ABBA
ABBÉ
W. ABBA ou ANBA est le titre que les églises syriennes, coptes et éthiopiennes donnent a leurs évêques; et, parce que les évêques mêmes donnaient ce titre à leur patriarche , les peuples commencèrent à donner celui de baba, ou papa, c'est-à-dire grand-père, au patriarche d'Alexandrie qui l'a porté le premier entre tous les patriarches. Voy. d'Herbelot, Biblioth. orient. ABBACUG. Voy. Abach.
ABBADIE ( Jacques ) , ministre calvmiste , aussi renommé par la supériorité de son esprit que par la piu'eté de ses mœurs, naquit a Nay, dans le Béarn, en 1657. Après de brillantes études, faites à Sedan, il voyagea en Hollande et en Allemagne ; il exerça son ministère d'abord en France, puis à Berlin, et ensuite a Londres ; de là il passa en Irlande , oii il obtint le dovenné de Killalow. Revenu à Londres en 1690, "il y exerça les fonctions de pasteur, et il mourut près de cette ville, à Samte-Mary-le- Bone, le 25 septembre 1727 . Ses ouvrages theologiques sont : 1» le Traité de la religion chrétienne; Rotterdam , 1684 et 1688, 2 vol. in-8» ; réimprimé plusieurs fois depuis en 3 vol, in-12; mais suivi du Traité de la divinité de .Jésus-Christ , auquel on ajoute ordinairement VArt de se connaître soi-même, qui forme un quatrième in-12 , et qui a été publié à part, in-8o, Rotterdam, 1698; — 2» la Vérité de la religion chrétienne réformée; Rotterdam, 1718, 2 vol. in-S»; — 3" les Caractères du chrétien et du christianisme ; la Haye , 1685, in-12 ; — 4" le Triomphe de la Providence et de la religion , ou VOuverture des sept sceaux par le Fils de Dieu; Amsterdam, 1723, 4 vol. in-12; — 5» Réflexions sur lu présence réelle de Jésus -Christ dans l'Eucharistie; la. Haye, 1685, in-12; — 6" Sermons, Discours et Panégyriques, 1688, in-S". — Le plus vanté des ouvrages d'Abbadie est son Traité de la religion chrétienne ; l'auteur s'y montre, en effet, aussi habile philosophe que profond théologien. Ce traité , qui a été traduit en plusieurs langues, et qui se divise en trois parties, consacrées à combattre successivement les athées, les déistes et les sociniens, n'est pourtant pas exempt des défauts reprochés à la Vérité de la religion chrétienne réformée; aussi a-t-il été condamné par la S. Congrégation de V Index. (Decr. 22 Decembr. 1700 et 12 Mart. 1703.)
ABBANI , canoniste , est l'auteur de l'ouvrage intitulé : de Immunitate ecclesiastica , Rome, 1553, in-fol., 6 vol. Voy. l'abbé André, Cours de droit canon , tom. "VI, p. 387, 3« édit.
ABBANTÉ (le vénérable), quatrième abbé du mont Coryphe, près de Télédan, au diocèse d'Antiociie , est loué par Théodoret pour l'austérité de sa vie; c'est un des saints aémères; voy. ce mot.
ABBATE ou ABBÉ (Etienne), né à Palerme en 1661, et docteur en l'un et l'autre droit, fut successivement bénéficier de la cathédrale de Palerme , chanoine de la cathédrale de Catane, examinateur et juge syndical, assesseur, vicaire, visiteur général et supérieur du séminaire. Ses ouvrages sont : 1» Theologus principis , seu Polittca moralis principum , ducum , comitum, marchionum; Catanœ, 1700, in-fol. ; — 2» Pax attritionistarum et contritionistarum, seu ad eosdem Epistola pro concordia; ibid, 1703, in-S"; — 3» Gladius utraque parte acutus ; ouvrage dont l'auteur fut obligé d'interrompre l'édition qu'il en donnait à Palerme, in-4», et qui comprenait la défense de ces deux propositions : les devoirs des sujets envers les princes sont si graves et si importants, qu'ils ne souffrent aucune légèreté de matière; le Pape ne peut être déposé,
même par un concile œcuménique, pour quelque cause ou quelque événement que ce puisse être ; — 4» l'Année chrétienne, divisée en douze exercices spirituels pour chaque jjremier mercredi du mois, en l'honneur de la très-glorieme vierge et martyre sainte Agathe, en italien ; Catane, 1609. ABBATI , espèce de Vaudois qui s'étaient répandus en Italie sur la fin du xiV siècle , et qui se livraient à toutes sortes de brutalités. Ils ne subsistèrent pas longtemps.
ABBATIA (Paul de), auteur du xvii» siècle, a publié : Theorema gestorum Thamur ad londem beatœ Mariœ Virginis, Flor., 1617. Voy. Lipenius, Biblioth. juridica.
ABBATISSA (Vincent), chanoine secondaire de léghse de Messine, a publié en 1654, in-4", la Vie de saint Placide, en italien. Voy. Mongitore, Biblioth. SicuL. tom. II.
