MASS/oCUE , CARNAGE, BOUCUEUIE, ïUEniC
Massacrer signifie littéralement assommer avec une massue, ou d'une manière exécrable: c'est tucr^ écraser, déchirer impitoyablement, jusqu'à ne pas laisser aux objets leur forme sensible. Ainsi l'on dit d'un ouvrage très -mal fait, très -défiguré , qu'il est massacré.
Carnage est proprement l'action de faire chair, de mettre en pièces ou à mort une multitude d'êtres vivants. On dit qu'un animal vit de carnage, lorsqu'il se nourrit de chair.
La boucherie est proprement le lieu où l'on rassemble et tue les animaux pour notre />owcAe^ pour notre nourriture. Mais ce mot exprime aussi laction même de les tuer; et c'est une boucherie que de tuer une grande quantité de personnes dans le même lieu.
Tuerie est de même le lieu particulier où l'on tue des animaux, mais sans aucune autre indication donnée par le mot même. Ainsi , quand il désigne l'action de faire tuer, de faire périr beaucoup de gens, il n'exprime ni dessein, ni intention; et c'est pourquoi il se dit particulièrement des meurtres qui arrivent , comme par accident ou par malheur , dans une grande presse, un grand tumulte, une grande bagai're : ce qui a fait dire, avec quelque raisorr, que ce mot n'est pas noble ; mais c'est le mot propre et nécessaire pour exprimer le cas que je viens de décrire.
La barbarie , la férocité , l'atrocité , dans toute leur horreur , ordonnciit le massacre. La soif du sang, la fureur effi'énée, l'acharnement, poursuivent le«rar«a(je., L'humeur sanguinaire , l'ardeur de dévorer sa proie, l'impitoyable cruauté, font une boucherie. Une aveugle impétuosité , un horrible désordre , les chocs tumultueux d'une foule emportée , causent une tuerie^
Il y a cette différence entre tuerie et boucherie, pris dans le sens propre et pour des lieux particuliers , qu'à la tuerie on ne fait que tuer les animaux, et qu'à la boucherie on en étale et vend la chair. La tuerie est ordinairement dans la boucherie. Il a souvent été question de transférer- les tueries (et non les boucheries) hors des grandes villes ; ce qui seroit bon, si le prix de la viande n'en étoit pas augmenté. (R.)
ii8 MATER.
y6j;. MATEK, MOnTIFIEB, MACÉnEll.,
ISat, de la même famille que bat, battre; en oriental, tuer-, grec /tcurla , écraser, l^royer; latin mactare , tuer, assommer, égorger. Ce mot , employé d'une manière figurée ou adoucie , veut dire dompter , soumettre , subjuguer. Saumaise dit que mattus veut dire, en latin, triste, mortifié, dompté^ subjugué.
Mortifier est , à la lettre , faire morij commencer la corruption , opérer la destruction. La mortification, dit très-pei-tinemment Bossuct, est un essai, un apprentissage et un commencement de mort. Ce mot désigne physiquement l'altéraiion des mixtes, un changement de figure, la perte de la qualité caractéi-istique , la soustraction.de la chaleur vivifiante. Son premier effet est d'attendrir , d'amollir , d'énerver. Au figuré, mortifier signifie réprimer, abaisser, humilier, faire honte , couvrir de confusion.
Macérer vient de mac, mâchoire , et tout ce qui sert à concasser , à broyer , à briser , à meurtrir , à exprimer le suc des mixtes. Cette dernière idée est propre à la macération physique. Ce mot tient particulièrement à macer , maigre : l'effet propre de cette action est d'amaigrir, d'atténuer, de rendre souple , et par conséquent d'attendrir , d'amollir , de flétiir , de réduire une chose à l'état d'un corps mâché , meurtri , épuisé.
Ces mots ne sont pas synonymes dans toutes leurs applications : il faut les distinguer par leurs applications mêmes.
On dit mater des animaux , et particulièrement des oiseaux : on les mate en les dressant, en les domptant, en les apprivoisant , en les exerçant à leur faire faire ce qu'on veut. On dit mortifier des corps , et particulièrement des viandes ou deâ chairs : on les mortifie en les dépouillant des principes de leur mouvement ou de leur vie , en amortissant leur force , en détruisant le tissu de leurs parties, en les altérant pour les amollir ou les attendrir, ou les mener à la putréfaction , comme quand on bat la viande ou qu'on la laisse exposée à l'air. On dit macérer des mixtes, et surtout des plantes, en affoiblissant leur vertu , en les faisant tremper ou rouir dans