TRIN
plus incontestable; car les explications forcées qu'elles donnent aux uns et aux autres, et les j subtilités par lesquelles elles s'efforcent d'en détourner le sens et l'autorité, ne font que démontrer qu'elles sont dans l'erreur ; jamais, en effet, des interprétations aussi extraordinaires n'ont pu venir à l'esprit des premiers fidèles. Si les apôtres avaient tenu le langage de ces hérétiques, ils auraient tendu à leurs prosélytes un piège inévitable d'erreur. Cependant s il y a une question essentielle au christianisme, c'est de savoir s'il y a un seul Dieu, ou s'il y en a trois. Comment peut-on soutenir d'un côté que l'Écriture sainte est claire et trèsintelligible sur tous les articles fondamentaux ou nécessaires au salut, et de l'autre prêter aux écrivains sacrés un style aussi énigmatique? Quant à la tradition, il est certain et tout à fait incontestable que dans les trois premiers siècles, i dater des apôtres, le culte de latrie, le culte suprême , l'adoration prise dans toute sa rigueur, a été rendue aux trois personnes do la sainte Trinité. Nous pourrions le prouver
rnr les témoignages de saint Justin, de saint rénée, d'Athénagore, de saint Théophile d'Antioche,qui tous ont vécu au ue siècle. Un grand nombre de savants, soit anciens, soit modernes, ont prétendu que non-seulement Platon avait eu connaissance du mystère de la sainte Trinité, mais que personne n'avait enseigné la trinité des personnes en Dieu plus formellement et d'une manière plus distincte que ce philosophe, et que s'il avait vécu plus tard on aurait cru qu'il avait lu l'Évangile. Suivant ces mêmes savants , les philosophes de l'école d'Alexandrie, qui furent ses disciples et ses commentateurs , ont parfaitement expliqué sa doctrine: elle est entièrement conforme à celle de l'Écriture sainte et à celle des Pères des premiers siècles ; Eudwart, en particulier, dans son Système intellectuel, s'est appliqué à le prouver; il a poussé la témérité jusqu'à dire que ces platoniciens se sont expliqués, touchant la Trinité, d'une manière plus orthodoxe que les Pères du concile de Nicée. Mais il n'en est rien; il suffit de jeter un simple coup d'oeil sur les passages de Platon qui ont donne lieu à ces inductions erronées pour voir clairement que ce n'est qu'un verbiage inintelligible et absurde. Rien n'est plus commun encore que de voir des écrivains habiles d'ailleurs, prétendre que les anciens Indiens, comme les modernes, admettaient une trinité composée de Brahma, de VVichnou et de Siva; mais cette prétention n'a aucun fondement. Les Védas, livres sacrés et les plus anciens de l'Inde, n'ont jamais parlé de cette trinité; Wichnou et Siva n'y jouent qu'un rôle fort secondaire. Quant aux Lois de M. mou . elles ne nomment qu'une seule fois Wichnou ( XII , 121), et encore n'est-ce qu'à côté de demi -dieux ou de divinités fort inférieures. Ce n'est que dans les Pouranas que l'on trouve les premières traces de la trimourti ou trinité indienne. Or, selon le savant indianiste Wilson . les plus anciens Pouranas ne peuvent remonter au delà du ix' ou tout au plus du vm* siècle de notre ère, et le Wichnou- Pourana en particulier est, suivant le même savant et le célèbre Colebrooke, du xua siècle. Ajoutons que, dans les Pouranas même, Brahma, Wichnou et Siva ne sont présentés que comme de simples aspects différents d'une même personne, et non point comme trois persoimes réelles, existant réunies dans une seule substance divine. Ce qui met entre la trimourti des Indiens et la trinité des chrétiens un intervalle