ABBATIUS ou ABBOT (Baldus), Anglais, est l'auteur d'un traité intitulé : Discussnrum concertationum opus, qui a été imprimé à Pise, 1594, in-4o. Voy. Lipenius, Biblioth. juridica. Kœnig, HUdioth. vêtus et nova.
ABfeAUD. Voy. Abaud.
ABBAYE (afibatin), signifiait ou la réunion des religieux et de l'abbe , ou le bénéfice avec les revenus qui y étaient attachés , ou enfin un monastère de religieux ou de religieuses régi par un abbé ou une abbesse. Le nombre des abbayes était autrefois très -considérable nonseulement en France, mais dans plusieurs autres pays. « Cela, dit Bergier, n"a rien d'étonnant pour ceux qui savent quel était le malheureux état de la société en Europe pendant le x" siècle et les suivants; les monastères étaient non-seulement les seuls asiles où la piété pût se réfugier, mais encore la seule ressource des peuples opprimés, dépouillés, réduits à lesclavage par les seigneurs , toujours armés et acharnés à se faire une guerre continuelle. Ce fait est attesté par la multitude des bourgs et des villes bâtis autour de l'enceinte des abbayes. Les peuples y ont trouvé les secours spirituels et temporels , le repos et la sécurité dont ils ne pouvaient jouir ailleurs. « {Dict. théol.) Parmi les abbayes , celles qu'on appelait royales, parce qu'elles avaient été fondées ou dotées par les rois, devaient rendre compte de l'administration de leur temporel aux officiers du roi , tandis que les autres , nommées épiscop^des à cause de leur fondation, n'étaient comptables qu'aux évêques. On distingue les abbayes en règle ou régulières , en séculières , en commende ou commendataires , selon que leurs abbés étaient euxmêmes réguliers, séculiers, ou commendataires. {Voy. Abbé.) Les abbayes furent supprimées en France en 1790, et "leurs bâtiments aussi bien que leurs revenus furent réunis au domaine de l'État. Voy. Bergier, Diction, de Théologie. Gaet. Moroni, 7)îz/o^<fl/-., vol. I, p. 14.
I. ABBÉ, abbas, ou père. (Voy. Ab, n" 1.) 1» Les supérieurs des monastères ont été ainsi appelés afin qu'ils eussent dans leur nom même un avertissement continuel de leurs devoirs, et surtout de la tendresse paternelle avec laquelle ils doivent gouverner leurs inférieurs, qui sont aussi en quelque sorte leurs enfants. Saint Antoine , qui fut le premier auteur de la vie commune des moines, fut aussi le premier a qui l'on donna le nom d'abbé dans le sens de supérieur de monastère. Cependant on appelait aussi abbés tous les anachorètes et les cénobites qui, quoique solitaires et simples laïques, mentaient par leurs vertus de conduire les âmes. Les supérieurs des chanoines vivant anciennement en communauté furent aussi appe-
ABBÉ
ABBE
lés abbés, sans quils fus>ont pour cela moines comme les cénobites. D'un autre côté, on donnait quelquefois aux chefs des monastères les noms de majeurs, prélats, présidents, prieurs, archimandrites. Depuis le ix* siècle, certains ordres nouveaux ou léforraés appelèrent par humilité leurs supérieurs recteum, prieurs, maîtres, ministres , gardiens, le nom d'abbé étant devenu un titre d'honneur, de dignité, de prééminence dans TÉglise et dans rÉtat. Parmi ceux qui ont conseivé le titre d'abbés, le droit canon distingue les abbés séculiers et les abbés réguliers. Les séculiers sont ceux qui possèdent des bénéfices ecclésiastiipies sous le titre dabbayes anciennement régulièies et depuis sécularisées. De ces abbés séculiers non commendataires, les uns jouissent de certains droits épiscopaux, les autres sont seulement honorés du titre d'abbés, ou n"ont avec ce titie que le droit de présider aux assemblées d'un chapitre de catliédrale. On met au rang des abbés séculiers les abbés commendataires, c'està-dire des ecclésiastiques séculiers qui jouissaient d'une partie des revenus d'une abbaye avec quelques honneurs, mais sans juridiction sur les religieux, à moins qu'ils n'eussent reçu du Pape un induit à cet ellet. Les moines qui exerçaient le pouvoir spirituel pour les abbés commendataires étaient désignés sous le nom de prieurs lUaustraux. En donnant ce titre d'abbé à de grands seigneurs, les couvents se mettaient par là même sous leur protection ; c'est ainsi qiie plusieurs rois de France, les ducs d'Anjou , etc., portèrent le titre d'abbé. C'est de là qu'ont pris naissance les abbés de cour du dernier siècle, ou cadets de famille, qui prenaient le titre d'abbé en expectative d'une abbaye qu'ils ne possédaient pas encore. Les réguliers sont ceux qui portent l'habit de leur ordre , qui ont actuellement des religieux sous leur gouvernement, et à qui conviennent proprement le nom et les droits d'abbés. On les distingue en chefs d'ordre ou de congrégation et en particuliers. Ceux-là, qu'on nomme aussi universels ou généraux, ou pères-abbés, sont ceux qui, gouvernant comme supérieurs généraux leur ordre ou leur congréjiation, ont d'autres abbayes sous leur dépendance. Ceux-ci , au contraire, n'ont aucune abbaye inférieure et subordonnée à la leur; ce "qui les fait appeler abbés locaux et portatifs ou in partibus , quand le monastère de leur abbaye est détruit ou occupé par des ennemis. On appelle encore abbés de régime, dans quelques nouvelles congrégations, certains prieurs claustraux pour les distinguer des véritables abbés en titre. Dans plusieurs pays , tels que le Portugal et l'Espagne , on donne par honneur le titre d'abbé à certains curés, comme on le donne en France à tous ceux qui portent l'habit ecclésiastique, qu'ils soient ou non dans les ordres sacrés. Enfin on distingue les abbés perpétuels, dont la charge dure autant que leur vie, et les abbés triennaux, dont la charge ne dure que trois ans.
