit un petit jour réservé dans le berceau d'une voûte, soit une petite liaie cintrée pratiquée dans ses côtés. — Il se dit aussi de toute ouverture pratiquée dans un toit couvert en plomb, dans la ilèche d'un clocher, etc., pour donner de l'air à la charpente.

LUNNITE

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