MAINT, PLUSIEURS
Maint, Hit La Bruyère , est un mot qu'on ne devoit jamais abandonner, et par la facilité qu'il y avoit à le couler dans le style, et par son origine, qui est française. Vaugelas reraarquoit qu'à moins d'être employé dans un poème héroïque , il ne seroit pas bien reçu, si ce n'est en raillant. Thomas Corneille rapportoit qu'il pouvoit encore figurer avec grâce , non -seulement dans une épigramme ou dans un conte, mai^ encore dans un poème héroïque, surtout quand on le répite , comme dans ce vers :
Dans maints et maints combats sa valeur éprouve'e,
Maint signifie plusieurs : mais, plusieurs marque purement et simplement la pluralité , le nombre, tandis que maint réduit la pluralité à une sorte d'unité , comme si les objets foimoient une exception, un tout séparé du reste, uu corps à part.
La locution, maint auteur, semble annoncer un nombre d'auteurs qui forment une sorte de classe , et comme s'ils faisoitnt cause commune : plusieurs n'annonce que le nombre , sans désigner aucun rapport particulier entre eux, si ce n'est qu'ils ont la même opinion , la même marche , le même titre , quelque chose de semblable. Ces mots disent plus que queU cjues-uns , et moins que beaucoup.
Maint a le privilège rare de se répéter et d'exprimer par sa répétition un assez grand nombre. On dit maint et maintj,
Dict. des Sjaonjmes. II. 9