MARQUER, INDIQUER, DÉSIGNER
Le propre du verbe marfjuer est de distinguer et de faire discerner un objet par des caractères particuliers , de manière qu'on ne puisse pas le méconnoître on le confondre avec un autre. Le propre à'indujuer est de donner des lumières , des renseignements sur un objet qu'on ignore et qu'on cherche, de manière à diriger nos regards, nos pas, nos soins, nos pensées , pour le voir , le remarquer , le tiouver. Le propre de désigner est d'enseigner ou d'annoncer la chose .cachée par le rapport de cei*taines figures avec elle , de manière que , sans la mettre sons nos yeux, nous la srchions et nous en soyons certains.
Les marques, comme les empreintes, les caractères , les taches, ou pi-opres, on appliquées à l'objet, le font connoître et reconnoitre au milieu d une infinité d'autres , par quelque propriété distinctive, ou par des traits exclusifs. Les indices, comme les indications, les notions, les renseignements, nous montrent , par la lumière et l'instruction , l'objet , le but, la voie , et nous aident , en nous dirigée;!;! , à y parvenir.
Le cadran marque les heures , le baromètre marque les degrés de la pesanteur de l'air.
L'index d'un Ifvre indique la division et" la place des matières.; votre doigt indique l'objet éloigné que vous voulez^ montrer: une carte vous indique votre route.
La fumée désigne le feu i ie signalement c/e^/^/ie la per-
ii6 MARRI.
sonne : l'enseigne dési(jne le marchand : les pavillons différents désignent les nations : le pouls désigne l'état de la santé. (R.)
y65. MARIII, FÂCHÉ, HEPENTANT.
Marri mériteroit d'être conservé, soit parce qu'il est affecté surtout à un genre particulier de stjle (au style religieux} , et que c'est, dans une langue , une perfection que d'avoir des mots , des locutions , des formes exclusivement propres aux différents genres du discours, soit parce qu'il exprime seul l'espèce de tristesse et de chagrin que les Latins appeloient mœror.
Fâché est un mot plus vague, il expi-ime un déplaisir quelconque , et joisqu'à un mécontentement léger et passager. La vertu propre du mot est d'exprimer une sorte de colère , un commencement de colère , un ressentiment , le mouvement d'un sang ou d'un cœur échauffé.
On peut être fâché sans qu'il y ait lieu au regret; mais le regret est inséparable du repentir. On n'est repentant que comme on est marri de ses propres actions : mais le mot repentant ne tojnbe pas toujours , comme marri, sur des fautes.
L'homme marri de ses fautes les pleure, les déplore; et, dans sa douleur amère et profonde, il demande sa grâce; il demande son pardon avec les sentiments et les accents tendres et pathétiques d'un cœur contrit qui mérite de l'obtenir. L'homme ^(îcAe? de ses fautes les déteste, s'en indigne; et, dans son ressentiment, tourné contre lui-même , il commence , en quelque sorte . à venger sur lui le tort ou l'offense qu'il s'agit de réparer. L'homme repentant de ses fautes , s'en tourmente et les abjure ; et , dans ses regrets justes et réfléchis , il sent la nécessité , il reconnoit le devoir de réparer ses torts et d expier ses offenses.
C'est la douleur que vous voyez dominer dans l'homme marri; il semble n'avoir pas même d'autre sentiment. C'est l'humeur que vous croyez voir dominer dans l'homme fâché; mais ses motifs la corrigent. C'est le regret qui domine l'homme repentant ; et ce regret est en lui-même salutaire. (R.)