LA NU
LÀNG
gme des langues, c'est la nature plutôt que le nombre qu'il faut en considérer. En second lieu, il n'est ttas si facile de déterminer ces prétendues ditlci eiues profondes et essentielles qu'on croit apercevoir entre certains idiomes. Beaucoup de philologues, séduits par les premières apparences, et souvent même cédant trop facileinent à des idées préconçues et bien arrêtées d'avance, ont légèrement posé des principes, tiré des conséquences, et de là établi des théories qu'une observation faite avec plus de maturité a dû détruire de fond en comble. Troisièmement, enfin i lors même qu'on n'aurait point trouvé jusqu'ici le lien qui rattache tous \< rameaux des langues à une souche commune, ou ne serait nullement en droit pour cela de conclure que cette découverte est absolument impossible. Au contraire, si on suivait attentivement les progrès de la linguistique depuis environ un demi-siècle, et si ou considérait surtout dans quelle voie, dans quelle direction elle a fait des pas de géant, on serait forcé de reconnaître qu'il existe réellement entie certaines langues une aflinité manifeste, mais que de vieux préjugés ou des connaissances insuffisantes n'avaient pas permis d'apercevoir plus tôt. l'oy. Genèse, i-m. Wiseman, Discours sur tes rapitorts i-ntre la srimct H la religion révélée ,\om. 1, p. 40, il, lGô.BXi; Paris, 183/. Alexandre de llumboldt, dans J. Kl.ipioth, Asia polyglotta , sect. 6, 9. Gouliauoff, Discours sur l'étude fondamentale det langues, p. 31 ; Paris, 4822. Frédéric de Schlegel , Essai sur la langue et la philosophie des Indiens, 1808, et plusieurs autres autorités citées dans J.-B. Glaire, ls<s tu rcs suints rcng<s,elc., tom. 1, p. 122 et suiv. Nous n'ignorons pas les travaux de liugui>tique faits tout récemment en Allemagne, mais nous savons aussi que loin de combattre nos conclusions ils y sont plutôt favorables, les uns par la faiblesse el l'impuissance de leurs attaques, les autres par des preuves positives.
2° 1) après ce que nous venons de dire quelques lignes plus haut, on conçoit aisément que les descendants du premier homme aient conseivé la langue que bien lui avait donnée, d'autant que l'histoire ne nous laisse pas même soupçonner qu'ils aient eu la moindre raison de l'abandonner. Mais la langue d'Adam, quelle qu'elle fut, s'est -elle perpétuée chez quelque nation, ou bien n'a-t-elle point été disséminée et perdue dans divers dialectes, lors de la confusion du langage qui eut lieu à la construction de la tour de Babel'.' Plusieurs auteurs, après saint Grégoire de Nysse, ont enseigné que la
tiremière langue du monde était peidue; mais a divergence qui existe entre eux, quand il s'agit de justifier leur opinion, est déjà un fort préjugé contre celte opinion et ne repose pas sur un loudemeut bien solide. Et si on examine leurs arguments avec les yeux d'une saine critique, ou ne peut manquer, en eiîet, de se convaincre qu'elle ne repose pas sur un fondement bien solide. Mais, il faut bien le dire, toute notre argumentation sur la langue primitive et sa conservation suppose la réalité du fait miraculeux de la contusion des langues à Babel , fait que certains critiques modernes regardent comme une fable imaginée par quelque ancien philosophe pour expliquer la diversité des idiomes, sans se douter que tout ce qu'ils avancent pour établir leur sentiment porte bien plus le caractère de la liction que celui qu'ils prétendent découvrir dans le récit mosaïque. Voy. D. Calmet, Dissertation sur la première langue; le fond do cette dissertation a été reproduit dans
la Hible de Venee, tom. I, et avec des additions tirées de plusieurs auteurs modernes, dans la Sainte Bible en latin rt en français, par M. l'abbé Glaire; Paris, 1834,3 forts vol. grand in-4°. Vou. aussi J.-B. Glaire, Les Livres saints vengés, t. L p. 316 et suiv., sur la confusion des langues à Babel.
3* Tous les philologues et les interprètes qui pensent que la langue d Adam s'est disséminée et perdue à Babel, se bornent à examiner quelle est la langue la plus ancienne parmi les idiomes connus -, mais ceux qui, de même que nous, admettent comme plus probable l'opinion contraire, posent nécessairement la question d'une autre manière. Ainsi, pour nous, il s'agit de savoir quel est de tous ces idiomes connus celui qui , venant immédiatement de Dieu, s'est transmis de génération en génération depuis le premier homme jusqu'à nous. Or, bien que nous avouions que laquestion est très-difficile à juger, nous penchons cependant pour l'hébreu. La priorité de l'hébreu se recommande plus que celle de toute autre langue , d'abord par le grand nombre des autorités : ainsi, d'un côté, la plupart des Pères de l'Eglise et de nos commentateurs, de l'autre les rabbins juifs, el parmi eux les plus distingués, tels que Ben-Gerson, Aben-Eira, Ab irbanel.Jai chi, etc., enseignent unanimement que c'est la langue qu'Adam parlait. En second heu, les caractères intrinsèques de la langue hébraïque prouvent jusqu'à un certain point qu'elle touche à I origine du monde, tant elle se rapproche sous tous les rapports de la nature même. Est -il, par exemple, un idiome connu qui se montre plus fidèle que celui des Hébreux a l'euphonie naturelle, c'est-à-dire a l'euphonie qui résulte uniquement du jeu naturel et ordinaire des différentes parties de l'oigane vocal,'/ Quiconque, après avoir étudié sérieusement le mécanisme de la phonation, en fera l'application à la langue hébraïque, n'hésitera pas à répondre qu'il n en existe aucun. Nous savons combien le sanscrit est euphonique; mais nous savons aussi que le genre d'euphonie qui en fait une langue si remarquable est presque entièrement artificiel . et que les règles si nombreuses et si compliquées auxquelles la prononciation se trouve soumise, laissent continuellement apercevoir la main et le travail constant du grammairien. Et le mécanisme de la formation des mots, si complexe , si embarrassé dans presque toutes les langues, ne se montre t-il pas en hébreu à découvert et comme dans la simplicité d'une langue primitive? De plus combien de locutions qui expriment l'action matérielle, pour ainsi parler, de la nature 1 Enfin l'hébreu est de tous les idiomes celui qui renferme le mieux la racine des premiers noms des personnes et des choses, et qui en donne la véritable signilication et la vraie élymologie. Ces considérations suffisent sans doute pour donner quelque probabilité à notre opinion, d'autant plus que nos adversaires n'ont aucune raison valable à y opposer. Voy. D. Galmetet la Biblo de Vence, et la Bible citée de M. Glaire, Dissertation sur la première tangue. J.-B. Glaire, Introduction, c\v., torri. II, p. I 47, 148.
VII. LANGUE VULGAIRE. Les protestants et les jansénistes ont prétendu que la Bible devait
l toujours être lue au peuple en langue vulgaire, même dans la célébration des saints offices. S il eu était ainsi, les apôtres, en fondant les églises,
| auraient dù avoir soin que la Bible fût traduite dans les langues de tous les peuples qu'ils convertissaient à la foi. Mais rien ne prouve qu'ils l'ont fait. Le peuple des campagne» n'entendait
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