2» Du temps de saint Antoine, de saint Pacôme et d'autres anciens fondateurs de monastères, les solitaires qui se réduisaient en conventualité choisissaient eux-mêmes leurs supérieurs, et ces supérieurs , ainsi choisis, désignaient leui's successeurs sans que les évèques prissent connaissance de leur choix. Les canons ne sauraient être plus exprès sur le droit d'élection appartenant aux moines. Quant à la forme de cette élection , outre les règles établies pour les élections en général, il y en a encore de particulières que les canons prescrivent pour l'élection
des abbés : elles regardent la persomie des électeurs et celle des éligibles; mais dans tous les cas l'élection doit être faite selon les statuts, règlements et usages de chaque ordre et même de chaque monastère. En France, l'élection des abbés a soulîert bien des variations; on peut voir à ce sujet les Capitulaircs de Churlemagne, le Coiicordut passé entre Léon X et François 1*% et le décret de la congrégation des Réguliers relatif au couvent de la Trappe, en France, décret rendu le i" octobre -1834, approuvé et confirmé pai Sa Sainteté Grégoire XVI le 3 d'octobre de la même aimée.
3" Les abbés élus doivent faire confirmer leur élection dans les trois mois. Selon le droit commun, cette confirmation appartient à l'évèque quand les élus non exempts lui sont immédiatement soumis, et au Pape, lorsque les élus exempts lui sont immédiatement soumis. Pie IV ordonna que toutes les élections fussent confirmées par le Saint-Siège, c'est-à-dire par des bulles ad hoc: mais postérieuiement dilférents ordi'es ont obtenu des papes des privilèges qui, en les exemptant de la juridiction des ordinaires, leur donnent le pouvoir de faire parmi eux des généraux j des provinciaux qui aient sur eux une autorité absolue et indépendante. Les abbés élus et confirmés doivent recevoir la bénédiction de leur propre évéque; mais cette bénédiction, qui n'imprime aucun caractère, n'est pas regardée comme absolument nécessaire. Les abbés réguliers doivent être âgés de vingt-cinq ans au moins, nés d'un mariage légitime , religieux de l'ordre où ils ont été élus ou nommés, instruits et capables d'instruire les autres, observateurs de la règle et zélés pour la faire observer; ils doivent, en un mot, être ornés de toutes les vertus qui conviennent à un supérieur d'ordre.
4'- L'autorité des abbés était, dans l'origine, toute fondée sur la charité. Les règles écrites de saint Pacôme , de saint Basile , et surtout de saint Benoit, donnèrent dans la suite aux abbés vui caractère de juridiction coërcitive qui s'étendait sur tout le gouvernement monastique. Ainsi, selon la règle de Saint-Benoit, qui a servi de fondement à celles de tous le% monastères, l'abbé jouit, quant au spirituel et au temporel, de toutes sortes de pouvoirs; il est obligé dé prendj'e conseil, mais il est maître de ne pas le suivre ; ce qui rend son gouvernement proprement monarchique , modéré seulement pai' la règle même. Les abbés sont placés par les canonistes immédiatement après les évéques; c'est le rang qu'ils leur donnent dans les conciles; et, comme les évéques, ils sont compris sous le nom de prélats. Plusieurs, par
firivilége du Saint-Siège, ont le droit de porter a mitre et le bâton pastoral, de bénir solennellement, de porter les habits distinctifs de l'évèque etplusieui-s autres ; mais tous ces droits ne lem' sont accordés qu'avec certaines restrictions. Les abbés sujets immédiats du Saint- Siège ne peuvent être déposés que par le Pape ; les abbés non-exempts peuvent l'être par l'évèque , et les abbés réguliers , par leurs supérieurs majeurs ou leiu'S chapitres généi'aux. Voy. L. Ferraris, Protnpta Bibliotheca , canonica, etc., ad verb. Abbas. Gaet. Moroni , Dizionar., vol. I, p. 4.