OFFUSQUER, OBSCURCIR
Offusquer signifie empêcher de voir ou d'être vu, du moins de voir ou d'être vu clairement dans sa clarté naturelle , par l'interposition ou l'opposition d un corps, d'un obstacle. Obscurc'ir exprime l'action simple et vague de faire perdre à un objet sa lumière ou son éclat , sans aucun rapport indiqué ni au mojen ni à la vue.
Les passions obscurcissent l'entendement, de quelque manière qu'elles le troublent : elles Vmffuscjuent en élevant autoi;^- de lui des nuages , ou en s'interposant entre lui et la véiité.
La grandeur nous offusque , et nous tâchons de l'obscurcir.
La gloire de Miitiade offusquoit l'esprit de Thémistocle : la gloire de Thémistocle obscurcit celle de Miitiade. Vous pouvez dire que la gloire de Thémistocle offusque celle de Miitiade; mais non que celle de Miitiade obscurcit l'esprit de Thémistocle. La raison en est que Voffliscation tombe ou sur
OISIF. i8t
vous qui voyez et considérez lobjet, ou sur l'objet lui-même j au lieu que l'obscurcissement ne touche que l'objet seul.
L'objet qui vous éblouit, vous offusque; et vous n'en sou-< tenez la lumière qu'à mesure qu'il s'obscurcit.
Trop de paroles offusquent le discours ; et cette surabondance fait perdre de vue ce que vous dites , ce qui vaut quelquefois son prix. Trop de brièveté dans l'expression obscurcit l'idée; mais cette obscurité vous donne un air de profondeur, ce qui a bien aussi son mérite. (R.)
85o. OISIF, OISEUX.
Termes qui annoncent également l'inaction et l'inutilité.
^ire oisif , c'est ne rien faire, être sans action , sans occupation : èlve oiseux, c'est avoir quelque rapport à l'oisiveté, soit par goût , parce qu'on l'aime ; par habitude , parce qu'on y passe sa vie; ou par ressemblance, parce qu'on est inutile.
On doit donc appeler oisifs l'homme , les aiqlimaux , les êtres qu'on regarde comme actifs , si l'on veut dire qu'ils sont actuellement dans l'inaction; mais si l'on veut dire qu'ils en ont l'habitude , on doit les appeler oiseux, ainsi que de toutes les choses inutiles, comme l'inaction, quand même ce seroient des actions. ,
Tel qui paroît oisif peut être occupé très-sérieusement;' car la contention de l'esprit est souvent un exercice plus pénible que le travail corporel; mais si ses pensées n'aboutissent qu'à des projets chimériques , à des systèmes sans fon^ dément ou sans proportion, ce ne sont plus que des réflexions oiseuses.
Il est de l'intérêt et de la sagesse de tout gouvernement de ne souffrir de bras oisifs que le moins qu'il est possible : peutêtre ne faudroit-il pour cela qu'adopter la loi de Solon , qui notoit d'infamie tous les citoyens oiseux.
Il y a des gens , dit Sénèque , dont on ne doit pas dire que la vie soit oisive; mais on doit dire qu'ils la passent dans des occupations oiseuses. (B.)
Avec du loisir, on est oisif ; avec de l'oisiveté , on est, oiseux.
Oisif n'exprime proprement que l'acte , un état passager, l'inaction actuielle : o/ieax marque l'habitude, la qualité o«
Dict. de» Synonymes. 11. 1 (j
i8a OMBRAGEUX.
l'état permanent , l'inertie. On est oisif dès qu'on n'est pas en
activité; quand on croupit dans l'inaction , on est oiseux.
Un ouvrier qui n'a point d'ouvrage est oisif : un ouvrier qui ne veut pas travailler est oiseux. Le premier ne fait rien , quoique peut-être il voulût faire quelque chose : le second ne fait rien , parce qu'il ne veut pas {arve , et même quand il fait quelque chcfe, mais d'inutile ou d'oiseux. (R.)
85l. OMBRAGEUX, SOUPÇONNEUX, MEFIANT.
la' ombrageux y o'iX tout en noir, tout loffusque. l^e soupçonneux voit tout en mal , tout le choque. Le méfiant est toujours en garde , il craint tout.
Ombrageux se dit , au figuré , des personnes qu'un rien offusque; il est pris en mauvaise part. C'tst le caractère de l'homme timide , que son ombre effraie.
\^e soupçonneux vit de soupçons, et conj:^cture toujours le mal; l'ombrageux peut revenir, et lorsqu'il a touché lohjet , lise rassure; mais le soupçonneux est inquiet, quand il n'y a même rien qui puisse justifier ses craintes. Le premier se trompe en s'ari'êtant à la surface ; celui-ci néglige les apparences , et présume le mal lorsqu'il ne le voit pas.
L'homme méfiant se lient en garde : ce n'est pas de l'omble, c'est de la personne , c'est de la chose qu'il a peur.
"L'ombrageux s'arrête aux apparences; le soupçonneux à la supposition.; le méfiant, à la ci-ainte d'être trompé. (R.)