LOUCHE
fait entencTre le sens et ne permet pas cl'en clouter; mnis tonjours ils ne peuvent pas nier que le lecteur et l'auditeur n'y soient trompés d'abord; et , quoiqu'ils ne le soient pas longtemps , il est certain qu'ils ne sont pas bien aises de l'avoir été, et que naturellement on n'aime pas à se méprendre ; enfin, c'est une imperfection qu'il faut éviter, telle petite qu'elle soit; s'il est vrai qu'il faille toujours faire les choses de la façon la plus parfaite qu'il se peut , et surtout lorsqu'en matière de langage il s'agit de la clarté de l'expression. »
L'Académie , dans son observation sur cette Rem. i ig , ne trouve point condamnable la phrase de Vaugelas , parce que l'attribut n'a jamais eu de pareil, vient immédiatement après son bonheur, qui en est le sujet. Elle ne trouve la phrase vicieuse et touche , que quand le sujet de la seconde proposition est éloigné de son vei'be par un grand nombre de mots , comme : Je condamne sa paresse; et tes fautes que sa nonchalance lui fait faire en beaucoup d'occasions , m'ont toujoars paru inexcusables. Cette dernière phrase est bien plus vicieuse que la première; mais si l'on ne veut regarder que comme un scrupule la difficulté de Vaugelas , au moins faut- il convenir que c'est un scrupule bien fondé.
Ce qui rend une phrase équivoque, vient de l'indétermination essentielle à cei'tains mots, lorsqu'ils sont employés de manière que l'application actuelle n'en est pas fixée avec assez de précision.
Tels sont les mots conjonctifs qui, que dont, parce que, n'ajnnt par eux-mêmes ni nombre , ni genre déterminé, la relation en devient nécessairement douteuse, pour peu qu'ils ne tiennent pas immédiatement à leur antécédent. De là nait Véquii'oque de cette phrase : Il faut imiter l'obéissance du Sau~ veur qui a commencé sa vie et l'a terminée : le mot qui semble se rapporter à Sauveur, tandis que la raison exige qu'il se rapporte à l'obéissance^
Tels sont encore les pronoms de la troisième personne , i/j, elle, lui, ils, eux, elles, leur; les mots^ démonstratifs celui, celle, ceux, celles, et les mots le, ta, les, quand ils ne sont pas immédiatement avant un nom , parce que les objets dont on paile étant de la troisième personne , dès qu'il y a dans le Hitme discours plusieurs noms du même genre et du même
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nombre, il doit y avoir incertitude sur la relation de ces mots indéterminés, si l'on n'a scia de rendre cette relation bien sensible par quelques-uns de ces moyens , qui ne manquent gucve à ceux qui savent écrire. De là Y rjuivnfjue de cette phrase citée dans la B.e>n. ^49 de Vaugelas : Je vois Lien ffue de trouver de la recommandation aux paroles, c'est chose (lue malaisément je puis espérer de ma fortune; voilà pourcjuoi je la cherche aux efflts ; « ce la, dit V.TUgelas , est équivociue ; car, Selon le sens, il se rapporte à recommandation, et, selon la construction des paroles, il se rapportcà fortune, q^n est le substantif le plus proche, et il convient k fortune aussi-bien qui» recommandation. De là encox'e Véciuivoaue de cette phrase : Il cstiinoit le duc, et dit qu'il etolt vvement touché de ce refus : on ne sait à (jui se rapporte // étoit touché, si c'est au duc ou à eelui qui l'estimoit.
Tels sont enlinlcs adjectifs possessifs ion^ia^se^j/ewr, sien., parce que la troisième personne déterminée à laquelle ils doivent se rapporter peut être incertaine à leur égard oomme à l'égard des pronoms personnels, et pour la même raison. Delà \'é(juivoque âe cette phrase : Lisias promit à son père de n'abandonner jamais ses amis : s'agit il des amis de Lisias ou d« ceux de son père?
Toute phrase louche ou équivoque est, par-là même, amphibologique. Ce dernier terme est plus général, et comprend sous soi les deux premiers , comme le genre comprend les espèces. Toute expression susceptible de deux sens différents est amphibologique, selon la force du terme; et c'est tout ce qu'il signille : les deux autres ajoutent à cette idée principale l'indication des causes qvii doublent !e sens.
De quelque manière qu'une phrase soit amphibologique, cllo a l'espèce de vice le plus condamnable, puisqu'elle pèche contre la netteté, qui est, selon Quintilien et suivant la raison , la première qualité du discours : il, faut donc corriger ce qui est louche, en rectifiant la construction, et éclaircir ce qui est équivoque , en déterminant d'une manière bien précisa l'application des t«>riDe» généraux. (B.)